LES DERNIERS MÉMOIRES CONTRE LE CANAL DE COSNE
De nouvelles négociations avaient été, en effet, reprises dès 1738 entre les adversaires. Amelot, par suite du non enregistrement des lettres patentes, demeurait, avec les héritiers du maréchal d'Estrées, propriétaire du canal de Cosne. La compagnie formée pour l'exploitation de la nouvelle voie fluviale, n'avait qu'une existence théorique, puisqu'elle ne devait légalement être constituée que le jour où les lettres patentes seraient enregistrées. Aussi, désireux de voir aboutir et réaliser l'œuvre à laquelle il avait consacré une partie de son existence, ofirit-il en 1738 au duc d'Orléans, le quart du produit du canal évalué à 500.000 livres ; le canal de Briare rapportant annuellement 200.000 livres, le duc même en cas de ruine de ce dernier, aurait un bénéfice de 300.000 livres. En outre, il lui cédait son propre droit évalué à un huitième d'intérêt, sans mise de fonds, soit 250.000 livres. Allant même plus loin, il lui proposa d'acquérir entièrement le canal en payant aux héritiers du maréchal d'Estrées, 50,000 livres en espèces, et 15.000 livres de rente annuelle.
Quelque solution qu'il adoptât, le duc, au dire d'Amelot, y trouverait son intérêt. Ces offres ne lui paraîtraient-elles pas acceptables, on lui faisait deux
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autres propositions : l**) les associés au canal de Cosne s'engageaient à lui assurer à toujours la revenu du canal du Loing et de ce qu'il lui vient par le canal de Briare, pourvu qu^on leur laissât la liberté de recevoir les marchandises de la haute Loire qui ne pourront passer par Briare ; le produit du canal de Gosne garantirait cet engagement; î-*) comme dernière ofire, rassemblée des intéressés consentait, le 20 septembre 1740, à s'engager à ne pas recevoir dans le canal de Cosne les marchandises descendant la Loire. Le duc d'Orléans pourrait établir à Tembouchure du canal un ou plusieurs commis pour veiller à l'exécution de ces conventions. En cas de contravention, on lui restituerait le quadruple des droits du canal de Briare, et au besoin des dommages-intérêts jusqu'à concurrence de 500.000 livres.
Ces propositions n'obtinrent pas le succès qu'espérait Amelot : elles lui nuisirent même. En faisant une part si grande au duc d'Orléans, il reconnaissait en quelque sorte combien ce dernier était intéressé à la non exécution du canal; en s'engageant à ne pas recevoir, ou à recevoir sous certaines conditions, les marchandises de la haute Loire, en admettant un contrôle, il reconnaissait que le projet menaçait les canaux déjà existants. Ses concessions paraissaient un aveu de sa faiblesse et de son mauvais droit.
Aussi le parti d'Orléans profîta-t-il de ses hésitations, de ses maladresses, de ses inexactitudes pour publier un second mémoire plus écrasant que le premier.
On y relevait avec un soin minutieux toutes les contradictions de ses diverses requêtes : il n'avait tout d'abord parlé que de la région entre Loire et Yonne ; il s'était à l'origine défendu de rien recevoir des marchandises venant de la Loire, car disait-il alors, le
trajet par le canal de Gosne serait plus coûteux que celui par Briare. Il insistait même exclusivement sur Tutilité du canal pour les seuls produits de la vallée du Nohain et régions avoisinantes. Dans ce cas, objectait Favocat du duc d'Orléans, si le canal ne peut servir aux marchandises descendant la Loire, il suffit de le creuser d'Entrains à l'Yonne; mais dans cette hypoihèse, les frais ne seraient-ils pas considérables, sans pouvoir jamais être compensés par l'importance du trafic ?
Plus tard, Amelot s'était attaqué au canal de Briare, et avait argué à maintes reprises du chômage prolongé; sans doute à certaines époques on a dû chômer pendant plusieurs mois*, mais Amelot s'est appuyé sur le procès-verbal tendancieux de Pelet *. Du reste, des perfectionnements ont été récemment effectués, tant par l'acquisition des étangs des Moutiers et de Saint- Privé, que par la création d*un troisième réservoir '.
