PREMIER ORDRE
Après les Grands qui, par leur dignité et leurs offices, sont latérales régis \ et ont le droit de l'accompagner sur le théâtre, au pied de son trône, aux assemblées d'états généraux, il faut venir aux trois ordres dont l'État est particulièrement formé et composé.
L'ordre ecclésiastique ayant enlin joint la possession de liefs fort considérables par leur mouvance, souvent directe, de la couronne, et par leur étendue, au respect des autels dont ils sont les ministres, cet ordre est devenu le premier.
Préséance des évêques. Le Monseigneur et le Voire grandeur pris par les évêques.
Par cette raison, le dauphin a jugé que le premier rang, dans les trois ordres , appartenant à l'ecclésiastique , les évêques doivent tout précéder après les Grands susdits, dans les cérémonies et assemblées ordinaires, et dans le commerce journalier de la société , comme ils précèdent dans les assemblées des états généraux. Ils se sont si bien conservés entre eux dans les règles de préséance, qu'il n'y a rien à y pouvoir ajouter; mais, en cela même, le dauphin estime que ce titre de Monseigneur que, depuis si peu d'années, ils se donnent les uns aux autres, en s'écrivant, en se parlant^ même en nom.mant un évêque, en écrivant, ou parlant de lui, et le traitement de Votre grandeur qu'ils se font donner par le second ordre ecclésiastique, et de moindres laïcs, répugnent tellement à l'exemple des grands évêques et de leurs prédécesseurs peu anciens et à l'humilité qu'ils doivent, par état, prêcher et professer, que cette nouveauté doit être par eux abandonnée; non que beaucoup de gens, comme on le verra dans la suite, ne soient tenus de leur écrire Monseigneur et qu'on ne puisse leur trouver quelque traitement, autre que Votre Grandeur, plus convenable au respect, non de grandeur mondaine, mais de vénération qui, de leur caractère, doit rejaillir sur leurs personnes.
Mais, en leur conservant ce premier rang dans les trois ordres, ils doivent aussi se prêter à ne pas troubler l'harmonie que le dauphin s'est proposé d'entretenir dans tous les rangs, dans leurs différents degrés.
Évêques auront rang de marquis et quelque chose de plus. — Perdront leurs usurpations nouvelles. — Toujours partout en violet. — ?se porteront plus de couronnes à leurs armes, excepté les prélats pairs.
Les archevêques et évêques auront le rang de marquis, les précéderont, se conformeront en tout à leur cérémonial; mais ce qu'ils auront de plus, est qu'ils n'écriront que Monsieur aux officiers de la couronne, même au chancelier et au garde des sceaux, à qui ils écrivent iiciueWemenXJjIonseigneur, et auront la main chez eux qui présentement ne la leur donnent pas; ils conserveront l'entrée, séance et voix dans les parlements, où ils l'ont et de la même manière qu'ils l'ont.
Aux cérémonies où les rois ou fils de France, petits-fils de France, même, sans eux, où des princes du sang se trouvent, ils seront {a) sur des sièges sans dossier, ni bras, ni carreaux, pareillement à leurs cérémonies funèbres, parce qu'on ne doit être en présence, vraie ou simulée, de leurs corps qu'en la même manière qu'on est en leur présence eux vivants K Les usurpations là-dessus sont très-modernes et seront bannies très-soigneusement. L'évêque célébrant seul conservera un fauteuil pendant la célébration.
Les archevêques et évêques, ceux qui sont pairs, comme les autres, seront toujours partout en violet, même en habit court, même en voyage et à la campagne, excepté en grand deuil qu'ils seront en noir; c'est une distinction qui leur convient, et qui n'a rien qui doive blesser l'archevêque de Paris, ni autre évêquedans le diocèse duquel ils se trouvent, puisque cette couleur leur appartient également à tous, et n'emporte avec elle nulle sorte de marque de juridiction, qui est la seule chose qui blesserait le diocésain.
Quoique l'ordre épiscopal soit un, et que, les archevêques n'aient plus rien que la préséance sur les évoques et l'appel
(a) Dans le manuscrit : ils y seront.
de leurs officiaiix; il serait à désirer qu'il pût se trouver quelque légère distinction qui fît connaître les archevêques d'avec les évêques. Elle est à la peinture de leurs chapeaux et ne s'observe plus. Le dauphin estime qu'il faut être exact; six houppes pour les évêques, dix pour les archevêques, et ni plus ni moins, indépendamment de celle de la croix aux armes des archevêques.
Il est fort nouveau qu'excepté les prélats pairs, aucun autre ait porté de couronnes à ses armes, de quelque siège et de quelque qualité qu'il ait été. Tout est encore plein d'anciennes armoiries, jusqu'à Henri IV, de cardinaux de la maison de Bourbon, de celle de Lorraine, et autres, sans couronnes, et d'archevêques et évêques, jusqu'au milieu et plus du règne de Louis XIV. Cet ornement ne leur donne rien, et convient mal à la modestie de leur état. Leur couronne [est] [a) leur mitre sur leur tête, et leur chapeau à leurs armes, duquel ils se contenteront désormais.
