I. POINT
VoYiz dans les réflexions de Nepveu , la méditation ppur le i5 d'avril, au tome second.
La grâce dont j'ai ii vous parler dans cet entretien, n'est point cette grâce que nous appelons sanctifiante, que nous recevons . dans le sacrement de baptême , qui s'augmente dans les autres sacremens , ou que l'on y recouvre , quand on a eu le malheur de la perdre; je vous en ai déjà parlé en. d'autres occasions , et je vous en ai fait voir le prix et la nécessité. C'est elle qui nous donne droit au ciel , en nous faisant enfans de Dieu ; sans elle nous ne pouvons rien faire, qui soit digne de la vie éternelle. Cette grâce est inhérente dans notre amej elle s'y conserve
tant
après la Peatecâte* 4^
tant que nous, n^obligeons pas le Seignear
par le péché mortel à nous en priver. Mais
outre cette grâce habituelle, il en est une
autre que Ton nonune actuelle et passagère ^
qui consiste dans une lumière surnaturelle que
Dieu répand dans notre esprit , et dans de
pieux mouvemens qu'il communique à notre
volonté, et qui nous aide k pratiquer le
bien : c*est de cette dernière espèce de gi ace ,
que j*ai à vous parler , et sans laquelle nous
ne pouvons exercer aucune bonne œuvre qui
mérite le ciel.
C'est une vérité de foi , dont il n'est pas permis de douter, que sans la grâce nous ne pouvons rien : Stnè me nihil poiestis facere^ disoit J. C lui-même. Sur quoi S. Augustin parle ainsi : Vous ne pouvez faire , ni peu , ni beaucoup de bien , sans le secours de celui sans qui vous ne pouvez faire rien du tout :
Swè ergo parùm , sicè muiiàm^ sine îlîo fieri non potest , sine quo nihil fieri potesU Pour entrer là*dessus dans un plus grand détail , je dis que la grâce est nécessaire pour commencer le bien, pour résister aux tentations, pour acquérir les vertus vpour y croître et y persévérer; elle est nécess^iire à tous et danj tous les temps de la vie. Peut-il y avoir une nécessité plus absolue et plus universelle?
( On reprendrai ces subdivisions. )
La grâce est nécessaire pour commencei*;^ Tome IV. Q
5o Tour le X. Dimanche
continuer et achever le bien. Comment cela?
Cest que sans la grâce nous ne pouvons avoir une bonne pensée : Non sufficientes sumus cogitare aliquid à nobis , quasi ex nobis. ( a. -Cor. 3. ) Ces connoissaaces qui nous viennent de temps en temps sur la grandeur de DieU) sur sa bonté , sur sa justice , etc. sont des effets de la grâce ou de TElsprit saint , qui nous éclaire et nous instruit; sans son secours, nous ne pouvons parvenir à une véritable foi. Mais nous n'en avons pas moins besoin pour vouloir le bien, que pour le faire : Deus est , dit encore S. Paul , qui operatur in pobis velle. ( Phil. a. ) Notre volonté étant portée continuellement au mal , il faut nécessairement que Dieu la prévienne de ia grâce , et qu'il lui inspire Tamour des choses célestes. Ce n'est pas encore tout , il faut qu'il l'aide à pratiquer le bien qu'il lui a inspiré; qu'il la fortifie pour surmonter les dtfiicultés qui s'y rencontrent ; qu'il le. hii. fasse faire, ou plutôt qu'il le fasse avec elle : Operaîur celle et perficere. Ainsi l'ont décidé les saints conciles , qui ont déclaré anathême contre quiconque oseroit dire que , sans le secours de la grâce , on peut vouloir on faire quelque bien ^ commencer ou continuer loeùvre du salut
De là, M. F., il suit que la grâce est nécessaire pour résister aux tentations, d'une
après la Pentecôte. 5i
manière qui puisse êti^e méritoire; J. C. nous ordonne de prier ^ pour obtenir la force de vaincre les tentations qui nous arrivent; beau-* coup plus avonS'-Bous besoin de cette même grâce pour acquérir les vertus ^ pour les conserver , pour les augmenter. ( On donnera quelques preuves . de cette dernière propo-* sition, ) .
