I. POINT
Qu'est-ce quq l'avarice? Cest un amour désordonné des richesses, un desir déréglé d'avoir des biens temporels , de Tor et de
2ta Pour le XVh Dimanche l'argent, des maisons, des héritages et al1tres^ choses de cette nature ; c'est un empressement immodéré d'acquérir ces sortes de biens, ou une attache excessive à ceux que l'on possède.
Je dis un amour déréglé; car il en ^^ un qui est permis, et c'est celui qui est renfermé dans les bornes que prescrivent la raison et la foi. En quel cas excède-t-il donc ces bornes? C'est, selon la doctrine d'un grand docteur , en deux cas particuliers ; I.® lorsqu'il faut employer des moyens injustes pour obtenir ou posséder des richesses, et même lorsqu'on met une ardeur trop forte à se les procurer, quoique par des voies justes ; 2,** lorsqu'on est trop attaché à ce qu'on a , que l'on craint de le perdre, que l'on tombe dans une tristesse excessive, quand on est obligé de s'en défaire , et que l'on s'en voit privé; il est sur-tout criminel, lorsqu'il va jusqu'à faire regarder les richesses comme l*ob]et de sa béatitude ; en un mot il est déréglé toutes les fois qu'fl fait aimer le bien au préjudice de Tamour que l'on doit avoir pour Dieu ou pour le prochain.
Telle est, M. F., la juste idée du vice que je viens combattre: par là vous pouvez connottre que des gens pauvres y sont sujets, peut-être même plus que beaucoup de
après la ' Pentecôte, 2 1 3
On peut être pauvre en effet et rid'allèction , comme au contraire on ît être riche en effet et pauvre d'esprit, tavarice se rencontre dans les difl[tîi*entes ions; elle n*y règne, hélas, qu*avec tn^ d'empire! Quelle horreur, M. F. ! quelle leÊfÊÛAe n*en devez - vous pas avoir ! Pour [tJbnspirer, considérons ce vice en lui-même dans ses effets; voyons combien il est ê£enx ; à quels péchés il conduit ; et la dfficulté qu*U y a de s* en guérir, quand OD en est dominé: trois motifs qui doivent Dons le faire craindre infiniment.
Pour prouver le premier membre de la sub • division , on rapportera quelques passages de l'Ecriture et des saints pères, et on montrer^ combien ce vice est opposé au culte qu*on doit rendre à Dieu , et combien il est contraire à Tesprit du christianisme. De tous les vices A n'en est point ou presque point dont TEcnlnre et les saints pères nous aient fait une peinture plus affreuse. Selon l'ËccIésîaste , rien n*est plus méchant : Nihii est iniquius quàin ami^re pecuniam. Selon. S. Paul , c'est une e^çèce d'idolâtrie; et selon J, C.
c'est servir le démon. A s'en tenir aux expressions des saints pères et des saints docteurs, c'est de toutes les passions la plus mauvaise; c'est la passion la plus basse, parce qu'elle s'attache au plus vil de tous
21 4 Pour h XVL Dimanche les biens, et cela au préjadice du service qu*on doit à Dieu. Os lui ont donné le nom dldolâtrie, parce qu*eD effet Tavare ressemble beaucoup à Tidolâtre; il honore, pour ainsi dire, son or, son argent, ses richesses comme une divinité.
Ici on fera la description de la conduite d'un homme attaché aux biens de la terre; ses craintes, ses inquiétudes, ses soucis continuels; il met sa confiance dans ce qu'il possède, il sacrifie à Tobjet de sa passion, non pas de Tencens ou de vils animaux »
mais sa propre ame , son esprit et son cœur; en quoi il enchérit même sur les idolâtres; il rapporte tout à cette fin , mênfie les actes' extérieurs de la religion: Dives effecius sm^ inveni idolum mhi ^ disoit un riche avare* (Osée 12. )
Faut-il après cela s'étonner si le Seigneur porte une si forte haine à ce vice, et si J. C. , en a repris si fortement les scribes et les pharisiens. On citera les malédictions qu'il a proférées contre ceux qui sont trop attachés à leurs richesses : Vœ i>obis dkiiibus* ( Luc. 6. ) On confirmera ce qu'il a dit par ce qu'il a fait. Toute sa vie a été pauvrQ il n'a rien voulu posséder en propre; il n'a cessé d'exhorter aa détachement des bieps de ce monde ; or , ceux qui ne pensent qu'à ^'ca-
après la Pentecôte. 2 1 5
hV, qni ont le cœur attaché à ce qu*ils lèdent , peuvent-Us dire qu*ils iinilcrit IC9 qu'ils ODt Tesprit de J. 0. *( Rentrez Toas mêmes, M. F, et examinez vous ïmeot aujourd'hui sur la disposition iiws êtes à l'égard des biens de ce monde.
