I. POINT
D'abord , M. F. , pour parler sur un sujet si épouvantctble , sans donner dans aucune extrémité, je dois vous bien persuader de la volonté sincère que Dieu a de sauvée tous les hommes, principalement les chrétiens. Rien de si clairement établi dans Vévangilc , dans les épUres de S. Paul , et dans toutes lès divines écritures. On citera ici quelques passages ; par ex. Non est voïuntas an fi pairem vestrum , ^ui in cœlis est^ ut pereat ums de pusUlis isiis. ( Matth. 18. ) Et
après la pentecôte* Sat'
4e fameux passage de S. Paul : Omnes ho* jitunes (fuIt sahos fieru Qui propter nos homines --."a propter nostram salutem. On détaillera en- "^ Unité les moyens de salut que le Seigneur ' ''4Rre aux chrétiens; secours intérieurs, se- - "^eoars extérieurs , dans les instructions, dans , letf sacremens , et sur-tout dans Tauguste sa* orifice de la messe. Qui pourroit , après eda, douter un moment si Dieu veut sincèrement notre salut? Mais comment ne le youdroit-il pas, puisqu'il nous ordonne d'esprfrcr en lui, de lui demander son royaume; puisqu'il nous promet le pardon de nos pédiés et la grâce de la pénitence, si nous la loi demandons avec liumilité et confiance,, et sans nous rebuter.
Cependant, M. F. , quelque incontestable que soit cette vérité , il n*est pas moins constant que le plus grand nombre des hommes périra pour Téternité ; J, C. lui-même l*a.
déclaré en terme exprès et en différentes occasions; tantôt il dit que la porte qui conduit à la perdition est large, et que beaucoup de gens marchent par la voie spacieuse' qui mène à la mort, tantôt que beaucoup chercheront à entrer dans le royaume des cieux , et qu'ils n'y seront pas admis. Plusieurs fois il concluolt ses paraboles par assurer que peu seroient élus; il est aisé de sentir la vérité de cette proposition , bi Ton veut
32Z pour le XIX. Dîmcaichc
réiléchir sur la multitude des idolâtres, de^ ÏS juifs , des hérétiques qui remplissent m^ y grande paL*tie du monde. Mais que peuic f' des chrétiens, de ceux qui vivent dans W sein de l'Eglise catholique? Y en aura-t4l peu parmi eux de sauvés, et le plus grand i^ nombre périra- t-il? C'est sur quoi le Sauveur \ ne s*est pas expliqué bien clairement , et l'E- ' glise n*a rien décidé sur ce point; néanmoins les saints pères, à qui Dieu avoit communiqué des lumières spéciales pour interpréter l'évangile, nous disent assez nettement, que la plupart des chrétiens se damnent par leurs péchés ; je me contenterai de vous rapporter le témoignage dé quelques priur cipaox docteurs.
Saint Jean Chrysostôme, appelé le prince des pères grecs* a prêché cette vérité dans une des plus grandes villes du monde. Combien pensez -vous, demandoit-il au peuple d*Antioche, qu'il y aura de personnes sauvées dans cette ville: Quot pulatis in cmfaie nosfrâ qui sald fiant t Vous serez sans doute aussi frappés que surpris , de ce que je vais vous dire; cependant ce que j*en pense, c'est que de tant de mille personnes qui peuplent cette capitale , je ne crois pas qu'il s'en trouve cent qui soient sauvées: Ir tôt minibus non possunt centum iuveniri^ <fuin et de dubito, La raison que j'en ai 3^ c*est qu'il
après la Penthcdte. 'ij.'S
n'y a quemalicaet corruption p'mnile.'i jciir.'î-i gens, négligence et tiédeur parmi l.s va'Iïlards ; les pères et mères négîigjiit l'é'.lucilioa de leurs enfans; personne n*a du zMe et de tardeur pour son salut. Ce qtie ce riocteur • dit de la ville d*Antioche , ne peu (-on pas l'appliquer, par proportion, aux clirctiens de DOS jours ^ qui habitent les villes et les csmipagnes ? Nofre siècle est-il moins corrompu qu*on ne Tétoit il y a deux cents ans, oh Ton se ressentoit encore de la ferveur de la primitive Eglise. S. Ângu^tin parloit au peuple d'Hyppone en Afri(jne, comme S. Chrisostôme avoit parlé à Antioche. Développons cette question que l'on fit au Sauveur un jour, s'il y auroit peu d*elus ; vous m*écoutez en grand nombre , ajouta -t-il, mais peu parmi vous qui mettent en pratique ce qu'ils entendent ; je vois beaucoup de paille et peu de grain : Scio <]uia multi audit îs^ et pauci obediiis. Ainsi il y en aura peu de sauvés, si on les coinpare à la multitude de ceux qui périront : Pauci ergo qui salvanlur , /'// comparaiionem mvftorum pereun- Hum. ( Psal. 7. ) Vous cherchez quelque vrai chrétien , dont la société vous soit salu-. taire , à peine en trouvez- vous : il y en a très-peu parmi ceux-mêmes qui ont reçu le sacrement de baplême , qui reçoivent les; autres sacremens de l'Eglise ; il y en a très*
324 Pour te XIX. Dimanche
peu qui observent sincèrement les précepfo
de Dieu, paudssimi; il n'y aura cepenèMl de sauvé que ces vrais chrétiens. S. Jértm^ si versé dans Tintelligence des saintes Elav tures, parlant de la porte étroite qui conduit au ciel, et dont il est parlé au ch. 7.
de S. Matthieu, assure que partni ceux même qui sont entrés par la porte de la vérité, plusieurs s*en écartent dans la suite , et qu'il en est peu qui persévèrent jusqu'à la fin dans une vie chrétienne.
