II. POINT
Suivons mot à mot notre évangile , et nous y trouverons les remèdes au mal dont nous venons de considérer la grandeur; parcourons-en les différentes circonstances , et attachons-nous aux principales.
Je remarque d'abord , que le Sauveur veut
après la Pentecôte. 69
€[u*on lui amène cet homme sourd, et qu'on le prie de le guérir: Adducunt ei svrdum et mutum, et d^precabantur /«/», etc. Pourquoi J. C. a-t-ilyoulu se faire amener cet homme sourd, et attendre que des gens charitables demandassent sa guérison ? Ce n'est pas seulement pour nous faire connoitre le funeste état de ceux qui sont sourds spiritueUement , et qui j insensibles à leur mal , ne pensent pas à invoquer le céleste médecin ; ou s'ils le prient) ce n'est que très-rarement, et presque toujours sans un désir sincère de conversion: c'est encore pour nous faire sentir le besoin où ils sont d'être aidés par les prières des âmes justes, par leur avis charitables.
Ici on exhortera les âmes pieuses de la paroisse à s'intéresser pour la conversion des pécheurs , et à ne rien oublier pour les ramener à J. G. On le recommandera particulièrement aux parens par rapport à leurs énfans libertins , aux époux et aux épouses les uns envers les autres.
La prière , quelque puissante qu'elle soit , ne pourroit suffire pour guérir les pécheurs de leur surdité , si le Seigneur n'agissoit en eux par la vertu de sa main toute-puissante.
Il ne manque pas de le faire, lorsqu'on l'en a prié avec charité et avec ferveur. Que fait-il pour rendre la santé à ces malades spirituels? Il nous en instruit dans les moyens
7© Tour le XL Dimanche
qu'il employa pour guérir le sourd qui lui
fut présenté.
Une seconde circonstance , dont il accompagna cette guérison , fut de tirer le sourd hors de la foule, de lui mettre le doigt dans les oreilles , de lui toucher la langue avec de la salive, puis, levant les yeux au ciel, il jeta un soupir, et lui dit: Ephpheia^ c'està-dire , ouçrez-i'ous.
r Etoit il nécessaire , M. F. , que le Sauveur fît tant de cérémonies i qu'il employât tous ces différens moyens pour opérer le miracle dont nous parlons ? Non , sans doute , une de ces paroles eût été suffisante; et combien de malades n'a-t-il pas guéris par son .commandement? Qu'a-t-il donc prétendu ?
Deux choses dont il nous importe d'être bien, instruits ; la première , pour nous inspirer du respect pour les cérémonies que l'Eglise emploie dans. ses saints offices, sur-tout dans l'administration des sacremens, et pour confondre les hérétiques qui en font le sujet de leurs railleries. Mais ce qu'il a eu principalement en vue , c'est de nous montrer ce que doivent faire les pécheurs endurcis, pour se procurer leur guérison. Il faut premièrement qu'ils se. retirent de la foule , de l'embarras, de leurs affaires temporelles , et de ce qui est pour eux dans le monde une occasion àe péché. Non , chrétiens auditeurs ,
aprè$ la Pentecôte» 71
qui }usqu*ici avez refusé ^écouter le Seigneur 9 jamais vous ne vous mettrez en état d'entendre sa voix , tant que vous continuerez d'être attachés au monde. Cette voix, dit saint Bernard , n'est pas entendue dans le tumulte des alFaires y dans les assemblées de plaisirs ) dans les places publiques, dans les |eux et les spectacles , dans les conversations mondaines ; en vain y parle-t-elle à Toreille : on ne l'écoute pas; le bruit, le tumulte, la dissipation, les diflTéi entes passions dont il est agité , empêchent absolument de faire attention au souffle sacré de l'Esprit saint.
A cela vous me direz sans doute que vous ne pouvez quitter vos affaires, ni vous séparer du monde, que vous êtes père de famille, homme de commerce, obligé de voir le monde, que vous êtes domestique, ouvrier, etc. , que les affaires de votre état vous empêchent de mettre en pratique ce que je vous conseille. ( Il faudra bien réfuter ce prétexte. )
Rien n'est plus pressant que raffaire de votre salut; dussiez- vous perdre tous les autres biens, vous ne devez rien négliger pour acquérir celui-ci : si votre conditioa est . un obstacle à votre retour vers Dieu , sortez-en au plutôt ; retirez- vous de cette maison , de cette compagnie. Ne croyez [)as>
71 Four le XI. Dimanche
cependant que Dieu demande de vous un renoncement entier à vos affaires temporelles; ce qu'il vous ordonne , c'est de prendre tous les jours quelque temps ; et même , s*il le faut, un temps considérable durant plusieurs jours, pour considérer l'état de votre ame, et entendre ce qu'il vous dira au cœur.
Qui vous empêche d*y donner tous les matins, ou durant le cours de la journée, un quartd'heure ou une petite demi - heure dans vos maisons, à l'église^ dans vos voyages, ou même durant le travail ?
Prenez , M. F* , cette généreuse résolution: elle est pour vous d'une nécessité absolue. Si l'homme sourd de notre évangile n'eût point voulu quitter la foule , il n'eût jamais été guéri ; ce ne fut qu'en obéissant à J. C. qui le prit à l'écart, qu'il se rendit digne du miracle que le Fils de Dieu opéra en sa faveur. Ce sera aussi lorsque vous serez seul avec votre Dieu, qu'il mettra ses doigts sacrés dans vos oreilles j et déliera votre langue ; ce sera alors que sa grâce opérera en vous d'une manière plus puissante ; qu'elle touchera votre cœur, et vous fortifiera pour lever tous les obstacles qui empêchent votf e conversion. Car , M. F. , Jésus -Christ ne vous guérira pas seul ; il n'en est pas de la guérison des âmes comme de celle des corps; il n'attend pas toujours
le
k cousentement de Thomme, pour le déjfirrer de ses maux corporels , mais pour jkgaérir de ses maladies spirituelles, il veut fiil coopère à sa ^âce; qu'il agisse avec de; qa'il lui en coûte de la peine et des efforts m proportion de la grandeur de son wi; il veut sur-tout que le pécheur s'atbc&e à arracher la racine et la cause de a maladie : c'est Vinstruction qu'il nous a JODnée,en mettant ses doigts sacres dans les oreilles de Thomme sourd, en touchant sa langue avoc de la salive; il jette même un grand cri, pour marquer davantage le désir ardent., les pieux gémissemens que le pécheur dnt employer pour parvenir à une parfaite fDérison.
Ce ne seroit donc pas assez pour vous, M. F., qui depuis long -temps êtes sourds à la voix du Seigneur, de sentir votre niai, de vous retirer du monde, de rétlécliir sur Vétal pitoyable de votre ame ; ce ne seroit pas même assez de faire quelques prières, Je venir de temps en temps dans nos églises )Our demander votre conversion; il faut, et :eci est d'une nécessité absolue, il faut en eclierclier la cause et la détruire. Voyez lonc, et examinez attentivement d'où vient otre insensibilité : nest-ce point de ce que DUS êtes trop attachés au monde, trop oC' Tome IV. D
74' Tour le XL Dimanche
€upé3 de vos affaires ? n'est-ce point de ce' que votre cœur est passionné pour une per« sonne qui vous plaît, qui vous perd et que vous perdez ? ( O» poursuivra ce détail. ) N'est-il pas vrai que- si vous étiez libres de cet attachement, de cette passkm^ rien ne vous eiupêcheroit é'écoutcc ce que le Seigneur vous dit fiar lui-même, ou par ceux qu'il a préposés pour vous instruire.