poussera ce point de morale. ) Elle qui doit augmenter votre crainte et iur que vous devez avoir de ce vice, qu'il eu produit une infinité d'autres.
ttes comment S. Paul en parle; il l'apfifle la racine de tous les maux. Radix om" wkm mialontm est cupidifas. Ceux qui veulent Aerâiir riches, ajoute -t- il, tombent dans Jb tentation et dans les pièges du démon , dau mille désirs frivoles et nuisibles qui les phnigeat dans un abyme de malheurs et de perdition; il en est même qui se sont écartés de la foi , et qui se sont attii*és bien des diagrins. Rien d*outré , M. F. , dans le canÂre que TApôtre fait de ce vice ; Thomme qm en est possédé, sacrifie tout pour le satisfaire; il est, selon un grand pape, impie envers Dieu^ injuste et inhumain envers le prochain , cruel envers lui-même. ( On pi^uyera cette proposition par le détail des dilTérens péchés que commettent les avares. } Ce que Ton voit tous les jours dans le monde, ne le démontre que trop sensiblement: les avares sont presque sans religion, sans mi*
s 1 6 Pour le XVL Dimanche.
sérhcorde, sans charité même envers leurs plus proches parens ; ils ne craignent pas de vendre leur ame au démon, pom^ jouir pendant quelque temps d'un peu de ten^e et de boue: Hic enim et animam suam çena^ km habei : quouiam in rità sud projicit intima sua. ( Eccli. lo. )
Mais ce qui met le comble à la malice de ce vice, c'est la difficulté qu'il y a de s'en gaéi4r, lorsqu'une fois un en est dominé. L*on peut assurer que nulle passion ne conduit davantage à l'impénitence finale: c'est le sentiment des saints pères. Le propre de cette passion, disent-ils, est d'être insatiable) et de croître à mesure qu'on avance en âge; les autres I pour l'ordinaire, vieillissent avec l'homme; celle-ci loin de vieillir, semble prendre tous les jours de nouvelles forces.
Voyez un homme qui veut acquérir du bien et amasser de l'argent, à peine a-t-il acheté un héritage, qu'il jette les yeux sur le voisin. Et d'où vient que cette passion augmente de la sorte avec l'âge? C'est, i.° que l'avare espère se rendre heureux par les richesses, et comme ce qu'il a ne le satisfait point, plus il en a, plus il veut en avoir: cela vient encore de la foiblesce de l'homme, qui en avançant en âge et perdant les forces corporelles, a plus besoin des choses extérieures, s'y attache foitement, et craint
d'en
après la Pentecôte. 217
fen être privé. De là l'avare s'aveugle, et veut point se reconnoUre coupable; ou meurt sans s'accuser de son péché, ou s'en confesse sans contrition ; son cœui* tdlement affectionné au bien^ qu'il voupouvoir l'emporter avec lui. O la triste , M. F. , que celle d'un avare ! Où ira ame? Elle ira dans les enfers aussi qae celle du mauvais riche: Mortuus est , et sepuUus est in infcrno, ( Luc. 16. ) Telle fut, M. F. , la fin malheureuse de Jadas. ( On décrira les différens crimes oïl le conduisit l'amour de l'argent; on conclura ee premier point par quelques paroles frappantes 9 telles que sont celles de S. Jacques , cap. 5. Agile nunc , dmtes , et pîorate ululantes h miseriis , <fuœ adtfeniant pobis, ThesMurisastis $oUs iram ùi nomsimis diebus, )
N'aurai- je pas , M. F. , le même sort que mon divia Maître , lorsqu'il fit un discours contre le vice que je combats? L'histoire sacrée nous apprend que ses auditeurs , dont plusieurs étoient des avares, après lavoir entendu 9 portèrent l'impiété jusqu'à se moquer de lui ; Audiebant omnia hœc pharîsœiy qui erant avari^ et deridcbanl eiim.