Vous avez déjà entendu ce qu'en peosoi't S. Grégoire le Grand : Von ne peut arriver Au ciel, disoit-il , tandis qu'on ne cherche que les choses de la terre, que Ton ne travaille qu*à 8*élevcr aux honneurs, qu'à contenter son orgueil et à prendre ses plaisirs ; telle est cependant la vie de plusieurs de ceux qui sont membres de l'Eglise. Voilà la doctrine des saints pères sur le point dont il s'agit; ne nous rassurons pas sur le changement des mœurs. Je vous lai dit et il n*est qae trop vrai; le vice ne règne pas avec moins d*empire à* présent que dans les siècles qui nous ont précédés, comme je vous le ferai "voir bientôt: il y a donc grand sujet de craindi*e que le plus gi^and nombre des chrétiens de nos jours ne soient réprouvés. Ah!
M. F., quand de cent il n'y en auroit qu'un, <^)a seul devroit vous inspiier à tous u.ie
après la Pentecôte. Sa 5
fraycm* continuelle, puisque, comme dît S.
Grégoire, chacun de nous peut être réprouvé; ts plus juste peut se relâcher et se pei-dre; Comme au contraire les plus grands pécheur* peuvent se convertir et être sauvés; S. Gré- ^ire nous en fournit quelques exemples. Il rapporte dans ses homélies l'histoire dune de ses tantes , qui , après s*être donnée à j&iea, et avoir vécu pendant quelque temps dans la piété et la compagnie de ses sœurs, se livra ensuite au siècle et devint un sujet de scandale; il propose ensuite l'exemple d'un religieux qui après avoir mené une* vie peu conforme à la sainteté de son état , se Convertit dans une maladie mortelle, et finit saintement ses jours. D'oil le docteur conclut, et c'est la conclusion que nous devons tirer avec lui , que nous ne devons jamais présumer de nos forces, comme ne devant jamais désespérer de personne. Mais Comment, direz-vous, comment espérer le salut, si le plus grand nombre des chrétiens périt; comment former un acte d'une ferme confiance ? A cela je réponds , avec un grand docteur, que la certitude de notre espérance est fondée sur la toute-puissance de Dieu, qui veut et qui peut sauver chacun de nous , et , quelque petit que puisse être le nombre des élus , il ne peut balancer la certitude de notre espérance, puis-
3^6 Pour le XIX. Dimanche que nous sommes sûrs, par la foi, qu^ilne tient qu'à nous d'être de ce petit nombre.
Gjirdons-nous bien , M. F. , de nous W quiéter pour savoir si nous serons du nombre ,1^ des élus ; il ne nous sert de rien , dit & Augustin, de faire une telle question; faites ce qui dépendra de vous, et vous en sera infailliblement On pourroit ici citer la réponse que faisoit S. Grégoire à une dame romaine , nommée Grégoire , qui lui avoit écrit pour avoir une assurance de la remis* sion de ses péchés. Vous me deoiiandeZ) lui dit-il, une chose également difficile et inutile. Je ne suis pas assez s^ùnt pour avoir des révélations ; Dieu ne veut pas vous donner une assurance entière du pardon de vos fautes ; mais il veut que vous les pleuriez le reste de vos jours, et que vous assuriez votre salut par vos bonnes œuvres.' Profitons , M. F. , des avis de ce saint Pape ; et puisque nous ne pouvons avoir une certitude absolue de notre prédestination, une révélation particulière, opérons notre salut avec crainte et tremblement; ayons soin surtout d'éviter ce qui pourroit être en nous une source de réprobation , et ce qui est la cause la plus ordinaire de la damnation d'un grand nombre de chrétiens. Redoublez votre attention à ce que je vais vous en dire dans un second point.
après là Pentecôte. 827
IL POINT
Jb vous Tai dit , M. F. , Dieu veut sinic|ffement le salut- de tous les hommes; duI .ètatr'eux à qui il n*en fournisse les moyens ; les hérétiques et les infidèles n'en sont pas frivés ; s*ils périssent , ce sera par leur faute ; il.veut sincèrement et singulièrement le salut deSk fidèles ; c'est à eux qu'il prodigue , pour ûnsi dire, ses grâces: ils sont son peuple chéri et la nation qu'il s'est choisie spécialement ; néanmoins il n'est que trop vrai que beaucoup de chrétiens se perdront ; quelle peut en être la cause ? Elle ne peut venir que de leur propre malice , de leur négligence à se servir des secours abondans que Dieu leur offre pour se sauver. ( Voyez ce qu'en dit Bourdaloue en ses pensées , tom. i.) Ici on peut reprendre les raisons que les saints pères apportent du petit nombre des élus parmi les chrétiens ; raison de S. Jean Chrisostôme prise des désordres des jeunes gens : la tiédeur empêche les vieillards , la négligence les pères de famille, delà l'oubli général du salut. Raison de S. Ambroise: peu conservent Tinnocence du baptême, très-peu la recouvrent après l'avoir perdue. La raison de S. Augustin: plusieurs n'ont que l'extérieur de chrétiens et trangressent les préceptes du
5a 8 Pour k XIX. Dimanche Se^neur. Raison de S. Jérôme: peu qnia/enC le courage de persévérer jusqa*à la fiodins le chemin étroit qui conduit k la vie. Ram ea^n de S. Grégoire : la plupart des homoMii même dans le christianisme, sont esclaves de la passion des plaisirs , des richesses et dei :honneurs. ( On s*étendra sur ces diffé* \ renies raisons que 1 on prouvera par l'expé- , rience , et par les plaintes que tout le monde forme sur la corraption des mœurs. Et si vous voulez, dirait on , vous convaincre de la vérité que je vous prêche , ouvrons l'Evangile, entrons dans le détail de ce qui est défendu et ordonné, voyons à qui le salut est promis, faisons- en ensuite Tapplication ; on suivra le détail que fait Bourdaloue. ) Qu*a dit le saint précurseur à ceux qui venoient recevoir son baptême? Qu'a dit Jésus-Christ?