Mais tous ont-ils besoin de la grâce? Oui, M. F. , nul honime y quel qu'il soit , quelque saint qu'il puisse être, à qui elle ne soit nécessaire. Eussions-nous vécu vingt, trente ans, dans la sainteté la plus parfaite , elle est pour npus d*un(S aussi grande nécessité , que lorsque nous avons commencé à nous donner à Dieu. Les péckeurs ne peuvent, sans son secours , se disposer à une vraie conversion ; et les justes ne se soutiendront jamais dans leur justice , si la grâce ne les fortifie. Ne croyez pas qu'il y ait quelque âge dans 1$ yîe où le besoin en soit moins grand. Elle est également nécessaire aux jeunes gens et.
aux vieillards ; aux jeunes gens , pour réprimer les passions de la jeunesse, et se ga« rantir des dangers qui y sont si fréquens ; aux personnes avancées en âge, pour ne pa:» se décourager dans le chemin de la vertu, et pour consommer heureusement leur course.
David en étoit bien persuadé; c'est ce qui l'engageoit à prier le Seigneur avec tant d'ins"
52 Pour le X. Dimanche
tance de ne jamais l'abandonner; Deus^ do* cuis fi me à Jupentule' med usque in senectûm et senium. Cùm defecerit virtus mea , ne dereUncjuas me. ( Ps. 70. )
Après avoir établi la nécessité de la grâce , on demandera aux auditeurs s'ils en ont été* bien convaincus ; s*ils n'ont point cru pouvoir, par leurs seules forces naturelles , observer la loi de Dieu ; si dans cette persuasion ils n'ont point négligé de prier , ou s'ils Be se sont point attribué à eux - mêmes le bien qu'ils ont pratiqué avec la grâce. On engagera à changer de pensées et de sentimens , et à dire avec S. Paul : Gratiâ autem JJei sum id (piod sum : non ego autem , sed gra^ lia Dei mecwn, ( i. Cor. i5. ) On prendra encore quelques passages du même Apôtre ^ par lesquels il faisoit si bien valoir aux premiers chrétiens la vertu de la grâce , par ex. Justificati gratis per graiiam , ubi est gloriatio tua ? ( Rom- 3. ) Si autem gratiâ , jam non ex operibus, ( Ibid. 11.)
Reconnoissons donc humblement les uns et les autres , M. F. , que nous ne pouvons faire le moindre pas vers le ciel , si le Seigneur lui-même ne nous prévient, s'il ne nous aide et n'agit avec nous. Remercions-le du peu de bien que nous avons pratiqué jusqu'ici. Je vais vous expliquer plus en détail ce à quoi nous oblige le besoin où nous sommes de la grâce; renouvelez votre attention.
après la j^entecàte* 53
Cs D*est point assez de sentir le besoin absolu et continuel que nous avons de la grâce de Dieu : cette connoissance doit êti^e pra- (Â]De , et nous servir de règle pour la condaite de notre vie. A quoi doit-eUe nous porter?
i.^ A prier beaucoup ^ et le plus souvent qa'il nous sera possible ; 2.^ à prendre garde de nous rendre indignes de la grâce; S.'^ à craindre Tabus que nous en pourrions faire ; 4.** enfin à nous sei'vir avec fidélitë de celle qa'il plaira à Dieu de nous accorder.
Dieu demande de notre part de fréquentes prières; et notre impuissance \ pratiquer le bien sans la grâce, doit nous y engager. Elle ne s*accorde , dans le cours ordinaire de la providence , qu'à la prière ; et quoiqu'il éclaire et qu'il touche certains pécheurs, qui ne .song'ent point a le prier , ce seroit s'exposer à en être privé, que de négliger ce saint exercice. Renouvelez donc dès aujourd'hui , M. F. , votre assiduité à la prière : Oralioni instate. ( Coll. 4« ) I^ ootw/ oratîone petitiores vestrœ innotescant apud Deum. (Phil. 4- ) Priez dès le matin , et n'y manquez jamais , quelque pressantes que soient vos occupations. ( Il faut insister sur la prière du matin ,
54 Pour le X. Dimanche
et bien faire sentir que dès le jcommenceinent du jour, dès son réveil , on a besoin du secours de la grâce. On se servira de quelques passages du Psaloiiste , par ex. Manè aratîo mea praveniei te. ( Ps. 87. ) On recortimandera Tusage des oraisons jaculatoires durant le jour, à l'exemple des anciens solitaires 9 qui répétoient souvent en travaillant ce beau verset : Deus in adjutorium meum in" tende. )
Mais, ajoutera-t-pn , il est des occasions où ccfUe prière est d'une plus grande nécessité, et oh elle doit être faite avec plus de ferveur et d'humilité , par ex. quand on se trouve engagé dans quelques compagnies dangereuses; quand on est sollicité à offenser Dieu , ou qu'on est pressé par une forte tentation ; c'est alors qu'on doit s'écrier avec David : De prufundis clamavi ad te , Domine.