C'est une nouveauté plus récente encore que les couronnes aux armes des évêques, et de plus fort dangereuse en elle, et plus encore par ses suites, que cet usage, très-mal à propos introduit, que ceux qui sont nommés par le roi aux abbayes et aux évêchés fassent information de vie et mœurs et leur profession de foi entre les mains du nonce du pape, au lieu de continuer à les faire entre les mains de l'évoque diocésain de l'abbaye qu'on obtient, et du métropolitain dont on devient le suffragant ou de l'évêque ayant pouvoir d'eux de lies] {b) recevoir en leur place. Le nonce en France n'est rien autre chose qu'ambassadeur, sans juridiction même la plus légère, à l'égard duquel l'attention doit être continuelle, et veiller qu'il n'empiète pas la plus petite chose de ce côté-là. Ce mauvais usage n'est donc plus à souffrir, et le nonce, qui n'y a nul droit, ne pourra se plaindre, avec la moindre appa-
(a) Dans le manuscrit : et.
(b) Dans le manuscrit : la.
rence de justice ni de raison, qu'on ait repris à cet égard l'ancien usage interrompu depuis si peu; et si lui, ou sa cour, portait quelque plainte, ce ne serait pas aux évêques ou aux abbés nommés à y répondre, mais au roi, étales soutenir par le véritable droit.
Exténuer au dernier point tout commerce des évêques, ecclésiastiques séculiers et réguliers, avec le nonce et avec Rome' .
Par la même raison on doit empêcher très-rigoureusement tout ecclésiastique du premier et du second ordre d'avoir commerce avec le nonce du pape, jamais d'affaires d'aucune sorte, et fort rarement de pure et courte bienséance, sans aucune société; et empêcher vertement tout moine et tout autre régulier de le fréquenter, ni ses secrétaires, ni pas un de ses gens : d'un simple commerce à affaires il y a trop de facile connexité. Aucun [mémoire] des ecclésiastiques séculiers ni réguliers, ni des écoles, ne doit passer d'eux par le nonce. Si ce sont affaires de bulles, de préventions, de dispenses, etc., les banquiers en cour de Rome y suffisent ; si ce sont d'autres, elles doivent passer par le secrétaire des affaires ecclésiastiques et par ce conseil, et n'être traitées quede sa permission et comme sous ses yeux , lequel y fera intervenir celui des affaires étrangères, s'il le juge à propos ; et par là faire protéger l'afïaire à Rome par les ministres que le roi y tient. En un mot séparation entière de commerce, encore plus d'affaires. Gela a été très-soigneusement observé jusqu'aux dernières années du roi que le P. Le Tellier, devenu son confesseur, rendit ce commerce aux évêques, aux réguliers, et à tout ecclésiastique, pour ses vues à lui particulières. Ce que ce désordre a opéré et opère encore tous les jours doit exciter toute la vigilance du gouvernement à le détruire sans réserve et sans retour. L'archevêque d'Arles, depuis cardinal de Mailly', pensa être perdu auprès du roi pour avoir eu commerce fort court avec le pape, à qui il envoya des reliques de
saint Trophime que ce pontife avait désirées, et dans lequel il ne s'agit jamais que de cela. Ce commerce fut découvert, et l'archevêque eut besoin de toute la protection la plus intime pour en être quitte sans très-àpre correction.
Écarter doucement le nonce d'officier et se trouver aux fêtes particulières des églises et aux thèses.
Il sera, pour même cause, défendu à tous curés, supérieurs de communautés séculières et d'écoles régulières d'hommes et de filles, encore plus aux chapitres et aux évêques, de convier le nonce à officier en quelque occasion et quelque cause que ce soit, ou à assister à des actes ou thèses; et se contenter de le recevoir, s'il y va ouïr la messe, ou à l'office avec tout l'honneur et le respect qu'on a accoutumé de lui rendre, mais sans jamais le convier d'y venir.
Il est encore plus à propos de ne lui plus parler de thèses, et peu à peu lui faire perdre l'usage d'y aller. Rien n'est plus important que cet article [pour la] doctrine, [également] pour la discipline, [outre] l'entière et si importante conservation des libertés de l'Église gallicane [contre les prétentions] et entreprises de Rome(fl). La préséance du diocésain sur le nonce bien soutenue et bien veillée, est un des plus simples et des meilleurs moyens pour en écarter le nonce, outre celui de ne plus lui porlei^ de thèses, comme on n'a pas accoutumé d'en porter aux ambassadeurs.
Tout le second ordre ecclésiastique séculier et régulier de quelque état qu'il soit, écrira Monseigneur aux évêques, excepté le seul cas fort extraordinaire d'un malheur de famille, qui par droit de succession ferait un abbé duc pair ou vérifié; alors cet abbé serait en tout et partout, et à l'égard de
(a) Cette phrase est inintelligible dans le manuscrit, où elle est ainsi écrite : ce cet article de doctrine si jaloux pour la discipline entre l'entière et si imporianie conservation des libertés de l'Église gallicane et entreprises de Rome. »
tous, dans le rang, honneurs, et prérogatives entières de sa nouvelle dignité, marchant parmi les pairs ou les ducs vérifiés dans son rang d'ancienneté, pareillement d'un évêque à qui le même cas arriverait, comme on le voit au duché de Coislin.