Qu'a t-il exigé de ses disciples ? Quel commandement a-t'il fait? Par où a-t-il conclu son sermon sur la montagne? Comment a-t-il caractérisé les élus? Selon S. Jean-Baptiste j il faut faire de dignes fruits de pénitence ; J. C. déclare que le royaume des cieux se prend par force, et qu'il demande une sainte violence; il ordonne à tous ceux qui veulent le suivre, de se renoncer eux-mêmes, de porter tous les jours leurs croix, d'aimer le Seigneur de tout leur cœur , et le prochain omme eux-mêmes , de travailler pour Dieu
après la Pentecôte. 829
fe faire des bonnes œuvres , et de marcher Jj^r la Yoie étroite que tient le petit nombre; it assure que celui-là seul sera sauvé, qui fera la volonté du Père céleste. Or , n*y en ■<4-ii pas beaucoup ^ même parmi les chrétiens 9 dont la vie n*est pas conforme aux maximes de J. C ? Je ne prétends juger personne en particulier; mais, à pailer en général , n'est-il pas vrai que si on parcourt tontes les différentes conditions du monde , les âges et les sexes, on en trouvera peu dont la conduite soit vraiment chrétienne ?
lé plus grand nombre suivent les maximes du lAonde, refusent de se faire violence* pour réprimer leurs passions , souffrent avec impatience les peines de la vie , manquent d^a?
mour pour Dieu et poar leur prochain , en un mot, n'accomplissent pas la volonté de Dieu, mais plutôt leur volonté propre et celle dit démon. On pourroit faire une énumération plus particularisée des différens péchés que l'on commet contre les devoirs généraux du christianisme , par rapport à Dieu , au prochain et à soi-même, et contre les devoirs de chaque état ; plusieurs vivent dans l'ignorance , soit des vérités éternelles de la religion, soit de leurs obligations particulières, plusieurs ne prient presque point , ou prient très-mal , ne produisent aucun acte d'amour de Dieu , nlanqueat de confiance en sa bonté |
33o Pour le XIX. Dimanche profanent les jours d^ fêtes , n*ont poiot de 'i cbarité pour leurs frères , et sont idoUtaCf d'eux-mêmes. Combien se laissent aller àl%>r justice , et se font là - dessus de fausMfr.' consciences. Ne vous rassurez pas , M. F,,*.
de ce que vous n'êtes pas sujets^ à plusietm vices ^ ni sur quelques bonnes oeuvres que vous pratiquez; illusion très - commune , et qni perd tous les jours un grand nombre de chrétiens : siicliez qu'il n'est pas nécessaire d'être sujets à plusieurs crimes pour être exclus d(i royaume de Dieu ; un seul suffit; sachez qu'il n'est pas nécessaire de s!acqintter de quelques devoirs; il faut les remplir tous ^ et les remplir en vue de Dieu. Manquer à une seule cliose importante , c'est être condamnable , et digne d'un supplice étemel ; il n'en a pas fallu davantage pour perdre le premier ange ; Saiil , premier roi des Israélites ; Judas , apôtre de J. C. , et une infinité d'autres. On dira , peut-être, qu'après tout , c'est la mort qui décide du sort éternel des hommes ; et que le grand nombre des chrétiens recourt aux sacremens avant que de mourir. Je le veux , mais est-ce assez , pour assurer son salut , de recevoir les sacremens avant la mort, et de donner certains signes de repentir ? Non , M. F. , il faut les recevoir saintement, c'est-à-dire, avec une vraie conversion du cœur ; or , peut-on se pro-
après la Pentecôte. 33 1
mettre que ceux qui ont mal vécu , dont le ^ coeur a toujours été attaché au péché, au monde et à eux-mêmes , changent en un moment de dispositions; qu'ils deviennent tout Tcmplis de l'amour de Dieu et de la haine àa péché? N'est*il pas bien à craindre que des motifs humains, un reste de christianisme, ou même une crainte servile et toute naturelle des peines de l'enfer ne soit le principe des marques de pénitence qu'on donne alors?.
Ce qui est vrai , c'est que les saints pères les ont toujours regardées comme fort équivoques ; S. Jérôme ne craint pas dç ,dire , que de cent mille qui ont vécu dans le péché, à peine s*en trouve-t il un qui se convertisse sincèrement à la mort ; voudriez -vous donc.
vous exposer à un danger si évident? Ah!
je vous crois trop sagos pour courir un tel péril. Profitons donc , M. F., les uns et les autres de la grâce qui nous éclaire et qui nous touche à ce moment ; et pour fruit de cet entretien, formons les résolutions suivantes. •
i.^ Sortons de l'état de péché , si nous avons le malheur d'y être ; ou s'il nous arrive d'y tomber dans la suite , recourons dès le jour mên]ie au remèd-î de la pénitence.
a.^ Redoublons notre vigilance; munissons - npus plus que jamais contre tous les dangers du siècle.
334 Tour le XX. Dimanche comme 1 e penchant qui nous porte tonjMf à murmurer, remporte souvent sur les timcns que la grâce et l*Evangile nous pirent, en voici deux principales rai qui vont servir de fondement à tout ce ^'ai à vous dire sur cette première di sition. Ge n'est pas h nous de marquai Dieu le temps ou la durée des peines et dflt 1 ^filictions qu'il nous envoie ^ il y auroU donc de l'injustice, de notre part^ de nous i impatienter et de murmurer contre Dieu de ce que nous ne trouvons pas de pronpU soulagemens à nos maux. En vain nous impatienterions - nous dans nos maladies ^ tt nous en prendrions- nous à Dieu de ce que nous souffrons ; Dieu n'en change pas pins pour cela de conduite, il y auroit donc de la folie à murmurer ou à s'impatienter. O-oà je conclus que nous devons recevoir les raa^ ladies avec une parfaite .soumission à la volonté de Dieu.
