II. POINT
La raisdn qui nous oblige d'aimer Dieu,
34^ Poî/r le XVÎI. Dimanche dit S. Bernard , c'est Dieu même ; et quand Aous n'aurions rien à attendre ni à craindre de lui , après cette vie, nous devrions Taimer i cause de ses infinies perfections* Raiîo dilîgendi Deum , Deus esf. La même mesure de ïîotre amour envers Dieu , c'est de l'ai- Baer sans mesure : Modus diligendî est dilîgère sine modo. Néanmoins comme le cœur de l'homme n'est pas capable d'un amour infini, le Seigneur s'est contenté de ce qui est au pouvoir d'une créature imparfaite. Ea quoi donc consiste l'amour qu'il nous ordonne ? Ecoutons notre divin Maitre s'en expliquer dans l'évangile : Vous aimerea^ le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre ame, et dé tout votre esprit.
( Il faudra prendre garde , dans l'explication de ces paroles , de ne rien dire qui puisse former de fausses consciences. On pourra
s'en tenir à celle qu'en donne S. Thomas,
prima primœ quœst. 44* ^^'t. 5. et 6. et ne pas confondre ce qui est de la perfection avec ce qui est commandé. )
Aimer de tout son cœur , selon l'interprétation d'un grand docteur, c'est rapporter à Dieu toutes nos intentions et nos affections comme à leur objet ou à Içur fin. Aimer Dieu de tout notre esprit , c'est lui soumettre toutes nos .pensées et tous nos sentimeps.
li'aimer de toute «otre ame et de toiit notre
après la Pentecôte. 2^*)
pouvoir, c'est réguler nos passions et nos désira selon sa volonté; c'est faire pour lui toutes nos actions. Ainsi • M. F. , le vrai amour de Dieu doit sacrifier à Dieu l'homme tout en-* lier, son cœur et sa volonté, son esprit et ses pensées , son ame et ses affections , ses forces et ses actions. Pour vous expliquer plus clairement ce grand précepte; l'amour de Dieu qui nous est commandé , doit être un amour de préférence, un amour de plénitude: deux caractères qui sont essentiels au vrai amour de Dieu, et sans 'lesquels il n'est que faux et apparent ( On expliquera chacun de ces caractères. )
Je dis d'abord que l'amour de Dieu doit être nu amour de préférence, c'est-à-dire, un amour en vertu duquel on préfère Dieu à toutes les créatures ; voilà le tribut essentiel par lequel Dieu veut que nous rendions hommage à la souveraineté de son être. Il ne nous commande pas absolument de l'aimer d'un amour tendre et sensible ; cette sensibilité n'est pas toujours en notre pouvoir.
Il ne nous commande pas de l'aimer d'un amour fervent jusqu'à un certain degré ; par condescendance à notre foiblesse, il n'a pas voulu nous le prescrire ; mais il exige de nous, sous peine d'une éternelle réprobation , que nous l'aimions comme Dieu, par préférence à tout ce qui n'est pas Dieu.
Remarquez bien ce terme de préférence } ce
2 48 Pour le XVIL Dimanche n'est pas une préférence vague et de pure spéculation; c'est une préférence d'action et de pratique ; ensorte que nous soyiohs disposés, mais sincèrement, à perdre tout le reste, plutôt que de consentir à perdre un moment^la grâce de Dieu : disposition tellement nécessaire, que s'il y a une seule chose au monde que nous aimions plus que Dieu, ou «autant que Dieu, une seule chose que nous ne soyions pas disposés à sacrifier plutôt que d'encqurir la disgrâce de Dieu , nous devons conclure que nous sommes prévaricateurs de la charité de Dieu, que nous ne l'aimons point , comme il nous Tordonne, que nous lui faisons outrage, et que nous commettons un crime qui va , en queKiue sorte, à la destruction de la •divinité.
Voyez la suite de cette preuve dans le premier point du sermon de Bourdaloue- Il faudra néanmoins ne se servir qu'avec grande prudence des' suppositions qu'on trouvera dans ce discours.
