‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de Toul (volume 2)Chapitre 21 sur 35 · Tome IV. ^ R · texte numérisé non relu

Tome IV. ^ R

386 Pour le XXIL Dimanche

En eOet l'hypocrisie conduit ordinal rement à la réprobation. Quand un cfaré" tien est une fois tombé dans cet abjme de malheurs, de couvrir ses vices de l'apparem trompeuse de la vertu , il n'entend plus Vs cris de sa conscience; enivi^ë de la vanité et des fausses louanges qu'on lui donne, il oublie le mauvais état où il est, et il meurt dans son péché avec la même assurance que s*il étoit chargé de mérites* Mais en vain aura-t-il déguisé ses désordres sous le masque de la piété: ce masque tombera un jour , et il parottra tel qu'il est. C'est alors que Jésus-Christ reprochera aux hypocrites leur méchanceté : Allez , malheureux , leur dira-t-il, je vous désavoue , et vous rejette comme des étrangers et des inconnus. Tous avez toujours voulu paroitre tout autres que vous n'étiez; vous n'avez pensé qu'à vous déguiser : je ne vous connois . point ; vous A'aurez point de part à la récompense €p% je destine à mes fidèles serviteurs: Discîàiii à me , qui operamini iniquîtatem.

Il n'est, M. F., aucun secours du ciel, aucune grâce qu'un h}rpocrite ne paroisse déterminé à rejeter. Il tourne à sa condamnation tout ce qu'il y a de plus saint, dit S. Pierre Chrysologue: Sanctifatem periïl îb crimen. Il profane les sacremens, il abuse de la parole de Dieu et de tout ce qu'il y a

après la Pentecôte* 5S^

^e plus sacré dans la religion. De là vient <|ue les saints pères comparent sa conduite pleine de déguisement et de tromperie , tantôt à la trahison de Judas , qui couvrit «a perBdie d*un baiser qui devoit être un signe de paix et d'amitié ; tantôt à l'insolence des juifs qui fléchissoient les genoux devant le Sauveur ^ et lui rendoient d'autres signes extérieurs de leur respect , comme à leui> roi, pour se moquer de lui ; tantôt à la cruauté d'Hérode , qui ne s'informa avec tant de soin de la naissance de Tenfant JésuS| en feignant de votiloir aller l'adorer , que pour lui ôter la vie. C'est ainsi que se con^ duisentles hypocrites. Ils couvrent les outrages réels qu'ils font à Dieu, d'un culte extétieor qu'ils semblent lui rendre. Plus coupables inême, dans un sens^ que Judas, qu'Hérode et les Juifs, qui ne croy oient pas la diyi* nité de J. G., lorsqu'ils l'ont ti*aité d'une manière si indigne , ils se moquent d'un Dieu* dont ils connoissent la grandeur; ils portent leurs mépris jusqu'à son sanctuaire et à ses autels , en profanant .ses sacremens » et en n'approchant de la table sainte que pour, l'offenser d'une manière plus crimiiielle» Quelle impiété ! quels obstacles au salutl quels degrés à l'endurcissement et à la réprobation!

Si je vous ai montré, M» F, tout ce qu^

38 ô Pour le XXII L Dimanche* l'hypocrisie a de dangereux par rapport au ^ éalut , tout ce qu*elle a d'injurîeox par rap- ' port à Dieu , c*est dans la vue de vous vos- "^ pilier une sainte horreur d'un vice à détea- ^ table et si pernicieux. Pour cet effet pro- î mettez à Dieu à la face dé ses autels, qoe ^ TOUS ne chercherez jamais que lui ^ que wns ' le chercherez avec un cœur simple , qui ne sera point partagé entre tùi et le monde; ' que vous détournerez toujours les yeux de toutes ces vues humaines , qui poun*oient corrompre votre vertu et vous pi*iver des récompenses que le Seigneur réserve à ceux qui Tauront servi avec simplicité de cœur, et dans le seul désir de lui plaire Je vous les souhaite , M* F. ^ ces résolutions précieuses en cette vie, et étemelles en l'autre.

