‹ Projets de jonction de la Loire et de l'Yonne: le canal de Cosne à ClamecyChapitre 58 sur 63 · ABANDON DU PROJET · texte numérisé non relu

ABANDON DU PROJET

Cet arrêté du département de la Nièvre semblait devoir marquer un pas décisif dans la réalisation du canal, d'autant plus que d'après Fouché, les pouvoirs illimités qui lui étaient conférés donnaient à sa décision en faveur du canal, force de loi *. Soumis aux diverses municipalités intéressées, Cosne, Donzy, Entrains, Glamecy, afin qu'elles en prissent connaissance * et s'entendissent avec l'entrepreneur, on devait le transmettre à Paris, dans l'espoir que cette décision unanime de la région intéressée entraînerait la publication du décret si longtemps retardé.

Ce fut au ministre de l'Intérieur que l'arrêté du 26 août fut envoyé tout d'abord. Le ministre le transnût au Comité des Ponts et Chaussées, qui l'examina et conféra avec Frignet. Le désaccord existait surtout en ce qui concernait le dépôt préalable dans une caisse publique de 6.000.000 délivres. Les intéressés au canal prétendaient ne pouvoir immobiliser des sommes aussi importantes pendant la durée des travaux, estimée à dix ans. Le Comité des Ponts et Chaussées chargea Perronet d'examiner cette demande et de répondre au

\, Arch. mnnicip. de Cosne, Dossier du canal.;., pièces 8 et 12. 2. Sur cet arrêté et le rôle de Moineau et V Indépendance Journal j damecy, n® du 5 octobre 1901, article signé H... et intitulé En ivej'na.is^de Briareà Dijon par Clamecy ; — et Arch, municip. de osne, dossier du canal..., pièces 9, 10, 11 , 13.

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nom du Comité. Perronet * estima qu'en eflfet, la somme demandée était exagérée^ mais que les docu^ ments à lui soumis étaient insuffisants pour connaître pleinement la question; à son avis, il fallait s'en référer au rapport rédigé après examen des lieux, par un autre ingénieur, Gauthey. Quel était ce rapport? Quand avait-on ordonné cette contre-expertise ? Quel en fut le résultat ? On Tignore, et du reste, à partir de ce moment, où Frignet lui-même se plaignait de nouvelles entraves mises à l'exécution du canal *, tout ce qui concerne cette malheureuse entreprise devient de plus en plus obscur.

L'affaire occupait cependant encore l'opinion publique, car le 21 nivôse an II (11 mars 1794), le département de Paris délibérait sur ce projet et émettait le vœu que le canal de Cosne à Clamecy pour « communiquer de la Loire à ITonne et par suite à la Seine soit exécuté conformément aux plans et devis qui ont été dressés et à l'arrêté du département de la Nièvre du 4 juin 1791, en conséquence que l'ingénieur Frignet et autres soumissionnaires dénommés audit arrêté soient autorisés à en faire la construction », insistant pour que la Convention prît en considération les motifs d'utilité générale de cette construction, et décrétât les droits à percevoir sur ce canal '.

1. Perronet (Jean-Rodolphe), né en 1708, mort en février 1794, sous- ingénieur en 1736 puis ingénieur en 1737 de la généralité d'Alençon : fut mis en 1747 à la tête de Técole des Ponts et Chaussées, et. admis à rassemblée des Ponts. En 1750, il fut inspecteur général, en 1764, premier ingénièur.Membrede l'Académie d'architecture en 1757, il devint associé à l'Académie des Sciences en 1765. Il avait en 1763 reçu des lettres de noblesse. En 1791 l'Assemblée nationale lui vota, comme récompense nationale^ un traitement de 22 600 livres.

2. Archiv, mnnieip, de Cosne, dossier du Canal..., pièce 18. Lettre de Friçnet du 6 pluviôse an II (25 janvier 1794).

Z, Archives du Ministère des Travaux publics, "i^avigaiion. Canal..., pièce 18,

Cette requête laisserait croire que la Convention n'avait pas, ainsi qu'on l'a prétendu, rendu le 6 décembre 1793 (16 frimaire an H), de décret autorisant la mise à exécution du projet de canal, décret dont au reste il n'a été trouvé aucune trace. De son cAté, le vœu émis par le département de Paris demeura sans écho.

Frignet, cependant, poursuivait son œuvre ; en décembre 1794, il s'occupait encore d'une mission du canal delà Nièvre. Répondant aux administrateurs des travaux publics au sujet de travaux projetés à Granville, il faisait allusion aux occupations qui le retenaient encore en Nivernais. < Citoyens, leur écrivait-il le 14 frimaire an 111, j'ai reçu votre lettre du 12, hier au soir seulement. Je n'eus jamais d'autres ambitions que celles de remplir les obligations auxquelles je me suis engagé ; en acceptant la commission de GranviUe avec reconnaissance, je vous ai prévenu que je ne pourrais m'y rendre que lorsque notre mission du canal de la Nièvre serait terminée ; elle est au moment, puisqu'il ne reste que l'ordonnance de paiement à expédier... * » Quelle était cette mission ? Vraisemblablement de nouvelles études pour défendre son œuvre contre les rivaux soutenus et encouragés par le district d'Âuxerre. En effet, le 18 juillet 1795, il expédiait encore à Paris un mémoire comparatif des canaux de Cosne et du Nivernais, où montrant les sommes d'argent considérables déjà englouties dans cette dernière entreprise, le peu d'abondance des eaux qui l'alimentaient, et le cb6mage prolongé qui en résulterait, il défendait énergiquement le canal de Cosne et adjurait les pouvoirs compétents d'en autoriser l'exécution '.

1, Archive! Mit., F. 111736, liasse 76.

3. Arehivet da Miaislére des Tnvauio pablici. Navigation. Ga- >ul,etc..., pièce is.

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Ce fat en vain. Une fois encore le dessein d unir la Loire et TYonne échoua. A quoi faut-il attribuer cet échec? A l'opposition du district d'Auxerre et des partisans du canal du Nivernais, à une intrigue des inté- ||- ressés au canal de Briare, à un procès avec les héritiers

directs de Jean-Henry Amelot, à des difficultés matérielles et à des divergences de vues avec les marchands de bois et les entrepreneurs de flottage? Ou bien faut-il simplement y voir une nouvelle preuve du peu de faveur dont jouissent en France les entreprises de cette nature ? Toujours, est-il que l'on n'entendit plus parler de ce projet, qui devait vivifier le nord de la Nièvre, offrir un débouché aux productions de cette riche contrée, ouvrir des communications faciles entre la vallée de la Loire et celle de l'Yonne, et par suite amorcer la route fluviale qui rapprocherait un jour Nantes de Dijon et Strasbourg.

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