Non , M F. , j'espère qu'il n'en sera pas ainsi ; vous suivrez , en disciples fidèles , l'avis du Sauveur , prenez garde de vous laisser aller à l'avarice : Fide'.e^ d cacheta ab omn! ara* Tome IV. K
2 1 8 Tour le XVI. Dimanche Tiiiâ. (Luc. la. ) Si vous sentez déjà quel* que atteinte d*uQ vice si odieux et si perni cieux, vous ferez tous vos efforts pour y remédier, Quels sont ces remèdes qu'on doit opposer à Tavarice ; je vais vous les exposer en peu de mots.
IL POINT
Entre plusieurs remèdes qu*on peut employer contre Tavarice 5^ je m^arrêterai à trois qui sont des plus efficaces. Le premier et le principal , est d'en retrancher la source; le second , est de réfléchir souvent sur la pauvreté de J. C. que tout chrétien doit imiter ; le troisième , est de se bien pénétrer de la vanité des richesses , des peines qui en sont inséparables , et du danger où elles mettent le salut. Renouvelez votre attention.
Le premier remède contre l'avarice , est d'en retrancher la source. Le vrai moyen de guérir une maladie , ou de la prévenir, (i^^ d'aller à la racine du mal et de Tarracher.
D'où vient l'avarice ? C'est , dit S. Grégoire le Grand, de l'ambition, c'est-à-,dire , d»
désir de s'élever, d'aggrandir sa famille, ou de la crainte excessive de manquer du nécessaire : Avarilia quandoquè oritnr ex elaiione , çuafidoçuè ex timoré, ( D sera, facile de prouver cette proposition.)
après la Pentecôte. 219
Dès que le désir de parvenir à quelque emploi distingué, ou de laisser à des enfaus UQ riche héritage , ou de leur procurer des emplois honorables , s'est emparé des pères de familles , ils sont en même' temps possédés d'un amour excessif pour augmenter leurs biens; dès que Ton craint de manquer des choses nécessaires à la vie, de ne pas se sou<tenir dans sa condition , on est attaché excessivement à ce qu'on a ; on ne croit ja* mais en avoir assez ; on se forme souvent des besoins imaginaires, on prévient des maux qui probablement n'arriveront jamais. Interrogez-vous vous-mêmes, M. F., qui m écoutez, chefs de famille , personnes âgées, riches , pauvres , et vous reconnoîtrez la vérité de ce que je vous dis. Voulez-vous donc guérir du vice détestable dont je vous parle , et vous y jeunes gens, voulez-vous vous en préserver, soyez humbles ; contentez-vous de l'état oh Dieu vous a fait naître ; dp moins modérez l'inclination naturelle que vous avez pour les honneurs du monde ; établissez- vous solidement dans la confiance en la providence divine ; persuadez -vous bien que Dieu n'abandonne jamais ceux qui le craignent ; qu'on n'a jamais vu un homme juste et ses enfans manquer du nécessaire ; le ciel et la terre périroient plutôt; car la parole de Dieu y est formelle. On citera ce qu'en dit le Psal-
320 Pour le XVL Dimanche
iniste ; Junior fui , eiênim senui , et non pî£
î jiistum dereliclum^ nec semenejus qûœrens panem.
j ( Ps. 36, ) Et c'est par là que l'Apôtre ex-
hortoit les premiers chrétiens. à fuir l'avarice: Sint mores sine ai>ariiiâ , contenti prœseniibus : ipse enim dîxit : non te deseram^ neque derelinçuàm'. ( Hœbr. i3. ) Jésus-Christ s'étoit servi du même motif: Noiife in sublime iolli: quœrite primiÈm regnum Dei^ et hœc omnia adjiciénlur pobis. ( Luc. 12. )
Ace premier remède ajoulez-en un second; la réflexion fréquente sur la pauvreté de J. C. Ah! notre amour pour le bien pourroit-il tenir contre Texlrême pauvreté de ce Dieu fait homme? On expliquera quelquesuns des principaux traits par où J. C. a fait éclater son amour pour cette vertu: Pauper in natiifitate , dit S. Bernard , pauper in vitâ^ pauperrimus in cruce. Quelle opposition entre J. C, pauvre et un chrétien avare ! Comment traitera-t-il à la mort ceux dont la conduite aura été diamétralement opposée à la sienne.
