I. POINT
Rien de plus incontestable que le précepte de la charité fraternelle; vous en êtes déjà pleinement persuadés ; vous ne doutez point qu'en vertu de ce commandement , nous ne soyions obligés de rendre à notre prochain les mêmes services que nous voudrions raisonnablcmentenrecevoir,sinous nous trou^ vions dans les mêmes circonstances. Or , M. F. , en quel temps et ^pn quelles circons
288 Tour le XVHL Dimanche tances a-t-on plus besoin d'être soulagé, que ' dans le temps de la maladie , sar-tont lors-* qu'elle est dangereuse ? Non , ce n'est point ici une œuvre de surérogation , ce n'est point une de ces pratiques du christianisme, qui quoique bonnes , peuvent être omises sans grande conséquence ; c'est un vrai précepte marqué formellement dans l'évangile ; précepte confirmé par l'exemple de J. C. , à l'obser- Tance duquel sont attachés les plus précieux avantages , et dont la transgression a les effets les plus funestes, et par rapport aux malades , et par rapport à ceux qui devroient lès soulager.
On expliquera ces subdivisions. Ne négligez pas , nous dit l'Esprit saint dans le liv. de l'Ecclésiastique, chap. 7. ne négligez pas de visiter vos frères dans l'infirmité : JSon te pigeât visitare înfirmum : consolez-les, aidezles à supporter la maladie, dont ils sont affligés; gardez-vous bien de les abandonner; s'ils venoient à périr par votre faute, je vous ferois rendre compte de leur sang.
Mais J. C. , dans la loi nouvelle , nous l'a marqué d'une manière plus expresse et plus propre à faire impression sur nous. La parabole de ce misérable qui étoit tombé entre les mains des voleurs sur le chemin de Jéricho , en est une preuve manifeste ; il suffit de faire attention à la réponse du Sauveur :
après la Pentecôte* 2
Quis hûrum trium videfur iihi proximus fuisse illi {jui incidit in lairones ? At ille dixit : Qui fecit misericordiam in illum* Et ait illi Jésus : Vade ^ et tu foc slmiliter. (Luc. 10.) Et que doiton en conclure ? Que ceux qui pouvant aller auprès des misérables , et sur- tout des pauvres y négligent de le faire, ne remplissent point le précepte de la charité , puisquiis manquent de miséricorde.
Ici on comparera l'état des malades avec celui des personnes affligées; piirex, des orphelins , des veuves, etc. On montrera, que si c'est manquer de religion de ne pas les visiter dans leurs tribulations, ainsi que Tassure S. Jacques, c'est aussi pécher contre l'esprit du christianisme, que de négliger le soin de tous les malades quels qu'ils soient ; combien plus doit - on l'exercer envers ses proches , envers ceux dont on tient la vie , envers ses voisins , et principalement envers les pauvres ? Quelle ingratitude, quelle insensibiÛté , quelle inhumanité même dans des enfans, des époux, etc. de délaisser un père, une mère , une épouse ! dureté , inhumanité qui n'est cependant que trop commune , et dont nous avons nous-mêmes été les tristes témoins. Le dirai* je , et l'enténdrez-vous sans horreur ? On a plus soin d'un vil animal dont la vie est en danger , que d'un enfunt, d'uq père , d'une 2ome IF. ]>ï
tgo l'our le XVIIL Dimcmche mère , qui sont avancés en âge ; et qu'une longue maladie tient depuis long-temps dans un lit. Que ne fait - on pa» pour conserver nn animal , pour lui procurer la guérison ?
Visites fréquentes, veilles, dépenses , voyages, rien n*est épargné: faut-il procurer quelque soulagement à un cb rétien , à une ame rachetée du sang d*un Dieu? faut-il pourvoir à son salut , lui faire recevoir les sacremëm? on use de délai; on craint les moindres dépenses ; on attend à l'extrémité pour appeler un confesseur; et on est souvent cause qu'un malade est privé des sacremens , ou quil les reçoit sans disposition.
Le pasteur ajoutera quelques traits frappans que son expérience lui aura appris ; il 5*en servira avec la prudence convenable.
Eh , M. F. 9 oit est donc la charité que nous devons avoir les uns pour les autres?
Où est la soumission que nous devons à J. C , et à la loi qu*il a faite , d'exercer la miséricorde? Diions-nous qu'elle est trop dif- £cile à observer? Ah ! son exemple doit suffire pour confondre tous ceux qui refuseront de l'accomplir. Sa maxime a toujours été de pratiquer avant que d'enseigner; c'est spe'cialement en ce point, je veux dire à l'égard des -malades, qu'il nous a donné l'exemple.
Qu'est-il venu faire dans le monde? II est venu visiter les hommes que le péché d'A*
»près la Pentecôte* 291
dain avoit réduits à l'état le plus misérablei Visitavit nos ariens ex aitê ; il a déclaré luimême qu'il était veau guérir les iufiraies ; il a pris la qualité d« médecin , il en a exercé l'office de la manière la plus charitable^ Non Cgent , qui sani sunt , medico , sed qui malè ha" beat , ( Luc. 5. ) répondit-il un jour à ceux qui se scandalisûi^nt de ses œuvres de misé-ricorde.
Ce n'étoit pas seulement aux maladies de l*ame qu'il clierclioit à pourvoir , c'étoit aus^ à celles du corps. Qui pourroit n'être pa5 édifié de le voir visiter un pauvre serviteur qui étoit malade ! Veniam^ et curabo eutn»
(Matth. 8.) '
L'Evangéliste rapporte qu'il parcouroit les villes et les bourgades, guérissant toutes sortes d'infirmités : Circuibat Jésus omnes civllaies et casiella 9 curons omnem languorem , et omnem infirmîlaïem. Tantôt c'est la belle-mère de S.