Accéléra ut eruas me , etc. Ou avec S. Pierre : Domine , sait^um me fac. ( Matth. i4- )
On fera faire quelques réflexions aux auditeurs sur le besoin qu'ils ont de vaquer à la prière ; on leur reprochera leur négli* gence. Ne soyez pas surpris de ce que vous êtes si foibles , ne vous étonnez pas de vos chûtes fréquentes , ne les attribuez qu'à vousmêmes. Dieu vous offre toujours la grâce de la prière: avec elle vous pouvez obtenir toutes les autres i Omnia quœcumcjue crantes petitis , i;r édite quia accipietis, ( Marc. 11. )
après la Pentecôte. 55
Cependant, M. F., la prière seule ne suffit pas ; an second devoir , par rapport à ia grâce, est d*éviter ce qui peut nous en rendre indignes. Quoique nous ne paissions la mtfnier par nos seules forces , Dieu demande de nous, dans le cours ordinaire de sa pro* ridence , que nous n'y mettions pas obstacle par nos péchés. Ce sont eux qui éloignent de nous VEsprit saint : Spiritus eniui sanctus discipliruB effugiet fictum , et auferet se- à cogita" iiom'ùus quœ sunt sine intelleclu ; et corripietur i superpemente iniguitate. ( Sap. i. ) Hélas, M. F., combien parmi vous, qui bien loin dattirer sur eux les bénédictions du ciel, s'en rendent de plus en plus indignes par leurs désordres ! Eh ! comment Dieu nous accorderoit-il ses faveurs, tandis que nous avons presque sans cesse les armes contre hii ? Comment nous communiqueroit-il ses divines lumières, et nous feroit-il part de son esprit de sagesse? Ayons donc soin, M. F., d'ôter de nos cœurs toute affection au péché , tout amour déréglé des créatures', afin de nous rendre dignes de l'assistance céleste. Heureux les chrétiens en qui le Seigneur ne trouve pas d'obstacle à ses grâces ! Il se plaît à les en combler ; car il ne désire rien tant que de nous faire du bien.
Mais, quand nous les avons reçues , nous devons bien prendre garde de les rendre inutiles
56 Pour le X* Dimanche
et d'en empêcher reflfetpar notre faute. Soyons toujours attentifs à la voix de Dieu , et obser- TOUS les momens de sa venue. II nous parle tantôl? dans \m temps, tantôt dans un autre; il éclaire nos esprits , et il touche nos cœurs en différentes manières , tantôt dans Tég^lise , tantôt dans nos maisons ou ii la campagne; Aujourd'hui en entendant ou en faisant une ^lecture de piété , une autre fois à la vue de quelque spectacle frappant. Faisons ensorte de vivre dans un recueillement continuel , pour être toujours en état de lui répondre.
Vocabis me^ et ego respondebo UbL ( Job. i4« ^ Telle étoit la disposition du jeune Samuel:
Jjoquere , Domine , quia audik servus luus, ( i. Reg. 3. ) Souvenons-nous que rien n*est plus à craindre que l'abus des grâces de Dieu , comme rien n'est plus utile que d'être fidèles à celles qu'il nous accorde. Il les multiplie à proportion de notre fidélité.
