‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de Toul (volume 2)Chapitre 22 sur 35 · II. POINT · texte numérisé non relu

II. POINT

Mais tout ce qui se passe à ses yeux ; le inonde qui s'enfuit, toutes les créatures qui disparoissent , tout ce fantôme de vanité qui s^évanouit, ce changement, cette nouveauté sont encore pour elle une source de mtUé nouvelles consolations. En eflet^ rten ne Ja surprend; elle ne se sépare de rien; rien ne change à ses yeux» Rien fit la surprend.

jl^h! le jour du Seigneur ne l'effrai# poini } elle Tattendoit; elle le desiroit. Iol pensée de cette dernière heure entroit dans toules ses actions , étoit de tous ses projets , régloit tous ses désirs , animott toute la conduite de sa vie. Chaque heure y chaque bsoment lui avoit paru celui où le juste juge alloit lui demander ce compte terrible , oh les justices elles-mêmes seront jugées. Cest ainsi qu*elle avoit vécu , se préparant sans cesse à cette dernière heure ; c'est ainsi qu^ette meurt tranquille, consolée , sans surprise , sans frayeur, dans la paix de son Seigneur.

Elle sent alors une joie sainte d'avoir tonjours jugé du monde comme il falloit en juger , de n'avoir pas pris le change, de ne

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%*étre pas attachée à ce qai devoit lui échapper en un instant , et de n'avoir mis sa confiance qu'en Dieu seul , qui demeure toujours pour récompenser éternellement ceux qui espèrent en lui. Aussi , lorsque les ministres de TEglise viennent Tentrelenir des discours de Dieu et du néant de toutes les . choses humaines , ces 'vérités saintes, si nouvelles pour le pécheur en ce dernier moment , sont pour elles des objets, familieri, des lumières accoutumées qu'elle n'a jamais perdues de vue : rien ne là console tapt que d'entendre parler du Dieu qu'elle a toujours aimé , des biens étemels qu'elle a toujours désirés, du bonheur d'une autre vie après lequel elle a toujours sou- 'piré., du néant du monde qu'elle a toujours méprisé»

Non-seulement elle ne voit rien au lit de la mort qui la surprenne ; mais elle ne se sér pare de rien qui lui coûte et qu'elle regrette. CaV, M. F., de quoi la mort pourroit-elle la* séparer, qui lui coûtât encore des regrets et de^ larmes ? Du monde ? Hélas ! d'un inonde où elle avoit toujours vécu comme étrangère ,.où elle n'àvoit jamais trouvé que des scandales qui affligeoient sa foi , des ëcueils qui faisoient trembler son inivocence, des ^ssujettissemens qui la partageoient en<- •core malgré elle - même entre le ciel et 1^ terre : on ne regrette guère ce que l'on Q*a

4o4 ^our le XXIIL Dimanche jamais aimé. De ses biens et de ses richesses? Hélas ! soQ trésor étoit dans le ciel ; ses biens avoient été les biens des pauvres: elle lie les perd pas , elle va seulement les retrouver immortels dans le sein de Dieu m^ne.

De ses prodies et de ses amis ? Hélas ! elle sait qu'elle ne les devance <pie d*nn moment , que la mort ne sépare pas ceux que la charité avoit unis sur la terre , et que , réunis bientôt dans le sein de Dieu , ils formeront avec elle la même Eglise et le même peuple , et jouiront de» douceurs d'une société im^ mortelle. De ses enfans ? Elle leur laisse le Seigneur pour père, ses exemples et ses instructions pour héritage | ses vœux et ses bénédictions pour dernière consolation. De son corps ? Hélas ! ce corps qu*elle avoit toujours châtié, crucifié, qu'elle regardoit <;omme son ennemi , qui la faisoit encore dépendre des sens et de la chair, qui l'ac* cabloit sous le poids de tant de nécessita humiliantes ; de cette maison de boue qui la retenoit captive, qui prolongeoit les jours de son exil et de sa servitude, et Temp^ choit d'aller se réunir à J. C. ? Âh ! elle en souhaite , comme S. Paul , la dissolution. Ainsi la mort ne la sépare de rien , parce -que la foi l'avoit déjà séparée de tout.

Je n'ajoute pas que les changemens qui ae font au lit de la mort, si désespérans pour

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le pécheur , ne changent rien dans l'ame fidèle. Sa raison s'éteint, il est vrai; mais depuis long-temps elle Tavoit captivée sous le joug de la foi , et éteint ses vaines lutnièrest devant la lumière de Dieu et la profondeur de ses mystères. Ses yeux mourans S^obscurcissent et sê ferment à toutes les ^choses visibles : mais depuis long^temps elle ne voyoit plus que les invisibles. Sa langue immobile se lie et s*épaissit: mais depuis long-temps elle y avoit mis une garde de circonspection , et méditoit dans le silence les miséricordes du Dieu de ses pères. Tous ses sens s*émoussent et perdent leur usage naturel; mais depuis long-temps elle se Tétoit interdit à élleHnême ; et dans un sens bien différent des vaines idoles , elle avoit des yeuz^ et ne voyoit pas ; des oreilles et n*entendoit pas ; un odorat, et ne s*en servoit pas ; un goût, et ne goûtoit plus que les choses du ciel. Rien ne change dbnc pour cette ame an lit de la mort ; son corps se détruit , toutes les créatures s'évanouissent, la lumière se retire, toute la nature retombe dans le Béant, et au milieu de tous ces changement, elle seule ne <:hange pas , elie seule est toujours la même* Que la foi , M. F. , rend le (îdèle grand au lit de la mort ! Que le spectacle de Tame juste en ce dernier moment est digne de Dieu., desançQS et des hommes.