Pierre, qui étoit travaillée d'une fièvre violente , et qu'il guérit en un moment ; tantôP c'est une pauvre femme qui , depuis dix-huit ans, étoit dans l'état le plus triste; ici cest un paralytique; la ce sont des aveugles; partout il faisoit éclater sa charité envers les ;nalades ; on les lui apportoit de toute part y et uul qui n'aft senti les efiets de sa bonté» Serions-nous , M« F., de vrais disciples de ce Dieu'liomme , si , biea IqIu d'^sisier noire
xg2 Pour le XVIIL Dimanche prochain dans ^ses maladies 9 no js Tabanclonnions ? A quoi ne devrions-nous pas nous at« teadre? Ah! c*est ici que nous devons nous exciter à cette œuvre de miséricorde, sans que rien puisse nous la faire omettre. Ce devoir est si indispensable • que J. C. en a fait dépendre le salut ou la damnation , la prédes^ ti.iation ou la réprobation des hommes.
Que dira- 1 - il au dernier jugement ? Sur quoi sera fondé l'arréf qu'il prononcera?
n^est-ce pas sur l'omission ou la pratique des œuvres de miséricorde , et en particulier de celle-ci? Venez, dira-t-il aux élus , vous qui êtes les bénis de mon Père , parce que j*ai été malade , et vous m'avez visité ; retii^ez-voas de moi, dira-t-il ^aux réprouvés , parce que j*ai été malade , et vous ne m*avez pas visité. Est - ce doue que la prédestination oa le bonheur des chrétiens dépend uniquement de la visite des malades, et des autres oeuvres de charité? Non, répond S. Augustin , et il «e peut faire, absolument parlant, qu'avec elle un chrétien meure dans la disgrâce de Dieu* D'où vient donc, continue ce père, que Dieu dans le dernier jugement n*appuiera son arrêt que sur la pratique et l'omission des œuvres charitables? Ahl répond ce même . père, c'est qite dans le coui*s ordinaire de la providence^ les chrétiens charitables ne tombent jamais dans le malheur d'une mort
après la Pentecôte* 2g3
impénitente ; Dieu ne permet pas qu'ils soient surpris dans leui^ péchés, ni retirés de ce inonde avant de s'être purifiés , au lieu qu'il abandonne les chrétiens impitoyables qui ont été sans miséricorde pour leur prochain.
Peut-être direz- vous , que si vous négligez le soin des malades , vous pratiquez quelq^ies autres oeuvres de miséricorde. Mais, M. F. , ignorez vous que jamais, ou presque jamais, la miséricorde n'est mieux exercée; qu'elle n'est même en nulle autre circonstance plus indispensable ni de plus grande conséquence, que dans le temps de la maladie ? N'est-ce pas alors qu'il s'agit de décider du sort éternel/ N'est-ce pas du bon ou du mauvais usage de la maladie , que dépend le salut, et spé* cialement de la manière dont on est assisté dans ces derniers momens? A tout autre mal il y a remède , mais à une mauvaise mort il n'y en a point.
n va donc en ceci , M. F. , de l'intérêt essentiel du prochain y aussi bien que du notre ; soyons sûrs que , si nous prenons soin des malades , on prendra soin de nous dans les maladies qu'il plaira h Dieu de nous envoyer ; nous pratiquerons , durant notre vie , une infinité de bonnes oeuvres ; nous nous affermirons dans l'amour de Dieu et du prochain , et nous nous disposerons à une mort heureuse ; J. €• tiendra fait à lui-même ce
394 ^our le XVIIL Bimanehe que nous aurons fait au moindre de nos frères^ Qiianiiù fecistis uni ex his fratribus nuis minimisa mihi fecistis. ( Mat th. 25. )
Avant de passeï' au second point, on fera aux auditeurs l'application de ce point dé morale , que Ton vient d'établir , et on leur demandera ce qu'ils en pensent , ce qu'ils en ont pensé jusqu'à présent , et quelle a été leur conduite à cet égard dans les cas particuliers qui se sont présentés.
Sentez, leur dira-t-on, toute Texcellence, aussi bien que la nécessité et les avantages de cet acte de charité ; portez-vous-y avec une forte ardeur r Non te pi^eat çisitare infirmnm ; ex his enim in diïedîone firmaberis.
Mnis comment faut-il remplir ce devoir dé charité ? Je vais vous en instruire , en peu de mots, dans le second point.
IL POINT
Novjs avons deux sortes de devoirs à remplir par rapport aux malades ; les uns à l'égard du corps, les autres à l'égard de Tame; les uns dans les infirmités halDituelles et communes , les autres dans les maladies pressantes et dangereuses; les uns par rapport à ceux avec qui nous vivons et à qui nous Sommes unis par les liens de la* nature, le« autres à l'égard de tous nos frères chréliéni
après la Pentecôte* spS
On reprendra ce de'tail ; on montrera le soin que nous devons avoir des malades , en ce qui regarde le corps 9 qui est de lui pro-» curer le soulagement qu'il peut raisonnable* ment exiger , une nourriture convenable , le secours des médecins ^ et les autres' assistances dont un malade a besoin ; manquer de les lui procurer , c*est commettre une faute plus ou moins grande, selon la qualité de la personne et de la maladie.
Les devoirs , par rapport à Tame , consistent à consoler le malade , k lui donner des avis salutaires selon son âge et son état, à le faire penser à son salut , et à ne rien négliger pour lui procurer le salut de son
ame, s*il a le malheur d'être en péché mortel ; enfin , à le faire entrer dans les vues
de Dieu, qui ne l'afflige que pour sa sanctification: mais plus la maladie est pressante et dangereuse, plus le malade est tourmenté, pkis la charité chrétienne doit redoubler , pour multiplier les. secours corporels et spi^ rituels.