Nous sommes impatiens contre Dieu, qtiand il nous afflige; ou du moins, si nous témoignons pendant quelque temps noire patience dans iios disgrâces, nos murmures éclatent bientôt, quand nous n'y trouvons pas de prompts soulagemens. 11 n'en faut pas davantage pour faire connoître notie injustice. Nous sommes des criminels; nous naissons tous dans le péché ; à ce péché
après la Pentecôte. 335
rolontaire de notre origine, nous en ajouvolontairement une infinité d'autres. A- -on jamais. ouï dire qu*un ciiminel fût Tarde sa peine ^ qu*il eût droit de dire à juge : Je ne veux souflTrir que tant de »s et comme il me plaira? Quelle intîce ! Est-ce à nous à marquer précisé- [•"ment à Dieu le temps et le jour auquel il flot qu'il nous donne le secours que nous .attendons de sa pure bonté '/ Hélas ! M. F., Ikoiis imitons les habitans de Béthulie, 4pi^ ennuyés de voir que Dieu ne leur donnoit pas un prompt secours contre Holoferne qai les tenoit assiégés, avoient résolu de lui rendre leur ville dans cinq jours, s*ils n'étoient impunis. Mais écoutez les vifs reproches que Judith leur fait à cette occasion : Qu'est-ce '4]ue j'entends dire; que vous voulez livrer Béthcdie aux Assyriens , si dans cinq jours il ne volus vient point de secours ? Qui êtes- -vous , ô vous qui tentez le Seigneur , et qui murmurez contre son adorable providence ?
Parler de la sorte , ce n'est pas le moyen de vous attirer sa miséricorde ; c'est au contraire l'irriter davantage , et allumer sa juste fureur. Vous avez nàarqué à Dieu le jour au- •tfuel il faut qu'il vous donne du secours ; vous l'avez assujetti à votre choix et à votre «caprice : ce temps expiré , vous n'espérerez ^nc plus en lui ; vous l'abandonnerez % vona
336 Tour h XX. Dimanche
soufirirez que des nations incirconciseï nent porter leurs idoles et leui-s tioas dans le lieu sa'ut ; c'est Dieu qin vous éprouver ; et vous êtes assez lâcl assez injustes pour lui promettre de ne êtie fidèles que jusqu'à certain temps. Am souvenez-vous de la patience d* Abraham , n*a mérité la qualité d'ami de Dieu, qCfa^ ])rès avoir soutenu par une longue persévé^^ rance toutes les différentes épreuves aux- 1 quelles il a été exposé. Souvenez - vous de ^ Tinvincible constance d*Isaac, de Jacob çt de Moyse, dont la fidélité n'a été reconniie qu'après plusieurs disgrâces , au-dessus des* quelles ils se sont élevés: mais souvenezvous aussi de tant d'autres qui ont été si sévèrement châtiés pour leur impatience , leurs plaintes et leurs murmures contre le Seigneur, les uns ayant été frappés de mort par l'ange exterminateur , et les autres tués par les sei*pens.
Appliquons de si sages réflexions à notre sujet : car voilà ce qu'on peut dire de .pli» fort pour arrêter l'impatience de tant de chrétiens, et leur faire voir l'injustice de leurs murmures. Us marquent à Dieu le temps auquel il doit les secoui ir ; s'il ne les assiste donc pas dans ce temps , il cessera à leur égard d'être lem' Dieu , ils cesseront de se reposer sur lui et de lui être fidèles. Ce secourt
après la Pentecôte. 33 7
qu*ils attendent n'étant pas venu, ils abanleront leur ville aux Assyriens, je veux dire, ame aux démons ennemis de leur salut , violence de leurs passions , à une morne , à une criminelle défiance , à un muraccompagné d'impatience et suivi de \\r. Qui d'eux ou de Dieu y perdra da*- VBitage ? C'est pourquoi j'ai ajouté qu'autant il y avoit d'injustice ^ autant il y avoit de folie.
Murmurer contre Dieu , c'est commettre un très-grand péché; mais , qui plus est 9 c*est leconmiettre en* vain, sans consolation^ sans fruit ) sans même aucune ressource , ni ua moindre ^rayon d'espérance selon le monde ; raison principale pour laquelle le sage nous dit d*étouffer ces murmures , qui dans le fond ne servent de rien : Custodite ço$ à murmurailone j quœ nikil prodest. Dans les autres péckés , il y a certains attraits , qui , quoique faux , ne laissent pas d'y engager les pé • cheurs. La joie de se voir distingué dans le monde , et d'y posséder les premiers rangs , flatte Tambitieùx; une fragile beauté et la présence d'un objet charmant aveuglent l'impudique ; la satisfaction de tirer raison d'une injure, enflamme un vindicatif ; la délicatesse des viandes et des vins exquis donne du plaisir à un gourmand ; l'éclat de l'or et de l*ar« gent éblouit les yeux d'un avare : foibles et Tom^ IF. P
338 pour le XX. Dimanche malheureax prétextes qui oe les justifieront |amais devant Dieu; prétextes néanmoins, qui, en un sens, les rendent moins coupables que ceux qui l'offensent gratuitement , sans consolation, sans plaisir, tels que sont ceux qui murmurent contre lui dans leurs maladies , et à qui l'impatience arrache des imprécations et des blasphèmes. Il y a longtemps que vous vous plaignez de la conduite de Dieu et de la dureté de son abandon dans vos disgrâces et vos infirmités ; il y a loDgtémps que vous murmurez et que vous êtes mécontens de lui: mais depuis tant de plaintes et de murmures , vous êtes-vous sentis soulagés en la moindre chose? Vos douleurs ontelles été moins aiguës , moins violentes , mo'ms fréquentes ? Vos impatiences ont-elles changé quelque chose dans l'ordre de sa sagesse i Ont-elles obligé Dieu de vous donner une grâce qu'il avoit paru refuser à votre patience ? Vous avouez vous - même que vos murmures ne vous ont servi de rien. Que dis-je ? Ah ! inutiles pour votre consolation, ils ont servi à votre réprobation et à votre perte. O folie! 6 extravagance ! ô fureur d'offenser Dieu gratuitement, d'augmenter sa peine en ce monde , et d'avancer son malheur éternel pour l'autre !
