V.esprit de la nation que de rEvangik
La fidélité et l'amour ne sont qu'une partie des dévoila que la religion nous impose à l'égard des rois qui nous gouvernent, lioo seulement ils sont les pères de la patrie dont nous sonmies les en fans , ils sont encore les ipaltres de Tétat dont nous sonfmes citoyens ; donc ils ont droit à notre vénéi*ation et à qotre res])ect Respecter la piajeste du ^soa^ irerain : voilà la seconde obligation que nous contractons en devenant membre de la société qui nous adopte. La reli^on npt|S apprend que c'est Dieu qui choisit nos maigres ; que c'est de sa main qu'ils tiennent la cou-
ronne : qu'il ainge encore, quoique aune m»
nière invisible, la main qui répand sur leurs têtes l'onction royale, comme il dirigea lisiblement autrefois la main de Samuel et d^Elie ; que ses ministi es peuvent dire au souverain , comme autrefois les prophètes : c'est le Seigneur qui vous a fait roi par son onction sainte; et au peuple : voilà le roi que Dieu vous a donné. En effet , M. F. , il ne peut y avoii sur la terre d'autre maiti*e suprême que l'Eternel; il n'y a point d'autre nom qui doive faire flqchir nos genoux* il est la. source de
après la Pentecôte» SCg
toute autorité , le principe de toute dépendance. C'est à lui seul qu'il appartient essentiellement de régner : en lui seul résident l'autor*i, la force, la gi*andeur suprême;
• en ua mot, toute puissance ici-bas n-esl qu*une émanation de la puissance cTivine , toute grandeur une image de fa grandeur suprême.
C'est le Seigneur qui se communique en pattie à ceux qu'il a placés sur le trône , gui M peint, qui se reproduit en quelque
/sorte. dans leur personne sacrée, et qui forme leur majesté de quelques rayons de la majesté divine. Que conclure de-là, M. F.?
Que nous devons regarder les rois comme représentant ici-bas le Roi du ciel et de la
: terre , leur autorité comme une participation de son empire éternel, leur pouvoir comme
. une portion de sa toute-puissance , et leur
.lna}esté comâne Timage auguste delà majesté divine ; que nous devons révérer leur personne , respecter leurs ordi*es , et leur rendre
. l'honneur et la gloire qui leur est due : Be-
' gfm konorificaie.
Ne dites pas qu'on n'est point obligé de respecter et d'écouter un prince qui opprime ses sujets. Tyran ou père du peuple, il a le même droit à notre fidélité, parce qu'il tient la place de Dieu , et qu'il l'a revêtu de son autorité. Sil nous rend heureux ,. il est l'instrument de la bonté divine; si!
370 vaur le X\TL Dimanche nous •pprime, il est Vinstruinent de là colère céleste ; si sa domiDatioc devient dure.
injuste ou barbare, que nul d*ent]*e iioss n'ait Vaudace de s'élever contre l'aL.n$ de» .— puissance , et de prévenir les jugemens àe ^ Dieu. C'est à lui seul qu'appartient la ven- ^ geance, et il saura bien se venger. Atten- ^ dons sans résistance et sans mui^mnre qu'il j brise le bâton de sa fureur , et qu'après ' nous avoir châtiés, il livre à des flammes ^ dévorantes les verges dont il se sera servi.
Telle étoit, dans Tancienne loi, la religion des hébreux ; leur fidélité envers leurs rois impies fut inviolable, lors même que ces rois niassacroient les prophètes, et qu'As inondoient Jérusalem du sang des fidèles adorateurs. Si de la loi ancienne nous passons à la nouvelle, je trouve le saint précurseur chargé de fers, puis immolé cruellement, je trouve le Fils de Dieu même persécuté injustement , chargé d'opprobres et d'ignominies , livré à une mort honteuse ; et je ne trouve pas le moindre murmure contre les puissances. Ses Apôtres ne sont pas mieux traités que leur maître ; ils imitent sa douceur et sa patience. Les fidèles pendant es trois premiers siècles de i'Eglîse, prient pour les empereurs païens, sont leurs plus fidèles sujets, etc.