Enfin , M. F. , pour dernier remède , je vous conjure de considérer la vanité des richesses. Ce sont des biens trompeurs , incertains , fragiles , difficiles à acquérir , que l'on ne conserve qu'avec peine 9 qu'on ne quitte qu'avec regret. ( On rapportera aussi la parabole que le Sauveur prononça à l'occasion d'un homma qui vint le prier de se mêler
après la Pentecôte^ 221
d'an partage de biens; après lui avoir dit que ce n*e$t pas rabondance des biens qui fait vivre long - temps : un bomme riche , ajoute-t-il , avoit une terre 9 etc..
On finira par quelque chose de touchant.
Quelle folie , M. F. , de perdre son ame pour des choses de néant ? Quelle plus grande folie que de consumer ses jours à enrichir des héritiers toujours ingrats , au lieu de s'assurer k soi-même le plus riche des héritages qui nous est offert dans le ciel ! Ah ! chrétiens, bientôt vous mourrez; vous n'emporterez rien avec vous que vos péchés et vos bonnes œuvres; gardez- vous donc bien, vous qui possédez des richesses , d'y mettre votre cœur : Dmtiœ si affluant , noli'fg cor apponerc. (Psalm. 61. ) Pour vous que le Seigneur a fait naître dans une condition pauvre , souvenez -vous de ce que le saint homme Tobie dlsoit à son fils: répétez-le h vos enfansrNe craignez pas , mon fils ; quelque pauvre que soit notre vie, nous aurons toujours assez de bien , si , remplis de la crainte du Seigneur, nous évitons ce qu'il nous défend, et si nous pratiquons ce qu'il nous ordonne.
Concluons avec J. C, qu'il faut amasser des trésors dans le ciel , et non pas sur la terre: Nolile thesaurisare vobis ihesauros in terré, ( Matt. 6. ) Fasse le ciel, M. F. , que dès ce jour nous travaillions uniquement et sérienr
2a 2 Pour le XVI . Dimanche sèment à nous enrichir de bonnes œuvrer les riches parleurs aumônes, les pauvres (d^^ leur pauvreté patiemment sonfTerte ; qu'<H| n'entende plus parmi vous le nom de 1' rice : Ai^arîtia nec namînetur in pobîs , sicut di sanctos. Evitez-la avec autant de soin que vice opposé à la sainte pureté ; c est S. P qui vous y exhorte.
Vous avez vu combien il est funeste idi dangereux pour le salut; vous en savez iH remèdes ; suppliez J. C. , dans le saint sacrj^ fice . de vous en donner toute rhorreur qa^l mérite ; imitez sa pauvreté , autant que votNI état l'exige, afin que vous vous rendiez dignà de la récompense qu*il a promise aux pauvrd d*esprit : Beatî pauperes spirilu , quoniam ipso* rum est regnum cœlorum.
Troisième sujet. Sur V Ambition.
jL)lCEBAT ad imnlatos parabolam , infeniem quomodb prîinos accubitus eligerent. Jésus adressa cette parabole aux conviés, remarquant comment ils choisissolent les premières places.
L'instruction , que donnoit autrefois notn divin Maître à des personnes qui se trouvèrent avec lui dans un repas qu'il prit chez un pharisien , nous reganle, M. F. , aussi bien que ceux à qui elle fut adressée j et après aveu
après la Pentecôte. 2 23
>Iique les aoDées prëcédentes , les autres m que nous trouvons dans notre évan- , j'ai cru devoir vous expliquer celle-ci [fu est des plus utiles et même nécessaire ïjluieurs. ( On dira le précis de la parahàt) Qu'a prétendu J. C en parlant ainsi conviés ? Il est aisé de le connoltre. Il wiiloit guérir ceux qui étoient présens , du fioe de l'ambition ; son dessein a été d'en jiréserver tous ceux qui font profession de sa doctrine ; il savoit combien ce vice est ooinmun 9 et les ravages étonnans qu'il cause àm& tous les états , et même jusque dans les pbs TÎles conditions ; c'est ce qui l'a porté à k combattre toutes les fois qu'il en a eu roccasion.
Voyons donc en ce jour combien l'ambition est blâmable dans un chrétien y et en «piels maux elle le précipite ; instruisonsnous en même temps de la conduite que nous devons tenir à l'égard des honneurs du monde. L'ambition ou le désir déréglé de l'honneqr ^ ti*ès-opposé à l'esprit du christianisme 9 et il attire de grands maux ; c'est le premier point. Quels doivent être les sentimens et la conduite des chrétiens en ce qui regarde les honneurs ? second point.