Le XXIIL dimanche après la Pentecôte* Premier sujet. Sur la foi pratique*

VJE qui doit fixer davantage notre attention dans Tévangile de ce jour, c'est M. F., la vive confiance de cette femme qui s'approche secrètement de J. C, et qui ne doute pas un instant de sa guérison , si elle peut réussir à toucher seulement Textrémité des

après la Pentecôte* 389

Yêtemens de cet homme de prodiges. Ne soyons pas étonnés si cette pauvre infirme obtient sa guérison , qui faisoit depuis tant di*années Tobjet de ses vœux les plus ardens , et si elle a le bonheur d'entendre sortir de la bouche du Sauveur ces consolantes paroles :

votre foi vous a guérie. C'est (ju*en effet sa fol étpit anunée par Vaoïour. Or , c'est à cette foi que tout est accordé ^ et que tout devient possible , selon l'oracle de J. C :

mais il faut Tavouer ; c'est celle - là qui est aussi la plus rare. Car 0(1 sont ceux qui se conduisent par les lumières de TEvangile et par les vues de réternité ? Nos oeuvres , de bonne foi y montrent -elles que nous fassions profession de la religion chrétienne ? Combien n'en voyonS'-nous pas qui croient comme 'des fidèles, et qui vivent comme des idojiires ? Ah ! M. F. , ne nous y trompons pas: la foi sans les œuvres est une foi qui tourne plutôt à notre condamnation, qu'elle ne sert à notre justification. S'il est de notre devoir de bien connoître la religion , qui seule peut nous apprendre ce qu'il a plû à Dieu de révéler , de commander et de défendre ; il n'est pas moins nécessaire pour nous d'en observer exactement les préceptes; je vais vous en convaincre dans cet entretien.

Si fermer les yeux aux preuves éclatantes du christianisme est une extravagance irv-

Sgo IPour le XXIIL Dimanche

concevable, c*est encore un plus grand rea* l:

rersement de raison, d*être persuadé de la g

vérité de cette doctrine , et de vivre conmie c

si on ne doùtoit point qu'elle fût fausse, i

En eflfet, la soumission à la loi divine ne i

demande pas seulement un acte de Tesprit, \ elle exige encore un sacrifice du cœur. Ce ii*est point un simple aveu , que Dieu est notre souverain bien et notre unique fin , c'est un assujettissement inviolable à Texacte obsei'vation de ses commandemens. D'où il suit que recevoir les vérités de la foi sans pra* tiquer les règles de la morale, captiver son entendement sans dompter ses passions , approuver le plan de la religioB sans en rem-^ plir les devoirs , ne rendre à Dieu qu'un hommage imparfait , c'est réserver pour soi la meilleure partie de Tencens qu'on lui ofirei c'est attirer son courroux par ce partage^ injuste et par ces réserves criminelles.

Quelle est donc cette monstrueuse cou* tradiction de mœurs et de croyance? Serions-nous réduits à la foi des anges rebelles , qui convaincus par l'évidence de la vérité, croient et tremblent , quoique toujours obstinés dans Timpénitence? En toute autre occasion nos actions s'accordent avec nos connoissances : nous aimons , nous haïssons , nous fuyons, nous recherchons selon que nous sommes éclairés. Il n'y a que dans Taf-

après la Pentecôte. Sgl

faire da salut , où nous agissons contre lios principes et nos lumières. La religion nofu montre les sentiers de la justice , et nous courons dans les routes de la corruption. La religion pose pour première règle, qu'il faut aimer Dieu sur toutes choses ; et nous renfermons tout en nous-mêmes ; nous n'aimons fine nous, nous ne pensons qu'à nous, nous n'avons d'actions et de mouvemens que pour nous. La religion veut que nous chérissions notre' prochain comme nous-mêmes; et nous ne cessons de lui nuire , ou par nos jugement téméraires, ou par nos paroles ofiènsantes, ou par' nos injustices. La religion , continuant fes leçons , nous déclare qu'être disciple de J. G' c'est embrasser ses maximes , c^est por- Ici* son joug, c'est régler notre vie sur le tiiodèle de la sienne; et nous ne consultons que noâ caprices, noiis ne suivons qiie nos inclinations corrompues. Ne sommes-nous pas aussi entêtés des folles joies du monde, que si elles ne dévoient jamais finir, et qu*elles dussent faire pour toujours notre félicité?

Ne nous conduisons-nous pas avec autant de liberté et d'indépendance, que si nous n'avions pas un jugement à subir et des peines éternelles à éviter? Ne soupirons-nous pas après les richesses , comme si en elles con* sistoit uniquement notre bonheur et notre souverain bien ? Vérité ^ qui avez pu autre-

^02 Four te XXIIL Dimanche Cois désarmer la férocité des jtyrans^ edn* Ibndre la prudence des politiques 9 aouoiettrt l'orgueil des philosophes , former des »»«lyrs, faire fleurir les déserts , n'aurez -^ous «ttcune force sur nous? Vous ferons - nous toujours céder aux vues de l'intérêt , aist projets de l^ambition , aux attraits de» fini plaisirs , aux timides ménagemens du respect humain!