Il est des maladies qui demandent une sin* gulière patience , et de la part de ceux qui en sont attaqués , et de la part, de ceux qui gouvernent les «malades ; telles que sont les infirmités de plusieurs années 5 les foiblesses d*esprit , des maux dégoûtans, contagieux et capables de mettre la patience k la plus rude
.2g6 Sourie XVIIL Dimanche épreuve: quelle force ne faut-il pas avoîr^ pour rendre constamment ses services à des personnes ainsi affligées ! On le doit néanmoins ; car la charité ^ dit T Apôtre , supporte tout 9 elle ne se rebute famais, eHe n'excepte personne , elle s'étend à tous indifféremment ; étrangers, inconnus, ennem^^ compatriotes , voisins , amis , elle embrasse tous les hommes, parce qu*elle considère en eux J. C. dont ils représentent en quelque façon la personne.
Il faut C3peudant avouer qn*il est certains cas , certaines personnes qui exigent des soins plus assidus , et des charités persévérantes; telles sont les personnes qui nous sont unies par les liens du sang , et les pauvres qui manquent du nécessaire , et qui n*ont personne pour les assister. Ceci vous regard* particulièrement , enfans de famille ; gardezvous bien de délaisser vos parens dans le temps de leurs maladies; c'est aloi^ que vous devez accomplir mieux que jamais le commandement du Seigneur, qui vous ordonne de les honorer et de les aiinen Or, comment y satisferez-vous ? En lés traitant comme vous voudriez être traités vous-mêmes^ si vous étiez à leur place ; en leur faisant part du peu de bien que vous avez , quand vous ne le tiendriez pas d'eux. Sachez que c'est un crime qui crie vengeance contre le
après la Pentecôte. 297
oel; de laisser souffrir ceux de qui on a ïvçtt la vie, sous le faux prétexte qu'on n*en % reçu que très-peu de l>iens temporels. Eli , It-F. 9 si 9 selon saint Jean, quiconque ayant «tn biens de ce monde , et voyant son frère tlni Je besoin , ferme ses entrailles à son ^prd; si , dis-je, il est privé de T.imour de IKea, comment celui-là pourroit-il se glorifier d'aimer Dieu 5 qui voyant un père ^ une mère prives des choses nécessaires , couchés sur 11D lit de douleur 9 ne daigneroit pas les ▼îsîter ou leur refuseroit son assistance ?
Qitomodb chantas Dei manet in eo? {i, Joan. 3.)
Cette charité doit paroi tre principalement dans l'attention qu'il faut avoir à les préparer de bonne heure à recevoir les sacremens del'Eglise 9 à ne rien faire qui puisse les inquiéter , les chagriner et leur ôter cette paix du cœur, cette tranquillité si nécessaire pour Ynettre ordre à leur conscience, et profiter des derniers moraens de la vie , de ces momens critiques et décisifs du sort éternel.
Ici on déplorera l'abus qui n'est que trop^ commun 9 d'avertir trop tard les pasteurs pour l'administration des sacremens. On représentera avec force rinhunianité de certainiî. enfans , qui plus occupés de leurs intérêts temporels que de l'intérêt éternel de leurs parens , songent plutôt à faire faire aii; malade un testament eu leur faveur, qvi'è^
298 Pour le XVIlî. Dimanche les portera une bonne ^ confession ; qui 9 sans attendre qu'ils aient expiré, ou plutôt impatiens de se voir en possession de leurs h(!ritages , s*en saisissent avant leur mort j et se les disputent quelquefois en leur prér sence.
Où est la foi de ces chrétiens , et quel compte n*auroat'ils pas à rendre , si, par leur négligence et leur cupidité , un père 9 une mère , ou quelque autre parent vient à périr ? Gardez-vous, M^ F. , de donner dans un désordre si criant ; regardes comme un de vos principaux devoirs , le soin des malades et particulièrement de ceux de votre famille; Filî ^ suscipe senectam patris fuij et nom conirisies evm in i>ild ilîius : et si defecerit sensu , venîam ia^ etc. ( EccU. î. ) Lisez ce chapitre. On donnera Teisplication de ce beau passage, qui contient en même temps une ex* hortation puissante au soin des parens affligés , malades ou avancés en âge^ on finira, en recommandant à tous les auditeurs ^de se signaler dans la suite par leurs visites aux pauvres malades de la paroisse. S^il y a dans le lieu une confrérie des Dames de la Charité , on les invitera à suivre en, tout point les règles de leur confrérie , en regardait toujours J. C. enria personne des pauvres malades. Quelle joie à la moi^t pour ceux qui auront pratiqué ^ pendant le cours de lem*
après la Pentecôte • ac)g
ic* cette œuvre de miséricorde ! Cest bien
'Wax qu*on peut appliquer ces paroles du »hète roi: Beatus qui inlelîigil super egenum tperem , in die malâ liber ahil eum Domi- Ils auront la consolation de se voir au lent général h la droite de J. C. , et itendre de sa bouche ces consolantes paides: Possédez le royaume que je vous ai préparé 9 etc.
Le XIX. dimanche après la Penfecôte»
Ptertiier sujet. Sur V enfer des maui-^aîs
chrétiens.
MJjxit Rex minisîris : Ligalis manibus et pe^ abus ejus ^ mitlîte eum in fenebras ex fer fores: ïU erii fletus et stridor dentium. Le Roi dit à ses officiers , etc. Mail h. 22.