H e3t temps, M. F., que vous rentriez en
vous-mêmes, et que profitant du salutaire
après la Pentecôte» SSg
avis qae nous donne le prophète roi, vous leviez pendant les tristes nuits de vos disgrâces , vos mains vers le ciel , et que vous bénissiez le Seigneur : In noctiùus estoUîle manus i^estras in sancfa^ et benedicite Dominum: dans ces nuits fâcheuses oii la colique, la goutte, la gravelle et d*autres maux violens ne vous donnent presque point de relâche; dans ces temps orageux où une longue ma^ ladie et des infirmités habituelles ne vous permettent plus de continuer vos tr^ivaux pour le soutien de votre vie , pour Tédu^p cation , Tentretien et rayancement d^une famille nombreuse ; c'est alors que vous devez lever les mains au ciel, et bénir le Seigneur de la conduite qu'il tient à votre égard, en lui disant, à Timitation de J. C.; C'est vous, mon Dieu, qui m'aviez donné la santé dont j'ai fait un si mauvais usage; c'est vous qui m'envoyez cette maladie pour me corriger ou pour réveiller ma ferveur dans votre service; ne permettez pas que j'abuse d'une si favorable occasion; et qu'au lieu de vous appaiser, je vous irrite de nouveau par mon impatience et par mes révoltes. Oui, n^bn Dieu, je me soumets à tous les cbâtimens de votre justice; je suis biçn aise, puisque vous le voulez aussi, de me voir séparé des créatures, dénué de tous lç3 objets dp n^çs aifeçtiops et d<^ mes attaches»
34 o Tour le XX. Dimanche réduit à un état qui , m'empêche de joiirdtf^ plaisirs du monde et des douceurs de cette lil C*est la première disposition où il faut être] profiter des maladies: il faut les recevoir soumission à la volonté de Dieu. V( maintenant à la seconde, qui est d'eu soi les douleurs en esprit de pénitence.
Les maladies, aussi bien que la mort, sont la peine du péché ; mais elles peuvent ea devenir le remède , lorsqu'on les sonffie en esprit de pénitence. C'est pourquoi & Grégoire le Grand veut qu'un pasteur avertiM les malades de considérer combien il lent est avantageux que leurs corps soient affligés, puisque ces afflictions servent à les purifier des pèches qu'ils ont commis, et ï empêcher ceux qu'ils auroient pu conunettre.
Tel est, M. F. , lé double avantage que nous trouvons dans les afflictions corporelles, lorsque nous les rapportons à Dieu en vue d'expier nos fautes passées.
Je dis d'abord que les maladies que Dieu nous envoie sont souvent les grandes occasions, et quelquefois même les seules qu'il nous ofiîre pour expier tant de péchés que nous avons commis pendant que nous jouissions d'une pleine santé. Vous savez tous que
après la Pentecôte. Z\\
'loos ne commettons point de péché qui nn "ifrile son châtiment; parce que Dieu étant ^Hk r^[le primitive et l'ordre essentiel , et ^ivï autre côté le péché étant un défaut ^'^■H. un désordre , il doit être corrigé et S4taiine redressé parla peine, soit par celles S ^e les pénitens acceptent en cette vie, soit ■par celles auxquelles les pécheurs sont cou- ^ damnés eu l'autre. Vous n*ignorcz pas aussi i fielle est la répugnance que nous avons à «ums imposer ces peines , et jusqu*oii vont notre négligence et notre mollesse , quand il Vf^t d'expier les restes de nos désordres.
'Fattl-il offenser Dieu ? rien ne tious arrête ; ni rënormité du péché , ni la dignité de , notre ame , ni la majesté et la redoutable justice de la personne offensée , ni Tappréhennon- de l'enfer ^ ni même les considérations du monde. Mais s'agit- il de réparer ses offenses '(^ la honte de se découvrir h un prêtre , la crainte d'une longue et humiliante satisfaction ) l'attachement à la bonne chère , Tamour des créatures , le crucifiement des passions , tout nous retient et étouffe dans notre cœur les mouvemens de la grâce.
O ! que nous sommes heureux, que les infirmités et les afflictions que Dieu nous en- ' voie , noua mettent dans une espèce de nécessité de réparer nos fautes passées ! Par diés Dieu purifie ce qu'il y a d^impur dans
34 3 Pour le -XX. Dimanche nos corps et dans nos âmes : par elles il rë* duit à Tobéissance une chair rebelle ; il met à la chaîne an ennemi qu*il n'avoit pu dompter; par elles il se fait payer du tribut que nous devons à sa justice; et semblables à ces créanciers, qui, sans perdre leur droit, donnent à leurs débiteurs le temps et le moyen de les satisfaire, il nous oflre les occasions propres à expier les restes de nos péchés.
C'est pourquoi S. Chrysostôme dit que toutes les adversités qui nous arrivent en ce monde, sont un baptême de feu qui détruit et consume nos péchés. Nous ne recevons qu'une fois le baptême d*eau , ajoute ce père ; mais nous pouvons nous purifier dans ce baptême de feu presque tous les jours de notre vie.