1. La navigation y cessait au milieu de juillet jusqu'à la mi-octobre ; on en profitait pour réparer le canal, et le transit ne s'en trouvait pas gêné, consistant surtout en vins. De 173a à 1737,1e maximum avait été de 3 mois 1/2, le minimum de 2 mois 1/2.
2. Les auteurs du mémoire accusaient Pelet de certaines exagérations et de certains renseignements erronés. Il aurait avancé qu'en 1729, 93.000 pièces de vin avaient été perdues dans le canal. Chaque bateau contenant 250 pièces, on arrivait à un total de 620 bateaux, alors que le transit le plus considérable était de 500. Et ce qui était plus concluant, c*est que les cercles des fûts avaient éclaté par suite de la sécheresse. L'accident ne saurait donc être imputable à la défectuosité du canal. Les accusations d'Amelot contre rétablissement d'entrepôts et de compagnies de charroi soi-disant instituées par la compagnie du canal étaient également fausses : les entrepôts servaient à préserver les papiers provenant d'Auvergne contre les gelées ; les charrois étaient organisés par le coche.
3. L'étang des Moutiers (Yonne, arr. Auxerre cant. Saint-Sauveur) avait été acheté en 1725 aux Bénédictins d' Auxerre ; le second était aliïttenté parla rigole de Saint- Privé. Le troisième réservoir avait une superficie de 600.000 toises.
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La navigation s'efiecfuait en deux ou quatre jours, et le coche d'eau faisait le trajet en onze ou douze heures.
Mais, quelle que fût la faiblesse de Targumentatioii ^v d'Amelot en ce qui touchait le canal de Briare, le point
^J' ' le plus défectueux de son entreprise se trouvait dans
la difficulté d'avoir un débouché commode sur la rivière d'Yonne. Il était impossible^ de Faveu des marchands de bois, de flotter et de naviguer à la fois sur l'Yonne. Aussi, les entrepreneurs avaient-ils proposé de rendre la rivière navigable. L'exécution de ce projet était des plus difficiles, étant donné les circuits de la rivière et les nombreux pertuis. D'ailleurs, les lettres patentes de juin 1719 n'autorisant pas cette entreprise, il faudrait en obtenir de nouvelles, ou creuser un canal parallèle à la rivière, ce qui serait très dispendieux ^ De plus, la rivière gelait facilement : il y aurait par suite un chômage forcé. Enfin le trajet serait plus long que par Briare, le coche mettant quatre ou cinq jours pour aller d'Auxerre à Paris. Moins rapide que celle de Bïiare, cette voie serait plus coûteuse *. Tout devait donc déterminer à repousser la demande d'Amelot. « 11 n'y a que lui qui puisse se vanter de faire un canal qui sera perpétuellement navigable, et qui n'aura besoin d'aucune réparation. Mais il ne rendra pas navigable la Loire, où la navi-
1. De Surgy à Auxerre, on comptait douze pertuis : Goulanges, Grain, Lu cy-sur- Yonne, Magny, Mailly-le-Ghâteau, le Bauchet, Mailly-la-ViUe, les Dames, Trucy, Vincelles, Bailly, les Rivets.
2. Les droits étaient équivalents à ceux payés sur le canal de Briare. Il fallait y ajouter les péages sur TYonne, évalués par muid au lieu de Tétre par poinçon^ comme sur le canal d'Orléans. Le poinçon, jauge d'Orléans, payait 1 1. 10 s. sur le canal de Briare ; 1 1. " s. sur celui du Loing ; soit 3 1. 2 s. Sur le canal de Gosne on paie ^ poinçon 1 1. 10 s. ; sur ITonne par muid 3 1. 5 s. 8 d. à Joigny ; si 3 d. à Villeneuve; 4 s. 10 d. à Pont; 6 s. 3 d. à Sens; 3 s. 7 d. à li O' tereau, soit en tout 4 1. 5 s. 8 d.
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