224 Pour fe XVL Dimanche
L'AMBiTioif dont je me propose de tous entretenir aujotird*hui , n'est autre chose qu'un désir iipmodéré de l'honneur, des charges, des dignités; c'est une passion déréglée de «'élever au-dessus des autres , d'être respecté et considéré. Je dis un désir immodéré : ce qui arrive loTsque l'on souhaite ou qu'on recherche les honneurs que l'on ne mérite point, lorsqu'on ne rapporte pas à Dieu l'honueut qu'on nous rend et que nous croyons mériter; enfin il est déréglé toutes les fois que ^on poursuit les honneurs du monde avec trop d'ardeur et contre l'ordre de Dieu. Tell« est la nature du vice dont le Sauveur a Toulu nous préserver par la paraljole qu« l'Eglise nous rappelle en ce dimanche. Cetoit le vice des pharisiens , les grands ennemis de J, C ; ils afiectoient par-tout de prendre les premières places ; ilé aimoient à être salués dans les rues , à dominer sûr les autres , à marcher d'une manière fière et pompeuse»
Les disciples même de ce divin Maître n'ea furent pas exempts : c'est une chose bien surprenante , et qu'on auroit peine à croire, si l'évangile ne nous l'apprenoit, qu'ils s'étoient laissés aller jusqu'à disputer entre eux la prééminence.
après la Pentecôte»' aaS
Ovj BI. F., pour vous convaincre de l'op- ^/wsih'oQ que ce péché a avec l'esprit du chrisîaois/ne , il suffira de vous rappeler ce que }t Sauveur en a dit , et ce qu'il a fait pour itt dâruire. Toute sa vie n'a été, à proijjTjeBKQt parler, qu'un mépris continuel des imoears du monde , aussi bien que des riliesses; quoique originairement issu de la fimille royale de David , il voulut naître de .pwens obscurs stlon le monde, et passer .pour le fils d'un artisan; il demeura cache dans la petite ville de Nazareth pendant trente jos , où il n'étoit pas plus considéré que le commun des hommes ; âgé de trente ans il paroit en public. Mais pourquoi pensez-voqs <|a*il se met à prêcher , qu'il se choisit des disciples, qu'il fait des miracles ? Est - ce pour sa propre gloire et pour être honoré des peuples? Nullement , il ne cherche que la gloire de son père céleste; il refuse les honneurs que les hommes veulent lui rendre.
Cn jour qu'une multitude de gens, qu'il avoit nourris miraculeusement dans un désert , avoIt formé le dessein de le venir prendre pour la faire roi, il s'enfuit tout seul dans un lieu solitaire ; loin d'aimer à être honoré , il se p laît dans le mépris et les opprobres: vous savez tous la mort ignominieuse qu'il a voulu endurer ; il choisit exprès pour le lieu de sa mort la plus grande ville de la Judée , comme
226 Pour le Xf^L Dimanche
il avait choisi la plus petite pour sa liaissance.
Que vous dirai je de sa doctrine? Est -il an vice contre lequel il se soit plus éciié quQ contre l'ambition ou Tamour dérègle des premières places , des distinctions ? etc. Qu'en a-t-il dit au simple peuple, aux pharisiens, et spécialement à ces disciples.
On choisira dans Tévangile les discours qu'il a tenus à cesujet ; on s'arrêtera sur-tout à ce qui est à la conclusion de notre évai^ilc, aux malédictious parties contre les pharisiens vicieux, et aux menaces qui furent faites aux Apôtres y lorsqu'ils se disputoieut sur la préséance. On en tiiera des réflexions salutaires , qu'on appliquera aux .auditeurs: oa leur fera remarquer qu'ils sont dans le même €âs, et même plus coupables, puisqu'ils osent quelquefois former des disputes pour les rangs et les places jusque dans le lieu saint.
Oui , M. F.-, je vous le déclare après J. C et je vous dis en vérité: Si vous ne voas convertissez, si vous ne devenez semblables à des enfans en humilité et en simplicité, vous n'entrerez jamais dans le royaume des cieux ; puisque vou« n'àvea paint l'esprit de I. CL , vo(is ne suivrez point sa doctrine.
C'est une première raison qui devr oit suffire pour lé^rimer en vous. le diesirde rhonneuTi*
après la Pentecôte* 227
En voici une seconde qui vous convaincra davantage de la malignité de ce ^ice; ce sont les maux où il entraîne: il faudroit plus d'un discours pour en faire le détail. Les exemples que nous en trouvons dans les saintes Ecritures en sont une preuve bien sensible.