% après la Pentecôte* Sy i
I I L POINT
Mais ce n*est pas encore asse?. d'aimer la personne du prince et de respecter sa mafesté : aux titres augustes de père et de maître, il joint celui de souverain; donc il a droit à notre soumission et à notre obéistauce. Obéir à son autorité, voilh le dernier de DOS devoirs, et le troisième caractère des hommages que nous devons rendre aux puissances. Ici, M. F», la rel'glon élève encore sa voix puissante, et parmi cette multitude de préceptes sublimes qu'elle donne à ses enfans pour être la règle iuvariabie de leurs actions, elle paroît prendre plaisir à leur inculquer celui-ci avec plus d'étendue, de force et d'énergie. Il n'est presque aucun?
des livres sacrés où elle ne leur mette cette obligation sous les ypux. Soyez soumis aux puissances, nous dit-elle, c'est Dieu même qui les a établies : leur refuser l'obéissance , ce* seroit résister à ses ordres et aux arrangemens de sa providence. Les souverains sont ses ministres et ses représentans sur la terre;* manquer aux devoirs que noua impose leur élévation et leur dignité, ce seroit outrager Dieu et mépriser ses voloîitcs. Vous donc tous qui êtes soumis à la domination , obéissez .à vos maîtres comme à Dieu même, nou-^
372 Pour le XXII • Dimanche Seulement à ceux qui n'emploient VêoHmié dont ils jouissent, que selon les lois immuables (le Téquité et de la justice, mais encore à ceux qui régnent au mëpris de l'honiieiir d des lois , qu'ils foulent sans pudeur à leun pieds ; non-seulement à ceux qui se mootreat les pères de leurs peuples et les bienfaiteurs de tiiumanité, mais à ceux même qui les traitent en tyrans, et qui se monli*ent comme les fléaux du geni^e humain; Rendez à cbacmi ce que vous devez à son rang , le tribut à qui est dû le tribut, l'impôt à qui est dû l'impôt, l'honneur et la cifûnie à qui vous les devez. Oui, M. F., nous devons aimer nos rois, jusqu'à leur faire, quand il le fiiut, le sacriiice de nos biens et de notre vie. Les princes ont le même droit à notre fortune qu'à nos hommages. Qui oseix>it se plaiudre •d'acheter au prix d'une partie de ses richesses les deux plus grands biens de la nation, le repos et la liberté ?
Grâces immortelles vous soient rendues, Seigneur, d'avoir toujours conservé dans les cœui^ français cet amour du prince, qui assure la durée et la gloire de ce royaume, et d'avoir donné en même temps à la France un roi si propre à perpétuer l'amour delà nation ! Rendez à jamais durable cet amour réciproque du monai que et du peuple. Daignez eu être vous-même le lieu sacré. Que le roi
après hi Pentecôte. 3 73
TOUS aime dans son peuple ; que le peuple vous aiine dans son roi; et que cette heureuse harmonie attire vos bénédictions constantes sur la personne du souverain et sur son rovaume.
Second sujet. De t Hypocrisie^
\% reproche d'hypocrisie que le Sauveur fit aux pharisiens de notre évangile , ne pourroit-il pas être fait avec justice à un gi*and nombre de chrétiens? L'hypocrisie est un mensonge d'action : on veut paroître vertueux, et on ne Test pas. Or, ce vice est très-commun dans le monde. Ce n'est point ici un vice particulier à certaines professions ou à certains états : c'est un vice qui se couvrant des apparences de la vertu se glisse dans toutes les conditions. Sur quelque état de vie que vous jetiez les yeux, dit S.
