APPENDICES
LXVU. — Premier appendice. == Théorie phito9o^ i
phique des verbes. Dans Tapplication de la théorie i
philosophique du verbe, de ses modes et de ses |
temps, nous nous bornerons aux indications qui nous semblent nécessaires à notre bat (1).
Le verbe signifie ordinairement une action, et quelquefois un état et même une qualité. Sa partie essentielle et radicale est l'indéfini (vulgairement in- /
finitif), ainsi appelé parce qu'il signifie simplement '
Faction sans déterminer la personne (nous ajouterons le temps et le mode). De là découlent plusieurs conséquences utiles pour se former une idée de ce qu'est
(1) Ce point est important , parce que notre langue étant destinée à l'asage de tontes les nations, il est nécessaire que sa constmction se modèle sur la nature intrinsèque des Yetbes , et qu'elle mette de côté toutes les anomalies introduites dans les autres langues. Gela est nécessaire pour qu'elle soit universellement acceptée.
le verbe considéré philosophiquement : V que la conjugaison doit avoir en tête Tinfinitif ; Si"" que la signification propre de cet infinitif se conserve tout entière dans toute la conjugaison , tout en spécifiant les circonstances qui la déterminent et la limitent à certains modes , temps ou personnes *, 3*" il résulte de là qu'en bonne philosophie, cet infinitif doit se conserver entier dans toute la conjugaison, et que celle-ci doit consister dans la simple addition de lettres ou de syllabes qui expriment ses accidents ; 4** que cet infinitif ainsi compris n'est pas un mode du verbe , mais le principe et la racine de tous les modes; 5* que par conséquent on ne doit pas le confondre avec le mode qui porte vulgairement le nom d'infini* iif. En effet , dans ce mode il y a passé , présent et futur, comme nous le voyons dans le latin amavisse^ amare, amaium ire, et en français avoir aiméy aimer^ devoir aimer. On les trouve aussi dans les participes amans ^ amatus^ amaturus, amandus et dans aimant^ aimé , devant aimer. Ainsi , à la rigueur, on ne peut pas l'appeler infinitif ni mde/îm. Ce qui est indéterminé dans ce mode ce sont les personnes , et c'est pour cela que, ne trouvant pas d'autre nom qui nous paraisse plus exact , nous l'appelions mode impersonnel (1); 6* enfin il en résulte que V indéfini est un vrai
(1) Le mode impersonnel dont nous parlons ne se confond point avec les verbes appelés unipersonnels , parce qu'ils n*ont qu'une seule per- ^> sonne à chaque temps comme pleuvoir^ neiger, etc.
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substantif y comme le reconnaissent les grammairiens, en disant qae Tinfinitif est le nom du verbe.
Théorie des modes du verbe. — Quant aux modes des verbes , nous ne nous arrêterons ni à l'indicatif , ni au conditionnel ni au subjonctif, car ils ne présentent aucune difficulté, qui demande une explication particulière. Mais comme nous avons fait quelques variations dans le mode impératif, nous devons en rendre compte. D'abord nous Tavons appelé volitifaxi lieu dUmpéraiif. Ce dernier nom ne peut lui être conservé tout à fait sans un véritable contresens ; car si quelquefois on s'en sert pour commander, le plus souvent on s'en sert dans un sens différent, quelquefois même opposé* Le nom de t;o/tlt/nous semble son vrai nom , car dans toutes ses significations se mêle quelque acte de la volonté. En second lieu, nous avons divisé sa signification (1) en quatre sens difiérents , savoir : commander, supplier, exciter et permettre Taction. Cette division nous parait si convenable que nous ne croyons pas avoir besoin de la justifier. Bien plus , elle nous paraît absolunaent nécessaire dans une langue philosophique , dont la qua-
(1) On pourra trouver surprenant que, ayant distingué ces quatre sens par quatre terminaisons différentes , nous en ayons laissé une terminaison , celle qui est la première , pour un sens indéterminé. La raison principale a été la facilité de traduire les impératifs des autres langues avec exactitude , dans les cas où le contexte n'est pas assez clair poar déterminer lequel de ces quatre sens est le sens véritable de la phrase.
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lité la plus importahte eët d'éviter toilt sens donteax et amphibologique*
Le mode que nous avons appelé impersonnel , est celui que Ton nomme communément infinitif ou indéfini, quoiqu'il ait trois temps très -bien marqués dans les langues les plus connues. Cette circonstance le distingue essentiellement du véritable infinitif ou indéfini , qui marque l'action sans aucune détermination de temps. Cette différence n'apparaît point dans nos langues^ et nous confondons Tun avec Tautre. Mais cette confusion doit disparaître dans une langue philosophique.
Il faut bien remarquer que les trois temps de Timpersonnel sont de vrais substantifs , comme Test Tindéfini lui-même, et qu'ils sont tous quelquefois sujet, régime indirect ou complément d'une préposition, comme les autres substantifs (<), quoiqu'ils ne se
(1) Ces exemples sont très-fréquents dans la langue française. En voici quelques-uns. Pour le sujet au nominatif : n est utile d'avoir étudié, ^étudier, d'avoir à étudier. — Pour le régime direct ou l'accusatif : Je voudrais avoir voyagé, voyager, avoir à voyager. — Pour le régime indirect ou datif : le silence est utile pour méditer, pour éviter V orgueil.