4o8 Pour le XXIIL Dimanche occupation que de jouir du Dieu que Vaà aime ! Partez , ame fidèle ; allez vous réani^' à VEglise du ciel qui vous attend. SoirrcneE-' vous seulement de vos frères que vobs Uisez sur la terre , encore exposés aux tentations et aux orages : Proficiscere ^ anùna ikris^ tiana» Quelle nouvelle de joie ! quel (Hxlra^ heureux pour cette ame juste ! Avec qodM paix, quelle confiance, quelles adioos de gi aces Taccepte-t-elle ! Elle lève au ciel j comme le vieillard Siméon, ses yeux mou-' rans ; et regardant son Seigneur qui vient à elle: Brisez , ô mon Dieu! quand il vottf plah*a , lui dit-elle en secret , ces restes de mortalité, ces foibles liens qui me retiennent encore-; j'attends dans la paix et dans l'espérance , Tefiet de vos promesses étemdles* Ainsi purifiée par les expiations d'une vie sainte et chrétienne, fortifiée par les derniers remèdes de l'Eglise , lavée dans le sang de l'Agneau , soutenue de l'espérance des promesses , consolée par l'onction se* crête de l'esprit qui habite en elle, mâré pour l'éternité, elle ferme les yeux avec une sainte joie h toutes les créatures; elle s'endort tranquillement dans lé Seigneur , et s'en retourne dans le sein de Dieu d'oâi elle étoit sortie.

Les réflexions sont ici inutiles, M. F. : telle est la fin de ceux qui ont vécu dans la crainte

du

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dti Seigneur , leur mort est précieuse devant Dieu comme leur vie : Prefiosa in conspeclu Domini mors sanc forum ejus. Que ce ta])lr>aa consolant vous inspire aujourd l.^i la sincère résolution d'e'viter la fin déplorable des pécheni^s , et de mériter par une vie sainte les consolations de Vame juste au moment de la mort. Si vous vivez dans le péché, vous mourl'ez dans les horreurs et dans les regrets inutiles du pécheur, et votre mort sera une mort éternelle. Si vous vivez dans la jusfice , vous mouvrez dans la paix et dans la confiance du juste , et votre mort ne sera qu*un passage à la bienheureuse immortalité.

ht XXIV. dimanche après la Pentecôt?.

Premier sujet. Sur Je zèle de la

Religion.

JLi 'ABOMINATION de la désolation dans le lieu saint , c'est, M. F., Timpiété et l'irréligion qui défigurent de nos jours l'Eglise de J«»C., qui pénètrent jusque dans le sanctuaire, et qui doivent faire trembler les âmes miune les plus justes , à la vue des dangers de perversion dont elles sont environnées de toute part. Cette religion sainte , dans le sein de laqueile nou> sommes nés, va peut-être bientôt nous Tome ly^ %

4 1 o Tour le XXIV. Dimanche quitter. A quels outrages et à quelles per-.

séditions n'est-elle pas exposée au-dehors ?

Quelles injures et quelles profanations ne soufiie-t-elle^ pas au-dedans ? Les grands la. sacrifient à leur aveugle politique , les petits à leurs passions et à leur libertinage.

Cette religion si maltraitée par ses ennemiS| si méprisée et si lâchement abandonnée par ses propres enfans , nous quittera peut-être bientôt, et ne nous laissera plus que ce qu'elle a d'extérieur et d'apparent; et cependant, qui de nous s'en afflige ? Qui de nous se sent animé de ce zèle des premiers chrétiens,, qui aimoient mieux perdre biens , liberté , réputation , vie nlême , que de la peindre ?

Est-ce qu'il nous importe si peu , M. F. , que l'abomination de la désolation soit dans le lieu saint ? Est-ce qu'il nous importe si peu que la vraie religion demeure avec nous ou qu'elle s'éloigne ; que le royaume de Dieu nous soit conféré , ou qu'il nous soit ravi pour être donné à d'autres peuples qui s'en-, richissent de nos pertes? Non, sans doute, chrétiens; c'est la cause de cette relîgioa que je viens défendre ni^jourd'hui, en vous montrant que l'honneur de la religion est de tous les objets de notre zèle le plus juste et le phâS digne: pourquoi ? Pour deux raisons que je vous prie d'écouter avec attention.

Quelque objet que nous puissions donner à

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nc^re zèle, il est certain que la gloire de Dieu et notre propre salut doivent remporter sur tous les autres: la gloire de Dieu, puisqu'il nous a mis au monde pour l'honorer et le servir ; notre propre salut , puisque c'est de notre sanctification que dépend notre vrai bonheiu*. D'où il s'ensuit que rien ne doit lious être plus cher , ni plus enflammer notre zèle que la religion que nous professons; i.^ parce que c^est à cette religion seule qu'il appartient de sanctifier les homme s , et dq les conduire à leur fin dernière ; 2.^ parce que c'est dans elle seule que sont renfermées les règles d'une vie sainte et bienheureuse ^ par laquelle qn adore le vrai Dieu comme il veut être adoré , et par laquelle on le connoît et on le sert avec une piété exempte de toute imperfection. Partout ailleurs, ce n'est qu'une piété odieuse à Dieu et funeste aux hommes, une piété bizarre , captieuse, pleine d'entêtement et d'orgueil. Ainsi , plus le desic de glorifier Dieu et de nous sanctifier nousmêmes nous presse , plus nous devons nous intéresser à une religion , qui seule nous prescrit le culte que nous devons lui rendre , et qui seule renferme les moyens de notr^ propre çantification.

4 1 ^ Pour le XXIV. Dimanclie

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