Ainsi quand le feu de la fièvre nous brûlera, que le dégoût et Tennui inséparables de la maladie nous accableront , consolons^ nous par ces réflexions : Est-ce là le feu où je devrois être éternellement tourmenté ? Estce là ce ver rongeur dont je dèvrois être éternellement dévoré? Puis -je refuser de supporter des peines d'un moment, pour éviter une éternité de supplices? Un royaume de gloire ne mérite-t-il pas bien que je ne me laisse point abattre ni décourager par la longueur de la maladie? Souffrons donc»
pour avoir part à cette couronne immortelle , tout ce qu'il plaira à Dieu , et autant de temps
après h Pentecôte. 343
^'il lui plaira. C'est un moyen efficace pour expier nos péchés passés, et même pour nous précautionner contre les rechutes.
L'Apôtre S. Paul nous apprend que par la pénitence notre vieil homme doit être crueifié «avec J. C. , non seulement pour la destruction du péché, mais encore afin que nous ne servions plus au péché. Ce n*est donc pas assez d'avoir embrassé la vertu , il faut la pratiquer constamment. En vain qnitteroit^on le crime, si , après quelques jnomens de ferveur on retomboit dans les mêmes fautes qu'auparavant Or , c'est à quoi Dieu veut bien pourvoir, comme un bon père. H nous 6te la santé, parce que nous en avons abusé ; il ne nous la renvoie que par degré et après bien des langueurs , parce qu*il prévoit qu*elle ne jeroit pour nous qu*une nouvelle occasion d'ingratitude et d'oubli. Il sait que votre chair est un ennemi domestique d*autant plus à craindre que vous vous en défiez moins , qu'il est difficile que vous preniez assez d'empire sur elle pour la tenir toujours dans cette servitude où elle doit être ; il vous met dans la plus salut;aire position où vous puissiez être. Cette chair affaiblie et abattue ne se soulèvera plus que pour être vaincue; avec la grâce de Dieu vous triompherez aisément de ses attaques. Cest ainsi que se vérifient ces paroles du docteur des nations : notre vertu se
344 Pour le XK. Dimanche perfectionne dans l'infirmité, et nous ne soinmes jamais plus forts que lorsque nous sommés infirmes : Firitts in infirmîtate perficitur. En effet, M. F., ceux qui conservent leur ionocence , . ne doivent souvent cet avantage qa*à rheureuse imposs9)ilité de satisfaire des inclinations qui les sollicitent au relâchement S'ils sont sincères , ils avoueront que les souffrânces sont un grand bien , et que les infirmitëà sont le moyen le plus efficace d'opérer leur salut.
Eh bien ! M. F. , avez-vous regardé jusqu'ici les maladies comme des remèdes capables d< guérir les maux de vôtre ame, comme des faveurs du ciel et comme une portion delà croix de J.C.' ? Les avez- vous acceptées avec souniission à la volonté de 'Dieu ? Avez-vous eu recours au plutôt aux sacremens, afin de rendre vos souffrances méritoires? Avez-vous souffert les douleurs de la maladie en esprit de pénitence? Ne vous êtes-vous point laisse' aller au contraire aux plaintes , aux murmures, aux chagrins ? O ! qu'il y a peu de personnes qui profitent des maladies ! Prenons , chrétiens, la résolution d'en faire un meillenr usage. Lessaiilts ont de^ré les afflictions avec ardeur: si nous n'avons pas assez de courage pour les souhaiter comme eux, ayons du moins . assez de force pour les supporter., quand le . ciel nous les envoie. Heureux , dit S. Jacques,
^rès la Pentecôte. 343
leureux est celui qui souflfre la tentation , yatce que , après qu*il aura été éprouvé , il recevra la couronne que Dieu a promise à cecÙL qui l'auront aimé. Je vous la souhaite, etc.
Second sujet. Sur les des^oirs des maures eni^ers leurs domestiques.
JLi^ÉvAiTGiLE de ce jour nous présente Tirnage d'an bon père de famille dans la personne 'de cet officier qui s^adresse à J. C. pour le prier de rendre la santé à son fils. C'est un père rempli de tendresse et de charité : le danger de son fils le touche ; il en prend soin i il songe à lui procurer tous les soulagemens qui sont en son ponvoir; et parce qu'il a entendu parler de la grande puissance de J* C qui a en son pouvoir la vie et la mort, il va le chercher, il le supplie humblement de venir chez lui, de voir son fils et de le guérir. C'est un maître rempli de religion et de zèle pour tous ceux qui lui appartiennent : le miracle dont J. G. a bien voulu l'honorer lui ouvre les yeux ; il reconnoit la toute -puissance et la divinité de ce grand médecin; non content de croire en lui , il travaille avec zèle et avec succès à la conversion de ses eufaus et dé ses dômes-
348 Four le XX.. Dimutiche
leur parlent avec hauteur et avec empire^' qui leur cominandent avec ud air de darete> qui les reprennent avec aigreur, qui «ht toujours en colère, et à qui tout dépUtT Qu'en penser ? Qu'ils doivent s'attendre \ trouver dans le souverain Maître, qui domine dans les cieux et sur la terre, un jageibflexible qui les traitera un jour avec toitte la rigueur que méritent. leur dureté, et loir impatience envers leurs frères et leors sm^ blables : Judicium sine misericordid itti qmM fecit miscrîcordiam^ Il est permis ^ difes-vons, de reprendre un domestique qui s'Ônblie , qui parle insolemment, qui fiiit 4e-contràû:e , de ce qu*on lui commande» «Ouiy sans doote, il est permis de le reprendre; mais quand devez - vous partfculièreirieht îe reprendre? C'est quand il offense I)ieu;,et c'est -et (pB vous ne faites pas: iV est permis de le reprendre;, mais ce dojtêtre par raison et par cliaritc , et non pas p.ar pasj^ion : il est permis de le reprendre ^veç . libëhageipent ; mais aussi vous devez en sottlTrir: or, bien loin d'en souffrir, voas^êt^s toujours impatiens, pleins d'aigreur, 'et souvent votis poussez l'injustice jusqu'à vx>qloir qu'on prévienne vos volontés et qu'oq .'devine yos intentions Allez, maîtres inÔexibles,' voua éprouver»
de la part du juste Juge cette dureté qn< vous avez montrée envers vos inférieurs: Ju ^îcium sînè misericordid illi^ etc.