Ne m'opposez donc pas la difficulté qu'il y a à rompre: de. tek attachemèns. Ah ! M.
F* , si vous étiez attaqués d'uoe maladie bien dangéret^e et que vous fiissiez sûl*s d'en être guéris ^ar un remède un peu amer, i^fu-^ ^tie^-vdus opifiiâtrément de le prendre?
Aimeriez-vous mieux languir toute votre vie el abréger vos.JQunsé, qaade souffrir Tamer- ^ume- de- ce remède. Ëh quoi! aurez -vous moins* à coQur la: guérisoGi de votre ame î eta Faites dimc, de générenac^ efforts^ sou* pirez , géoiissezr» humiliez^ vous^ redoublez yoa cris , et suppliez- le- Seigneur avec tant d'instance, que votre prière pénètre jusqu'au tr:ône de sa. divine majesté» et qii.*il com« mande enfin au démon sourd de- s'éloigner 4e vous.,, et de n'y plus rentrer, ainsi qu'il le fit à l'égard du jeune homme dont il est parlé dans l'évangile par ces paroles: Esprit $ourd' et muet , socs du corps de cet enfant j et n'y rentre plus, je te le commande ^ «^«/^(P
- après Ta Pentecôte* 7.5
eï mule spiritus^ ego prmcipio tibi^ esi ab eo^ et amplius ne iairoea$ in eum.
Le pasteiu* s*adresdera à J. d. ; 11 le corn jurera d'employer sa toute- puissance pour chasser le démon muet du cœur de sespar<MssràQS.' Il fera cette prière de la ftianièFe la plus tbiidiante ,. et die aura son efièt , pourvu qub,; comme J. C le dit lui'*métile à ses disciples » elle soit accompagnée du j^eûne et de la motlificaiion;
Unissea-vous à' mioi^ eondura-t-il , âmes fidèles de «et auditoire; sollicitons sans cesse, et n'oublions rien pour obtenir, auprès de la miséricorde divine , la conversion Àes p<>cbeurs; et a l'exempte da peuple qui fut témoin dé la* goérison de l'homnae sourd , soyons- reconnoissans Aes grâces que Jésus- Christ voudra bien accorder à nos frères; remeroions-le de œUes que nous en avons reçues nous-mêmes; soyons de- plus en plus dociles à ses sainlts inspiiations; Ayons toujours les oreilles ouvertes à la voix de notre pasteur: il nous conduira' iolailliblement dans ce Ueu de délices qu'il a prépacé à se^ élus», Ainsi soit -il.
76 Pour le XL Dimanche
Second sujet. La manière de bien faire toutes nos actions*
'. \J N second sujet qui convient fort bien à ce dimanche, est la manière de bien faire toutes nos actions: matière toute de pratique (Ct d'une conséquence infinie. Lisez la considération qui est dans la retraite de Bour- ^daloue, sur la perfection de nos actions .ordinaires; rien de mieux que ce qu'il en écrit ; B^nè omnia fecit , il a bien fait toutes •choses.
Jamais louanges ne se vérifièrent plus à la lettre, que celles qui furent données à J. C. après qu'il eut guéri le sourd et muet dont il est parlé dans l'évangile de ce jour. Tout le peuple qui en fut témoin, ravi d'admiration, s'écria qu'il avoit fait entendre .les sourds et parler les muets : Béni omnia fseit , et surdos, fecit audire et mutos loqui. Ce cn'e&t. pas seulement dans ce miracle parti- .çiuUer que paroît.la vérité de cet éloge, c'est dans toute la vie du Sauveur; nulle action qu'il n'ait faite avec toute l'exactitude et la perfection que Dieu son Père demandoit de lui; dès le moment de son incarnation jusqu'à l'instant de sa mort, il ne S'est étudié qu'à accomplir en tout la va-
après la Pentecôte. 77'
lonté divine; durant sod enfance, son ado«> lescence, sa jeunesse, enfin pendant tout letenaps de sa vie publique, il ne s^en est pas écarté d'un seul point.: on auroit pu toujours et à tout moment lui appliquer « ces belles paroles de l'évangile-; Benè omnia* fecitj il a bien fait toutes choses. C'est pour * nous, M. F., une obligation indispensable de bien faire toutes nos actions: deJà dépend le mérite de notre vie et de notre salut ^ éternel. Apprenons donc aujourd'hui de J. C. notre maître et notre modèle, à sanctifiertoutes nos actions : c*est l'importante matière dont nous allons nous entretenir. Nous* verrons comment r k Texemple de J. C. , nous devons sanctifier toutes nos actions, chacun dans notre état, et nous en chercherons les ' moyens. Est -il bien important de sanctifier* les actions propres de notre état , et en * quoi consiste leur sainteté? C'est le premier * point. Par quels moyens . pouvons * nous les sanctifier? C'est le second.
RiBN de plus important que.de travailler à la grande affaire de notre .salut et d'assurer notre prédestination ; c'est un principe qu'auciin chrétien ne peut révoquer en doute; nous ne sommies en ce monde que
7^ Pour le XL Dimanche
pour Qous sauver, eo abcompHssant chacim daifis ootre état , ce .qne Dieu demande. Or , qu*est«ce que Dieu demande de chacun de nous ? C'est que nous ^ous €k;quittioiis bien de jios occupations ordinaires, et que dans les actions les pius conùanunes , nous ayons uni* quemept en vue de loi plaire et de le glorifier.
Pour édaircir davantage ce pomt fondamental de notre religion ^ il ftiut cotnbattr e quelques erreurs qui régnent dans le moncîe au jsujet de la sainteté. Les uns croient qu'elle consiste à faii^ de^ actions extraordinaires et jécldtJM^tes , des prodiges et des mitacles; d'autres à entreprendre diiTérentes espèces de bonnes oeuvres, à s'eiercer dans des mortifications excessives, \k réciter de Jdngi^s prières , à pratiquer ce qu*il y a de pitis relevé dans les maximes évangéliques ; eQJfin il y en a qui se persuadent que, pour étrç saint et parfs^t , il faut toujours éprouver une dévotion et une ferveur sensible:
autant d'erreurs dont il faut nous détromper.
La sainteté de noti^é vie ne peut pas con* sîster à faire des choses extraord'niires , singulières et éclatantes. Dès qu'elles sont singulières et extraordinaires , elles sont rares, et les occasions n*en sont- pas fréquentes ; cependant notre sainteté doit se rencontrer dws ce qui nous 'occupe le plus souvent ^
après la Tentec&le. 71^
dans ce qai reiapltt nos jours et no§ années^ car Dieu veat quenoos nous saDCtifionstous; il y exhorte souvent chacun en particulier:
HcK ssi çoiuntas Dei , sanclificalia pesira»
( Thés. 4- ) PerfecH esfoie. ( a. Cor. i3. ) écnvoit S. Paul aux Thessaloniciens et aux G>riiithiens. Chacun doit donc troaver dans sa condition de quoi se sanctifier-; sans en sortir, il peut acquérir la perfection à la* quelle il est appelé ; ^ Tonvrier , le père de famifle , le mi^^istrat ^ Tenfant , le domesti* que , toits ont en main de quoi parvenir à la véritable justice.