— Pour le génitif : la peine ou le plaisir d'avoir étudié, d'étudier, d'avoir à étudier. — Pour les ptéposltlons : avant de dîner, àptès avoir itfrit, loin Savoir à payer. — Pour le régime des verbes : Je me repens à*avoir perdu le temps , il «'occupa à lire , il regrette d'avoir à refuser,
— tH)ur îes adjectifs : il était digne (foiofr été élu, il est digne d^être nommé, il est avide d^avoirà travailler. — Pour le comparatif? Étudier est plus honorable que rester oisif. Dans l'espagnol , dans l'italien et dans d'autres langues , on rencontre de semblables exemples.
Pans le latin, les infinitif^ am^visse, amare, am^tum ire ou ama~
présentent pas toujours dans la même forme. On peut en dire autant du gérondif, puisqu'il ne forme ni un mode, ni un temps distinct de l'impersonnel : il n'en est que la déclinaison. Cependant, comme il n'y a pas d'inconvénient à admettre cette manière si usitée dans nos langues , nous avons placé le gérondif dans la conjugaison.
Quant au participe , nous croyons , comme la plupart des grammairiens, que c'est l'adjectif de l'impersonnel , avec ses trois temps , et que par conséquent on ne doit pas le regarder comme un mode distinct. Sa formation doit donc être conforme à celle des autres adjectifs, qui se forment en ajoutant un Nà leur substantif respectif, comme nous l'avons dit au n* 6. La différence essentielle qui existe entre les participes et les autres adjectifs, comme entre l'impersonnel et les autres substantifs, c'est que le participe et l'impersonnel ont dans quelques langues , comme en latin , un régime direct que l'on nomme régime direct ou accusatif; tandis qu'au contraire les autres adjectifs et substantifs n'ont pas ce régime, et ils ne
turum esse sont toujours le sujet ou le régime direct de la phrase. Mais pour les autres cas ils prennent la forme du gérondif, comme on le voit dans les exemples suivants : tempus agendi, idoneus libris scribendis, fortis ad patiendum , redeo àb ambulandOf consumit tempus legendo^ saribendo piger, 11 suf&t de faire un peu d'attention au sens de ces phrases et à leur traduction pour reconnaître que ces gérondifs sont de véritables verbes au mode impersonnel , et que ces verbes sous cette forme admettent la déclinaison comme des substantifs.
peuvent avoir qu'un régime indirect ou bien celui de la préposition (1).
Théorie des temps du verbe. On reconnaîtra sans difficulté que les temps primitifs se réduisent essentiellement à trois : le passé j le présent et \e futur. Les temps secondaires, qu'on pourrait appeler relatifs j fixent l'époque d'une manière non absolue, mais relative à un autre temps employé dans la même phrase. Ainsi ils se divisent en trois classes , savoir : antérieurs, simultanés et postérieurs.
En parlant avec toute la rigueur philosophique, tous les passés et futurs primitifs peuvent admettre les temps secondaires ou relatifs. Mais ces temps sont alors peu communs , et on peut les suppléer par des locutions adverbiales. Nous n'avons donc mis dans l'exemple de la conjugaison que ceux qui sont usités, afin d'éviter la complication et la confusion qui pourraient se produire dans l'esprit des commençants. Nous croyons néanmoins qu'on ne doit pas les exclure entièrement de cette langue, puisqu'elle doit se prêter à toutes les exigences raisonnables. On pourra donc
(1) Quelques personnes auraient désiré que nous eussions admis plus de modes que ceux dont nous avons parlé, et particulièrement Toptatif. C'est en effet un mode du verbe ; mais il y en a bien d'autres qui le sont aussi comme Taffirmatif, le négatif, l'admiratif , l'interrogatif , le dubitatif, l'ironique, etc., et mille autres; mais ce n'est pas une raison suffisante pour compliquer la conjugaison, par des terminaisons spéciales pour chacun d'eux; il suffit de déterminer ces divers sens par une particule (par exemple: forsariy peut-être utinam, plût à Dieu), ou par quelque autre mot , comme nous l'avons fait au n'* 15.
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les employer quand cela sera convenable. Il est vrai qu'ils ne sont pas spécifiés dans la conjugaison que nous avons présentée au n* 7 ; mais ils sont positivement compris dans les règles qu'on a établies.
Conformément à cet enseignement , il sera très à propos d'employer, par exemple, la terminaison ôeai quand nous voudrons exprimer d'une manière positive que l'action a, a eu, et aura lieu, comme dans ces propositions : DUu est bon , la terre est plus petite que le soldL=:Bea exprimera le présent avec le passé, et bel le présent avec le futur, dans les cas ou il conviendra d'exprimer ces circonstances (1).
Pour la même raison on pourra employer les terminaisons dia>i die, dit; pour le futur antérieur du subjonctif : eo quod amaturm fuerim; pour le simultané : eo quo amaturus sim; et pour le postérieur : eo quod amaturus fuero.
(1) Cea termisaisoiifl Béai, Bea et Bei, BOtoni des formules abrégées des trois phrase» suivantes : 1" Je suis, j'ai été, et je serai; 2« je suis et J'ai été; Z* Je suis et je serai.
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