Point de parabole plus terrible, M. F., plus capable de faire sur nos cœurs des impressions p/os salutaires, que celle que VEglise nous propose en ce jour: c^est de la bouche de J. C. même qu'elle est sortie ; et c'est sur la fin de sa vie qu'il la prononça, en préscnse d'une grande multitude. Ecouteîs-la : il arrivera , ditil, dans l'Eglise, et à l'égard du royaume des cieux, quelque chose de semblable à ce qui arriva à un roi , qui faisant les no^es
3oo Four le XIX. Dimanche (le SOD fils 9 envoya ses serviteurs pour y faire venir ceux qui y étoient invités. ( On donnera le précis de la pai'abole, puis on en donnera le sens spirituel. ) Quel est le sens de cette parabole , et que nous représente ce roi , ces noces , ces conviés qui sont punis si sévèrement ? Que nous apprend celte invitation? Qu'est-ce que cette robe de noces, et le châtiment de celui qui en est privé?
Ce roi, M. F., c'est Dieu même, le Roi des rois, qui ayant préparé dans le ciel un festin éternel , a envoyé son fils au monde pour faire" avec les hommes une sainte al- Jiance. Ce divin Fils , après s'être fait annoncer par les prophètes à la nation juive, est venu lui - même en personne , revêtu de notre nature ; il a invité les israélites , peuple choisi spécialement de Dieu , pour foroier son Eglise; il lea^a invités, dis-je, à le reconnoître pour l'Envoyé de Dieu, pour le Rédempteur du monde , le Chef des prédestinés ; mais bien loin de le recevoir , ils l'ont traité le plus indignement , jusqu'à le faire mourir sur un intUme gibet. Qu*est-il arrivé ? La ruine entière de la nation en a été et en est encore la juste punition; un autre peuple a été choisi pour composer l'Eglise de J. C. ; et c'est nous , M. P., qui sommes pe peuple fortuné. Mais preriez-y garde; voici ce qui doit faire la matière de vos plus se-
après la Pentecôte. 3oi
*ieiises réflexions. Ce n'est point assez d'être toembres de TEglise et de porter le nom de lîlirétîens ; il faut nécessairement , pour être fejmîs au festin céleste, avoir la robe nuplide, c*est -à-dire , la grâce sanctifiante; et -faîconque se trouvera à la mort prîvé de oeCte grâce, éprouvera le châtiment exprimé par les paroles du texte sacré que nous venons d'entendre; Qu*on le jt?tte; pieds et mains liés, dans les ténèbres, etc.
Ah ! qu'il est épouvantable , M. F. , ce châtiment! que ne puis-je vous le représenter tel qu'il est en effet! Mais nulle langue {ni paisse en donner une idée juste; j'es- .
nierai cependant de vous en faire une lé- ^re desciiption, et )e m'attacherai en ce jour ï vous décrire l'e'tat effroyable d'un chrétien lans l'enfer. Ce n'est qu'avec une sainte frayeur que je vais vous en parler: Timens \erreo , dit S. Augustin. Nul de nous qui ne soit intéressé essentiellement à s'en garantir.
Voyons donc d'abord l'étal d'un chrétien dans l'enfer: cherchons ensuite les moyens de nous préserver d'un tel malheur. Point de damnation plus affreuse que celle d'un mauvais :hréticn: premier point. Quelles précautions tout chrétien doit il prendre ^our s'en préserver : second point.
Mettez, ô mon divin Sauveur! des paroles le feu dons ma bouche; biûlez mou cœiifi*
3oa Tour le XIX. Dimanche et celui de mes auditeurs du feu de votre divin amour, afin que noua nous mettions à couvert les uns et les autres, des terribles tourmens que votre justice prépare aux mauvais chrétiens.
Il y a un enfer; vérité constante et appuyée sur les preuves les plus solides dé la foi et de la raison: il y a un enfer , un lieu destiné par la justice de Dieu, pour punir après cette vie tous les hommes qui auront été rebelles à ses ordres. C On pourra établir en peu de mpts cet article de notre foi , en rappelant ce qu'on a dit ailleurs , ou en fournissant d'autres preuves. )'
Mais ce qui doit faire aujourd'hui l'objet de notre attention , et ce que je soubaiterois fortement imprimer dans vos esprits, c'est que de tous les réprouvés , il n'en est aucun dont la damnation soit si affreuse que celle des mauvais chrétiens. Comment cela? Le voici:
C'est que, i.^ les chrétiens seront les plus humiliés dans Tenfer : Ugatis manibus et p^diùus , mittili €urj\ in tenehras exteriores. ^.^ Aucun ne sera si tourmenté qu'eux par ta perte du souverain bien: Erit fletus. 3.^ Aucun enfin ne sentira plus vivement la pein^ ^ feu et des autres supplices qui
^ après la Pentecôte* 3o3
~%<Hinnentent les damnés: Slridor dentium, La ^^ace destinée aux mauvais chrétiens dans Tfe lieu le plus profond de Tcnfer, Tamcr- -tome des regrets que leur causera la priva- 'fioa de Dieu , la rigueur des supplices sen- - }Mt& dont ils seront punis personnellement ; '^toîlà ce qui forme l'état le plus affreux qu*on ^fuisse îmmaginer, et qui doit être le partage de tous les chrétiens que la mort surprendra dans le péché mortel.
Pèar établir ces trois vérités posons un principe incontestable , et qui est appuyé sur les saintes Ecritures ; que la punition des réprouvés sera proportionnée à la grandeur de leur péché : Duplicate iuplîcîa secundùm epera ejus. ( Apoc. i8. 6. ) Or, M. F., qui peut douter que les péchés des chrétiens ne surpassent en malice ceux des infidèles?
On prouvera ceci par la doctrine de S.