Augustin, vous y trouverez des hypocrites Il y en a parmi les riches et parmi les, pauvres ; il y en a dans l'église et dans le doitre , aussi bien que chez les . gens du monde ; il y en a dans les paroisses de la campagne , comme dans les villes. Mais ce vice , pour être plus caché n*en est pas moins criminel, ni moins abominable devant Dieu; il n'eu conduit pas moins à une perte cer-
374 Pour le XX IL Dimanche taine: deux réflexions, M. F., auxquelles je vais doanei* quelque étendue, afin de vous '^ inspirer une horreur salutaire pour ITiypo- crisie. Je dis donc en premier lieu, qoecfest ■ tin vice très-abominaljle aux yenx de Diea*, premier point. Je dis donc en second liea, î que c'est un vice très-pernicieux au salof; second point» ;
Il ne faut qu'ouvrir nos livres saints pour connoître combien Thypocrisie est détestable devant Dieu. Le Saint-Eéprit nous apprend par la bouche du Sage, que Dieu ne hait rien tant que les hypocrites ; que tout réussira mal aux fourbes ; et que celui qui n'est pas sincère dans sa conduite, ne doit rien attendre de bon ailleurs ; il fulmine des malédictions contre celui qui a le cœur double, un visage à deux faces, un langage dissimulé, un esprit trompeur, et qui marche sur la terre par deux différentes voies, selon le besoin qu'il en a pour réussir dans ses pr<?tent|ons. De là vient que le prophète roi nous assure que le Seigneur aura toujours en abomination l'imposteur et le fourbe , qu'il renverse et dissipe les lèvres trompeuses et la langue qui se vantent avec insolence.
Enfin, chacun peut voir dans l'évangile l'a-
' après ta Pentecôte* Z'jo
version que le Fils de Dieu a témoigné avoir . de rhypocrisie, par les terribles anathémes "qu'il a prononcés contre les pharisiens , auxquels ce vice étoit si ordinaire. Il semble même que Tenfer n'ait été fait que pour les by^pocrites, puisque lévangile , parlant ^u mauvais serviteur, dit que son partage sera d'être, puni avec les hypocrites» dans ce lieu où il n'y aura que pleurs et grincemens de dents.
N'en soyons pas étonnés, M.' F.: point d'opposition plus forte, que celle qui se rencontre entre Dieu et le vice de l'hypocrisie. En effet, il y a en Dieu trois sortes de vérités : la vérité, de lêtre ; non-seulement il est la vérité même , mais encore la règle et la source de toute vérité: la vérité de la connoissance ; il ne suffit pas de dire qu'il connoît toute vérité, si l^on n'ajoute que toute vérité n'est telle, que paixe qu'il la juge et la connoît telle : la vérité de la parole; il rend un témoignage assuré et immuable de toutes choses ; ces choses ne pouvant être que comme Dieu les voit, et Dieu ne pouvant nous les révéler que de la manière qu'il les connoît. Or, bien loin que cette vérité qui est en Dieu , soit une de ces perfections où la créature ne peut et ne doit point avoir de part, c'est entie les auties celle qu'il veut que le chrétien
376 Pour le XX IL Dimanche imite davantage, et dont David nous assore qu^il nous demandera au jour da jugtoieot uii plus grand compte : Veritalem rtftei ^ Dominusn, Non , M. F. , Dieu ne nous ieprendra pas pour n*avoir point imité m éternité, son immensité, son indépendance; au contraire , malheur à nous , si par notlfe orgueil nous avons cru pouvoir être semblables à lui en aucun de ces attributs:
mais il nous reprendra de n*avoir pas imité sa vérité, puisque c*est elle qu'il veut que nous cherchions , qu*il nous commande d'écrire sur la table de notre cœur, et qu'il nous défend de quitter en quelque temps et pour quelque raison que ce puisse être:
Veritas non U deserat ^ et describe m tabuih cordis tuL
De là il s'en suit, disent les pères, qu*il faut qu'il y ait dans l'homme trois sortes de vérités: une vérité de vie, par laquelle il travaille à acquérir des vertns pleines et entières, en s'acquittant de ce qu'il doit faire et de ce qu'il doit être par rapport à Dieu; une vérité de justice, qui consiste dans noe sincérité et une dioiture de cœur, qui lui fusse rendre à son prochain, ce que la loi veut qu'il lui rende; enfin, une vérité de témoignage et de parole , qui consiste nonseulement à ne dire rien qui ne soit vrai, mais encore à se montrer dans sa vie et
après la Pentecôte* 377
4ans ses discours tel que Ton est, sans y i)jputer ou diminuer quoi que ce soit ; k oonformer son intention à ses œuvres • et à \es rapporter à une fin légitime. Or, par- (jcmrez tous les péchés, vous ne trouverez qoè l'hypocrisie qui soit directement opposée % tous ces caractères de vérité: à la vérité 4e ^îe, par un attachement servile à parer Vextérieur et à négliger le dedans: à la yérité de justice, par une habituelle application à tromper son prochain pai* de belles apparences : enfin , à la vérilé de témoil^age et de parole , par une maudite affectation de faire toutes choses, afin de plaire aux hommes et d*en être loué. Dieu peut- il, I^« F. , n'avoir pas uoe horreur infinie pour un péché aussi énpime ?