Entrons donc , M. F. , entrons avec courage dans les motifs qui peuvent nous aider à «ortir d'un état si indigne de la profession que nous faisons ; ou plutôt laissons agir la foi en nous dans toute son étendue; ne lui opposons plus d'obstacles ; nous en con^ noitrons bientôt Teffiliace et la vertu. Tantôt lelle dévoilera Tillusion des objets ^i nous séduisent; elle découvrira les pièges de là prospérité; elle mettra en évidence le tr&or caché des souffrances et des humiliations. Taii^ tôt elle nous fera goûter le repos délicieux que nous procure la vertu. Quelquefoîsr pour nous rappeler de nos écarts , elle nous peindra c^s lieux souterrains oïl la justice divine allume un feu qui ne s'éteint jamais, oti une nuit et une horreur éternelle sont le partage <leS mécfaans. Souvent pour nous animer k la pratique des bonnes œuvres , elle fera briller la gloire et la magnificence du séjour préparé pour les justes; elle nous rappro-

aprh la Pentecôte» SgS

chera les joiea de la céleste Sion ; elle nous ouvrira ces palais toujours éclairés des splendeurs de Dieu même , et inondés da torrent de ses chastes voluptés.

MaiS| dit- on , si on a dans Tesprit les vérités du christianisme , on porte dans b ôorps une loi de péché qui nous détourne des exercices de la vertu. Nous sommes tel« lement liés aux objets de la vie présente, que les objets de la vie à venir ne nous touchent que foiblement. D^ailleurs on ne peut vivre dans le monde que selon les règles du monde ; les devoirs de la société sont incompatibles avec les devoirs de la religion. Lâches et insensés prévaricateurs , qui avilissez ainsi la gloire de la profession évangélique, n'êtesvous pas avertis que vous serez jugés, non sur la coutume , sur les exemples et les er« reurs du siècle , mais sur la doctrine de ï. C? En outre , TEglise ne vous montret-elle pas dans cette foule de témoins de tout âge , de toute condition , dont elle ho* nore la mémoire , les censeurs de votre paresse et cie votre découragement ? Ils étoient nés foibles comme vous , et avec des inclinations aussi vives pour les plaisirs; ils avoient à surmonter les mêmes obstacles que vous avez maintenant ; ils étoient exposé^ aux mêmes tentations; ils couroient la même carrière ; ils possédoient les mêmes dignités ; ils

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occupoient les mêmes emplois : cependant lis sont devenus saints malgré les dangers dé leur condition et la corruption de la Datare. Ne cherchons donc plus de prétextes daiis les difficultés de notre état, où dans les foiblesses de notre tempérament* Ràpp^oi plutôt rhistoire des grands hommes qui noiîs -ont précédés dans les routes de la justice et de la piété; parcourons tous ces siècles; mais arrêtons principalement notre attention sur les premiers chrétiens. Exacts obser* Tateurs des préceptes évangéliques , ils ne connoissoient proprement que Dieu. Sa volonté leur tenoit lieu de tout ; ils la suivoient ien tout ; ils lui sacrifioient tout ; on lisoit «ur leur visage et dans toute leur conduite l'impression qu'elle faisoit sur leurs coeurs. Voir un chrétien dans ces temps heureux, Étoit voir un homme pénétré de son néant, jnodestesans bassesse, magnanime sàtis fie^rté, charitable sans orgueil, doux, affable, patient, amateur de la droiture et de Téquité, toujours embrasé du zèle de la religion, prêt il voler avec les Apôtres chez les nations infidèles pbm- y porter la lumière dé l'Evangile, ou à moui'ir avec les martyrs pour soutenir les intérêts de la vérité. Alors les vertus les plus éminentes se montroîent avec éclat.

La sainteté descendue du haut du ciel se communiquoit de proche en proche. U 6%

après la Pentecôte* SgS

fonnoit des justes dans tous les coins du inonde 9 jnsques chez les nations les plus reculées et les plus barbares. Ces contrées, autrefois si stériles 5 ne recevoient pas plutôt la rosée céleste, qu'elles produisoient des fruits de justice et de vérité. On ne pourroit compter le nombre , ni des anachorètes^ qui pour éviter la contagion du commerce des hommes, alloient peupler les solitudes ;' ni des riches, qui se dépouilloient de leurs biens pour en revêtir les pauvres; ni des pauvres, qui préféroient Tindigence aux richesses; ni des vierges, qui dans un corps mortel conservoient une pureté angélique.