Thomas : Gravîus peccat , cœteris paribas , fiiéih quàm înfidelîs. Ce saint Docteur enseigne que la grandeur du j>eché se mesure sur la dignité ou la sainteté de Tétat de celui qui le commet , sur son ingratitude et sur ses lumières. De là quelle conséquence? Elle est aisée à apercevoir. Puisque les chrétiens • sont les plus distingués par le caractère du baptême , ils seront aussi les plus hunxiliés dans les enfers; puisqu'ils ont reçu plus de grâces, ils sentiront plus vivement la perte
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(iprès la Pentecôte* 3o5
son les mauvais chrétiens, encore plus privilégiés que les juifs, devenus par leur baptême enfans de Dieu, frères de J. C, temples du saint-Esprit , occuperont dans Tenfer la place la plus humiliante; ils y seront abymés plus profondément que les juifs eux-mêmes!
O que cette pensée est effrayante pour ceux d'entre nous qui se trouvent privés de la grâce sanctifiante I Si je meurs dans Tétat où je tne trouve, je serai à jamais dans le lieu le plus horrible du cachot infel^nal , j'aurai à essuyer les reproches éternels de tous les idolâtres , de tous les [uifs qui ont^ vécu et qui vivront jusqu'à la fin des siècles^
Quel est le péchjeur qui pourroit tenir contre cette considération , s'il se l'appliquoit sérieusement ? Pour moi , M. F. , je vous l'avoue, je ne puis y penser sans frémir; que, si je venois li me perdre , honoré que je suis du sacerdoce , et chargé de voti^ conduite, ma place pendant l'éternité seroit le centre de l'abyme: In profundum lacL Ah!
M. F. , nous craignons tant d'être humiliés en ce monde, combien ne devons-nous pas appréhender d'éprouver la plus sensible des humiliations , la plus universelle dans tous les siècles des siècles , et nous entendre dire ces paroles que le probète Laïe . met dans la bouche des nations infidèles: £h
3o6 Vour le XIX* Dimanche quoi ! tu es devenu semblable à nous , tu es précipité dans l'enfer.. El fu tmlneralus es STCUt et nos^ nostrî similis effectas es, Detracta est ûd inferos superbia tua. ( Isaï. i4- ïi- ) Mais ce n'est encore là qu'un des moindres châtimens réservés aux mauvais chrétiens: ils ressentiront plus que personne la privation de Dieu, appelée la peine du dam. Comblés des bienfaits de Dieu, éclairé des lumières de la foi, excités au bien en mille manières, ils comprendront mieux que les autres toute la justice de leur condamnation ; ils verront clairement le droit spécial qu'ils avoîent au ciel , la facilité avec laquelle ils aurojent pu l'obtenir, tant de moyens si puissans que la religion leur présentoit pour leur en assurer la possession : toutes ces grâces se présenteront à leur esprit, et contribueront à augmenter leur tristesse. De-là, dit St.
Thomas, la haine, qu41s porteront à Dieu, leur fera sentir plus vivement qu'aux autres réprouvés, toute la perte qu'ils auront faite, en se privant du bonheur de le voir. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que les douceurs même que l'ame réprouvée endurera en son corps , quelque horribles et cruelles quelles soient , n'empêcheront point son application continuée à la perte qu'elle aura
faite.
^! chrétiens ;<|ue ne comprenons - d<his
après la Pentecôte. 3o7
la rigueur de cette peine , comme le comprennent à pi'ésent ceux qui re'prouvent !
Nous sommes peu toudiés ici-bas de ce que nous entendons dire ; distraits par m^Ue objets extérieurs , nous ne faisons pas attention au désir de posséder Dieu , désir naturel à l'homme et caché au fond de notre amc ; mais après cette vie nous le sentirons avec toute sa vivacité, et notre plus grand cha* grin sera d'être séparé pour jamais de l'objet de notre béatitude : c'est la doctrine de S»
Chrysostôme. Quelque intolérable, dit-il , que soit le supplice qu'on endure dans l'enfer, rien n'égale le tourment d'être privé de la possession de la gloire. Plusieurs craignent avec raison' le feu de l'enfer ; mais j'ose assurer que la privation de la gloire cause ixtfiniment plus de douleur.
Ici on pourra faire parler un mauvais chrétien , déplorant '§on sort en gémissant sur la perte de son Dieu : et on lui appliquera ces paroleîs de Jérémie : Duplîcî contritione conter e eos. ( Cap. 17. ) Faites-lui sentir doublement le regret que doit causer la peine d'être à jamais- séparé de vous.
Quelque amer que soit le regret que causera aux mauvais chrétiens la privation de Dieu , elle sera accompagnée d'une autre peine, qui, quoique moindre en elle-même ^ a coutume de faire de plus vives impressions
3o8 Pour le XIX. Dimanche • $ur nous. Jésus-Christ nous l'exprimé tantôt par le mot de grincement de dents : Striihr ientium\ tantôt par celui du feu; terme t|ui, selon S. Jérôme ^ renferme tout ce ^ue nous appelons la peine du sens. S. Grégoire ^ et avec lui plusieurs pères et docteurs , prétendent qu'on y souffre tout ce que le feu et le froid peuvent avoir de plus rigoureux:
Ibi diplex ostenditur gehenna , scUicet uimufrh goris. Et ainsi s'accomplit dans ]es réprouvés, ce qui est écrit au livre de Job. ; ( cap.
:èO. 2 2. ) que toutes sortes de douleurs les accablent : Omnis dolor irruet super eum.