Translations d'évêques pairs; brevets modernes en leur faveur abolis.
Le dauphin a vu avec peine introduire les translations des évéchés pairies à des archevêchés plus riches, avec rétention du rang et des honneurs de l'évêché pairie quitté. Le cardinal d'Estréesestle premier qui ait ohtenu cette grace^ en donnant à son neveu son évêché de Laon; encore lorsqu'il l'ohtint était-il cardinal, ne prit point d'autre évêché, et n'en a jamais eu d'autre qu'à la fin de sa vie un des six près de Rome, par son ancienneté de cardinal qui le fit cardinal-évêque. Le crédit de MmedeMaintenon fit passer M. d'Aubigny-de l'évêché de Noyon à l'archevêché de Rouen avec le même brevet, qui est un exemple à faire un pont des évêchés pairies presque tous peu riches; c'est ce que le dauphin a résolu de prévenir en deux manières. La première en abolissant pour l'avenir de semblables brevets, qui ne servent qu'à marier l'ambition avec l'avarice dans ceux qui par état en doivent être et s'en montrer les plus grands ennemis. Ces préhitssi tentés de richesses ne méritent pas un meilleur traitement que la veuve d'un duc qui se remarie à un homme qui ne l'est pas; elle perd son tabouret, son rang, tous les lionneurs qu'il lui donnait, et il est sans exemple que pas une, en ce cas, ait seulement imaginé d'en demander la conservation. En même temps ce prince pour obvier à la ténuité des évêchés pairies, à la trop grande pluralité de bénéfices, et condescendant à l'embarras des titulaires entre les honneurs et les biens, avait résolu de grossir les revenus de ces évêchés par l'union d'abbayes de leur diocèse, et le plus qu'il se pourrait de celles des villes de leur résidence, à leur manse épiscopalc, ei de
leur ôter ainsi toute tentation de translation avec toute espérance là-dessus, excepté pour Reims et pour Paris, qui sont pairies et archevêchés.
Les pairs ecclésiastiques écarlèleront leurs armes, au premier au moins, des armes de leur évcché, suivant l'ancien usage qui se voyait encore sous Louis XIII et même depuis.
On ne parle point des abbés commendataires ici , excepté ce qui en a été dit par rapport aux ecclésiastiques, parce que leurs commendes ne leur donnent que du revenu, sans ordre, juridictions ni fonctions dans l'église.
Oubli à placer ii la fin de l'article du conseil des affaires ecclésiastiques.
Je ne puis mieux placer qu'en ce lieu un oubli de ce qui devrait être à la fin de l'article du conseil ecclésiastique.
Les affaires de ce conseil ne seront jamais portées, dans le conseil d'État, par aucun des évêques, ni des ecclésiastiques qui le président ou qui y entrent , mais par un ou par deux des conseillers laïcs qui entrent par tour entre eux, un ordinairement , deux dans les cas expliqués sur les autres conseils. Cette exclusion a paru très-nécessaire au dauphin pour ôter tout prétexte, tout échelon, toute conjoncture aux évêques et autres ecclésiastiques d'aspirer au conseil d'Etat, pour consolider leur importante exclusion, jusqu'à maintenir leur exclusion même transitoire.
Le secrétaire de ce conseil tiendra registre de tout ce qui s'y fera, des ordres qu'il en recevra, des lettres et réponses qu'il écrira et recevra , et des expéditions qu'il fera par ses ordres; il en rendra compte, tous les mois, au conseil, qui en aura lors la mémoire fraîche. Le chef [et le] conseiller en tour de signer, le parapheront, ce qui avec les ordres signés du conseil à lui pour ses expéditions [sera] (n) sa dé- ^ charge. Tous les ans , un des ministres, avec le premier se-
(a) Dans le manuscrit : seront.
PROTETS DE GOUVERNEMENT. 139
crétaire d'État , entreront extraordinairement au conseil ecclésiastique, où le registre de l'année sera apporté, et y sera réglé quelles pièces , en original ou en copie , demeureront au conseil ecclésiastique; quelles, en original ou en copie , seront emportées au dépôt du conseil d'État ; quelles au dépôt des affaires étrangères, à qui le secrétaire du conseil les portera; quelles le procureur général emportera au dépôt du parlement : de laquelle séparation et envoi de pièces spécifiées en original ou en copies signées et affirmées exactes par le secrétaire du conseil, le dit secrétaire recevra une liste bien spécifiée, signée par le ministre, le chef du conseil et le premier secrétaire d'État, et signée double, [l'une] pour rester dans les registres du conseil, l'autre pour servir de décharge au dit secrétaire. Tout ce qui restera alors de pièces au conseil ecclésiastique dont on n'aura plus besoin, sera porté au dépôt de ce conseil bien coté, rangé et mis en ordre pour, à la fin du règne, être tout ce dépôt porté à la bibliothèque du roi.