Tels ont été les beaux jours de l'Eglise.

A la vérité, on ne remarque pas dans les siècles suivans une sainteté si universelle. Â mesure que la religion s*est accrue, l'ivraie s'est mêlée avec le bon grain : le relâchement des mœurs s'est introduit à là faveur du grand nombre. Toutefois nous pouvons dire que dans tout les temps Dieu a suscité des hommes illustrer en vertus , et que comn^e il y a dans l'Eglise une tradition de doctrine invariable pour conserver la pureté de la foi et pour convaincre les incrédules ^ il y a aussi une tradition de grands exemples qui se succèdent pour y entretenir une louable émulation, et pour confondre la lâcheté des mauvais chrétiens. Que s'ensait-

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îl de -là? La conclusion vient d'elle-màne.

Si la vue du ciel a pu détacher de la terre ces héros de la religion, pourquoi nepoorroit-eile pas produire en nous le même effet î Pourquoi ne pourrions*nous pas comme eu Mx:order nos mœurs avec nos sentîmens?

Songeons que la sainteté est le principe de ia vraie grandeur; que de quelque distinction que les hommes se flattent, tout notre mérite consiste à nous affranchir de la servitude des passions, et à nous délivrer de ces foiblesses honteuses qui nous dégradent et nous avilissent. Songeons qu*il s'agit de répondre aux vues que le Père céleste a flur nous, de faire valoir les talens qu'il nous a confiés, de mettre à profit ses faveurs, ^t de nous rendre dignes des récompenses ^réservées aux serviteurs fidèles»

- Sauveur des hommes^ quelles actions de ]^âces pouvons-nous vous rendre, qui aient quelque proportion avec les biens que nous avons reçus de vous? Nous étions condamnés à un esclavage sans fin, à des pleurs, et à des supplices éternels : vous avez rompu nos <;haines, vous nous aves délivrés de nos mU «ères, en satisfaisant pour nous à la justice divine. Nous marchions dans les ténèbres; nous ignorions, et l'objet du vrai bonheur, et la route qui y <;onduit ; vous nous avez enseigné Tun et l'autre , autant par vqs

après la Fentecôt^* 897

exemples que par vos divines instructions.

Mais, Seigneur 9 que nous servira de connoitre la vraie religion, si nous ne pratiquons les préceptes qu'elle renferme? Vous nous déclarez dans vos saintes Ecritures, que la foi dénuée des bonnes œuvres est morte»

Otez-nous donc Tesprit de paresse qui se contente d'une spéculation stérile, sans jamais passer à Taction ; donnez-nous cette foi vive et agissante qui est Tame du christianisme, qui fait qu'on méprise les biens préseos pour ne chercher que les biens à .venir, et qn'on ne trouve de consolations ici-bas qu'à méditer votre loi avec docilité, et qu'à l'accomplir avec exactitude.

Second sujet. Sur la mort des justes*

VJBTTE fille du chef de la synagogue dont

•il est parlé dans notre évangile, est une

image bien naturelle de la mort des justes.

Personne ne doute de sa mort; on regarde

.sa perte comme certaine; son père même,

par la démarche quil fait d'aller trouver

^ Jésus pour le prier de venir chez lui , et

de lui imposer les mairis afin de lui rendre

la vie, marque bien la persuasion où il est

qu'elle Ta réellement perdue. Cependant U

BgS Pour le XXIIL Dimanche fUs de Dieu nous apprend qae sa mort n^êtoii qu*aQ sommeil : Cette fille n*est pas morte , dit-il 9 elle n*est qu*endormie : Non est morfiia puella : sed dermit. Telle est la mort des amîs de Dieu : ils paroissent finir : mais dans la vérité ils ne meurent point. Leur mort est un doux sommeil qui les fait paisser agréablement de Texil le plus triste et le plus affreux dans le séjour d'un bonheur infini et étemel. Us s*endorment en paix , mais c'est pour se réveiller un instant après , pour paroitre avec . confiance devant un Dieu rémunérateur de la vertu , et vivre délicieusement dans Téternité.

Je veux donc aujourd'hui, M. F., mettre sous vos yeux l'image du juste mourant 9 pour vous faire souhaiter sa destinée , et vous engager à vivre de la vie du juste.

