I. POINT
Il semble que les prédicateurs évangé* Uques ne devroient pas être réduits à la triste nécessité d'exhorter des hommes , et sur-tout des chrétiens y à aimer le Seigneur leur Dieu ; toutes les créatures , selon la pensée de S« Augustin y ne leur prêchent autre chose :
Cœlum et terra et omnia quœ in eis sunt^ éccè nndiquè mihi^dicunt ut te amem, lib. i. confes. 6. C'est un langage que tous les hommes entenlent; quiconque ne l'entend pas est inexcusable ; mais la dureté du cœur de l'homme , son aveuglement, son attachement aux choses de la terre, sont venus à un tel point, que les ministres de l'Evangile , aussi bien que le promulgateur de la loi ancienne , sont obligés de rappeler souvent le premier et le grand précepte du Seigneur. Ecoutez , Israël , disoit autrefois Moyse au peuple juif; le Seigneur liotre Dieu est le seul Seigneur : Audi , Isr riiël\ Domînus Deus noster ^ ûominus unusest, ( Beut. 6. ) Vous l'aimerez de tout votre cœur, de toute votre ame, de toutes vos forces; souvenez-vous de ce précepte ; gravez-le bien avant dans votre cœur; instruisez-en vos enfans ; 1 efléchissez-y en tout lieu et en tout temps , et ne le perdez jamais de vue: Diliges Uojuînum , etc. eruntçue t^erba hœc in corde tuo.
538 Tour le XVII. Dimanche
Jésus - Christ a renouvelé ce grand précepte, et c'est pour répandre sur la terre le feu sacré de Tamour divin qu'il s'est fait . homme , qu'il a envoyé ses Apôtres prêcher par tout l'univers. O, que je souhaite , s'écrioit-il , que tout le monde en soit embrasé ! Jgnem veni miitere in terram , et i/uid polo nisi ut accendaturf
Ouvrez vos cœurs, M. F. , et pour vous exciter à ce divin amour, pénétrez-vous des puissans motifs qui vous obligent d'aimer le Seigneur pai -dessus toutes choses, i.^ C'est le Seigneur qui vous l'ordonne en qualité de souverain législateur. 2.° Il est Dieu, et par conséquent infiniment digne détre aimé à cause de lui-même. 3.^ Il est votre Dieu, de qui vous tenez tout , qui vous prépare les plus giands biens , et dont l'amour peut seul contenter votre cœur. Quel est l'homme, pour peu qu'il lui reste de bon sens et d'équité, quel est l'homme, dis je , qui puisse résister à de telles considérations ? ( On reprendra chacune de ces subdivisions. )
Je ne m'arrêterai pas à vous prouver le précepte que Dieu a imposé a tous les hommes de l'aimer de tout leur cœur , ni à vous dé^ montrer le pouvoir suprême qu'il a, en vertu de son souverain domaine, de porter des lois et d'obliger les hommes à les garder. La raison seule suffit pour nous en instruire suf-
mprès la Pentecôte. 239
înt ; poar peu que nous fcntvions en kmémes, nous nous sentirons portés vers souverain bien qui est Dieu ; nous di* É avec S. Augustin , dans une sainte adlion: Hé, Seigneur, qui suis-je , pour IQDS me commandiez de vous aiuier, et me menacer des derniers malheurs , si ne vous aime pas ? Oui , M. F. , nous rions remercier Dieu de nous avoir fait td commandement, qui est pour nous le glorieux et le plus honorable ; cela .seul Mt suffire pour nous attacher entièrement ^ÉSdgDeur , à un maître, qui non sculc- MdC permet à ses sujets et à ses serviteurs Ahiimer , mais qui le leur comnicinde mcmc iiBU peine de mort et de mort éternelle. Car ft D'est pas ainsi que les rois et les maîtres Je la terre ont coutume d'en user envers leurs nférieurs ; ils leur ordonnent bien de les servir; ils exigent leurs hommages; mais ils cioiroient se dégrader , s'ils s*unissoient à eux parles liens d'un amour mutuel, qui, les rapprochant de leurs inférieurs, pouiroient iiminuer le respect dû à leur rang. 11 n'en st pas ainsi de vous, ô mon Dieu ! sans rien «rdre de votre grandeur , non seulement vous oulez que nous nous unissions à vous par îs liens de la plus intime amitié, mais vous ous en faites un précepte rigoureux , jusqu'à ous priver de votre ^râce et de tout droit
2^0 Pour le XVIL Dimanche à votre héritage , si nous n*avons pour vous un amour sincère , un amour de préférence qui l'emporte par-dessus tout autre amour.
Et, sur quoi, M. F. , est-il fondé; ce précepte ? D'où vient que Dieu nous commande-t-il si absolument de l'aimer , en sorte que nous ne pouvons nous soustraire à ce commandement sans encourir son indignation ? C'est que Dieu mérite par lui-même tout notre amour, et qu'il ne peut pas l'exiger. Et voici, M. F., le véritable motif pourquoi nous devons aimer Dieu. C'est qu'il est par lui-même infiniment digne d'amour. 0!
que ne puis- je vous en décrire les perfections! Mais il n'est pas donné à un homme mortel d'en parler dignement; tout ce qu'on pourroit vous en dire , vous en laisseroit une idée trop imparfaite. Tout ce que je puis faire, c'est de flécliir le genou devant cet être suprême, comme le faisoit autrefois S. Paul, pour que vous puissiez comprendre, avec tous les saints , combien Dieu est aimable à cause de ses infinies perfections.
On se servira ici de quelques passages àe l'Ecriture et des saints pères, les plus courts et les plus pressans, qui ont rapport à ce sujet, par ex. Ce que Dieu dit à Moyse, en parlant de lui - même : Ego sum gui sum»
( Exod. 3. ) Osiendam omne bonum Hbu { 1"* 34. ) Et ce que David en dit: Domine^ Deus
çirtutum y
après la Pentecôte. 2^1
fîrfufum , cuis similis tibi? ( Ps. 88. ) Non est similis tut in dits , Domina: et non est secun^ dum opéra tua. Magnus es tu , et faciens mira^ bilia: tu es Deus solus. ( 85* ) Rej: magnus super omnes Deos. ( 94- )
S. Augustin a là- dessus une belle pensée»
Les perfections de Dieu , dit-il 5 sont si grandes et si admirables , que , si tout Vu* nivers étoit rempli de livres, toutes les créa* tures autant d'écrivains , toute Teau de la mer convertie ea encre , les livres seroient plutôt remplis, les écrivains plutôt lassés, et la mer plutôt épuisée , qu'on n'auroit exprimé une seule des perfections de Dieu ; les saints qui le voient *face à face dans le ciel, et tel qu'il est en lui-même, en sont tellem^ent ravis, qu'ils sont nécessités à l'ainier; cette éclaire vision emporte nécessairement tout leur amour. Ici - bas , hélas ! il n'arrive que trop souvent que notre amour est partagé entre Dieu et les créatures ; mais si nous réfléchissions sérieusement sur ce que la foi et la religion nous apprennent, nul homme sur la terre qui refusât à Dieu la première place dans son cœur, nul homme qui y souffrît un amour contraire à Tamour divin.
Nous lisons dans Ihistoire des saints ,
qu'ils ne pouvoient s'empêcher de gémir,
lorsqu'ils considéroient que Dieu, étant par
lui-même digne de tout notre amv)ur, fû(