Qu'est-ce qui a perdu les anges rebelles ? Le désir de s'élever : Ascendam , je monterai , je m'élèverai, disoit le chef de ces apostats.
■Qu'est-ce qui perdit nos premiers parens? Ce fut l'ambition h laquelle ils se laissèrent aller: vous serez semblables à Dieu , dit le tentateur à là première femme. C'est ce même péché qui attira la colère de Dieu sur Coré , Dathan et Abiron , sur Salomon , sur l'infortuné Aman, sur Nabuchodonosor ; ce fut elle qui porta Hérode aux derniers excès de l'inhuraauité; c'est elle enfin , selon la remarque de S. Bernard, qui est la source de tous les vices , qui fomente tous les crimes ; c'est la rouille des vertus , la teigne qui consume peu à peu tout ce qu'il y> a de saint. Fi'/wrum origOy crîm'num fontes^ virluium œrugo , //vea sanctilafis^ Elle aveugle les cœurs , et fait les fnaladies des remèdes même. Un ambitieux est capable de tout; point d.'iniquité qu'il n'emploie pour venir à bout de ses desseins: il y sacrifie sa religion^ sa probité, et souvent même les sentimens que la nature inspire pour ses amis et ses proches» On voit les
^±S Pour le XV L Dimanche hommes , possédés de cette passion , $*exposer 'i tous les hasards , causer mille scandales , troubler toute une paroisse , souvent toute une province : c'est toujours le même père qui s'exprime ainsi. ( On fera un détail convenable à Tauditoire. )
Que dirai-je des maux que s'attire Tambitteux à lui même? O ambition, s'écrie h même père, la croix et le supplice de ceux que tu possèdes ! O ambilîo , ambientium crux ! Comment, étant si cruelle, peux-tu plaire à tout le monde, toi qtii tourmentes le plus horriblement , et qui causes tant d^inquiéludes et de chagrins? Quomodb omnes torçuens^ omnibus places ? nihil acerbiàs crucial , nihil molesiiiïs int/uiffaf. On peut appeler l'ambitieux un martyr du démon ; il ne faut pas être étonné de l'état misérable où il est réduit ; comme il résiste à Dieu, et qu'il veut s'élever contre son ordre par les voies les plus illicites , le Seigneur lui résiste à son tour ; il se plaît à le confondre et à l'humilier; il dissipe ses desseins ; il fait échouer ses entreprises ; et s'il permet qu'il parvienne à l'honneur qu'il briguoit , c'est pour le laisser tomber de plus haut, et rendre sa chute plus éclatante et plus humiliante.
On pourra confirmer ceci par quantité de passages de l'Ecriture : par ex. Scies superborum desfrusii Deus^ ( Eccli. lo. ) I^^^
(^rès la Tentecôte* zn^
œàificabuni ^ et ego destruam. ( Malach. i. ) En un mot , c*est un oracle da la vérité :
Quiconque s'élèvera, sera humilié, et en celte vie" et encore plus en l'autre : Et tu^ Capharnaum , disoit J. C. , usque ad cœlum eialtaia , usque ad infernum demergeris, ( Luc. 10. ) ( On tirera la morale de ce qu'on vient de dire. )
Avec quel soin, M. F., ne devons-nous pas éviter un vice qui aboutit au précipice le plus affreux ! Nous le devons avec d'autant plus de soin, qu'il est très-subtil, qu'il se glisse par-tout, même dans les actions les plus saintes. S. Bernard l'appelle un mal subtil, un poison secret, une peste cachée: Subtile malum^ secretum virus ^ pestis occulta. Voyons , M. F, , s'il ne s'est point déjà insinué dans nos cœurs. Pourronsnous dire comme le prophète roi : Seigneur , jusqu'à présent je ji'ai point cherché à m'élever , je n'ai point marché d'une manière pompeuse et au-dessus de moi : Domine , non est exaltafum cor meum.{Vs, io3. ) Peu de personnes parmi nous qui n'aient à se repi'ocher quelque chose sur ce point.