Voilà, chrétiens, la première qualité de l'amour de Dieu, qui nous est comman<léi examinez si vous la reconnoissez en vous; Responaeat cor çeslrum , fralres , demande S. Augustin; l'amour de Dieu tient- il dans votre cœur la place qu'il doit y occuper? Est il au-dessus de tout autre amour? Seriez-vous prêts à perdre plutôt vos biens , votre boQ'
après la Pentecôte. ^49
neur, votre vie même, que d'offenser mortellement le Scîigoeur? N'avez-vous pas une attache excessive à ce que vous possédez?
Votre cœur n^est-il pas paitagé entre Dîeu et quelque créature? Pères et mères, n*avezvous point pour vos enfans un amour que Dieu condamne, et qui est contraire à celui que vous devez avoir pour lui ? ( On suivra ce détail que l'on trouvera à la fin du premier point de Bourdaloue, )
Le second Caractère du vrai amour de Dieu, est la plénitude. La charité, dit l'Apôtre, est la plénitude de la loi : Pleniiudo legis^ est A'/fr//a*( Rome.iS. ) Que veut dire tout cela, M. F.?Qu11 faut garder tous ses commandemens, quelque difficiles qu^ils puissent être, par conséquent lui sacrifier toutes nos inclinations, tous nos désirs, lui soumettre toutes nos lumières, en captivant notre entendement; en un mot, que nous devons nous dévouer entièrement à lui, lui consacrer toutes les puissances de notre corps et de notre ame ; c'est là proprement l'aimer de tout nous-même, et tel est l'amour qu'il exige essentiellement de nous. A la vérité nous ne pouvons retnplir ce précepte dans toute sa perfection, tandis que nous sommes ici -bas, de n'est que dans le ciel que notre amour sera parfait ; mais nous devons et »ous pouvons l'accomplir, autant que la
25o Tour h XVII. OimancJie fûiblease humaine nous le permet , eo k soigneusement tout ce qui est contraO la cUarité divine, tout ce que Dieu g dérend, et eo pratiquant ce que Dieu n ordonne, sous peine d'encouiiir gnation.
Ici , M. F. , convenons qu'il y a dans 1 monde bien de l'illusion à l'eg^rd de i précepte ; chacun se flatte d'aimer Dieu; i personne qui, étant interrogé s'd a de h pour Dieu, ne re'ponde qu'il croit l'aimerM Mais hélas! combien de gens se trompest * et s'aveuglent sur ce point essfntit'l ! Combien qui confondent le faux amour de Dieu înec 1 le vrai amour; qui prennent linspirMiooi.'l qui les porte à aimer Dieu, pour l'amourj même!
On finiVa , en donnant les marques { lesquelles on peut connottre si on wait Dieu ; si on pense souvent à lui ; si on aimC ^ s'en entretenir, à en eolendre paiIer, il méditer sa parole divine; si on est touché»
lorsque Dieu est offensé, lorsqu'on cherche il lui plaire ; si on souffre volontiers les maux, etc.
-Les avez-vons,M. F,, ces marques de l'amour de Dieu? Tiembles, si, bien loia de les reconnoîlre en vous, vous vous en voyez de toutes contraires; humiliez- vooscn, gémissez- eo, et demandez iusUmuoent
après la Pentecôte* 25 1
au Seiçneur de vous remplir du feu de la charité.
Supplions ensemble J. C. durant le saint saciifîce : et travaillons incessamment à aimer véritablement un Dieu qui nous commande de Taimer, un Dieu infiniment aimable; mais aimons-le par-dessus tout autre objet et de toute retendue de nofre cœur, afin qu'après l'avoir aimé dans le temps, nous ayons le bonheur de l'aimer tous ensemble dans l'éter- Bité. Amen.
Second sujet. Sur la facilité y V utilité et la rareté de V amour de Dieu*
JjiziGns Dominum Deum iuum ex ioto corde' fuo , etc.
