‹ Projets de jonction de la Loire et de l'Yonne: le canal de Cosne à ClamecyChapitre 28 sur 63 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LA CONDAMNATION d'aMELOT. — LES DERNIÈRES TENTATIVES DE REPRISE ET l' ABANDON DU PROJET.

Quelque exagération, quelque parti pris qu'il y eût dans les mémoires présentés au nom du duc d'Orléans, toutefois les critiques sur les exagérations d'Amelot, rexpo>é des difficultés de la navigation dans l'Yonne ^ de la nécessité d'établir un canal parallèle à cette rivière, les évaluations pessimistes sur le peu de trafic de la future voie fluviale, étaient des arguments sérieux qui devaient impressionner les esprits les moins prévenus. Amelot s'était mal défendu ; il n'avait pas su opposer de nouveaux arguments aux attaques de ses adversaireSjS'en tenant obstiné ment au rapport d'Abeille et au procès- verbal de Pelet. Vieux, isolé, il ne pouvait lutter ; bientôt, au moment même où la cause n'étant pas retenue en Parlement, revenait au Conseil, il mourait le 23 mars 1742 *. Avec lui disparaissait le véritable promoteur, et le chef de l'entreprise du canal de

1. Bibl, nat,, Nouveau d*Hozier, t. VIII, dossier Ame2o/, n* 15, copie d*un extrait délivré par la préfecture de la Seine en 1827, extrait des registres delà paroisse Saint-Sulpico : € Le 23 mars mil sept cent quarante-deux a été inhumé Jean-Baptiste Amelot [de la Roussille] (ajouté en interligne), ingénieur du roi, époux de Marianne Lcmoine, son épouse, âgé de soixante-huit ans, mort hier, rue de Verneuil, chez M. Chauvine, perruquier ; y ont assisté Hippolyte Amelot, et Jean- Henri lesquels ont signé... >

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Cosne. Il succombait assez à temps pour ne pas voir sombrer Tœuvre de sa vie entière.

Le 22 avril 1742, en effet, sur le rapport du contrôleur général des finances Orry, le conseil rendit son arrêt définitif.

« Le roi, y était-il dit, faisant droit sur Tinstance a ordonné et ordonne que les lettres patentes des mois de septembre 1638 et décembre 1642 concernant le canal de Briare, Tédit du mois de mars 1679 concernant le canal d'Orléans, et les lettres patentes du mois de novembre 1719 concernant le canal du Loing seront exécutées suivant leur forme et teneur, ce faisant sans avoir égard aux lettres patentes du 27 juin 1719, obtenues par le feu maréchal d'Estrées et les sieurs de Limé, Langlois, Despioch, Taillevin, Clément, Amelot, Lefranc et Bertrand pour la construction du canal de Cosne, ordonne Sa Majesté que les dites lettres paten* tes du 27 juin 1719 seront rapportées et demeureront révoquées comme contraires à celles des mois de septembre 1638 et décembre 1642, à Tédit du mois de mars 1679, et aux dites lettres patentes de ce mois de novembre 1719 ; en conséquence fait défenses aux dames, veuves et héritiers du duc feu sieur mareschal ^J d'Estrées, et aux dits de Limé, Langlois, Despioch,

Taillevin, Clément, Amelot, Lefranc et Bertrand ou leurs représentants de construire le canal de Cosne, ni de troubler directement ou indirectement M. le duc d'Orléans et les partisans du canal de Briare dans la possession et jouissance des canaux d'Orléans, Loing et Briare et des droits en dépendant, à peine de tous despens, domm^ageset intérêts*. »

î. Arch. nat, Fi* 1288, n« 8. L*arrêt fut signifié le 27 avril au î avocats des parties condamnées, et le 4 mai à la maréchale d*Ëstrées

^^v à la marquise de Gourtanveaux, à mademoiselle de Tourbes, aux sieur

Ri'''-

Il semblait bien cette fois, que ce fût la condamnation définitive du projet de jonction de la Loire et de l'Yonne ; les intérêts locaux qui en auraient pu profiter étaient peu de chose comparés à ceux des puissantes compagnies rivales des canaux de Briare, d'Orléans et du Loing. Et de fait, Amelot disparu, il ne fut plus jusqu'à la fin de l'ancien régime fait de tentative sérieuse et durable pour reprendre son dessein et l'amener à bonne fin.

Cependant le procès avait trop longtemps duré, l'affaire avait passionné trop de personnes pour que le silence se fît de suite autour d'elle. Il y eut des spéculateurs qui essayèrent d'y intéresser quelques grands personnages désireux de se mettre à la tête d'une lucrative opération.

L'im de ces derniers tout au moins nous est connu : c'est le maréchal de Saxe *. En 1747 on l'avait entretenu de l'affaire du canal de Cosne et sur sa demande

d[c Limé^ Langlois, Taillevin, Despioch, Clément, Lefranc, Bertrand, à la veuve et aux héritiers d' Amelot.

1. C'est du moins ce qui résulte de deux lettres écrites à l'intendant de Moulins {Arch, nat. F'*, 146 : Versailles, 17 février 1747). Lettre écrite au nom du contrôleur général à M. de Bernage de Vaux, lui annonçant l'envoi d'un mémoire relatif à la jonction dos rivières d'Entrains et de Druyes. Ce projet ne semblait pas porter préjudice aux canaux de Briare et de Loing, et favoriserait le débouché de quantité de marchandises, surtout des bois à brûler. L'intendant était prié à s'enquérir de la possibilité du canal, de sa longueur, du montant des dépenseSjdes indemnités à payer pour cause d'expropriation et surtout de s'informer € si la défense que l'on se propose d'insérer dans la concession, de recevoir aucunes marchandises descendant la rivière de Loire et d'Allier pourrait prévenir tout inconvénient. »Le 3 mars on lui annonçait, dans une nouvelle lettre, l'envoi des pièces concernant l'afiFaire depuis 1719 jusqu'en 1742,et d'un plan du diocèse d'Auxerre, afin qu'il pût conférer en plus ample connaissance de cause, avec la < personne qui vous a déjà été trouver de la part de M. le Maréchal de Saxe, qui paraissait s'intéresser à la réussite de ce projet. »

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une enquête fut ouverte auprès de Tintendant de Moulins, M. de Bernage de Vaux. Nous ignorons quelle suite y fut donnée, et rien ne peut nous permettre de croire que cette reprise fut poussée très loin.

Le silence se fit à nouveau, jusqu'au moment où les héf*itiers d'Amelot, gardiens des projets de cet ingénieur, crurent le moment venu de les réaliser.

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