Que faut-il faire en eilet pour être vérita* bleoient saint? Il faut faire là volonté de Dieu | quiconque s'y conforme en tout et paivtput^ hii est parfaitement agréable ; il participe à sa sainteté infinie, parce qu'il se conforme en tout à la première et souveraine règle de nos actions , qui n*est autre chose que la volonté de Dieu, manifestée à chacun par les devoirs de son état: sans cela la sainteté et le salut ne seroient-ils pas impossibles k la plupart des hommes? Aussi combien de saints qui n'ont rien fait d'éclatant aux yeux du monde , qui se sont sanctifiés dan^ les conditions les plus obscures ; un S« Jsi* dore dans l'état de laboureur, quantité de solitaires dans le fond de leurs* retraites.. Mais ce qui doit nous en convaincre plus
So Pour le XL Dimanche
que tout le reste , c'est Texemple du Sauveur lui-même. Ou ne peut douter qu*il n*ait vécu très-saintement jusqu*à sa trentième année , qui fut le commencement de sa vie évangélique ; cependant âurant ses trente premières années , qu'a- t-il fait de remarquable aux yeux des hommes ? Retiré à Nazareth avec la sainte Vierge et saint Joseph , il s'occupoit aux actions les plus basses en apparence ; il obéissoit à ses parens; il passoit ses jours clans la prière et dans Texercice du travail ; il mangeoit , buvoit , dormoit et conversoit ; en un mot , il menoit une vie qui n'avoit , ce semble^ rien de remarquable, tien même que d'abject selon le monde; mais parce qu'i) faisoit la volonté de son Père , nulle de ses actions , quoique commune et vile eii apparence , qui ne fût l'objet des complaisances de Dieu ; ensorte qu'il lui plaisoit autant que lorsqu'il opéra, durant sa vie publique , les prodiges les plus surprenans.
Ici on inspirera à ses auditeurs , et surtout au simple peuple , des sentimens d'ad-* miration , d'actions de giâces et de consolation; d'admiration à la vue de la bonté de Dieu , qui demande de nous si peu de chose; de reconnoissance pour cette même bonté; enSn de consolation, de ce que nous pouvons tous trouver dans notre état notre perfection. Bien plus , la sainteté ne peut se rencontrer
{iprès la Pentecôte» 8i
siUleurs .* ce n*est qu'en faisant le bien, chacun dans notre condition, ce n'est qu*ea exerçant les fondions qui y sont attachées , . que nous pouvons nous rendre parfaits; prér . tendre se sanctifier autrement , ce seroit une t iUu^pn grossière , parce que dès-lors nous , nous écaiterions de notre rè^le, je veux dire, -. de la volonté divine.
Mais ne faut-il pas du moins faire beaucoup de choses, s'exercer en quantité de { bonnes œuvres , de jeûnes, d'aumônes et de prières? Non, M. F., ce n'^st point à la variété de nos actions qu'est attachée notre sainteté , c'est au peu de bien que nous pouvons faire dans notre état. ( On prouvera :
cette proposition par quelques passages de l'Ecriture, et particulièrement par ces paroles de J. C. Quia super pauca fuisH fidetis , super mulia U consiituam. (Matth. 25.) C'est ainsi que J. C, au dernier jour, parlera au . serviteur bon et fidèle ; quoiqu'on ne lui ait pas confié beaucoup de choses , et qu'A n'ait pas eu de grands talens: In modicQ fuisti fiddis-. Et le sage nous dit que les élus , après avoir été éprouvés durant peu de temps, auront ^ nne récompense abondante : In paucis vesûlî^ in muîtis béni dîsponentur. ( Sap. 3. ) Nouveau sujet de joie pour ceux qui ont reçu du Seigneur, peu de biens , peu d'esprit, pea , 4e iovcQ : îl ne lieiit qu'à eux de mériter an«
84 Tour le XL Dimanche
Dieu et pour Dieu seul: faille sas actions par humeur , par caprice , par intérêt propre ou par coutume, pai' respect humain , par vanité ^ ce n*est pas les faire pour Dieu et en vue de Dieu; quelque excellentes que puissent être ces actionâ en elles-mêmes , si Dieu n'en est pas la fin , si nous ne les faisons pas pour lui plaire , il les regarde d'un œil au moins indifférent , et elles nous deviennent inutiles. Tout le mérite de la fille du roi , c*est-à-dire , de Tame chrétienne Ipi vient du dedans et du fond du cœur , il prend sa source dans l'intention qui la fait agir : Omnis gîoria ejus filiœ régis ab intùs. (PsaL 44* )
Ces principes posés , on en Viendra à l'application; en montrera aux auditeurs combien ils manquent souvent à observer ces règles , ou le dehors de leurs actions , ou l'intérieur qui doit les'-^himer. Peut-on dire de vous , M. F. , que vous faites ce que vous devez dans votre condition , que vous le faites toujours et de la manière dont Dieu l'exige ?
On reprendra chacun de ces, articles ; on détaillera les différens défauts qui se glissent dans les actions ordinaires ; défauts d'exactitude et de diligence , défaut de courage et de constance, défaut d'état de grâce ,' mais sur-tcuit de pureté d'intention.
Vérité tenible, ajoutera- t-on ; si nous la
après la Pentecôte* • 85
méditions bien , grand sujet de nous humilier et de de'plorer notre malheur. Quelles peines n*avons-nous pas faites jusqu'à pré« sent depuis nos premières années? La moindre action de notre vie eût pu servir à notre sanctification; et sans sortir de notre état, nous aurions pu parvenir à un haut degré de perfection et de vertu; cependant dans quelle pauvreté ne nous sommes-nous p^ réduits ? Si nous examinions bien toutes nos actions sur ces règles que nous venons de tracer, peut-être, hélas ! en trouverions-nous ti^ès-peu qui soient marquées du caractère de sainteté, et où se rencontrent les conditions requises, pour qu'elles soient dignes de Dieu , et utiles à notre salut.
Déplorons notre aveuglement ; persuadonsnous bien que notre bonheur éternel dépend de la manière dont nous ferons toutes nos actions ordinaires ; suivons dès .ce moment les règles que le Seigneur nous a prescrites pour les sanctifier. Je vais > en finissant , vous ep "expliquer les moyens : ce qui fera le su'? jet du second point.
I L P O IN T
Parmi une infinité de moyens qui peuvent nous servir à sanctifier nos actions, je m'attache à un seul , c'est de les faipe en J. C.
86 Pour le XI. Dimanche
et comme J. C. Ce seul mayen renferme tous leâ autres. Il est , ce divin Sauveur ^ le modèle que nous devons sans cesse avoir devant les yeux , rappelons-nous dès le matin , rappelons-nous , à chaque action « de quelle manière il agissoit , agissons en lui et avec loi ^ et nous agirons paifaitement»
On lira ce que nous avons dit sur ce sujet dans Texplication de Tépltre du cin* quième dimanche de TEpiphanie. On proposera l'imitation de J. C. h ses auditeurs , sui-^ Tant leur âge et lew* état.
Comme 1 onzième dimanche après la Pentecôte, tombe ordinairement vers le temps des ouvrages « on insistera sur Tobligation d'imiter le Sauveur dans son travail de sa vie cachée et publique. On exhortera à le suivre dans son exactitude à faire tout ce que son Père souhaitoit , dans sa ferveur et 5a charité , dans sa pureté d'intention , et spécialement dans sa patience à toute épreuve. On les pressera , au nom de J. C , à souflTrir en chrétien , les peines attachées aux occupations de leur état.