Travaillons donc incessamment à nous guérir de ce vice ; ôtons-en là racine qui est l'orgueil et la cupidité; apprenons quels doivent être nos sentimens et notre conduite au sujet des honneui;^*
aSo Pour le XVI. Dimanche
IL POINT
Pour prendre , à l'égard des honneurs de ce monde, des sentimens justes et chrétiens, et régler ensuite notre conduite snr les maximes de l*Evangile, il faut, i.® connoître la nature des honneurs de ce monde, leur vanité, leur brièveté; il faut ensuite en considérer les charges et en peser tous les dangers. Appliquons - nous , M* F. , à examiner ce que sont les honneurs en eux- 0iêmes, les obligations et les dangers qui les accompagnent ; alors bien loin de les estimer et de les désirer, de les rechercher, de les aimer et de nous réjouir de leur possession, nous n'aurons pour eux que. du mépris; nous les craindrons; nous les fuirons; nous ne les recevrons en quelque sorte que malgré nous ; si la providence permet que nous y soyions éfcvés, nous nous tiendrons dans une humilité continuelle, et nous ne les regarderons que comme des titres onéreux et très- périlleux pour notre salut ( On donnei*« qudique étendue à chacune de^ ces réflexions. >
Et d'abord, M. F. , qu'est ce que l'honneur après lequel on est si empressé? Ce n'est autre chose qu'un témoignage extérieur qu'on rend à quelqu'un , et une naarque de
après la Pentecôte* 2 3-1
Testîme qu'on en fait: Honor^ dit S. Tbomas, iesUficationem quamdani imporlat de excellenili alîcujus. Or, ce témoignage n'est-il pas trèssouvent purenient extérieur, feint, dissimulé? Tel nous honore au-dehors, qui nous méprise au-dedans de lui-même ; ce n'est pour l'ordinaire qu'à la place, au caractère, et non pas à la personne qu'on rend ce tribut r s'il est intérieur et réel , il suppose le mérite, et ne le donne pas: Non es sanctior ^ « laur darîsi nec vîlior ^ si vituperarîs^ dit un vieux auteur, (juod es hoc es; née ma for dicî paies ^ quàm leste Deo sis. ( De Imitatione , lib. a. cap, 6. ) Les respects que nous rendent les hommes, ainsi que leur mépris, ne nous font point autres que ce que nous sommes devant Dieu ; et souvent ce qui est grand à leurs yeuk, est abominable devant lui.
D'ailleurs, M. F, , quoi de plus court, de plus fragile, de plus inconstant que ces honneurs ? Aujourd'hui on nous respecte , et demain on nous méprise, on nous insulte.
Toujours est- il vrai que la mort mettra bientôt fin à toutes ces grandeurs humaines.
Que sont devenus ces hommes autrefois si honorés ? où sont - ils , que pensent - ils ? Ecoutez^Ies exprimer leurs sentiraens dans le livre de la Sagesse: Transterunt omiùa itkt tamquàm umbra. ( Csp. S, ) Comprenons donc «ue banne fols qu'il n'y a point ici de yvsà "^
232 Tour le XVL Dimanche honneur, d*honneur solide, que dans la pratique de la vertu ; c est en elle seule que nous devrions mettre toute notre gloire; tout le reste n'est que vaoité.
Mais si la vanité, la fragilité, la brièveté des honneurs du monde doivent nous en détacher et nous inspirer pour eux du mépris , les charges et les dangers qui en sont inséparables, doivent nous les faire craindre et refuser, autant qu'il est possible.
Ici il faudra combattre une erreur générale, qui fait que ceux qui sont élevés ailx honneurs, ne les regardent que par i:apport à eux» tandis qu'ils ne devroient les considérer que comme des charges pesantes, des ministères qui les obligent à procurer le bien de tous leurs inférieurs ; il faudra insister sur ce point important. On pourra lire le second et le troisième point du sermon de Bourdaloue sûr l'ambition, et Thomélie troisième de S. Chrysostôme sur le i. ch.
des Actes des Apôtres.