(iprès ta PerUecôle. 34î)
IL POINT
Mais sî la cliarilé vous fait un devoir de traiter vos inférieurs avec bonté, la justice vous oblige h. les nourrir, à les soulager daiD$ leurs infii mités, et à leur payer exactiement leurs gages. Celui qui travaille, dit J. C. , est digne de recevoir sa nourriture : Dignus est operarîus cîbo suo. La loi ancienne défendoit expressément de retrancher la nourriture îlu bœuF qui fouloit le raisin dans an pressoir ; Non alligabîs os bovi trîlurantL Yous-mêmes, M. F., vous ne refusez pas le nécessaire aux animaux que vous avez à la 'mai3on ; les services qu'ils vous rendent, les avantages que vous en retirez , vous engagent à en prendre soin. A combien plus forte raison 'devez -vous une nourriture honnête et .^fonven^le a vds domestiques, à des créa- *'tares faites, comme vous à, L'image de Dieu^ 'et destinées comme vous à un i)onheur éternel '; à. des frères qui vous sacrifient tout leur t^ps, toutes leurs forces, toutes leurs démarches, et jusqu'à leur volonté même !
Quels termes assez énergiques pourraient peindre la cruauté de ces maîtres avares , ■qui ne donnent à leurs serviteur qu'une partie de ce qu'il faudroitpour les sustenter, qui leur donnent ce qu'il y a de plus vil
35o PovT le XX* Dimanche en Ihit de nourriture^ qui ne leur donent que des alimens d'une mauvaise quafité^qui leur reprochent le peu qu'ils mangent) fi exigent d'eux des travaux au-dessus dekÎÂ forces, qui n'ont égard nia la foiblessei&l tempérament de celui-ci, ni aux infinmlfr' de celle-là, qui les exposent à devenir Dfîrmes , qui les abandonnent dans leurs m^ ladies ? Ah ! que ce charitable centenier»
dont il est parlé dans l'évangile, les chargera un jour de confusion à la face de l'univers!
Ce bon maître qui aimoit son serviteur, et qui étoit touché de le voir couché sar un lit de douleur, ne se contente pas dieu prendre tout le soin possible, il se croit obligé d'aller trouver J. C. pour lui recommander ce domestique, et pour le prier de lui rendre la santé: il y court, il y vole!
et la foi avec laquelle il sollicite la guérisoa de son serviteur, lui mérite la grâce qa'il sollicite. Apprenez, maîtres et maîtresses, apprenez de cet idolâtre, quelle doit élre la tendre compassion de votre cœur pour vos domestiques malades. Us vous ont servi en santé; n'est-il pas juste que vous veiQîez sur eux dans le temps de la maladie? Ne voyez-vous pas que le lieu où vous laisses languir ce pauvre malade est trop incommode, qu'il y souQre considérablement? Ne Toyez-vous pas qu'il est abandonné, qu'on
après ta Pentecôte* 35 1
ne lui donne point de remède, ou qu'on ne les lui donne point dans lés temps convenables, que souvent il n'a ni nourriture, ni boisson? Est-ce un homme que vous délaissez , ou plutôt n'est-ce pas J. C. ? Oui, c'est notre divin Sauveur qui souffre en la personne de ce domestique, qui vous demande du secours , et qui se tient délaissé, lorsque vous abandonnez celui qui est un de ses membres.
Enfin la justice vous fait un devoir de payer exactement les gages de vos serviteurs. Vous avez fait un contrat avec eux, vous êtes tenus d'en gardrr exactement les clauses. Voici comment s'explique le texte sacré sur cet article important. Le prix du mercenaire qui vous donne son travail ne demeurera point chez vous jusqu'au matin: vous lui rendrez le même jour le prix de son travail avant le coucher du soleil , parce qu'il est pauvre, de peur qu'il ne crie contre vous au Seigneur , et qu'il ne vous soit imputé à péché. Voilà , M. F. , avec quelle diligence le mercenaire doit être payé. Combien devez-vous craindre que vos domestiques n*aient lieu de ae plaindre de vous , et que le Seigueur ne venge l'injustice que vous leur faites, en leur retenant ce que vous leur devez ? O vous ! qui les chassez sans raison au milieu d'une année, et qui les
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exposez à mourir de faim et de misère, oa 1 à devenir criminels pour soutenir knr ?ie; f vous qui faites payer à un pauvre doni»- t^ tique ce qui est perdu ou cassé dans 11 ^ maison , sans qu'il y ait de sa faute; VM \ '^ qui êtes habiles à trouver des prétextes, pour lui retenir une partie de ses gages, treniblez pour l'avenir. Ces injustices demeo- f Feront peut-être impunies sur la terre, où k maître a du crédit, et où le pauvre serviteur est obligé de céder: mais on jour la scène changera; le Maître commun vous fera payer bien cher vos injustices; vous aurez tout le temps de vous en repentir. Ce salaire que vous retenez si injustement, crie contre vous, et se fait entendre efficacement aux oreilles du Dieu des armées: Merus operariorum quœ fraudât a est â vobis , clamât i et in aures Domini sahaoth intromL
Voici des devoirs d'une toute autre importance encore , c'est ce que la religion demande de vous ^ Tégard de ceux qui vous servent. Vos serviteurs sont à Dieu avant que d'être à vous; ils sont à vous pour un temps et pour certaines choses; mais ils sont à Dieu pour toujours, et pour tout ce qu'ils peuvent penser, diie ou faire. Us
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lont donc plus à Dieu qu*à vous ; vous ievez donc avoir soin qu*ils servent Dieu, cfest-à-dire qu*i1s soient intruits, qu'ils soient Bages 9 qu'ils fréquentent les sacremens , en im mot, qu*iIs\observent la loi de Dieu.