Que je se rois heureux , M. F. , si je pouvois vous porter à une pratique si excellente , à agir comme J. C. , à faire chacune de vos actions comme il faisoit les siennes , à les faire en union avec lui^ et avec la même l^ersévérancc! Outre la joie et la consolalioa
après la Pentecôte* 87
(p'elle vous procurera , vous y trouverez ua Âad de mérites inépuisable et une assurance de votre prédestination. Faites-en, dès ce )(mr, l'heureuse expérience; offrez, dès le malÎQ ^ toutes vos actions en union avec celles an Sauveur ; renouvelez de temps en temps celte ofiranrle durant la journée 9 ne passez aocuQ jour de votre vie , sans observer cette sainte coutume; vos jours seront véritablement des joui*s chrétiens, et vous mériterez d'aller jouir dans le ciel de la présence de celai que vous aurez imité sur la terre. Amen.
Comment VEt^angile opère notre salut,
JLi'iFiTRE de la messe , qui est tirée du 1 5. cbap. de la I. épUre aux Corinthiens, est également instructive pour les peuples et pour ceux qui sont chargés de les instruire. Dans Tattenûon que le grand Apôtre a de remettre devàDt les yeux des Corinthiens l'Evangile qu'il leur avoit prêché depuis long-temps, les pasteurs trouvent de quoi instruire les iidè!e3 confiés à leurs soins.
îioium pobis facio , fratres , evangeîium qiiod prœdicapi i>obis^quod et acceplstis ^ in quo et staiis , per quod et salvaminL Je viens vous remettre devant les yeux , M. F* > l'évangile que je
86 Pour te XI. Dimanche vous ai prêché , que vous avez reçu , dans lequel vous êtes maint6Bant,et par lequel vous êtes sauvés.
Ce sont les premières paroles de l'épître que nous venons de chantera la messe , et ' sur lesquelles je me propose de vous instruire aujourd'hui. Ce que Tapôtre S. Paul prati- ' quoit à regard des fidèles de Corinthe , à > qui il avoit annoncé l'Evangile , je l'observerai à votre égard: heureux , si je suis fidèlement son exemple; heureux serez- vous vous - mêmes, si vous profitez de la divine ' parole que je vais vous annoncer, comme les Corinthiens la reçurent de la bouche du' docteur des nations. Il nous apprend luimême qu'ils eurent soin de se conserver dans la foi qu'ils avoient embrassée , et qu'ils marchorent courageusement dans la voie du salut. Eçangelium quod accepistis , în 4]uo et siaiis j per (juod et salvnmîm.
Je veux donc , M. F. , vous Vappeler^en ce jour ce que vous avez entendu de notr« bouche , depuis que le Seigneur nous a en- vo)é parmi vous ; je vous remettrai devant • les yeux les principaux points que vous faites profession de croire ; vous apprendrez en- i suite quelle doit être votre foi, pour vous assurer le salut. Voici Jtout mon dessein : Qu'estce que TEvaugile que nous avons prêché jusqu'ici , et qu^b en sont ^ks ;priacipaux -
exprès la Pentecôte. 89
pomts ? Première réflexion. Comment l'Ellangile que vous faites profession de croire , apérera-t-il votre salut ? Seconde réflexion.
L POINT
){xE!f de plus utile , M. F. , que de se rappAer souvent Tévangile que nous avons reçu ; ce souvenir fréquent produit en nous d'excellens eflfets ; reconnoissance envers Dieu qm nous l'a fait annoncer par préférence à one infinité d'auti^es hommes; aflTermissement dans la foi, par la considération des grands motifs qui nous en démontrent la ^vinité ; confusion et douleur à la vue do peu de fruit que nous en avons retiré }iisqu*à présent Cest pour vous procurer ce précieux avantage, que je viens vous exposer ce que vous avez entendu des pasteurs qui ont gouverné cette paroisse avant nous, et ce que nous vous avons enseigné nous-mêmes.
Quel est -il donc cet Evangile , et quelles en sont les principales vérités ? ( On pourra consulter ce que nous avons dit sur le premier dimanche de l'Avent. )
Le nom seul d'Evangile exprime les sentimens que nous devons en avoir ; il signifie heureuse nouvelle. Eh, quelle nouvelle plus heureuse pouvoit-on annoncer aux hommes, que celle d'un Dieu fait homme,
go Pour le XI. Dimanche
devenu semblable à eiix pour les rendre séin^ blables à lui, et leur procurer la délivrancef dès plus grands maux, et la possession dit souverain bifn? Quelle nouvelle plus heureuse, que de leur annoncer un Dieu qui est venu habiter parmi eux, converser avec eux, leur montrer le chemin du ciel par ses exemples 5 et le leur enseignei* paF ses prédications.
On s*étendra sur les auti^es avantages que procure la pohlicatioD de l'Evangile, sur les secours spirituels que la loi chrétienne nous fournit , la consolation , la )oie même damé les maux de cette vie , la force pour leé Supporter, les grâces qu'on retire ^ts sâ« cremens , etc.
Réfléchissez- vous sotivent , M. F. , sur lô bonheur que vous avez d*être instruits ded vâ*ités de l'Evangile ? L'estimez - vous , c^ bonheur, autant qu^il le mérite? En remer* ciez-vous le Seigneur? Avez -vous soin dé rendre votre foi de plus en plus inébranlable ? Confondez-vous ; gémissez du peu d^ fruit que l'Evangile a fait parmi vous. N'ai-je point à craindre ce que TApdtre ci^aignoit pour quelques Corinthiens ; n*ai*-je point à craindre , dis- je , que vous n'ayez cru eri vain, que votre foi ne soit vaine et stérile? Nisi frustra credidîstis ; pensez souvent aux mystèi'es de notre religion; souiTrez que je^
• après la Pentecàtem g\
ions en rappelle quelques- ans des prin« opsax ; je m*en tiendrai \ ceux que S. Paul nppçloit aux fidèles à qui il avoit préclië.
le irons ai appris, avaot toutes choses, leur diso\t-il , ce qui m*a élé enseigné à moiin^; que Jésus est mort pour nos péchés, QQDformément aux Ecritures , qu'il a été flosereli j qu'il est ressuscité le troisième jour, etc. D*où vient que S. Paul s*app1iquoit k rappeler en particulier la mort et la résurrection de J. C ? C'est que là se réduit, pour ainsi dire, tout le plan de la religion; à la mort de 7* G. pour nos péchés , à sa résorrcxtion prédite par les Ecritures, et attestée par un grand nombre de témoins »
pcH- une foule de preuves qui forcent les plus incrédules à recoonoitre la vérité de la résurrection du Sauveur. On aura soin de demander aux auditeurs ^ si chacun d'eux eu est bien instruit, s'ils sont persuadés que le même J. C qui est mort pour eux, est aussi ressuscité pour eux. Tous les jours, ieur dira-t-on , vous devez le réciter dans le symbole ; mais y faites-voiis bien atten* tion? J. C. est mort pour vos péchés, pour vous apprendre à les expier par vos souf-frances ; il est ressuscité pour votre justification, afin que vous ne mouriez plus par le péché , et que vous vivica pour lui. C'est ce que nous avons répété plusieurs
n4 Tour le XL Dimtmcht
Ënlin^ r^Ie la plus nécessaire. Aucun homme n*en est dispensé; c*est sur elle €[oe nous serons- jugés ; et quiconque ne s'y sei^ pas conformé, ne peut attendre qu'un jugement de condamnation : Qui non' ûik;éiimt Emngelio Dominl nos^ri Jesu Chrktij pœnas dabmt in inhritu sempHernas. ( Thessa i . ) Le Sauveur lui-même nous en assure ; Sermo quern ioculus sum , iUe judkabii eum in nm^iS" ^''ma die. ( Joan. J 2, ) Mais aussi quiconque suivra cette règle, dit & Pau!, goûtera», tlans cette vie, la vraie paix, épi-omer», dans l'autre , Tes efiets de la miséincorde infinie de Dieu: Quicumque hane reguhan secaii Juerinf^ pax super Hlvs et misericordia.