C'est en ce jour, M. F. , que l'Eglise nous rappelle le premier et le plus grand précepte du Seigneur, par lequel il nous commande de l'aimer, et de l'aimer de tout notre cœur,^ de tout notre esprit et de toutes nos forces.- Rien de plus juste, et rien de plus indispensable que d'obéir à cette divine loi. Je' vous en ai proposé, l'année dernière, les principaux motifs ; c'est un Dieu, le maître souverain de l'univers, qui nous l'a imposée;c'est un Dieu qili mérite par lui-même tout notice amour, qui seul le mérite tout entier ,9
aSz Pour le XVIL Dimanche et qui est, à notre égard, dune bonté io'* finie ; faudroit-il de nouveaux moûfs pour nous déterminer au précepte qu'il nous fait de l'aimer ? Qu'est ce qui pouri oit donc nous empêcher d'y satisfaire ? Seroit-ce Ta difficulté ou l'impossibilié de l'accomplir ? Ah ! si vous avez été jusqu'à présent dans cette erreur, détrompez- vous aujourd'hui ; comprenez une bonne fois combien il est facile à un chrétien d'aimer Dieu de la manière qu'il le commande : sentez en même temps les avantages que nous retirons de cet amour ; mais aussi gémissons tous ensemble de ce qu'il y a si peu de chrétiens qui aiment véritablement Dieu.
Voici donc les deux propositions qui vont partager cet entretien. Le précepte de l'amour de Dieu est très -facile et très utile à observer: e'est le premier point. Le précepte de l'amour de Dieu n'est observé que par ftèspeu de pei sonnes: c'est le second point
O esprit de charité ! mettez aujourd'hui dans ma bouche des paioles de feu , de ce feu sacré dont vous êtes la source intarissable, embrasez mon cœur et ceux de tous mes auditeurs»
Cest du Seigneur ki> même, M» F.? q"€
après la Pentecôte* 253
apprenoQS combien ce commandemeat , [il nous fait de 1 aimer , est facile à obser- \f Voici comment il s*en expliquoit à son Ae par la bouche de Moyse. (Lisez le 3o du Deutéron. ) Le précepte que je ^s aajourdhui n'est point an-Jcssus de {bs: Mandatum hoc^ quod ego prœdpiu iibi ho- \^mn suprà te est. Il n'est pas tellement éloide vous, qu*il faille le chercher à grands lis, s'élever dans le ciel^ ou traverser les pour pouvoir Taccomplir , il est tout de vous, et vous pouvez aisément j ['iwec le secours de la grâce , faire tout ce qui vous est ordonné: JNeque procul po^ dlum. Oui , M. F. , rien ne vous est plus fa- ■ cile que d'aimer Dieu; vous en conviendrez bientôt avec moi , si vous considérez attentivement le rapport que notre cœur a avec Dieu , celui que Dieu a avec nous^ et le secours qu'il nous offre pour l'armer parfaiten»Qt. Notre cœur est fait pour aimer Dieu, Diea est par lui-même le seul objet capable de contenter notre cœur , et la grâce qui nous est donnée pour nous acquitter de cette obligation d'aimer Dieu par- dessus tout, nous fait vaincre et nous adoucit même toutes les difficultés que nous y trouvons depuis la chute de notre premier père. Reprenons chacune de ces propositions.
Aucun de vous qui ne doive recevoir ua
â54 ^our le XVI L Dimanche plaisir singulier à s'instruire de ces consolantes vérite's, Cest un principe dont tous les docr teurs conviennent, que le ccfeur de Thiomme se porte naturellement à aimer le bien. Le rapport que notre cœur, pu que notre volonté a avec le bien que Tentendement lui présente, est si intime et si essentiel, que dès qu'elle Taperçoit , elle se sent portée puissamment vers cet objet ; ce qui a fait .dire à S. Augustin, que l*amour est la vie du cœur, et qu'il ne peut vivre sans lui : Vita cordîs amor est ; omninà impossibîle est ut sine amore sit cor. L'esprit est fait pour penser, la mémoire pour se ressouvenir, le cœur est fait pour aimer; c'est sa fonction capitale , c'est son repos: mais plus un objet est excellent en lui-même, ou nous paroît excellcnl , plus il e^t digne d'amour; nous aimons plus, à proportion que nous découvrons plus ou moins de mérite dans les sujets auxquels nous donnons notre cœur.