L'esprit de Dieu, dans ^Ar^^-'>^-xo<» ^jj^
Si unKvêquequI passoit pour un gr^iud homme de bien , qu'il n'est pas ce qii'U parott être , qQ*on s'imagine qu'il est plein de vie, et que néanmoins il est véritablement mort. Reproche qui nous apprend que souvent on est mort à Tégaid de Dieu , lorsqu'on paroît ^vant à l'égard des créatures ; que souvent on n'est qu'un spectre et (m fantôme dans la rd'gion que Ton professe; et qu'un corps vivant n'est souvent , comme dit S. Pierre Chrysologue , que l'ornement funèbre d'une «me qui est réellement morte: Fit in corponê
378 Pour le XXIL Dimanche \
çîvo funus anîmœ jam sepultœ. Sans m'arréfer li vous faire voir que c'est la Tétat de tous les pécheurs en général, qui, dès qu'dsont perdu la grâce de Dieu , sont h son ?gard réduits à une espèce de néants je dis que, selon J. C. même et les expressions de l'Ecriture , c'est en particnlier le malheur des hypocrites. Ce sont , dit S. Grégoire , des gens sans cœur^ qui agissent , non pas par aucun principe intérieur et surnaturel , mais simplement par des mouvemens trompeurs ; des gens qui montrent comme en songe, ce qu'ils n'ont pas réellement: au-dehors, charité, douceur, libéralité , humilité, désintéres-* sèment , accomplissement dés plus petits devoirs , etc. mais an-dedans, qu'est-ce? Dureté , murmure , orgueil , haine de Dieu , rapinç , iaii»(4ice% et qui .plu§ çst^ image et figure des vertus, illusions, vanités , fausseté, Qiensonge. N'est-ce pas le reproche que J. C faisoit aux pharisiens? Malheur à vous, hyr pocrites , leur disoit-il , vous nettoyez le dehors de la coupe , et au-dedans vous ête$ pleins de rapines et d'impuretés ; vous n'êtes que des sépulcres blanchis , qui paroissent beaux aux yeux du monde, mais qui au* dedans sont pleins d'x>ssemens de morts et de toutes sortes de pourriture!
Non-seulement l'hypocrisie est opposée à la vérité de vie , elle l'est encore à la vérité
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de justice. Une justice qui est feinte, n'est pas une justice: Simulata œquitas non est atjuiias , sed duplex inîçuifas. En eflTet , si on fait réflexion sur la malignité de liiypocriste , on verra que ce détestable péclié fait honteusement set'vir tontes les vertus à ses desseins , à ^s passions ; que si Ton veut s'ac:|nérir de la répii'tation , entrer dans les charges ^ commettre impunément des concussions, des adultères, des meurtres, le grand secret est de contrefaire l'homme de bien. Si cette malheureuse fille veut en tietenir un commerce honteux qui ne la diffame pas, si ce domestique veut faire h son maitre un vol dont on ne s'aperçoive pas, si cet envieux veut se défaire d'un ennemi par des vo^es dont on ne se méfie pas ; de longues prières , un air mortifié et abattu , une contenance modeste , des paroles de charité et d'amitié, la fréquentation des sacreniiens leur serviront de voile- Kien de plus commun que de se sei'vir du voile de la dévotion pour se mettre à son aise , pour amasser du bien, pour se venger de ses ennemis, etc. Vertus chrétiennes, c'est . ainsi qu'on se sert de vous pour commettre les plus grands crimes ; tel est le fatal usag« auquel vous applique si indignement l'hypocrisie. Or , M. F. , qu'y a-t-il de plus injuste, que d*abuser ainsi des apparences de la piété pour contenter ses fassions !