Combien de personnes ont des domestiques , et ne savent pas si leurs domestiques sont chrétiens? Q^nd il est question de louer un domefstique^ on a grand soin de ifmformer s'il est robuste , s'il est adroit , ail QBt fidèle , s'il est ^ftctif et. laborieux ; mais 'il ne vient "/pas «seulement ert'-penséè de demander s'il est sage, réservé, instruit de sa religion , s'il fréquente les sacremens , etc. ' Est'il donc si indifférent d*avoir des domestiques chrétiens? Un bon dômes* tique est capable d'attirer la bénédiction de Dfôu sur votre famille, sur votre ménage, sur vos travaux ; mais quel ravage n'est pas capable de causer dans votre maison un domestique pervers ! Quelle contagion pour vos enfans! quel danger ^pour vos autres domestiques ! etc. Vos domestiques ne sont pM instruits , et vous ne leur laissez pas le temps d'aller aux catéchismes, aux înstiTictions, vous ne les instruisez pas vousmêmes; vous ne les obligez pas à se faire instruire ; vous ne veillez pas sur eux , pour savoir s'ils fréquentent les instructions, .filils en profitent: vous êtes donc cause
354 Pour le XX. Dimanche qu*i]s croupissent dans Tignorance de la loi de Dieu; vous en répondrez devant Dira , et il n'en faudra pas davantage pour KM f faire condamner et exclure du royaume ifi ?
Dieu: Si cuis eorum et maxime domestkofm r^ curam non habei ^ fidem negaçU et est ûs/EdUû T interior.
Ce n^est pas assez que vous veilliez à œ que vos serviteurs soient instruits , il fant avoir soin qu^ils soient sages et se condoisedt en bons chrétiens. S. Augustin dit que vous avez dans vos maisons la qualité de pasteur; vous devez donc veiller sur le troupeau qui TOUS est confié, comme en devant rendre compte au souverain Pasteur. S. Charles veut que vous preniez garde si vos domestiques prient Dieu , s'ils approchent des sacremei»; cjue vous leur donniez le temps de sanc* tifier le saint jour du dimanche et les )ours de fêles. Or , M. F. , quelles sont les mœurs de vos domestiques ? Ces serviteurs ne sontils pas des joueurs, des jureurs, des ivrognes ? Ne courent-ils pas la nuit ? Ne fr^ quentent-ils pa« les cabarets? N'entretieonentils pas de mauvais commerces? Ces servantes ne sont-elles pas des médisantes, libres en paroles? N'ont-elles pas des airs mondains?
Ne fréquentent-elles pas de mauvaises corn* pagnies? Ne reçoivent-elles pas des garçons la nuit dans leur chambre ? Et néanmoins
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rous souffrez tout cela sans les reprendre ; tu si vous en parlez, c'est si légèrement et vec tant d indifférence , qu'il est aisé de 'oir que ces désordres ne vous touchent jjg^t. Que vos domestiques vous manquent, vous vous emportez en injures , etc. ; que [Meu soit offensé , vous êtes tranquilles , pourvu que d'ailleurs vous soyez bien serins. Mais que dire de ces maîtres injustes, qui commandent h leurs serviteurs des choses criminelles , comme de se venger , de dérobsier) de faire du donunage à un voisin, de noire à ses bestiaux, etc. Que dire de ces maîtres cruels , qui donnent à leurs damestiques les exemples les plus pernicieux d!irrëligion » de libertinage, d'intempérance, et baine pour le prochain ? O Dieu I quel fordeau que celui dont ils seront chargés!
Puis donc, M. F., que vous êtes charités en conscience du soin de vos domestiques ^ et que vous devez en répondre au tribaoal de Dieu, choisissez - les avec prudence ; veillez sur eux avec attention ; rendez-leur, ce que vous leur devez; apprenez-leur à votre exemple, à servir Dieu, à travailler pour le ciel ; sanctifiez-vous en les sanctifiant, afin que Dieu vous réunisse tous dans la même gloire.
356 Four le XXL Dimanche
Le XXL dimanche après la PeniedUi^ 1 Sur le pardon des injures. '"
E pardon des injures est si visiblement la fin de la parabole de Vévangile de ce ^ jour , que ce seroit s^écarter de son esprit que d'y chercher d'autres sujets.. La colère que le ipaître témoigne contre rinbumanitë de ce 3<^viteur ,'qùi/9 après avoir obtemi la remise d'une somme considérable, exigea avec la dernière rigueur une somme modique qu*un de ses compagnons lui devait , est, une condamnation manifeste de ces vindî- .
dicatifs inexorables ^ qui veulent avoir f^son des offenses qu'on leur fait, et qui ayant reçu de Dieu le pardon de tant de péchés, dont ils se sont rendus coupables, ne peuvent se résoudre à pardonner les moindres injures. Mon dessein est donc , M . F. , de vous mon^ trer aujourd'hui l'indispensable nécessité de pardonner' à vos ennemis. C'est un Dieu ' qui vous en donne lexemple; c'est Un Dieu qui vous ^menace des plus terribles châtimens , si vous refusez de pardonner ; et qui vous promet les plus magnifiques récompenses , si vous pardonnez. C'est un Dieu
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|Di parle ; c'est donc à nous à lui obéir : il riardonne ; c^est donc à nous à Timiter: il nromet et il menace; c*est donc à nous à r et à craindre. Mettons ces preuves . -■ — TT un plus grand jour; soutenez quelques P instans \otre attention.