Ici on rappellera ce qu'on a dit ailleurs de la rigueur du feu, de Tenfer. I>ful feu de pe monde , quelque ardent qu'il soit, nul sup"* plice , quelque épouvantable que nous puissions l'imaginer , n'en approche ; c'est tout dire. ( On peut faire ici fori à propos le détail du supplice de Pierre Damien. ) Qoe ce feu sei^ allumé par un Dieu vengeur , ^t que ces supplices seront les coups les plus frappans de sa colère : In uno igné 9 dit S.
féromQ^ omnîa tormenta senliunt. Nous en avons une légère peinture dans les expressions da Deutéronome , c. 32. Ignis succensus est inf^ rore meo , et ardebit usquè ad infemi nm'issima. Congregabo super eos màla , et sagîitas meqs complebo in eis. Ces rebelles m'ont irrité par les abominations qu'ils ont commises ; ma furear
après la Pentecôte. 809
sera allumée comme un feu ; et , pénétrant jusqu'au fond des enfers , je les accablerai de maux; je tirerai contre eux toutes mes flèches^ leur vin sera un fiel de dragon , et un venin d'aspic qui est incurable.
Il est à piopos de lire cet endroit du Deutéronome,oii sous des termes métaphoriques, TËsprit saint nous a tracé un vif portrait des tourmens inconcevables que souffriront les impies dans les enfers ; on les expliquera , et on leur donnera une nouvelle force par Tapplication que Ton en fera aux chrétiens.
Si les juifs ingrats et désohéissans envers Dieu, l'auteur de Tancienne loi , doivent être ainsi traités, que sera-ce des chrétiens pécheurs? Que sera-ce de vous, jeunes libertins ; de vous , filles scandaleuses ^ de vous , ivrognes; devons , femmes médisantes, colères ; de vous, sacrilèges ? etc. ( Détail des principaux vices de la paroisse. )
n est de foi que vous serez d'autant plus punis , que vous aurez péché avec plus de malice: Patentes patenter iarmenta palienluri fartiaribus fortîar instat cruciatîo. ( Sap. 6. ) Faites -lui souffrir autant de douleur et de tristesse , qu'elle s^est donné de gloire , et qu'elle a été dans les délices : Quantum gîorijicaint se , et in détiens fuit , tantiim date ifli iormenium et luctum. (Apoc. iR. ) Jésus-Christ a déclaré que le mauvais serviteur sera d'au-
3 1 o Pour le XJX. Dùnancht
tant plus. puai, qu'il aura été mieux instruit de la volonté de son maître: Scrvus (/uicognavit voluntaUm dominî , etc. ( Luc i a. )
On confirmera ceci par ^autorité des pères, qui appellent le feu de l*enfer, un feu sage et prudent, qui recherche et, examine les péchés -y pour les punir selon leur énormité: Ignîs inquîsilor meritotum flamma ralionalis.
On excitera de saintes a0*ectioDS dans le cœur des auditeurs engagés actuellement dans Tctat du péché, on leur demandera s'ils pourront bien habiter dans ces feux dévorans, où la justice de Dieu les conservera par sa toute - puissance ; le pécheur souffrira les peines dues aux péchés qu'il a faits , sans être consumés , et l'excès de ses tourmens ég[alera celui de ses désordres»
On fera sentir l'équité de celte conduite de Dieu par l'exemple de la justice humaine, qui proportionne les supplices à la poirceur des crimes. Aussi les chrétiens réprouvés n'accuserx)nt-ils point le Seigneur, d'injustice à leur égard; plongés dans le fond de l'abyme, déchirés plus cruellement que le reste des damnés par la perte du souverain bien , tourmentés plus horriblement dans leurs âmes et dans tous leurs sens, ils avoueront qu'ils ont mérité les châtimens qu'ils endurent: voilà ce qui redoublera leur supplice ; voilà le ver rongeur de la conscience qui ne cessera ja-
après la Pentecôte* 3 1 1
mais de les piquer: Vermis eorumnon moritur.
( Marc. 9. ) Je pouvois me sauver , je le pouvois aisément, j'en ai eu toutes sortes de moyens, et j'en ai abusé, je me suis perdu, et je le suis po^ir jamais. ( On donnera de Vétendue à de telles réflexions.)
Ne faudroit-il pas avoir perdu la foi, pour s'exposer à la damnation réservée aux mauvais chrétiens, dont nous venons de vous donner une idée bien imparfaite ? Que dirons-nous d'un homme, qui ,^ pour éviter une piqûre d'épingle , ou pour goûler un plaisir d'un moment, s'cxposeroit à souffrir pendant mille ans , les maladies les plus aiguës et les tourmens les plus horribles que la justice ait inventés ? Ne le regarderiez - vous pas comme un insensé? Voilà néanmoins ce que vous faites , pécheurs qui m'écoutez ; tous les tourmens, tous les maux de cette vie les plus sensibles et les plus longs, comparés à ceux de l'enfer, sont molixs qu'une piqûre d'épingle; vous aimez mieux vous y exposer, que de vous priver de quelques biens périssables. Où est votre prudence? Reconnoissez du moins aujourd'hui votre aveuglement; remerciez le Seigneur de vous avoir conservés jusquà ce jour; cherchez incessamment les moyens de vous garantir du malheur qui vous menace. Et vous, âmes justes, ijQStruisez*vous de ce que ;^ous devez
3 1 a Tour le XIX. Dimanche
faii'e pour vous en prései'^er. C'est ce qiic
nous allons voir dans le second point
IL POINT
.Cest une maxime généralement reçae, que plus ]& mal dont on est menacé est grand, prochain et difGcile h éviter, plus on doit apporter de précaution pour s'en garantir.
Que ne fait- on pas pour se préserver des maladies et autres accidens fâcheux '( On tremble aux moindres apparences des maux temporels ; or, la damnation des mauvais chrétiens étant la plus fâcheuse, et cfaacuo de nous en étant menacé, même prochainement, est- il des précautions que nous ne devions prendre pour nous en exempter?
