‹ Projet de pénitencierChapitre 12 sur 16 · CELTE · texte numérisé non relu

CELTE

il faudrait conduire les prisonniers, ne détruiraient pas (quelque précaution qu’on prit pour les empêcher de sc communiquer), tout l’effet que l’on demande au système delà séparation continue.

Un an avant la publication de l’ouvrage que je viens de citer , j’avais, dans un rapport que M. le Ministre de l’Intérieur m’avait chargé de lui faire , sur les maisons de détention de Fontevrault , de Rennes , du Mont- St-Micliel et de Beaulieu , et sur la possibilité d’introduire les régimes d’Auburn ou de Philadelphie, dans ces quatre prisons , exprimé cette opinion qu'avec celui d’Auburn, je ne pensais pas quon dût réunir les prisonniers pendant les offices, sans établir, dans les chapelles, des dispositions que j’indiquais, et quittaient, de tout point, tellement semblables à celles du projet dont les plans sont donnés à la suite de l’ouvrage de M. Moreau Cristophe, que l'on pourrait croire que les unes ont été calquées sur les autres ; mais il y a, dans la pensee de leur application, celte immense différence qu’en Angleterre on les a proposées pour servir a l’établissement du système de Philadelphie, tandis que je ne les avais imaginées que ponr l’hypothèse donnée de 1 établissement du système d’Auburn.

« Je voudrais (disais-je dans le rapport dont je viens de parler), isoler chaque prisonnier dans sa place à la » chapelle : car avec un régime de silence , on devrait bien penser que dans nos maisons ( moins religieuses r> que celles d’Amérique), les détenus profiteraient toujours du moment des offices pour échanger des paroles » cl même de longues conversations ; et si l’ordre des pénitenciers, selon le régime d’Auburn, doit exiger du » convict, le silence et le recueillement dans tous les moments de sa vie de prison, ne regardera-t-on pas » qu'une considération puissante de morale ou seulement de convenance doive faire vouloir que les offices » ne soient pas considérés par lui comme des instants de distraction et de tenue moins sérieuse.

» L’établissement de l’autel à un niveau élevé et l’augmentation de place obtenue par la réduction de popu- » lation des maisons actuelles rendraient possible d’arriver à isoler chaque condamne , au moyen d une com- » binaison excessivement simple qui se réduirait à donner aux dossiers des bancs lmèt. 50 de hauteur ; à cou- » vrir ces bancs par un petit plancher oblique , remontant vers l’autel, et à les diviser , dans leur longueur ,

» par cases au moyen de volets ouverts avant l’entrée du prisonnier et refermés par lui aussitôt , qu il serait à » sa place. — L’intérieur de ces cases serait peint en blanc teinté de vert , et des numéros serviraient à les dis— » tingeer les unes des autres.

» Si je n’entre pas dans les détails des diverses précautions prévues pour empêcher les objections qui pour- » raient être faites relativementà la difficulté de rendre le détenu également apercevable, quand il serait » assis, debout ou à genoux, relativement même aux communications qu'on pourrait croire faciles à travers les » volets de séparation , c’est que je craindrais de rendre ce rapport trop long . »

Mais toutes ces dispositions que je croyais excellentes et même indispensables à prendre , dans le système de la vie commune avec silence , devraient échouer complètement dans celui de la séparation continue : — car de même que dans le premier de ces deux systèmes, les prisonniers profiteraient de leur réunion à la chapelle, pour échanger entr’eux de longues conversations, s’ils étaient, corn ne aujourd’hui pressés les uns contre les autres, ci que , pour l’empêcher, il serait utile et suffisant de les placer ua à un dans des cases ou stalles fermées ; de même dans le second (celui de laséparatiou continue ), les prisonniers profiteraient encore de leur réunion dans une chapelle à compartiments, pour arriver à sc voir, ou bien à se parler; parce qu’ils apprécieraient bien que les obstacles qui leur seraient opposés par ces compartiments, seraient moindres que ceux formés par les murailles de leurs cellules. Il faut ajouter qu'ils arriveraient d’autant plus facilement à les surmonter, que, dans le régime pensylvanien pur , l’action disciplinaire de la surveillance serait évidemment bien moins efficace pour les arrêter, quelle ne le serait dans celui d’Auburn.