Après avoir donné à ces subdivisions une juste étendue, on en viendra à l'application , et on fera rentrer les auditeurs en eus* mêmes.
Est-ce ainsi que vous a?cz regardé l'Evangile qui vous a été annoncé? Comparez votre conduite avec cette règle: vos actions, vos discours, vos pensées et vos désirs y sontils confoimes? peut-on dire de vous, jeunes gens , que votre vie est une vie chrétienne?
\ On adressera aussi la parole aux autres conditions. ) Comprenez une bonne fois que* l'Evangile, dent vous faites pVofesston, ne vous sauvera jamais , si vous ne le mettez en pratique,, non seulement dans quelques points
- après la Ventecôie. 9 5
^ffKDtie^s» Ynais dans tout ce qui est d*oI>Iî« ijtioiL Tous ceux , dit le Sauvear , qui é* •oteal mes paroles, «t ne les mettent pas A pratique, sont semblables à un bonimt ÎMensd qui a bâti sa maison sur le snblt*^ Hojes la fiii du sermon de J. C. en S. MatI»
db^ 7. Coiame ce seimon contient le' précis ib la doctrine évang^lique, on ne peut PHeax finir cette insti*QCtion> que par la péroraison que J. C. lui-même a prononcée. On exhortera les auditeurs à remercier Dieu et les avoir éclairés des lumières de TEungile, à demander l'augmentation de la tu, à prier . J. C, durant la messe , de la TendFe active, afin qu^elle soit pour eux ua principe de salut. Ainsi soit il.
Lt XIL dimanche après la Pentecôte.
Premier sujet» Sur le bonheur des
chrétiens.
CoNFERSUS ( Jésus ) ad dîsdpuîos suos ^ dîxiti Beati ocuii qui aident quœ vos vîdt^Us. ( Luc. la. 1^. 23. ) Jésus se tournant vers ses disciples , leur dit : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez.
Ce fut ainsi que pai4a le Sauvear à ses soixante et douze disciples qu*il avoit envoyés
qB Pour le XIL Dimanche
annoncer TÈvangile dans toutes les villes^ et dans tous les lieux où lui-même devoit aller. Après qu'ils eurent rendu compte de leur mission , et des merveilles qu'ils avoient opérées; et que lui-même eût béni son Père de ce qu'il avoit bien voulu révéler à des hommes simples et petits , selon le monde , les vérités les plus sublimes de la religion , il se tourna vers eux, et leur tint ce discours: Que vous êtes heureux de foir ce que vous voyez; car je vous assure que beaucoup de prophètes et de rois ont souhaité de voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, et d'entendre ce que vous entendez , et ne l'ont point entendu: Beati oculi qui ^ etc. Ne puis- je pas vous dire. la même chose, M. F. ? Nés d^ns l'Eglise catholique, élevés et nourris dans son sein , n'êtes-vous pas heureux de voir ce que vous voyez ? Combien votre bonheur ne surpasse-t-il pas celui d'une infinité de peuples, de quantité de prophètes et.de rois à qui Dieu n'a pas fait la même grâce?
N'égale-t-il pas celui des disciples de J. C. ? Oh! que ne puis-je vous le faire bien sentir et vous engager à en profiter ! C'est ce que je me propose dans cet entretien.
Je veux y traiter du bonheur de ceux qui
vivent dans la religion catholique; et comme
plusieurs n'ent font pas l'usage qu'ils de-
.^^roient en faire 5 je ferai voir en même temps
le
I après ta Pentecdteê 97
h malheur des chrétiens qui abusent de la l|râce de l'Evangile. Quel est le bonheur des ■mis fidèles? c'est le premier point. Quel ■ est le malheur des mauvais chrétiens? c*est le «econd point.
Qaoiqa'on ait déjà parlé du don de la foi, âiask temps paschal , on peut encore en pro* poser ici Texcellence sous un autre point de Toe et dune manière un peu différente. Il crt nécessaire de rappeler souvent aux fidèles la srâce du christianisme.
l POINT.
Paemi tous les bienfaits dont la bonté de Dieu nous a comblés, celui de la naissance dans la vraie religion , est sans doute un des plus signalés, et il doit être entre tons les autres le sujet journalier de notre reconnoissance. Voulez- vous , chers auditeurs, en comprendre tout le prix? Comparez votre état avec celui des peuples infidèles , qui ont vécu depuis le commencement du monde, et qui vivent à présent; comparez-le avec celui des honmnes qui ont vécu sous la loi de nature ou sous la loi écrite ; comparez-le enfin avec celui de ceux même (juiont vu et entendu L C; vous reconnoîtrez combien le Seigneur vous a privilégiés par- dessus une infinité de peuples barbares , vous verrez qu'il vous a pUw Tome IF. E
gÔ Tour le XIL Dimanche
cUérîs que Icis patriarches et les propliètes de Vancien . testament , vous conviendrez qae vous ne lai êtes pas mokts obligés cpe ceux à qpi it a lui izieine annonce son Ëvangîle, et en présence desquels il a opA^é les merveilles les plus éclatantes.
Il faudra reprendre ces trois comparaisons, et pour les développer, on se servira de (|uelqYies passages de S. Paul , qui , dans ses prédications et dans ses lettres, savoît si bien faire valoir la grâce de ^Evangile. S.
Pierre Ta fait aussi , sur-tout au 2. cliap.
de sa première épiti^û , et au i. de sa seconde.
Vous rappellerai -je ici. M.. F. , le triste
état dans lequel ont vécu la plupart des hommes avant la venue de J. €. ? Presque tous étoient ptongés dans l'idolâtrie , et c'est par là que $. Paul pi^^ehant dans une viUe de la Lycaooie., exbortoit ses aodheiirs à recevoir TËvangite. Nous vous annonçons, s.*écrioit-il, et nouâ vous exhortons à vous convertir au Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre , la mer et toixt ce qu'ik contiennent; qui, dans les siècles passés , a laissé les nations idolâtres marcher dans les voies de l'erreur et de l'iniquité: Çwi in prœfentis ge^* nerati'jn&us dimmi omnes genres ingredi vias suas* ( Act i4. ) Il »*a pas manqué cependant de rendre témoignage de soi-même, en rét
après ta Pentecôte* 95
Éndant ses bienfaits du haut du ciel , donnant les pluies et des saisons pit>pres pour les hnts, fournissant même en abor>dance de ^\ vivre avec joie ; mais les hommes ont Tedoncé leur bienfaiteur ; ils se sont fait d& £eax de toutes les créatures , dont ils mt reçu quelque bien et dont ils ont craint fidqae mal. Peut on , sans g-mir, entendre ki snperstitions monstrueuses auxquelles ils étoient attaches , et les crimes al>ominabIes \ fH les dominoîent? Leurs esprits éloient lèscurcis par les ténèbres les plus épaisses, et leurs cœurs esclaves des plus sales passions.
