ORDRE DE SAINT-LOUIS
Le dauphin voulait réunir à cet ordre celui de Saint- Lazare et de Notre-Dame du Mont-Garmel-, qui n'a comme plus d'existence, et presque plus de revenu. Il trouvait aussi Tordre de Saint-Louis gâté presque dès son origine par l'im-
mensité des chevaliers *, en sorte que dès lors ce n'était plus un honneur à un officier des troupes du roi d'en porter la croix, mais une honte et un déshonneur de se retirer du service sans l'avoir. Ce prince voulait au contraire faire en sorte que la distinction de l'avoir fût entière, sans qu'il y eût aucun déshonneur^ de ne l'avoir pas.
Il trouvait aussi trop peu de grands-croix et de commandeurs; il voulait augmenter les premiers au moins du double, et les seconds au moins des deux tiers, y compris la marine dans sa proportion avec la terre, et que tous les grand-croix et les commandeurs portassent leur cordon rouge toujours par-dessus tous leurs habits, et les grands officiers au col pour différence.
Il voulait aussi que tous les ans, le jour de Saint-Louis, le doyen des maréchaux de France, et le premier des deux vice-amiraux, tous deux à côté l'un de l'autre en face de l'autel, les grands-croix, les commandeurs et les chevaliers ayant la pension de l'ordre, sur des bancs à droite et à gauche, et les grands officiers sur un banc séparé au-dessous du banc droit des chevaliers à pension, et derrière les grands officiers, les petits officiers dudit ordre, entendissent la messe chantée en musique, par celle de la chapelle du roi, dans l'église des Invalides à Paris, par un évéque qui serait seul prélat de l'ordre et le porterait avec la grand' croix, comme font le Saint-Esprit les prélats commandeurs de cet ordre ; et qu'après la messe, le dîner aux dépens du roi fût servi en réfectoire à tous les grands-croix, commandeurs et grands officiers qui tous en leur rang comme à l'église seraient des deux cotés du réfectoire; et à la table en face de la porte, comme celle de l'abbé ou du prieur dans les monastères, seoiraient seuls, le doyen des maréchaux de France, le viceamiral, le prélat de l'ordre et le gouverneur de l'iiotel des Invalides, et jamais le secrétaire d'État de la guerre, à moins qu'il ne fût grand officier de l'ordre, et alors parmi les grands officiers, après tous les grands-croix et commandeurs. Il n'y
aurait jamais ni princes du sang, ducs ni chevaliers du Saint- Esprit, ni plus d'un seul maréchal de France. Si le doyen se trouvait empoché, il en avertirait un autre maréchal de France pour y tenir sa place. Si tous les deux vice-amiraux se trouvaient (fl) absents ou malades, ils ne seraient pas remplacés pour la marine.
Aucun des simples chevaliers pensionnaires de l'ordre-qui auraient assisté à la grand'messe de l'ordre ne serait admis à cette table, mais bien à une seconde servie en môme temps par le lieutenant de roi des Invalides, quand même il serait grand-croix ou commandeur, aussi aux dépens du roi, qui ne serait point au réfectoire, aux dernières places de laquelle seraient admis les petits officiers de l'ordre.
Nul des chevaliers de Saint-Louis, n'ayant point de pension de l'ordre, ne serait admis à cette cérémonie, dont la foule ferait disparaître tout ordre et arrangement.
Le dauphin n'avait pu apprendre sans indignation que nul grade, nul service militaire, n'exemptait les officiers vieux et retirés du service, de la taille, si d'ailleurs leur naissance les y assujettissait, sur quoi il s'était bien promis d'en exempter personnellement les chevaliers de Saint- Louis, les capitaines et au-dessus, et les subalternes qui de soldats, dragons ou cavaliers , étant devenus officiers , auraient servi quinze ans en cette qualité, leurs femmes et leurs veuves, par une déclaration expresse bien expliquée, et qui emporterait de plus la même exemption de quelques autres impôts.
Ce prince s'était proposé le remboursement, peu à peu, de tous les brevets de retenue, de les abolir solennellement par un édit pour toujours, et de n'accorder jamais aucune survivance ^ Les brevets de retenue et les survivances rendent insensiblement les charges héréditaires : qui en a dans sa famille, les a toujours, qui n'en a point n'y peut prétendre;
(a) Dans le raaiiuscrit : se trouveraient.
ainsi plus d'émulation pour les uns ni pour les autres, et le roi n'a plus de disposition.
Ce remboursement devait commencer par ceux des gouverneurs des provinces,' des places et des villes, des lieutenants généraux des provinces, et des petits lieutenants de roi des provinces; et, après cette opération, destiner gratuitement les charges de lieutenants généraux des provinces à la récompense et retraite des lieutenants généraux des armées , et celles de lieutenants de roi des provinces à celle des maréchaux de camp. Par là, on aurait toujours des officiers de mérite à commander dans les provinces , prêts à y aller faire leurs charges, quand il serait à propos d'y en avoir. La plupart de ceux-là demeurent sans récompense ou obtiennent des gouvernements de places qui feraient la récompense des brigadiers; et la résolution était de réserver à la marine, si nécessaire à rétablir dans un royaume flanqué des deux mers, vis-à-vis de l'Angleterre, tous les gouvernements des places maritimes, et de toutes les provinces et places de nos colonies.
Par ces remboursements de brevets de retenue, les charges ne seraient plus vénales. Le dessein était de commencer par les gouverneurs des provinces et des villes , et par les lieutenants généraux des provinces et leurs lieutenants de roi, de continuer par les offices de la couronne et toutes les charges de la maison du roi , de la reine et de la dauphine, des premiers présidents, procureurs et avocats généraux des cours supérieures, ensuite à travailler après, par remboursements, à ôter la vénalité des régiments, et finir par l'ôter de même des charges de baillis d'épée, auxquels rendant leurs voix, dans leurs bailliages, très-injustement supprimées, [ces charges] serviraient encore de récompense à la noblesse, que le dauphin voulait raccoutumer à habiter un peu les provinces, dont le séjour lui était devenu insoutenable par le pouvoir et les abus des intendants, lesquels seraient abolis par les étals particuliers,
excepté [sur] les véritables frontières, mais avec un pouvoir fort limité.
Le dauphin ne se proposait pas d'aller plus loin sur l'extinction de la vénalité', comme étant impossible d'en embrasser davantage, et ce qu'il s'en proposait ne pouvait s'exécuter que dans une longue suite d'années.
Il voulait aussi ériger une nouvelle charge sur le pied des grandes de la maison du roi, sous le nom de grand maréchal de la cour, qui aurait inspection sur celles des grands prévôts, ou pour mieux dire du prévôt de l'hôtel, du grand maréchal des logis, des grand maître, maître [s] et aides des cérémonies de France et de l'ordre du Saint-Esprit, introducteurs des ambassadeurs, et qui aurait grande relation avec le conseil de l'ordre, et toutes les matières regardant ce conseil.
On ne devait point toucher à l'ordre de Malte, mais donner aux grands prieurs de France, Champagne, Aquitaine, elc, le rang de vicomte, et celui de baron aux baillis.