On confirmera ce que l'on vient de dire par quelque passage de l'évangile, et principalement par le suivant: Omni enim habenii dabitur , et abundabii : ei autem qui non habet , etquod videtur habere^ auferetur ab eo (Matth. 25. ) Passage qui peut fort bien s'entendre de l'usage des dons de Dieu. On récapitulera ce que l'on a dit de la nécessité de la grâce et de nos obligations à son égard ; on exhortera les auditeurs à s'en occuper pendant le jour , et sur-tout durant la messe.
après IcL i^eniecôte» 67
Cest ) leur dîra-t-on , par les mérites de I. C. et en son nom , que nous devons deimdeT la grâce , et ce ii*est que par lui que MUS pouvons l* obtenir. Demandons-la avec vie nouvelle fervenr ; demandons-la souvent , A s'il se peut ^ sans cesse. Veillons sur nous pour écarter tout ce qui peut y mettre obstacle; craignons extrêmement de la rendre mutile ; suivons-en les mouvemens avec fidébté^ dans tous les temps et dans tous les ^es de notre vie. Profite^ sur-tout , M. F. , de celle qui vous est offerte aujom'd*hui; profitez-en, pécheurs: vous, jeunes gens, qui avca abandonné le Seigneur ; vous , personnes âgées , qui croupissez depuis long-temps dans vos désordres ; rendez-vous dociles à la lumière qui vous éclaire, et gardez-vous bien de fermer les yeux à la céleste clarté, de crainte qu'elle ne vous soit enlevée pour touiours : c'est , ô mon Dieu ! la grâce que nous vous demandons tous ensemble. Ne permettez pas que nous abusions de V03 dons ; aidez-nous à en faire l'usage que vous desirez, afin que nous nous rendions dignes de la grâce finale, qui doit assurer notre bonheur éternel.
58 Four lé XI. Dimanche
Le XI. dimanche après la Pentecôte*
rÉvANGiLE de ce jour contient un miracle éclatant , opéré par le Sauveur envers un homme sourd et muet II est tiré du 7. ch.
de l*évangile selon S. Marc. L'épître est prise du 1 5. chap. de la lettre de S. Paul 9gk\ Corinthiens. L'Apôtre y rapporte l'évangile qu'il a prêché* Il y met devant les yeux le grand mystère de la résurrection de J. C. , qui l'a choisi pour être du nombre de ses Apôtres^ , dont il se regarde comme le dernier et comme un avorton.
Les principaux sujets de l'instruction que fournit l'évangile sont, i.® la surdité spirituelle, ou l'endurcissement ; a.^^ la manière de bien faire ses actions, à l'exemple de lésus-Christ
Premier sujet. La surdité spirituelle*
A première année que l'on aura à parler sur cet évangile , il convient de s'attacher à son objet principal , qui est de délivrer et de préserver les fidèles de la maladie de l*ame y figurée par celle du sourd et muet que le
€iprès la Pentecdiem 5g
&avear guérit. On pourroit en faire une exœllente homélie , en parcourant les diflfé* rentes circonstances de cette guérison miraculeuse : Adducunt ei surdum et mutum , on aiLena à Jésus un homme sourd et muet
Foici , M. F. , un miracle également sur- /HieDant et instructif, opéré par le Sauveur dorant sa vie évangélique. Comme il s*en re- (oomoit du pays de Tyr , où il avoit guéri h fille d'une femme chananéenne , on lui amena OD homme qui étoit sourd et muet , et on le pria de mettre ses mains sur lui et de le guérir. Jésus ayant égard à la prière qu'on lui faisoit , et touché de compassion poui cet homme , le prit à l'écart , etc. Ne nous contentons pas , M. F. , d'imiter ceux qui furent présens à ce miracle , d'admirer et de louer la bonté et la puissance du Sauveur ; attachons-nous au sens spirituel de cette guérison: profitons-en pour la sainteté de nos âmes. Quç nous représente cet homme muet que l'on amène au Sauveur pour être guéri ?
Que nous représentent les différentes circonstances dont sa guérison est accompagnée?
Cet homme sourd et muet est l'image du pécheur qui n'entend pas la voix de Dieu , qui ne parle pas à Dieu ^ qui s'endurcit à ses grâces ; et qui ne peut se résoudre d'avouer aux ministres de la pt'nitence les fautes qu^il a faites. Les différentes circonstances qui
6o pour le -X/. Dimanche
accompagnent la guérison de cet homme ^ nous mai'quent en même temps ^ et la misère du pécheur sourd et muet spirituellement , et les démarches qu'il doit faire pour s*en délivrer.