38o Tout le XXII* Dimanche
Enfin, quoi de plus opposé à la -senti de témoignage et de parole , que rhypocrinef Ce n*est pas à nous Si nous regarder A à vouloir que d'autres nous regardent; c'ak à Dieu seul à nous juger et à nous récom* p«nser de nos vertus ; c^est à lui seul que la gloire appartient Nous ne devons chercher qu'à lui plaire dans toutes nos actions. Soit que nous pensions , soit que nous parlions , soit que nous agissions, soit que nous bavions , soit que nous mangions , nous devons rapporter à la gloire de Dieu tout ce que nous faisons. Pr, que fait l^hypocrite? Il préfère testime des hommes à celfe de Dieu; il se rapporte toutes ses actions ; il est hômême sa fin dernière. Tels étoient les pharisiens, modèles des hypocrites de nos jours. S'ils jeûnoient, cétoit afin de passer pour
des hommes austères et mortifiés. S'tls faisoient Vaumône , c^étoit afin qu'on le publiât et que chacun dit: Oh! les braves gens, qu'ils sont charitables ! S'ils faisoient de longues prières ^ c'étoit dans des places publiques , afin de s'attirer l'estime des hommes; en on mot , ils ne cherchoient qu'à être loués dans tout ce qu'ils faisoient : Ùmnia opéra sua faclurit ut indeantur ab homînibus. Cette liypOcrisie pharisienne ne se trouve t-elle pas encore , M. F. , parmi les chrétiens ? Com^ bien n'y en a-t-il pas qui se recherchent
nprès la Pentecôte* 38 1
presque toujours dans les bonnes œuvres qu'ils font ? Vous faites volontiers Taumône ; Dieu en soit loué ; mais s'il n*y avoit que Vous et lé pauvre couvert de ses haillons , la lui feriez-vous. Si ce pauvre entroit secrètement dans votre maisdDi , ou si vous le rencontriez à Vécait , auriez-vous pour lui la même charité que vous avez , lorsqu'une personne, que vous considérez, vous le recommande ? Vous fréquentez souvent les sacremens; mais n'êtes- vous point de ces dévots qui veulent qu'on les observe , qu'on les regarde comme des gens d'une vertu distinguée, et qui ne peuvent souffrir l'humiliation et le mépris? N'est-ce point par humeur, par inclination et par passions que vous agissez ? Si cela est , je ne puis que vous condamner ; vous êtes infectés du levain des pharisiens, qui est l'hypocrisie; levain fatal, qui corrom-rpra toutes vos actions ; car , M. F. , si l'hypocrisie est si horrible aux yeux de Dieu, elle n'est pas. moins pernicieuse au salut
Pour vous convaincre que l'hypocrisie a les suites les plus funestes , je ne veux que vous en. exposer trois principaux effets: enpremier lieu, elle détrait la véritable piété; eu second lieu , elle détruit tout le mérite
3^2 Tour h XXII* Dimanche des bonnes œuvres ; enfin , elle conitaif ordinairement à . la réprobation. Se peut-il un vice plus pernicieux au salut?
Je dis d*abord que Thypocrisie détruit \i véritable pieté. Il faut, chrétiens, d*autresvertus pour faire son salut , que celles qui n'en ont que le nom, que l'extérieur et les apparences. Sachez , dit S. Jérôme , que c*est une chose monstrueuse que de paroître doux comme une colombe , et d'avoir dans le cœur la rage et la voracité d'un chien ; de porter la toison d'une brebis , et de conserver la malice d'un loup. En eOèt, qu'est-ce que la véritable piété , et quels en sont les caractères? Elle doit être entière et parfaite ; c'est-à-dire, qu'il ne suffit pas qu'elle soit extérieure, il faut qu'elle soit intérieure en même temps; il ne suffit pas qu'elle paroisse au-dehors, il faut qu'elle naisse du dedans , et que la charité en soit l'ame et le principe ; il ne suffit pas que nous embrassions une veila pour laquelle nous avons de l'inclination et du penchant, il faut les embrasser toutes.