Oui, chrétiens, plus nous sommes élevés, plus nous avons de devoirs à remplir, plus nous ^courons de risques pour le salut : celte pensée doit me- remplir moi-même de frayeur plus qu'aucun de vous ; elle convient à tous ceux de la paroisse qui ont quelque dégra' d'aulorité. Que vous dirai- je des soins, des sollicitudes qu'entraînent aprèselletf ks charges
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honorables ? Des tentations continuelles auxquelles elles exposent 9 de se laisser aller à l'orgueil, d'oublier le Seigneur, de présumer de ses forces, de mépriser ses frères, de prendre ^vec eux un air de domination, de les traiter durement ? Mais ce qu'il y a de plus redoutable, c'est le compte terrible qu1l faudra rendre de ceux dont on aura été chargé* O ! M. F. , combien de grands , qui autrefois honorés, sont actuellement humiliés dans l'enfer, qu» les honneurs ont perdus, et qui peut-être seroient dans le ciel, s'il eussent vécu dans l'obscurité I
De là que conclure? Il vous est aisé de tirer les conséquences des principes que nous venons de poser, et qui sont incontestables. La providence vous veut-elle dans les honneurs ? Etes- vous élevés par votre condition au-dessus des autres? Humiliez- vous; que votre humilité soit d'autant plus profonde que vous êtes élevés davantage : Quantb magnus es , humilia te in omnibus. ( Eccli. 3. ) Ce n'est que par-là qu'on peut trouver grâce devant Dieu. Etes-vous dans un état vil et abject ? Loin de porter envie à ceux qui sont au-dessus de vous , rendez grâces au Seigneur de l'obscurité de votre naissance; ré jouissez -vous même d'avoir plus de ressemblance avec J. C. , modèle de tous les chré*tiens. Enfin , qui que nous soyions , suivons
i34 Pour le XVL Dimanche toujours et prenons pour règle de notre conduite Texcellente leçon que le Sauveur nous fait dans Tevangile de ce jour : Vade^ re^ eumbe in novissimo lovo; tenez- vous au der- ^nier rang ; clioississez , autant qu'il est en vous , la dernière place. Sur quoi S. Bernard parloit ainsi : J. C. ne nous recommande pas seulement de prendre une des dernières places 5 mais de prendre la dernière de toutes. Il o*y a rien à craindre , ajoute-t-il , en s'abaissant le plus qu'on peut ; mais pour peu qu'on s'élève, on risque toujours beaucoup.
Il en est de nous , dit-il , comme d'un homme qui passe par une porte très-basse; il n'a rien à craindre en se baissant trop; mais il se peut faire beaucoup de mal, en se baissant moins qu'il ne faut.
Quel sera, M. F., le fruit de cette pratique? C'est le Sauveur lui-même qui Ta prononcé à la fin de notre évangile : c'est la gloire véritable et solide , et pour cette vie, et pour Tautre : Qui se humiliât , exallabitur.
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XVI L dimanche après la Pentecôte.
lier sujet* Sur F Amour de Dieu.
CBS Dominum Deum luum ex tofo corde ^ik. Vous aimerez le Seigneur, etc.
[oique dans toutes nos instructions, M. F., unique but soit de vous porter à avoir •Dieu un véritable amour, et à le lui ligner par vos œuvres » il semble que le ait voulu nous obliger à vous y exen ce jour plus qu'en tout autre; c'est cette vue Cju'elle nous fait lire l'entretien le Sauveur du monde eut sur la fin de fié évangélique avec les pharisiens ennemis la loi , qui vinrent un jour lui demander , V dessein de le surprendre , quel étoit dans bVnle plus grand commandement: Ç«o/i ^5/ 9gMdafum magnum in lege? Que leur répondit ce àm Maître , qui , peu auparavant , avoit confondu les sadducéeris, hommes impies, qui nioient la résurrection des morts ? Vous aimerez le Seigneur , leur dit-il , de tout votre cœur ; c'est là le grand commandement de « loi , et le premier : Hoc est maximum et P^imum mcndufum.
Ce que les ennemis de J. C. ne lui de-
236 Pour le XVII. Dimanche mandoicnt que pour le tenter, nous devons, M. F., le lui demander souvent, et nous le demander à nous-mêmes avec un désir sincère d'obéir à sa divine>loi. Rappelons-nous souvent quel est le grand précepte; supplions le Sauveur de nous en instruire luimême , et de nous fortifier de sa grâce pour l'exécuter.
C'est en son nom , M. F. , et de sa part, que je vais vous en entretenir. Je m'attacherai uniquement à vous développer la réponse qu'il fit aux pharisiens ; elle renferme tout h là fois et les motifs qui doivent nous engager à accomplir le précepte de l'amour de Dieu , et la manière d'y satisfaire.
Le précepte de l'amour de Dieu est de tous les commandemens celui que nous devons avoir le plus à cœur: vous le verrez dans le premier point. Comment devons-nous l'observer ? ce sera le second.
C'est votre amour, ô mon Dieu! que je dois inspirer en ce jour au peuple que vous m'avez confié ; je ne puis y réussir sans le secours de votre grâce ; embrasez mon cœur de ce feu divin dont vous brûlez vous-même de toute éternité , afin que ceux qui vont m'enlendre en ressentent les célestes ardeurs.
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