Oui, M. F. ,1e pécheur est véHtablement sourd et muet , non pour ne rien entendre et ne rien dire de mal, mais pour ne rien entendre et ne rien dire de bon. Que cet état est déplorable ! que ne puis-je vous en inspirer une sainte horreur, et vous animer à faire tous vos efforts, pour vous empêcher d^y tomber, ou pour vous en faire sortir, au cas que vous y «oyiez engagés ! Mais pour ne pas embrasser trop de matière , arrêtonsnous à ce qui nous est représenté par la première et la principale incommodité du malade de notre évangile , c'est la surdité.
Car dès qu'un homme natt sourd , il naît aussi muet et ne peut parler ; de même dès qu'un pécheur est sourd spirituellement, dès qu'il n'écoute pas Dieu, qu'il n'entend pas sa voix , comment parleroit-il à Dieu?
C'est donc, M. F., de la surdité spirituelle que je dois vous entretenir. Vous verres^ dans la conduite du Sauveur , à Tégard die Miomme sourd , et le malheur d'une ame qui est sourde spirituellement, et les remèdes à son mal. Quel bonheur , M. F. , pour vous et pour moi , si J. C. veut bien, par la force
après la Pentecôte* 6i
de sa grâce , délivrer d'un si g[rand mal tous ceux de cette paroisse , qui eu sont attaqués ^ et nous eu garantir à jamais,
L POINT
IToTRB ame , aussi bien que notre corps , est sujette à une infinité de maladies. Le corps est malade , dès qu'il survient quelque dérangement dans les humeurs ou les organes qai le composent; ainsi notre ame perd sa santé , dès qu'elle n'est pas bien avec Dieu , et qu'elle perd la soumission et la subordinatioa qui lui sont dues. Mais autant que l'ame est au-dessus du corps 9 autant les maladies dont elle est attaquée l'emportent par-dessus celles du corps : maladies d'autant plus à craindre, qu'elles nous éloignent plus de Dieu, et qu'elles nous empêchent davantage de retourner à lui. Telle est , M. F, , la surdité Spirituelle dont nous devons nous entretenir; il suf&roït de la bien connoître, pour en concevoir la plus vive horreur.
Qu'est-<:een effet que cette surdité, qui rend l'homme sourd à la voix de Dieu, qui l'empêche d'entendre ce qu'il lui dit, ou immédiatement par lui-même , ou par le ministère de ses créatures ? Surdité toujours volontaire , et qui n'arrive jamais que par la faute de celui qui en est attaqué ;. surdité pai* conséquent
02 Pour le XL Dimanche ^
très-injurieuse à Dieu, el qui sera infailli^ blement punie dans celui qui en est coupabifti Deux raisons vous feront voir la grandeur -d»\ ce mal , et combien il est à craindre. ( Oii reprendra chacune de ces subdivisions. ) ;
Dieu nous parle , M. F. , nous n'en pou-j Tons douter. Cet être infiniment grand , infi-i niment heureux par lui-même , s'abaisse jusqu'à ses créatures , il met ses délices à s*efhtretenir avec les enfans des hommes; il leur parle en une infinité de manières , et par autant de voix qu'il y a de créatures dans cet univers; et qui pourroit , dit le Prophète, n'«i pas entendre le langage: Non sunf loquelœ ne^ que sermones , quorum non audiantur t>oce5 eorum. ( Psal. i8. ) Le ciel, le soleil, la lune, les étoiles , la terre , les plantes , les animaux , l'univers entier ne nous crient- ils pas que Dieu ne les' a faits que pour nous ? N'entendons* nous pas au-dedans de nous-mêmes les cris de la raison qui ne cessent de nous répé- .fer que nous ne sommes faits que pour Dieu?
Nul homme , quelque stupide qu'il soit, qni ne puisse et qui ne doive y prêter l'oreille ; et nous sommes inexcusables, si nous refusons de l'entendre.