Il faudra rendre sensible cette idée de Tamour en général , par quelques comparaisons prises de l'amour qu'on a pour les richesses, pour quelques personnes, prenant garde ce^ pendant de ne rien dire qui puisse choquer les oreilles chastes.
Cela supposé, je dis que nous trouvons dans notre cœur un penchant , une inclination , un mouvement continuel qui nous porte vers
après la Pentecôte* 2 55
comme vers le seul objet qui puisse le iter , de manière que dans les accidens fvas qui viennent troubler notre cœur , réclamons d'abord la divinité , et nous toute notre ressource dans celte souveraine , qui peut nous sauver des oh nous nous trouvons , et nous ctre )rable lorsque tout nous est contraire : en imot , notre cœur n'est créé(jue pour aimer souverain bien , et , selon la belle penifedeS. Augustin, il est toujours dans l'in- * ^nétude , lorsqu'il est privé de cet am )ur. fi pourquoi ceh? C'est à cause du rapport ipe nous avons avec Dieu. Créés que nous Rmunes \ son image, aucune créature ne peut remplir le vide et la capacité de notre cœur; «û lui seul nous trouvons l'objet qui peut nous rendre heureux ; hors do lui, quoi que nous puissions aimer , il nous manque toujours quelque chose , puisque toutes les créâmes sont essentiellemeht bornées, et par coDséquent imparfaites ; ainsi il nous re^te çoeJque chose à désirer ; notre ame ne peut fti-e satisfaite ; mais dès que nous nous portons à Dieu, que nous nous unissons k lui par Tamour, que nous nous y attachons comme à notre dernièie fin, nous goûtons le repos que nous avons cherché inutilement ailleui's. Eh ! comment notre ame ne seroitdle pas contente , Ioi*squ'elIe aime véritable-
256 Tour le XVIL Dinumche ment Dieu? Ne renferme-t-il pas toutes les perfections qtii nous charment dans les créatures? Ne les possède-t-il pas dans un degré ëminent^et sansinélange du moindre défaut?
On pourra insérer ici quelques saintes af« fections tirées des ouvrages de piété , ou plutôt de son propre cœur: par ex. Eh !
Seigneur, qui aimerai-je si ce n*est vous ?
Qui est plus capable que vous d'attirer tout mon amour? Je suis fait pour vous aimer, et vous pouvez seul remplir le vide de mon cœur. Oui, je vous aimerai: je n'aimerai rien que pour vous, rien qu'en vous: Domine ^ tu sets ijuia ame le. C'est en vain que je cherchei ois hors de vous quelque Autre objet; leur possession ne me causeroit que de Tinquiétude, c'est en vous seul que je puis établir mon bonheur et ma joie : Immî (^uem dilfgit anima mea ; tenui eum , nec dimittam. ( Cant 3. )
Comment t M. F. , pourrions-nous trouver de la difficulté à aimer Dieu? D'où pourroitelle naître ?Ce n'est pas de sa part; il n'a rien que d'aimable, de quelque côté qu'on le considère ; ce ne peut donc être que de la part de nos passions qui nous entraînent vers les objets créés; mais la grâce nous facilite la victoire du penchant qui nous y porte ; c^est comme un charme secret qui fait disparoître toute la' peine qui s'y rencontre, grâce que
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le Seigneur nous oflTre, et qu'il ne tient qu*à nous d'obtenir.
On pourra mettre ici un détail pour ceu3C qui ont de fortes attaches à quelques personnes , ou aux biens terrestres. On leur proposera de faire la prière de saint Augustin avant sa conversion , pour rompre les chaincs qui les tiennent attachés aux créatures.
