EXPOSÉ DU PROJET
Les trottoirs proposés en 1806 et exé utés jusqu'à présent dans Paris, semblent avoir été faits
pour dégoûter de cette institution ; is consistent en un massif élevé de 6à 7 pouces, aussi sale,
mal pavé que le reste de la rue : ils n’offrent ni le
plain-pied commode ni la surface propre qui détermine les gens à pied à s’y porter de préférence ; ils ont de plus des inconvéniens qui les rendent impraticables dans la plupart des rues.
1°, Ils sont sans cesse interrompus par les portes-cochéres, et quelque soin qu'on apporte
dans leur pente, ils établissent dans la rue une ondulation fatisgante qui augmente la longueur
de la course au lieu d'en adoucir la marche.
»°, Ils ne peuvent point étre admis dans les rues d’une larseur au-dessous de 10 mètres sans
rendre ces rues trop étroites et impraticables pour l Ï Ï
s voitures, 6t ces rues se trouvent former
les neuf dixièmes des communications de Paris.
50. Ils enterrent les rez-de-chaussées des maisons Où boutiques devant lesquelles ils passent ,
et plusieurs même élevés d’un pied sont de véritables précipices, où les femmes, les enfans
les vieillards peuvent éprouver de graves accidens : tels étoient les trottoirs des rues St.-Florentin et Croix-de-la-Bretonnerie.
C'est ainsi qu'en envisageant mal une question, ou plutôt en exécutant mal des projets, on jette de la défaveur sur des institutions dont tout le monde auroit senti l'avantage.
De quoi s'agit-il, et quel est le véritable objet des trottoirs ?
D'améliorer l'état de la rue tel qu'il est aujourd'hui ; de distinguer, ainsi que nous l'avons dit plus haut, la voie destinée aux gens de pied, de celle qui est assignée aux voitures, afin d'éviter à tous les deux les embarras et les inconvéniens attachés à la fréquentation simultanée du mème espace; et le moyen infaillible d'obtenir ce résultat est de disposer l'espace destiné aux gens à pied de manière à ce qu'il y ait pour eux un avantage à le fréquenter de préférence à toute autre partie de la rue.
Dégagez la voie charretière de leur concurrence, elle s'élargit par ce fait même, quelqu'étroite
qu'elle ait été dans l'origi
& On a l'air, dit M. Dillon, d'avancer un paradoxe en disant que l'établissement des trottoirs au lieu de diminuer la voie du roulage l'élargit. C’est cependant une vérité, Dans l'état ordinaire
des rues, le marcher étant également mauvais partout, les gens de pied s'espacent à l'aise et
embarrassent la marche des voitures, au lieu que trouvant un marcher propre et commode sur
DANS LE PAVÉ DE PARIS. 27 le trottoir, ils ne le quitteront jamais sans nécessité, et dès-lors les voitures ont une circulation plus facile, dans un espace plus étendu. »
Cette observation, outre sa justesse, offre encore l'énoncé du moyen propre à déterminer les gens à pied à se porter de préférence sur le trottoir, C’est en effet d'en faire un sentier
uni, propre, et plus « able que le reste de la voie publique ; qualités essentielles du trottoir,
dont on croit communément les avantages bornés à protéger l'homme à pied en l'éleyant
au
lessus du niveau de la rue. a propreté, la commodité, la salubrité sont des choses au MOINS aussi nÉC ssaires et d’un avantage plus continuellement senti, et auquel on peul étendre, tout en renonçant à l'isolement absolu.
Or il est un moyen de procurer ces trois avantages à l'homme à pied, et cette bonne disposition à une rue, sans rien retranc her de sa largeur, moyen pratiqué à Vienne, à F orence, à Milan, et spécialement propre aux rues étroites de Paris.
, C’est le trottoir à fleur de pavé servant uniquement d'accotement à celui-ci, et carr lé en
grosses dalles de pierres dures, et par conséquent dans un système différent de celui du roulage,
Des trottoirs de cette espèce ont tous les avantages que n'ont pas ceux qui ont été essayés à
Paris, et ils atteignent à peu près le méme but sous 1
rapport de la sûreté contre les voitures.
En effet, la différence de surface et de carrelage suffiront pour établir la démarcation, et
pour empêcher les voitures de se porter sur le trottoir, hors les cas d’une nécessité absolue ;
et dans ceux-ci elles pourront s'y jelér momentanément, sans que cela tire à const quence, par la solidité qu'on aura su donner à cette constrin uon. D'ailleurs les conducteurs se trouvant Se 1 ue : . $ Ê
plus à l'aise dans la voie du rou age, qui sera toute entière à leur disposition, se garderont bien de faire passer, hors des cas de nécessité absolue, leurs voitures sur une surface plane où les pieds des chevaux n'auront plus autant de prise que sur le pavé.
On sent au premier abord que ces trottoirs au niveau du pavé font tomber toutes les objec- É 1 : : . à : re 9 res uons que l'on à faites JuSqu ici Contre l'introduction generale de ceux que l'on connoît à Paris. Ils n'ont point, comme ces derniers, l'inconvénient d'enterrer le rez-de-chaussée des maisons auxquelles on les ajustera ; d'usurper exclusivement une portion de la voie publique; d'éprouver
des ressauts continuels par la rencontre fre quenti des portes-cot hères.