Tel a été l'état du monde entier, surtout depuis les siècles qui ont suivi le déluge jusqu'à J. (1 , si Ton en excepte un petit corn de la terre , où le vrai Dieu étoit «crvi. Présentement encore , combien de cations entières et de peuples qui ignorent le vrâ Dieu , et h qui J. C. n'a pas ercore été anôncé! Ce n'est pas à nous à entrer dans les secrets de la providence; die ne manque à aucun homme ; et elle donne à chacun des moyens de salut j tous ceux qui périssent, périssent par leur faute ; prions et supplions le Seigneur de les éclairer et de les convertir ; mais sentons la miséricorde particulière que Dieu exerce à noire égard. Non , disoit le prophète roi ^
100 Pour le XII • Dimanche Dieu n*a pas usé de tant de bonté à Tégard de toutes les auties nations, il ne leur a pas fait connoitre, comme à nous, ses divines voloutés : Non fecit ialiter omni nationi^ etc. ( Psal. 147, )
C'est avec justice que ce saint roi exhortoit les israélites à remercier Dieu de les avoir préférés à tous les peuples de la terre , de leur avoir donné sa loi écrite sur deux tables, de les avoir fait instruire par tant de prophètes, et avoir multiplié, en leur faveur , les prodiges et les effets les plus surprenans de sa toute-puissance ; mais combien plus avons -nous sujet de vous inviter à la reconnoissance pour le grand bienfait de la loi nouvelle ? Quelle différence 'des faveurs que Dieu a faites à son peuple dans l'ancien testament , et de celles qu'il nous accorde ? Alors , dit S. Paul , tout se passoit en figure , ce n*étoit que l'ombre de ce qui devoit arriver dans la suite , et dont nous voyons l'accomplissement. ( Il faudra ici marquer en détail les principales cérémonies de la loi donnée aux juifs, leurs sacrifices, leurs sacremens, leurs fêtçs, leurs purifications , la multitude des préceptes positifs , ou cérémonies auxquelles ils étoient obligés ; et on fera voir combien la vertu de notre sacrifice et de nos sacremens est au-dessus des leurs; combien les préceptes
après la Pentecôte. i o i
de la loi nouvelle sont plus aisés à remplir, soit parce que le nombre en est moins grand , soit parce que la grâce est plus abon* dan te. )
Tî'est-il pas bien juste , M. F. , que nos actioDS de grâces soient plus ' ferventes et pfus multipliées que celles des anciens patriarches , et de tous les prophètes qui ont vécu avant la venue du Sauveur ? Ne lui avons - hous pas autant d'obligations que les Apôtres et les disciples qu*il a choisis pendant sa vie mortelle; et qui ont eu le bonheur de le suivre dans ses courses évangéliques? Qu*ont-ils entendu? Qu'ont-ils vu?
Ils ont entendu les paroles de vie qui sortoient de sa bouche , ses instructions, ses préceptes , ses conseils , les discours admirables qu'il faisoit au peuple et à eux en particulier; ils ont vu les actions saintes qu'il pratiquoit , les œuvres de charité qu'il exerçoit, les prodiges qu'il opéroit. Mais n'entendons-nous pas tous les jours les mêmes discours de la bouche des prédicateurs de l'Evangile ? Ne nous fait-on pas le récit de la vie sainte qu'il a menée, des oeuvres de miséricorde qu'il a exercées , et des miracles par lesquels il a confirmé sa doctrine? En sommes - nous moins certains , que si nous les voyions de nos propres yeux ? Il y a même quelque chose de plus; nous voyons
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ce que les Apôtres n*ont pas vu; et ce qni sert à augmenter notre foi , nous voyons l*accoinpUssement des prophéties , que ce divin Sauveur a faites autrefois, la publication de l'Evangile par toute la terre, soa règne établi sur la ruine de l'idolâtrie et la destruction du paganisme , nous ne pouvons douter des mii^acles sans nombre opérés par ceux qui ont cru en lui, nous voyons une multitude de chrétiens de tout âge j de tout sexe , de toute condition , observer in- Yiolablement ses maximes. Qu'avons - nous fait à Dieu , pour nous pi"éférer à tant de peuples qu^il laisse encore aujourd'hui dans les ténèbres de l'idolâtrie , du judaïsme et de l'hérésie ?
On insistera sur -tout sur la prédlleclîoa de Dieu , à notre égard f dans le soin qu*il a pris de nous préserver de l'hérésie dans les siècles passés.
Réfléchissez sur la providence, qui nous a garantis des erreurs des peuples qui nous environnent, qui sont infectés des dogmes pernicieux d'un Luther et d'un Calvin , et des autres hérésiarques que les siècles derniers ont enfantés. On les a vus abolir les temples , détruire les autels , massacrer les vierges , etc. ; à peine conservent-ils qudques signes de la religion chrétienne. Couiment Dieu vous a-t-il conservés dans la religion
après la PénUcAte* io3
de vos pères, dans cette foi qui tous vie^t des Apôtres , et qui edt la seule vérital^le ? N>.st-cc pas ici que Ton peut s'écrier avec S. Paul: O alUtudo dmfiarum sapienlim et sâenfiœ Dei! ( Rom. 1 1. } O profondeur des richessses et de la sagesse de Dieu! Que ses jugemeiis sont incompréheusibles et ses voies impénë* trahies ! Il a laissé toaiber des royaumes entiers dans l'incrédulité, et il nous a soateffus dans rattachement à la vraie foi: pouvons nous trop lui marquer notue gratitude?
.Heureux et miUe fois beoreiix de voir ce que nous voyons ^ et d*enteodre ce que noas entendons ! Maisaussi, M. F., maUieur et dou* blement malheur aux chrétiens qui ne profitent pas de la grâce que Dieu leur a faite : je vais vous le montt^r dans le second point
PouA comprendre tout le malheur dôs chrétiens qui ne profitemt pas de ia grâce du christianisme , qui (élément les yeux à la lumière de PEvangile , i^t qui , bien loin de prati*quer les maximes du christianisme^ ne se conduisent que par les Hausses maximes du monde., et s*^bandoiment à leurs passions , 41 faut d'abord considérer deux choses, i.^
1 o4 l^ovr le XIL Dimanche combien ils sont coupables; 2.S à qaelles peines ils sont réservés.
De tous les hommes il n*en est point dont les péchés déplaisent plus à Dieu, proportion gardée, si l'on excepte le vice de Tinfidélité , que ceux qui sont commis par les chrétiens : c'est la doctrine expresse du grand docteur, appelé Tange de Técole: Excepio peccato infidelitatis ^ cœteris paribus^ gra- Plus peccat fidelis quam infidelis ; et il assure que personne ne mérite une plus grande peine : Si guis post accepiam graliam novi testamenii peccaverit^ majori pœnd est dignus.
On développera ces, deux subdivisions. La première, prise de la grièveté des péchés commis par les chrétiens; la seconde , des châtimens dont ils sont punis.