Et s'il vous faut, M. F. , un second motif pour vous engager à vaincre cette difficulté, faites attention aux avantages inestimables qui accompagnent l'amour divin. Il faudroit plus d'un discours pour vous les expliquer; [e me réserve a vous en parler plus ^u long dans la suite. Tous les biens viennent avec lui ; dès que nous aimons Dieu , noas sommes véritablement riches, quelque pauvres que nous prissions être d'ailleurs; comme au contraire nous sommes très-m'sérables , lorsque l'amour de Dieu ne règne pas dans nos cœurs, quelque heureux que nous soyions selon le monde:
le véritable honneur, la joie la plus pure, les richesses les plus solides en sont les fruits; bien plus , J. C. nous assure que, dès que nous aimons véritablement .Dieu , nous devenons, pour ainsi dire, une même chose avec lui; la sainte Trinité habite en nous d'une ma-? nière particulière, et y réside comme dans S^n temple : Ad eum peniemus , et mamionem .
apud eum faciemus* (, Joan. i4- )
258 Pour h XVIL Pîmanche
Qu'y a-t-il donc, M. F., de plus désirable que Tamour de Dieu ? Ne devrions-nous pas faire sans cesse la prière d un grand saint: Seigneur, donnez-moi votre amour, et je serai assez riche ; je ne vous demande rien autre chose: Amorem iuum solûm mihi àones ; nec ulirà aliud posco. ( S. Ign. )
Qui ne croiroit , après tout ce que nous venons de dire, que l'amour de Dieu ne régnât dans le cœur de tous les hommes, et sur-tout des chrétiens , puisque non seulement Dieu le leur commande ; mais encore rien lie leur est plus facile : néanmoins je le dis en gémissant, et il n'est que ti'op vrai; cet amour , ce véritable amour de Dieu est extrêmement rare; écoutez -en la preuve , et voyez si cette proposition ne se vérifie pas en vous;^ nous allons l'examiner dans le st^ cond point.
Vous êtes peut-être surpris, M. F., en entendant dire que l'amour de Dieu est trèsrare , même parmi les chrétiens ; il n'est cependant que trop vrai , et plût à Diçu que nous eussions moins de raisons de nous convaincre de cette triste vérité ? Presque tous disent qu'ils aiment Dieu de tout leur cœur; mais dans la plupart la conduite dément leur
après ?'i petiiec&fe. 209
voulez-voQ5 une preuve sensible, quoi consiste l'umour de Difu.
est le priiférer k toutes choses; îosé \l. tout souffrir', h tout lonner même sa vie , plutôt que .limer Dieu, c'est lui , chiîicher sa gloire , jiar lensiUle aux outrages qu'on accomplir sa volotilé , être îilence , et travailler à le servir par les autres ; aimer Dieu , c'est !r souvent à lui , c'est lui rapporter ses is, désirer de le voir; aimer Dieu, c'est ce qui lui appartient , par conse'qnent ï pratiquer les exercices de la religion , ^Dter sa divine parole, c'est aimer l'Eglise ^ est son épouse ; enfin , aimer Dieu, c'est le prochain ; car comment , dit S.
Jean, celui qui n'aime pas le prochain, qu'il 'oit, aimera-t-il Dieu fm'il ne voit pas?
Or, M. F., est-ce ainsi que la plupart (iffl hommes et même des chrétiens, aiment fe St'igneur ? On reprendra par ordre chacun: fc articles qu'ton a indiqués.
i.*" Plusieurs ne s'exposent- ils pas tous les joars à perdre la grâce , et ne la perdentils pas en effet pour un vil intérêt , pour ^elques pieds de terre , pour un vain point d'honneur, pour un plaisjr brutal , pour une amitié' criminelle? Est- ce donc là préférer Dieu à ioatcs cUosa ?