Ainsi l’on devrait regarder que les inconvénients d'une chapelle à compartiments , où il faudrait conduire les détenus , seraient à un pénitencier pensilvanien exactement ce que les inconvénients d’une chapelle où les prisonniers se loucheraient cou le à coude , seraient à un pénilenc.er d' Auburn.

Je devrais , en outre , dire peut-être ici quelques mots des difficultés et des conséquences fâcheuses qui résulteraient de la nécessité de faire sortir les prisonniers Je leurs cellules ; mais j'aurai occasion d’en parler à la note suivante.

Dans la maison de Cherry-Hill, à Philadelphie, on a, pour donner aux prisonniers les moyens de prendre promenoirs'. de l’exercice , disposé des petites cours attenantes aux logements du rez-de-chaussée et des doubles cellules annexées à ceux du premier étage.

Les petites cours du rez-de-chaussée ont, entre autres inconvénients, celui de n’être pas aérées, et de rendre les logements de cet étage , tristes et humides ; les doubles cellules du premier étage, en diminuant de moitié le nombre des logements , disséminent la surveillance sur un trop grand développement, et augmentent la dépense sans procurer aux détenus le bénéfice de l’air libre, puisqu’elles ne les placent encore que dans des appartements fermés.

Delà on a été conduit en construisant la prison de Trenton , à supprimer les préaux, ainsi que les doubles cellules , et l’on nous a rapporté que, lors du voyage de MM. de Metz et Abel Blouet, rien ne paraissait devoir faire regretter, de n’avoir ainsi donné qu’une chambre à chaque prisonnier ; — mais comment admettre cette conséquence, si à l’époque dont il s’agit , la maison de Trenton commençait à peine à recevoir des prisonniers?

— et comment, sans l’appui d’une longue expérience pour nous rassurer, l’hygiène pourrait^elle approuver ces cellules uniques où , dans 4 mèt. sur 2 mèt 50 , (12 pieds sur 7, ) le détenu couché pendant la nuit, vicie l’air et empreint de miasmes la literie de son lit qui devra rester près de lui pendant le jour ; où le même détenu travaille à un métier quelquefois encombrant , sue quand son travail a été actif, mange et satisfait à tous ses besoins, sans que la croisée qui réclaire paraisse devoir s’ouvrir pour renouveler directement l’air dans cet étroit appartement ?

Pour moi , je l’ai déjà dit ailleurs , je ne crois pas qu’il soit possible d’enfermer aujourd’hui des hommes dans une prison sans les y mettre à même de respirer plusieurs fois par jour , ne fùl-ce que sur un balcon , le plein air du dehors.

Afin d’arriver à ce résultat , on a bien imaginé des promenoirs communs où l’on supposerait que les condamnés seraient conduits les uns après les autres : mais a-t-on bien apprécié les embarras et la confusion qui résulteraient dans une prison , de ce mouvement continuel de la population ? A-t-on bien réfléchi à tout ce qu'il faudrait de temps et de soins pour faire arriver successivement aux promenoirs et sous la surveillance d’un gardien chacun, 500 prisonniers qu’il faudrait ramener de la même manière à tous les étages? A-t-on songé enfin qu’à moins de soumettre ces prisonniers au capuchon et à d’autres moyens de gêne pendant tous ces déplacements , et même pendant le temps de leur promenade, les précautions prises à leur entrée, pour les empêcher de connaître la disposition de la maison, se trouveraient inutiles ; que des billets écrits seraient laissés et trouvés dans ces préaux communs ; que de simples lignes tracées sur les murs deviendraient des moyens d’intelligence? .... et sans prétendre qu’il faille attacher plus d’importance que de raison à une communication fortuite , n’est-il pas certain qu’une disposition qui tiendrait continuellement en éveil ce désir de se communiquer si naturel à tous les hommes, devrait être tout à fait nuisible au système de la séparation continue ?

Aussi, j’ai cru que pour atteindre le but de ce système, il fallait que le condamné, une fois entré dans son logement, y trouvât tout ce qui lui serait nécessaire pendant sa détention, c’est-à-dire un endroit pour coucher , un autre pour travailler , et un troisième pour se promener ; qu’il y eût de l’eau à sa disposition , qu’il y reçût ses aliments, qu’il y trouvât son siège d’aisance , et que , sans le faire sortir de la cellule , on pût enfin le faire assister à tous les offices divins, à toutes les prières de chaque jour, à toutes les prédications religieuses, à toutes les instructions faites en commun.

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