Voulez-vous, M. F., vous convaincre de
la malice des péchés commis parmi ^es chrétiens ? Ecoutez ce saint docteur , dont je
viens de vous rapporter les paroles , et pesez ses raisons. Le fidèle , dit-il , pèche plus grièvement que l'infidèle , soit parce qull Gonnoit mieux laTvérité, soit à cause des sacremens qu'il a reçus ^ auxquels il fait outrage en péchant: Granàs peccat^ tumpropier notitiam ceritatis exfide^ tumpropier sacramentafideiqvibusest imbuius , quibus peccando contumeliam facit, La première raison qui rend les chrétiens pécheurs plus coupables, est la lumière de la
après la PentecôteM io5
{h qu'Os professent. H est incontestable qne pfas OD est éclairé sur la foi divine, pins uD oatrage Dieu , ea transgressant sa loi ^ pvce que le mépris que Ton fait de lui, l'augmente à proportion de la connoissance (p^oD en a. Hé ! qui est plus éclairé sur la lof (fe Dieu, qae les clirétiens? Les infidèles sont à la vérité condamnables , lorsqu'ils pècheaty parce qu'ils n'écoutent pas la droite nison, qui leur a été donnée pour con* Mitre ce que l'on doit éviter et ce que l'on doit fsdre; S. Paul déclare qu'ils sont inexcu* sbles de ce qu'ayant connu Dieu , ils ne tout pas glorifié comme Dieu. Mais qu'il s^ea faut bien qu'ils le connoissent comme les .chrétiens I C'est à vous, M. F., qu'on la annoncé dès le bas âge, et qu'on annonce toos les jours , la fin pour laquelle Dieu vous a mis au monde , les grands motifs qui vous obligent à l'aimer , ses amabilités infinies , les bienfaits dont il vous a comblés, la bonté de J. C. qui a bien voulu vivre et mourir pour vous. Dès que votre raison a commencé à se développer , on vous a inspiré de l'horreur du péché , on vous a représenté, avec les couleurs les plus vives, ce monstre horrible qui s'attaque à Dieu même, et qui est le meurtrier de J. C. ; que ne vons a-t-on pas dit des differens crimes opposés à chacun des commandemens de Dieu?
I o<5 Pour le XIL Dimanche ( On fera ici ua détail. ) Quand donc an chrétien vient à offenser Dieu mortellement y Voulrage qn*il lui fait ne doît*il pas lai être plus sensible qoe œlm d'un infidèle , qni n*a pas reçu les mêmes instructions , qui n'a pas les mêmes grâces qui le détournent du mal , et qui lui en représentent la noirceur aussi clairement? Après avoir comparé les pécliés des mauvais chrétiens avec ceux^des infidèles , on les cotnparera à ceux des }uifs.
Vos péchés 9 dira- ton, M. F., ne siirpassent pas seulement en malice ceux des infidèles, ils surpassent encore ceux des juifs, à qui Dieu avoit donné sa loi écrite sur deux tables de pierre, parce qu'il s'en faut bien que cette loi leur ait été expliquée aussi parfaitement qu'aux fidèles de la loi de grâce; et que d'ailleurs les secours qu'on reçoit dans la loi^ nouvelle , sont et beaucoup plus forts et bien plus abondans , que ceux qui étoient accordés aux juifs. On peut donc appliquer •à ceux qui pèchent mortellement dans la loi de grâce , ce que le Sauveur dit en particulier de Judas: Proptereà qw me tradidit 4ibi^ ma jus pec€Qium habet. ( Joan. 19. ) Celui qui m'a livré entre vos mains , est plus criminel , parce qu'il est mieux instruit de ma divinité. Parmi les juifs qui crucifièrent le Sauveur , plusieurs ne le connoissoient pab
après la Pentècéiei 107
bien poar le Roi de gloire; 8*ils Teuasent bien connu , ib ne Teussent point anicifié ; }. C hii-meme excusa ses bouiTeaox , lorsque priaot pour eux , il dit à son Père qu*ils ne saMoient ce qu'ils faisoient. En peut-on dire anlaot des chrétiens qui pèchent tnortel- Janent, qui profanent le sang de la nouvelle alliance par leurs confessions et communions sacrilèges, par leurs scandales et leur irréligion ?
La seconde raison de la grièveté des péchés des chrétiens se prend des sacren\ens qa*ils ont reçus , et par lesquels ils ont été consacrés à Dieu d'une manière particulière.
Qa êtes- vous devenus par le baptême? Vous avez été faits participans de la divine nature, votre corps et votre ame ont été sanctifiés par le caractère de chrétien , qui vous a été communiqué dans ce sacrement.
( On rapportera la nature et les effets des sacremens de confinnation et d'eucharistie. )
Plusieurs d'entre vous ont été confirmés, et se sont engagés à combattre sous les étendards de J. G. Que dirai-je de la divine eucharistie ^ où vous êtes devenus , pour ainsi dire , une meure chose avec J. C. ? Quelle injure ne font pas à la sainte Trinité , ceux qui se livrent au péché) qui ne craignent pas cfe
io8 Four le XI L Dimanche • souiller leur corps et leur ame? N'offehsentils pas le Seigneur bien plus grièvement que les infidèles qui n'ont- pas eu le bonheur d'être baptisés, et que les juifs, dont les sa-* cremens étoient inférieurs à ceux de la loi de grâce?
Il est certain que les péchés commis par les chrétiens, surpassent en malice ceux des autres hommes: que doit- on en conclure?
Vous le comprenez aisément, M. F, c'est qu'ils méritent aussi un châtiment bien plus sévère, et que personne ne sera plus tourmenté dans les enfers que les mauvais chrétiens. ( On prouvera cette proposition par l'Ecriture sainte et par la raison. ) Pro mensurd peccati^ erit plagarum modus ; le châtiment doit être mesuré à la faute: c'est le précepte du Seigneur dans le Deutéronome ; précepte confirmé par le Sauveur : llle serras qui cognovit voluntaiem Domini sui^ et non f ce il ucundùm poluntaiem ejus , vapulabît muliis, ( Luc. 12. ) Quoi de plus juste , que de proportionner la peine à la grièveté de la faute !
C'est ainsi que Ton se comporte dans la justice humaine; c'est aussi Tordre de la divine justice , suivant la doctrine du saint docteur, dont j'ai déjà fait valoir l'autorité: Majori pœnâ est d'gnus , ianquàm mejorihus heneficHs ingrafus et auxilîo sibî dato non ufens.
Après l'exposition de ces deux ventés , on
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exhortera les auditeurs à s*en faii'e l'application ; très-peu de chrétiens y réfléchissent On leur inspirera d*entrer dans les sentimens d*Qn repentir plus amer , de s'humilier de- "vantDieu plus profondément; de se recon- Doitre plus coupables que le reste des hommes , qui vivent hors de la vraie religion ; eofin, à craindre dans la suite le péché plus qa'fls ne Vont craint jusqu*à présent, On ré- * capitulera ce qui a été dit dans tout le discours ; on conclura en invitant les auditeurs à se souvenir 9 et du bonheur que Dieu leur a iait , et du malheur qu'ils doivent craindre. Méditez, M. F. , dira-t-on , méditez souvent , et particulièrement durant le temps de la messe , ces deux choses que vous ne devez pas séparer : C'est pour moi un grand bonheur d'être né dans la vraie religion , de voir ce que je vois, et d'entendre ce que j'entends; mais malheur à moi si je n'en profite pas, je n'en serai que plus criminel devant Dieu , et ma condamnation n'en sera que plus rigoureuse ! On pourra finir par une courte prière que l'on adressera à J. C. Ne permettez pas , divin Sauveur , que la grâce que vous m'avez faite, de naître et de vivre dans le christianisme , devienne par ma faute et par l'abus que j'en ferois , une source de crimes et de châtimens; aidez-moi de votre secours tout-puissant , pour ne m'écarter ja-
1 1 o Tour le XIL Dùncmche mais des saintes leçons que l*on m'a données ^ afin que je me rende digne du bonheiu* éternel que vous m'avez préparé.
Second sujet. De Vamour du prochain^
Ait illi Jésus i Vade , et lu f4tc simiUler. ( Lik:. lo. 37. ) Jésus lui dit: Allez, et faites la même diose.