N'est-il pas étonnant que des chrétiens s'en mettent si peu en peine ! Oui , quand il faudroil souffrir en cette vie tous les maux imaginables, passer des siècles entiers dans les humiliations les plus grandes, être réduit h la dernière misère , rien ne devroit vous paroître difficile ; car enfin , quand il y a à choisir entre deux maux inévitables, la prudence veut que Ton choisisse le moindre.
Mais ne nous allarmons pas, chrétiens, Dieu ne nous demande rien au-delà de nos forces; aidés de sa grâce, nous pouvons nous préserver de râi{l*eux état .des mauvais chrétiens.
Mais
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Ékus que devons-nous faire? notre évangile ^pas en instruit clairement.
Qu'est-ce qui fera précipiter dans le lieu le ténèbres le mauvais sei^iteur? C'est qu'il tt^nra pas été revêtu de la robe nuptiale, le de la grâce sanctifiante ; négligeant paresseux, il aura négligé de se préparer
;,la venue de son maître , il aura oublié Ij^ châtiment dont il étoit menacé. Voulôns- ■QQB donc , chrétiens , nous mettre à couveit :4a sort de ce misérabhe ? Conservons soij^oeosemeot la grâce, si nous avons le bonheur de la posséder ; recouvrons-la au plutôt , ■i. nous ^'avons perdue , attendons chaque |oiir l'arrivée du maître du festin , occuponsnous souvent du malheur qui nous menace.
Ce sont-là les moyens, et les vrais moyens pour n'être point enveloppés dans la malédiction qui tombera sur les pécheurs. ( On reprendra tous ces moyens. )
Rien de plus nécessaire pour éviter la damnation , que l'état de la grâce ; quelques bonnes oeuvres que nous puissions faire, si nous sommes privés de l'amitié de Dieu , nous vivons dans un état de damnation. O précieuse grâce ! Quel soin les hommes ne dpivent-ils pas avoir de te conserver! mais, hÛ9& ! que tu es peu estimée ! on te perd pour des choses de néant, op ne veut pas même se donn^ le moindre mouvement eC
3 1 4 ^our le XIX. Dimanche faire quelques efforts pour te recouvrer, loi-squ'on t*a perdue. ( On insistera sur ce point , et on demandera aux auditeurs , quel état ils ont fait de la grâce ou de ramitié de Dieu, s*ils ont sujet de croire que leur ame est ornée de cette grâce sanctifiante, s'ils ne craignent rien tant que d*«n être privés. On s'adressera sur-tout aux péclieuis, et on leur demandera quelles démarches ils ont faites , pour réparer la perte de la grâce.) Hélas! dira-t-on, combien paimi vous qui vivent ennemis de Dieu, des semaines, des mois, des années entières! D'où vient cela, chrétiens? C'est que vous n'avez f)as encore fait une attention sérieuse aux peines qa€ Dieu réserve dans les enfers aux 'chrétiens impénitensu '
Pratiquons donc , M. F. , ce second moyen que je vous fournis; pensez à Tenfer, ocçupez/-vous-en pendant là messe; occupezvous-en le reste du jour; pensez-y demain à votre réveil, pendant votre travail; peosezy dans vos tentations ; (fites- vous à voas- Tnêmes : il ii'y a entre moi et Venfer qu'û^ pas : Uno gradu, ego mûrsque Awidimur, Dans Sun instant j^ peux y être précipité ; si "^^ ' fois !a mort me surprend en état de pe'che, je serai dès le même moment et pour tiu- " jours dans la prison de la justice divine, -dans le cachot le plus profond, j'y épi'^^'
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terai le regret le plus cuiàant , le feu le plus ardent, sans consoUition, sans aucune espérance du moindre soulagement ; durant Téternité toute entière je porterai la peine de ma vie criminelle; j'y tiendrai le langage que tiennent actuellement une infinité de pécheurs , et que l'évangile met dans la bouche du mauvais riche : Crucîor in hdc Jlammâ ; je souffre, je suis toumienté au milieu de ces flammes. Ah ! que ne puis je faire paroître ici tine de ces Victimes de la colère de Dieu ! quelle impression sa présence ne feix)it-elle pas sur vous ! Mais cela n*est pas nécessaire, M. F. , votre foi doit vous suffire. ( On pourra placer ici , si on lé juge à propos, la réponse d'Abraham au mauvais riche : Habent Moysen et Prophetas ; audiant iîlos. Vous avez la loi et les piophètes , écoutez-les ; l'autorité d'un Dieu qui a parlé, est un témoignage plus sûr que la vue d'un mort ressuscité. )
On finira, en conjurant les auditeurs de ranimer leur foi sur ce point fondamental <ie notre religion ; on leur donnera pour pratique, d'y réfléchir tous les jours de leur vie, en les avertissant de ce que dit S. Jeaa Chrysostôme, que tout chrétien qui pensera bien à l'enfer , n'y tombera pas ; et que ceux qui auront refusé d^ penser, s'y précipiteront infailliblement. Fasse le ciel, dira-t-on|
3 1 6 Pour Te XIX. Dimanche qu'aucun de nous o*éprouve ce malbeiirU inaÎ9 plutôt que nous nous trouvions revêtus de la robe nuptiale au jour qpe.