Mais outre ce langage des créatures inanimées et celui de notre propre raison, il en est un plus relevé , par lequel Dieu nous fait connoitre ses volontés . c'est celui de la
après la Pentecôte» 63
fii. Eq combien de manières ne s*est-il pas opliqaé aux hommes ? Multifariam ^ muUisque mts^ nous dit S. Paul , hçuens Deus in Pr(H fkthy nopbsimè locutus est in Filio. ( On détu&era en peu de mots ce que Dieu nous CD 2 appris par Moyse , par les Propliètes qui «tf prédit la yenue du Messie , et par J. C liB-meme. )
Oa même bien voulu substituer en la place de son Fils , des pasteurs et des doeteurs , par la bouche desquels il nous parle continoellement ; enfin , il joint à la parole extérieure de ses ministres , une parole intérieure (^ nous' rappelle nos devoirs, et nous excite à les remplir. Il parle à tous , aux jeunes gens et aux vieillards^ aux chefs de famille, aux maîtres et aux domestiques , aux riches et aux pauvres. Mais, hélas! combien de chrétiens qui ne daignent pas écouter un Dieu qui emploie une infinité de moyens pour les instruire, et les exciter à lui rendre les honn^urs qu'ils lui doivent ! Combien qui n'écoulent que la voix de leurs passions, la voix d'un monde qui les perd, la voix du démon ! Oui , IVL F. , la surdité spirituelle est extrêmement commune, et très-peu de fidèles en sont tout à fait exempts.
( On pomTa mettre ici un détail. ) Quelle voix écoute rorçueilleux et l'ambitieux? La voix de son orgueil et de sou ambition ^ et
64 Four le XL Dimanche
non celle de Dieu , qui lui dit ^ que quiconque s^élève , sera abaissé. Quelle voix écoute le sensuel , qui ne pense qu'à contenter son corps , et qui semble n'être au monde que pour le flatter et l'engraisser?
La voie de la sensualité, et non celle de Dieu, qui lui dit que sa vie sensuelle aura pour fin la mort éternelle : Quorum finis inferiius, ( Phil. 3. ) On suivra cette énumération pour l'avare, le vindicatif, l'envieux, les mondains et les mondaines , et tous les autres pécheurs.
Rien donc de plus vrai , M. F. , que ce que j'ai avancé , que la surdité spirituelle est une maladie qui infecte la plupart des chrétiens. N*y êtes-vous point sujets vous-mêmes; ne viens- je point de tracer votre portrait ? Examinez-vous de bonne foi et sans prévention. Etes-vous attentifs à la voix de Di^u qui vous parle dans les prédications , dans les pieuses lectures , etc. et n'aimez-vous pas mieux entendre les discours des gens du siècle, peut-être des suppôts du démon ? Ah ! M.
F. , comprenez aujourd'hui Tinjure que vous faites à Dieu , et à quoi vous vous exposez en continuant de vivre dans un tel état,
jfe dis , l'injure que vous faites à Dieu , en vous rendant coupables de mépris et d'ingratitude envers lui ! Quoi ! ce Dieu toutpuissant, et qui n'a aucun besoin de vous,
ctprès la Pentecôte. 65
a Dieu de toute gloire , devant qui les poleotats ne sont rien , vous parle tous les jours, et plusieurs fois cliaque jour y et vous kcEDeL les oreilles à ses discoura , tandis «ji'dUs sont toujours ouvertes à des entretiens matiles et peut-êti*e criminelles. Vous tanez , pour ainsi-dire , le dos à ce maître soa?erain de l'univers ; et vous vous portez avec empressement à entendre de chétives créatures , de foibles mortels qui vous engagent peut-être à la révolte contre votre Dieu. ( On se servira ici de la comparaison d'un sujet à qui son roi feroit Thonneur d'adresser la parole , et qui sortiroit brusquement pour s'entretenir avec un vil domestique, ou avec ! l'ennemi de son prince. )
Cbose étrange ! nous voulons être écoutés, lorsque nous parlons; nous croirions être méprisés, si l'on ne prêtoit pas l*oreille à nos discours ; néanmoins nous nous mettons peu en peiQs d'être attentifs à la voie de Dieu.