Cest pourquoi S. Paul nous exhorte à faire une abondante provision de toutes les bonnes œuvres qui sont nécessaires à notie sanctification : Ut abundetîs in omne opus bomsm ; S. Jacques nous avertit de ne pas nous contenter d'une seule vertu , ni d'accon*plir quel- ^^s points de la loi, paice qu'il faut la
après la Pentecôte* 383
;arder toute enluîre , sans quoi nous ne se- •ons point justifiés devant Dieu. Enfin , la véritable piété doit être humble et sans reour sur nous-mêines. Ne faites pas vos bonnes êavres devant les hommes pour en être regardés, dit J. C, autrement vous n'en recevrez pas la récompense de votre Père qui est dans les cieux : Atteudite ne jusiii'ram vesiram fadaiis coràm hominlbus , ut vldeamini ab
Or , M. F, , quoi de plus opposé à ces cariaictères de la vraie piété , que l'hypocrisie? Nous avons vu qu'elle n'en a que l'écorce et l'apparence, et non la réalité ; qu^elle s'attache à la pratique des petites choses; qu'elle néglige les essentielles ; que tout ce qu'elle fait , elle le fait servir à ses passions, et que le désir de plaire aux hommes, et de s'attirer leur estime et leur admiration , est le seul motif de toutes les prétendues "vertus qu'elle pi» tique. Qu'est-ce qu'un hypocrite? C'«st un homme qui montre audehors une vertu qu'il n'a pas au - dedans , qnî dit des merveilles de la religion , mais qui n'en pratique pas les maximes ; dont la langue est éloquente , mais dont toute la vie est corrompue. Tout ce qui paroît de lui est bon ; mais tout ce qui est caché est vicieux. Il est donc vrai de dire quej'hypocrisie détruit la véritable piété. J'ajoute qu'elle détruit tout le mérite des bonnes (jeuvres.
384 Pour le XXIL Dimanche
Nous en avons une preuve bien convaiticante dans TEvangile. J. C. étant un joue entré dans le temple , s*assit vis-à-vis du Irooc où Ton jetoit les aumônes pour les pannes; il observa de quelle manière le peuple y jetoiit de l'argent Comme plusieurs riches y mettoient beaucoup , il vit en même temps mie pauvre veuve , qui s'approchant humblement de ce tronc , y mit seulement deux petites pièces de monnoie. Alors Jésus appela ses disciples , et leur dit: Voilà bien des gens qui ont mis des aumônes considérables dans le tronc , et voilà une pauvre veuve qui n'y a mis que deux oboles ; que pensez-vous de celte inégalité? A en juger suivant les appa-* rences, vous croirez peut-être que ces riches ont plus de mérite ; et moi je vous dis^ que celte pauvre veuve a plus donné qu'eux.
Pourquoi cela ? C'est que ces riches n'ont donné que de leur abondance et de Icuf* superflu i et que cette veuve îi donûé tout ce qu'elle avoit et tout ce qui lui restoit potff : vivre ; c'est que la plupart de ces riches n'ont cherché, par leurs grandes aumônes ^ que l'estime des hommes , et cette femme n'a cheixhé que la gloire de Dieu. Bel exemple | qui nous apprend avec quellfe pureté d^inteûtion nous devons agir ! Dieu ne nous défend pas , M. F, , de faire le bien devant lei hommes^ lorsque l'occasion le demande ; mais
de
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Aé le faire pour nous attirer lears regards ^ leur approbation et leur estime. Il veut que DOS bonnes œuvres , soit que nous les fas« gîons en public ou en sebret , soient toutes rapportas à sa gloire. Il faut qu'il en soit la fin^ si nous voulons qu*il en soit la ré' compense.
Que de bx^nnes œuvres perdues ilans le christianisme! Ah! M. F., si nous pouvions ouvrir ces cachots ténébreux où la justice • divine retient les réprouvés qui seront Tobjét éternel de ses vengeances, combien n*y trouverions* nous pas de personnes qui n'ont eu que l*3extérieur et Tapparence de la vertu, sans en avoir l'intérieur et l'esprit ? D'oii vient que cette femme, qui paroissoit si sage, qui étoit de toutes les confréries , qui saHoit d'église en église , et qui chercfaoit plusieurs patrons^ sans se mettre en peine d'eu imiter aucun, est mamteoant sous les pieds des démons? C'est que l'hypocrisie et une mal* heureuse dissimulation ont corrompu toutes ses bonnes œuvres. H en est de même de vous, hypocrites qui m'écoutez, vous ex* posez au pillage de vos ennemis le trésor de vos bonnes œuvres; vous en perdez le fruit et la récompense; et qui plus est, vouaf vous mettez en danger daller en enfer par un chemin qui devoit vous conduire en pa^ radis.