Seigneur introduira ses élus dans le éternel. Ou bien, on les pressera de bler leurs soins pour soutenir, par une plus chrétienne, la qualité d^enfant de et de TEglise; d*être de plus en plus fi( aux grâces et aux autres moyens de salît que le Seigneur leur présente ; d'éviter nr toutes choses le péché, et de ne oraiodR que Dieu, Tîmete eum^ qui potest et oaÙBâm et corpus perdere in gehennam. ( Matlb. la 28. ) Enfin, on leur recommandera dTadresser à J. C. des prières plus fen^entes et plni fréquentes, afin de ne pas éprouver la rigueur du feu éteiTiel: Fac^ bénigne JesB^U perenni cremer igné. Une autre pratique, p« laquelle on peut conclure cet entretien, c*eit d'inspirer à tous les auditeurs de réflédSr sur eux-mêmes, sur ce qui pourroit être h cause de leur danmation, c*est-à>dire, soi la passion qui les domine, passion qui eih traSne presque toujours dans Tenfer, et qa*i] faut par conséquent combattre, si on veut sincèrement s'en préserver. Opposez, leni dira- 1 «on, au feu de votre passion le fe éternel; que ces brasiers ardens consnuen tout ce qu'il )' a en vous de déréglé ; qa'B vous fassent brûler du feu de l'amour divin
de vous rendre dignes d'enti*er à l'heure votre mort en possession des biens éternels.
;i soit- il.
^Ncfa. i.^ (^ne l'on peut exécuter ce plan la damnation, suivant l'idée de Bour« , sur le sermon de l'enfer , pour le idredi de la seconde semaine de Carême.
représente l'état malheureux des chrétiens Hproavés y qui souffrent en trois manières différentes; i.^ par le souvenir du passé; %m^ par la douleur du présent ; 3,^ par le désespoir d*obtenir jamais grâce à l'avenir.
Par rapport au passé, deux vues tourmenteront le mauvais chrétien ; l'une du mauvais teage qu'il en aura fait, et l'autre des maux fi'il aura commis. Par rapport au présent, 3 sera accablé par une double peine ; peine de la séparation de Dieu, peine du tourment da feu. Enfin par rapport à l'avenir , il sera désolé par le plus affreux déicspoir ; désespoir d'obtenir de Dieu jamais aucune grâce, de le fléchir jam§iis par la pénitence^ et de diminuer jamais ses dettes par les souffrances. Voilà, conclura-t-on, l'état (!es chrétiens qui sont morts coupables de péchés ; tel sera 'l'état de ceux d'entre vous, qui sont actuellement ennemis de Dieu, et qui mourront dans l'rmpénitence. Quelle seroit ▼otre folie , si vous différiez un moment à TOUS préserver d'un tel majheur ! Les chré-
3 1 8 IFour le XIX. Dimanche tiens rëpiouvés ont différé , comme vous , la pénitence; ils espéroient toujours de se convertir; ils ne l'ont pas fait; ils se sont perdus. C'étoit conçime vous des gens attachés au monde, embarrassés dans mille affaires temporelles, et qui ont négligé la plus importante de toutes. C'étoit des chrétiens esclaves de quelques passions , engagés claDS une amitié criminelle à laquelle ils n'ont pas voulu renoncer. Ah ! M. F. , faites à présent ce qu'ils voudroient avoir fait: si vous ne voulez pas que la pensée de l'enfer soit a l'h( lire de votre mort le sujet de votie désespoir, qu'il soit à présent le motif de votre pénitence ; mais d'une pénitence véritable et solide, qui vous rende dignes dé la récompense éternelle.
lioia* a.« Que le même auteur traite de l'éternité malheureuse, dans le sermon pour le dimanche; mais il semble qu'on pourroit laisser ce sujet pour la fin de l'année ecclésiastique ou civile. Car il paroît plus conforme à l'esprit de l'Eglise et des saints pères, de parler en ce jour du petit nombre des élus, ainsi quç l'a fdit S. Grégoire dans son ho nélie 38 sur les évangiles ; il seroit bon de la lire toute entière, aussi-bien que la 19* qui est f:-our le diman^ he de la Septuagésime. On y trouvera de . quoi exécuter le premier plan, que nous avons proposé pour
après la Pentecôte. Sig?
g dimanche ; elle servira aussi pour celui ^ pu regarde le petit nombre des élus. Voyez H^ teçoQS du troisième nocturne de la dixpcuvième semaine après la Pentecôte.
Second sujet. Sur le petit nombre
des élus.
MlTZTl pocafi , pauci perb eleclL II y en a beaucoap dappelés, et peu sont élus.
C'est roracle par où le Sauveur conclut la parabole rapportée dans notre évangile; qu'elle est terrible, M. F., et qui peut l'en-^ teodre sans frémir ! Terribîle est valdè quod Ufdtur , dit S. Grégoire , expliquant cet évangile devant le peuple romain, dans une des plus grandes églises de la capitale du monde. Nous sommes assemblés en grand nombre , s*écrioit ce saint Pape ; vous remplissez les murailles de cette vaste basilique: mais , hélas ! qui peut dire combien peu parmi vous parviendront au royaume du ciel?
Beaucoup ont la foi, ils en font profession; mais la plupart démentent par leur conduite ce qu'ils font profession de croirr.
Ne pourroit on pas, M. F., en dire autant des chrétiens de nos jours? On se ftit gloiie d'être chrétiens , et on ne remplit pas les devoii^s d'un chrétien; voilà, M. F., ce qui
"330 IFour le XIX. Dimanche en damne nn très- grand nombre; c'est poiv ▼ous prt5server du malheur de la mulArfs^ que je veux vous parler aujourd hui do |ëki;';, nombre des élus. Je vous montrerai très-grand noHibre de chrétiens se dai par leur faute; je parcourrai jes difTérentei- «ources de leur damnation ; heureux vois et moi ! si la connoissance que nous auroni de la cause de leur damnation , nous Wt éviter ce qui seroit capable de nous y précipiter avec eux. O divin Sauvem*! qai ne voulez la mort de personne , qui avez répandu votre sang pour chacun de nous 9 pénétrez-nous de Toracle divin qui est lorti de votre bouche; aidez-nous à marcher p« Ja voie étroite qui conduit à là vie.