Quel affront , quelle injure ne lui faisonsnous pas ! Injure d'autant plus grande , qu*en méprisant Dieu , nous méprisons aussi un des plus grands bienfaits qu'il puisse nous accorder ; nous ajoutons l'ingratitude au mépris. Car pourquoi Dieu nous parle-t-il? Cest par un pur effet de sa bonté; cest pour notre propre intérêt ; c'est pour nous délivrer des maux les plus affreux ; c'est pour nous procurer les hiem les plus solides.
66 Tour h XL Dimanche
On prendra le détail rapporté ci-dessus ; 1.9 de la voix de toutes les créatures, par lesquelles il nous parle pour se faire connoître a nous , comme créateur , comme conservateur et comme notre dernière fin; 2.^ la voix des Prophètes, de son Fils et des ministres de l'Eglise, par lesquels il nous instruit du chemin du ciel.
Il vous parle , pécheurs , pour vous délivrer de Tesclavage du démon ; il vous parle, jeunes gens, pour vous apprendre à sanctifier votre jeunesse : il vous parle , chrétiens avancés en âge , pour vous presser de faire pénitence ; il vous parle , âmes justes , pour vous conserver dans la grâce , et pour augmenter en sainteté ; il vous parle dans le temps de la prospérité et de l'adversité, pour vous aider à profiter de Tune et de l'autre. Rendez ici témoignage à la vérité , et repassez en vous-mêmes les différentes cir- 'constances de votre vie, mais en même-temps soyez remplis d'une sainte confusion à la vue de votre ingratitude envers Dieu; sentez l'indignité de votre conduite ; demandezlui-en humblement pardon ; ne vous exposez pas aux jugemeAs terribles que sa justice est prête à exercer contre vous.
* J'en ai déjà fait le détail dans l'exposition *de l'évangile que nous avons lu , il y a quelques semaines , en vous parlant de l'endur-
après Ul Pentecôte. 67
cissement du cœur; vous avez vu combien cet état est déplorable : c'est néanmoins celui où se trouvent les chrétiens qui sont sourds spirituellement ; ou s'ils n*y sont pas encore tombés, leur résistance à la voix de Dieu l^s Y conduit insensiblement. Les saintes Ecritures et l'expérience journalière ne nous eu fournissent que trop de preuves. On citera quelques endroits de l'Ecriture : par ex. Vù^ cavi^ et renuisiisi despexhiis omne cons'iium mewn; et increpalîones meas negiexisiis. Ego^^çuoaue in interitu vestro ridebo , et subsannabo. Prov. i, Loculus sum , et non audislis : pr opter hoc esu* rieiis et sitîetis , et confundemini , et clamabitis prœ dolore tordis , et interficiet te Dominas Deus. Is. 65. C'est de ces pécheurs qu'il est dit : Au" res habent et non andient. ( Ps. ii3, )
Tels ont été les juifs , lorsque Moyse leur parloit , lorsque les prophètes les mena* çoient , lorsque J. G. et les Apôtres les prêchoient: c'est en punition de leur surdité spirituelle , qu'ils ont tant de fois éprouvé la colère de Dieu. Combien de chrétiens en ressentent encore aujourd'hui les effets! Ils n'ont pas voulu entendre la voix du Seigneur, et le Seigneur a cessé de leur parler commB il faisoit autrefois; sa voix n'a plus pénétré jusqu'à leur cœur : tout ce qu'ils entendent dans nos instructions , ne sert qu'à les endurcir davantage. ( On se servira ici avec
68 Pour h XI. Dimanche
prudence de la connoissance que Ton aura de l'état des auditeurs , pour confirmer par leur propre expérience, ce que l'on vient de dire. On gémira de la situation de ces pécheurs. )
N'y a-t-il donc point 9 dira-t-on ici, n'y a-t-il donc point de remède à un si grand mal ? Oui , M. F. , le même Sauveur qui a guéri l'homme sourd de notre évangile , ne manque ni de puissance ni de bonté pour aider ces pécheurs à se procurer leur guérison ; quelque difficile qu'elle soit^ elle n'est pas impossible.
Je vous en conjure donc, M, F. , par tout l'intérêt que vous devez prendre à votre salut , de prêter une oreille attentive , et d'ouvrir vos cœurs à ce que nous allons vous dire des remèdes qu'il faut apporter à la surdité spirituelle : Inclinate aurem vestram in verba oris mei. ( Ps. 77. Us feropt le sujet du second point.