Si vous voyiez la vertu des yeux du juste qui expire, qu'elle vous paroîtroit grande et estimable ! Si vous compreniez le bonheur d'une ame qui n'a vécu que pour servir Dieu et pour lui plaire , rien ne vous paroîtroit difficile pour vous le procurer. En effet, rien n'est plus consolant que l'état de celte ame, soit qu'elle se rappelle le passé, soit qu'elle considère ce qui se passe à ses yeux, «oit qu'elle se tourne du côté de l'avenir. Elle trouve dans le souvenir du passé la fin de ses peines ; dans tout ce qui se passe

après la Pentecôte* 399

à se9 yeux, une noavMoté qui la remplit .d*uae joie saiote ; dans la peoaëe de,I*aveQir, l'assurance de l'éternité qui la transporte.

Voilà ce qui a fait dire à TEsprit saint, (pie bienheureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur: Beaii morhdy qui in Ihmiao moriuniifn

l. POINT.

IlEPfiéssNTEz-vous au lit de la mort une ame fidèle , qui depuis long- temps se préparoit à ce dernier moment, qui am assoit par la pratique des œuvres chrétiennes, un tréjsor de justice , pour ne pas aller paroitre les mains vides devant son juge , qui vivoit de la foi pour mourir dans la paix et dans la. consolation de Tespérance: représentez- .vous cette ame arrivée enfin à cette dernière heure, qu*elle n'avoit jamais perdue de vue, .et à laquelle elle avoit toujours rapporté toutes les peines , toutes les privations , toutes les violences , tous les évènemens de sa vie moii;eUe. Je dis que rien n'est plus consolant pour elle que le souvenir du passé.

Ah ! M. F. , il vous paroît affreux maintenant de souffrir pour Dieu ; les plus légères violences que la religion exige , vous paroissent accablantes: un jeûne seul vous abat et vous rebute ; la i^eule approche des jours

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de pénitence vous jette dans renoaî et dans \ la tristesse; vous regardez comme malheureux ceux qui portent le joag de J. C. et qui renoncent au monde et à tous ses plaisirs pour lui plaire. Mais au lit de la mort, la pensée la plus consolante pour une amê fidèle, c'est le souvenir des violences qu'elle s'est faites pour son Dieu. Elle comprend alors tout le mérite de la pénitence ; et combien les hommes sont insensés de disputer à Dieu un instant de contrainte , qui doit être payé d'une félicité sans fin et sans mesure. Car ce qui la console , c'est qu'elle n'a sacrifié que des plaisirs d'un instant , et dont il ne lui resteroit alors que la confa^on et la honte; c'est que tout ce qu'elle anroit souffert pouf* le monde, seroit perdu pour elle dams ce dernier moment; au lieu qae tout ce qu'elle a souffert pour Dieu, une larme, une violence, un goût mortifié, une vivacité réprimée , une vaine satisfaction sacrifiée , tout cela ne sera ^aUfiais oublié , et durera autant que Dieu même. Ce qui la console , c'est que de toutes les joies et les voluptés humaines , il n'en reste pas plus au lit de la mort , au pécheur qui les a toujours goûtées, qu'au juste qui s*en est tmijours abstenu ; que les plaisirs sont également passés pour tous les deux ; mais que l'un por^

après lu Pentecôte* J^ox

tera éternellement le crime de s'y être livré , e( Vautre la gploire d'avoir su les vaincre.

Ce n*est pas que le souvenir du passé , en rappelant au juste mourant les combats et les périls de sa vie passée , ne lui rappelle aussi ses infidélités et ses chûtes; mais ce ^nt des chûtes expiées par les gémissemena de la pénitence; des chûtes heureuses par Je renouvellement de ferveur et de fidélité dont elles ont toujours été suivies ; des chûtes qui loi rappellent lés miséricordes de Dieu sur son ame, lequel a fait servir ses crimea Il la pénitence , ses passions à sa conversion et ses chûtes à son salut. Ah ! la douleur de ses fautes dans ce dernier moment n'est plus pour elle qu'une douleur de consola**tion et de tendresse : les larmes que ce souvenir lui arrache encore , ne sont plus que des larmes de joie et de reconnoissance. Les anciennes miséricordes de Dieu sur elle la remplissent de confiance , et lui en font espérer de nouvelles ; toute la conduite passée de Dieu à son égard la rassure , et semble lui répondre de l'avenir. Elle ne se le représente plus alors comme dans les jours de son deuil et de sa pénitence , sous l'idée d'un juge terrible qu'elle avoit outragé , et x]u'il falloit appaiser ; mais comme un père de miséricorde et un Dieu de toute consolation , qui va la recevoir dans son sein et

4o2 Four le XXIII* Dinumche Vy délasser de toates ses peines. Première consolation de l*ame juste au lit de la mort , le souvenir du passé.

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