‹ Projets de jonction de la Loire et de l'Yonne: le canal de Cosne à ClamecyChapitre 27 sur 63 · Arch. nat., F'* 1288, n · texte numérisé non relu

Arch. nat., F'* 1288, n

64 LA JONCTION DE LA LOIRE ET DE l'yONNE

d'Abeille et tous les chiffres fournis par Amelot : on examina les évaluations concernant les divers produits exportés annuellement pour démontrer qu'il était impossible que tant de productions puissent coexister dans une aussi faible région '. On s'efforça de prouver que le prix de transit des bois serait beaucoup plus élevé par le canal que par les moyens de locomotion jusqu'alors employés, et que finalement sur 80.000 cordes de bois tirées annuellement de ces régions*, un millier seulement pourrait être avec

1. Amalot reproduisait les chiffres déjà donnés par Abeille en 1729 (Voir p. 28).

Ces chiffres, objectaient les avocats du duc d'Orléans^ étaient manifestement exagérés. Si Ton exporte 550.000 cordes par an, soit le produit de 37.000 arpents, les coupes étant aménagées à 20 ans» il faudrait une étendue de 740.000 arpents, ou à 3.000 arpents par lieue carrée 246 lieues. Que reste-t-il pour le reste? et que deviennent toutes ces exportations? la surface totale de la région étant d'environ 300 lieues carrées.

2. D'après les statistiques des marchands de Paris, on tirait annuellement 80.000 cordes de ces régions, dont 70.000 de bois flotté (60.000 venant de l'Yonne, 10.000 du Beuvron), et 10.000 de bois neuf. Des (TO.OOO cordes provenant de la vallée d'Yonne, 30.000 étaient fournies par le Morvan, et d? Montreuillon, sis à 20 lieues de Gosne et à 12 de Surgy, descendaient l*Yonne à flot, au prix de 40 s. la corde; par le canal, elles coûteraient de charroi 24 1. la corde. 30.000 venaient du Nivernais, de Montreuillon à Marigny-sur-Yonne, moyennant 30 s. qui s'élèveraient à 18 1. par la voie nouvelle. Sur les 10.000 cordes venant par le Beuvron, 6.000 provenant de Saint-Ré vérien à 8 lieues du ^nal, 2.000 de Brinon, à 6 lieues; leur charroi s'élèverait à 12 1. au lieu do 40 s. Des 2.000 restant, la moitié seulement serait tout proche du canal.

Quant aux 10.000 cordes de bois neuf venant par terre, la moitié provient de régions situées au-dessous de Surgy; il reste donc 5.000 cordes dont 3.000 de la rive droite, 2.000 de la rive gauche: ces dernières seules pourraient utiliser le canal, et la moitié en vient actuellement à Glamecy pour un prix de deux tiers inférieur à ce e coûterait le transit au canal. Donc 1.000 cordes seulement en prof raient. En résumé avec le canal, sur 70.000 cordes de débit ani il 30.000 coûteraient 24 1. la corde au lieu de 40 s. ; 30.000, 18 I. au lieu e 30 s.; 8 000 coûteraient 12 1. au lieu de 40 s.

avantage expédié par le canal. A ces considérations , il convient d'ajouter que Ton brûlait à Paris beaucoup plus de bois flotté, c'est-à-dire venant par trains, que de bois neuf, amené par bateaux, dans la proportion moyenne de 134.951 cordes de bois flotté contre 57.411 cordes de bois neuf.

Le canal ne servirait donc de débouché qu'à une très petite région, si telle était réellement la pensée d'Amelot de l'utiliser seulement pour la partie d'entre- Loire et Yonne, et encore le résultat à obtenir ne vaudrait pas un tel effort. Mais son dessein déguisé était de nuire aux canaux de Briare, du Loing et d'Orléans. Dans les deux cas il devait être condamné. Point n'était besoin de plus ample information. Il était superflu de renvoyer les parties devant le Parlement : le conseil jugerait l'affaire • Aussi le duc d'Orléans demandait-il qu'il plût à « Sa Majesté de donner acte audit suppliant de ce qu'il employé le contenu en la présente et les pièces ci-jointes, faire exécuter les lettres patentes de novembre 1719, révoquer les lettres accordées à Amelot comme surprises par un faux exposé et comme contraires à l'article 12 del'édit de mars 1679, et à l'article 15 des lettres patentes de 1719, lui défendre de construire le canal de Cosne et aucun de Loire à Seine, directement ou indirectement, ni troubler le duc d'Orléans, le tout à peine de 100.000 livres d'amende, dépens, dommages-intérêts et poursuites extraordinaires s'il y a lieu * . >

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