26o Pour le XVII. Dimanche
a.o Se trouve t-il beaucoup de chrétiens qui soient sensibles à la gloire et aux intérêts de Dieu? On ne voit, on n'eotend parler que de scandale ; où sont ceux qui s'y opposent ? Nous attaque-t-on, ou quelquesuns de nos proches ou de nos amis, notre zèle s*enflanime : s'agitil des outrages faits au Seigfieur , nous sommes tranquilles. Est-ce doue là aimer Dieu plus que nous-mêmes?
Est-ce là avoir pour lui un amour qu'on appelle de bienveillance ?
3.^ Où sont les chrétiens qui aiment à penser à Dieu, à s'en occuper, à lui offrir leur travail et leurs peines ; qui se font un plaisir de le servir et de pratiquer les exercices de la religion? Où sont ceux qui souffrent volontiers pour son amour tout ce qui leur arrive de fâcheux , qui sont soumis à toutes les dispositions de sa providence ?
4*^ Est - il rien de plus rare que la cha-r rite chrétienne qui nous fait aimer le pi*ochain en vue de Dieu? Que d'inimitiés, de procès , de disputes , etc.
Disons plutôt, M. F., qu'il n'est rien de plus commun que l'amour ([u'on a pour le blonde , pour les choses du monde , pour soi - même ; c'est à cela qu'on rapporte toutes ^es affections, ses discours, ses travaux*
On fera i;in détail et une application > o^
après la Pentecôte* 261
pressera les auditeurs de rentrer dans leur propre cœur ; on fera usage de ce beau passage de S. Chrysostôme; Ne mthi dlcas-i Diligo Deum etiam plust/uàm ine ipsum\ verba sunt isla; ostende ipsis operibun Ne me dites point; J'aime Dieu 9 et je Taime plus que moi-même ; ce sont là des paroles ; faites voir cet amour par vos actions. Si vous Taimez . plus que vous-mêmes , montrez que vous Vaimez plus que votre argent , et alor^ je vous croirai; mais comme vous ne renoncez pas à vos plus petits intérêts pour Tamour de Dieu, comment puis-je croire que vous Vaimez plus que vous-mêmes ?
Concluons cet- entretien , et convenons qu'un très-grand nombre de chrétiens se trompent eux-mêmes, en se persuadant qu'ils aiment véritablement Dieu , tandis qu'ils n*ont pour lui qu'un amour faux et apparent, un amour superficiel, un amour qui n'est que dans leur bouche, et non dans leur cœur.
Fasse le ciel que ce que vous venez d'enteûdre , serve à vous embraser tous de l'amour de Dieu, tel qu'il nous est comiTiandé, que vous y viviez, et que vous y persévériez jusqu'à la mort, il sera un gage assuré de l'immoitalité.<
aGa Pour le XVIIL Dimanche
Le XVIIL dimanche après la Pentecôte.
Premier sujet. Sur la paresse dans les exercices spirituels*
IléCCE offerehanf eî paraîyficum jacenfem in kcto. On présenta à Jésus un paralytique étendu sur son lit. Maith, 9.
Nous lisons en ce jaur , M. F. , un miracle des plus éclatans et en même temps des plus instructifs que le Sauveur ait opérés durant sa vie évangélique. Etant venu à Capliarnaûm , ville de Gallilée , qui fut le séjour ordinaire de ses prédications, entre un grand nombre de malades qu'il guérit, il y en eut un dont la guérison est racontée plus en détail ; c'est celle d'un paralytique si perclus de tous ses membres, que, ne pouvant se remuer , quatre personnes le portèrent étendu sur un lit , pour le présenter au Sauveur.
Leur foi le toucha si fort, qu'il guérit le malade à Tinstant si parfaitement , qu'il eut assez de force pour prendre le lit sur lequel il étoit étendu , et l'emporter en sa maison.
Remarquez , chrétiens , ce qui engage l'Eglise à nous proposer aujourd'hui cette guérison miraculeuse : après nous avoir fxns
après la Pentecôte. 263
devant les yeux , dimanche dernier , le grand précepte de l'amour de Dieu que J. C. a renouvelé ; comme elle sait que nous nous relâchons insensD^lement , que nous tombons dans la négligence , ( la langueur est une espèce de léthargie ou paialysie spirituelle) elle veut aujourd'hui nous ranimer, nous soutenir dans la ferveur de la charité , et guérir ceux d'entre nous qui auroient eu le malheur de tomber dans le vice de la paresse, qui nous est représenté par la maladie de cet ho aime dont il est parlé dans notre évangile.
Appliquez-vous, M. F. , à ce que je me propose de vous dire sur cette maladie de Tame, que l'on nomme la paresse. Je vous expliquerai d'abord ce que l'on entend par le vice de la paresse, et quelle est la grandeur ' de ce mal. Je vous instruirai ensuite, en parcourant notre évangile, des remèdes que l'on doit prendre . pour s'en guérir : la maladie et les remèdes de la paresse feront le sujet de cet entretien.
Souffrez , divin Sauveur, que je vous présente tous les paralytiques de cette paroisse, qui sont bien plus dignes dtt compassion que celui que vous guérites à Capharnaiim; disposez-les à profiter de la divine parole : faites par votre grâce, que tous s'en retournent de cette église parfaitement guéris, et remplit, de ferveur dans votre service.
264 Pour le XVIII . Dimanche '
L POINT
La paresse dont nous parlons ici, n'est pas précisément la négligence à travailler; c'est, selon S, Thomas et'les maîtres de la vie spirituelle, un ennui et un engourdissement de Tame en ce qui regarde les exercices spirituels ; autrement c'est un dégoût de la vertu, accompagné d'une grande négligence à s'instruire et à s'acquitter de ses devoiis, par la difficulté qu'on y trouve et qu'on n'a pas le courage de stirmonter.
QuQÎcme les exercices de dévotion soient en eux-mêmes très-consolans et très-agrcables ; quoique la vertu n'ait rien que d'aimable, néanmoins la misère de notre nature, gâtée par le péché d'origine et par nos fautes personnelles, nous y fait trouver dé la peine et un sujet d'afilîction et de tristesse; c'est dans cette tristesse ou ennui du bien spirituel et du service divin, que consiste le vice de la paresse ; vice très - commun ^ et néanmoins peu connu , que presque personne ne se reproche, qui est cependant très-blâmable en lui-même , et dont les suites sont des plus mauvaises , Acedia , dit S. Thomas , est duplkiter mala , et secundùm se , et secundùm effectum.
On étendra ces subdivijions. i.** Elle est
blâmable
(tprès la Pentecôte. 16 5 ^
blâmable en elle-même ; puisqu'elle est directement contraire à l*amour que nous devons avoir pour Dieu; amour qui doit nous inspirer du goût pour la piété , et une sainte joie en ce qui regarde le service de Dieu.
Or , le propre de la paresse est de dégoûter des pratiques de dévotion , et de s'attrister des actes de religion que Dieu nous ordonne par lui-même ou par l'Eglise.
( Ici on fera le portrait d'un paresseux. ) C'est une personne qui ne s'acquitte qu'avec répugnance de ses prières journalières, qui se fait un monstre de Taccomplissement des préceptes que Dieu nous a imposés , soit pour la sanctification des fêtes et le sacrifice que nous lui devons faire de notre cœur , soit pour l'obligation d'aimer le prochain, d'obéir à nos supérieurs , de garder la loi d'abstinence et du jeûne ; en un mot , c'est un ûomme pour qui le joug de l'Evangile est insupportable ; pour les choses du monde, il s'y porte avec empressement, elles font le sujet de sa joie; pour les choses de Dieu, d est tout de glace , elles sont pour lui une espèce de supplice. Jugez, M. F., combien une telle disposition est ennemie de la charité, combien elle déplaît à Dieu ; aussi l'Apôtre S. Paul déclare- t-il qu'elle donne la Rïort à lame ; Sœculi iristUia mariem operatur. C a. Cor. 7. )