C'est l'importante kçon p^i' laquelle le Sauveur conclut l'entretien qu'il eut un jour avec un docteur de la loi , qui étoit venu lui demander ce qu'il falloit faire pour posséder la vie éternelle. Après l'avoir instruit de l'obligation et de la manière d'aimer son prochain par la parabole du Samaritain , qui ayant trouvé dans sop ^chemin un homme que les voleurs avoient i^éduit à an état déplorable, lui rendit t04is les services qu'une charité compatissante peut inspirer ; il le renvoie 9 en lui recommandant de suivre l'exemple de cet homme charitable : Vodt ^ et tu fac similUer. Mais est-ce seulement pour celui qui questionna le Sauveur, que cette instruction a été f/iitc ? Non , M, F. , il n'est aucun de nous à qui elle ne convienne , aucun à qui elle ne soit nécessaire ; elle est pour toutes les personnes, pour tous les temps, pour tous les heux ; elle m'est commune avec vous.
après la Pentecôte. 1 1 1
Appliquons -nous donc à la bien pénétrer, eomprenons aujourd'hui Tindispensable obligation d'aimer notre prochain, c*est- à-dire, tons les hoTnmes, et de Taimer chrëtiennime&t; examinons ensuite quelles qualités diwt tYcir Tamour du prochain , pour être naôncnt chrétien. Devons - nous aimer \e prochain, et quel est ce prochain que nous devons aimer? Comment distinguer le vrai amour de celui qui n'est qiVapparent? Voilà h matière et le partage de cet entretien; entretien ^ j*ose le dire , qui renferme le fondement de la piété chrétienne , et qui mérite tOQte votre attention.
L POINT
Vous pourrez être surpris , M. F. , que je vienne aujourd^ui vous exhorter à aimer votre prochain , avant que de vous avoir |arlé expressément du grand commandement de l'amour de Dieu , qui tient le premier rang parmi les préceptes du Seigneur ; je sais , M. F. , que notre premier devoir est d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, l'Etie souverain de qui nous avons tout reçu, et qui mérite seul d'être aimé par-dessus tout:
son amour est la fin de la loi. Mais le moyen le plus sensible et le plus certain de lui prouver notre amour, c'est d'aimer notre
112 Tour le XII. Dimanche prochain ; c*est même / selon S. Augustin , le premier précepte dans l'ordre de Texécution : Dilectio Dei prior , orMne prcecipiendî ^ dileclio proximi ^ ordine faciendi. Comment, dit S. Jean, oserez-vous vous flatter d*aimer Dieu que vous ne voyez pas , si vous n*aimez pas votre prochain que vous voyez? Qui enim non diligit fratrem snurn quem videi^ Deum^ quem non videt ^ quomodb potest dilrgere? Si quelqu'un ose dire qu'il aime Dieu , tandis qu'il manque d'amour pour son frère, c'est un menteur : Mendax est. Je suivrai donc en ce jour l'exemple de J. C. lui-même , qui après avoir exhorté le docteur de la loi, dont il est parlé dans notre évangile , à observer avec exactitude les deux grands préceptes de l'amour de Dieu et du prochain , s'attacha particulièrement à ce dernier, et le détrompa de l'erreur où il a voit vécu jusqu'alors. Fasse le ciel que je sois assez heureux pour vous déterminer à accomplir un commandement, qui , selon S. Grégoire , n'en fait qu'un , pour ainsi dire , avec celui de l'aniour de Dieu , dans lequel il est renfermé comme l'effet dans sa cause : Duœ actiones^ sed una rirfus.
Est-il donc absolument nécessaire d'aimer notre prochain? Oui, chrétiens, c'est pour chacun de nous une nécessité indispensable.
Vous aimerez votre prochain , dit le Seigneur j
après la Pentecôte 1 1 3
ifsk moi qui vous Tordonne. Je sais votre Dieu qui ai droit de vous commander: Ego Domùois. Comme vous ne pouvez me refuser votre amour ^ sans manquer à ce que vous me devez essentiellement, vous ne pouvez \e Ttïasev à votre prochain, sans encourir
m dêsgrâce : Diliges proximum iuum. Sur quoi est donc fondée cette obligation , et pourquoi Keu nous a-t-îl imposé ce précepte ? Toutes sortes de raisons nous engagent à cet amour mntael ; soit que nous considérions notre ]Hiochain dans Tordre de la nature, soit que nous l'envisagions dans Tordre de la grâce, tout nous excite à Tairaer comme nous-mêmes. ( On développera ces deux sub* (avisions. )
Rien de plus naturel que d*aimer son semblable ; c'est une loi qui est obsei^vée même parmi les animaux les plus sauvages.
Nous voyons les fourmis s*aider les unes les autres , et les plus fortes prêter secours aux plus faibles : Omne animal diligît simile sibi , sic et omnis homo proximum sibi, ( Eccli. i3. ) Ny auroit-il que l'homme, cette créature, etc. La ressemblance qui se trouve entre les hommes sortis du même Père céleste , créés à son image, capables de le connoître et de l'aimer , devroit produire en tous une charité inaltérable: Ni/iil tam secundùm naiuram^ dit S. Ambroise, (juàm amare naturœ consoriem.
1 1 4 Pour le XIL Dimanche
On pourra déjà ici un peu moraliser «t dire: Que« penser donc de ceux qui renferment tout leur amour dans eux - mêmes ; qui ne se mettent presque point en peine de •Jeur prochain ; qui , extrêmement sensibles à tout ce qui les regarde , ne sont presque aucunement touchés de ce qui arrÎTe au reste des hommes: qui, bien loin de prendre part au malheur d' autrui, en prennent de la joie? Ne peut -on pas lès appeler des monstres dans la nature? Oui^ ils méritent ee nom^ puisqu'ils transgressent xm des premiers principes de la loi naturelle ; loi , dit S. Thomas , si indispensable ) qu'elle est établie sur la sagesse, la providence et la justice de Dieu: trois raisons, qui selon ce docteur^ ont obligé Dieu à nous ordonner l'amour du prochain:
sa sagesse qui lui a fait arranger ce monde avec un ordi e admirable , et conduire toutes choses à leur fin par des moyens convenables à leur nature ; sa providence par laquelle il pourvoit au repos et à la tranquillité des créatures^ et sur-tout des hommes; enfin sa justice, pour empêcher les hommes médians de troubler la spciété publique, et de nuire au bonheur des gens de bien.
Car, M. F. , que seroit le monde sans la loi de la charité? Qud renversement dans tous les états , dans les familles ? etc. Au .contraire, quoi de plus avantageux à tout
après In Pentecôte» 1 1 5
hmivers, que ce précepte de Tanioar mutuel ?
& Jérôme ^l*appelle avec raison un bienfait
k Dieu: Cvjus imperium henefidum est. En effet s'il étoit bien observé, qael avantage tfeii tireroit-OD pas ? Si les grands aimoient
térilaUemeut ceux qui leur sont inFéneors;
i hia d^abuser de leur autorité pour oppnner les petits, ils ne s'en seiToient que pour les soulager; si les riches aimoient véritablement les pauvres, nul mi&érahle qui Danqoat du nécessaire ; les forts préteroient kmain aux foibles ; les voisins à leurs voisins ; tous les honunes ne feroient qu'un cœur et <[n'uDe ame ; Tenvie, l'ambition, les procès, ce déluge de maux, etc. seroient bannis des familles, des villes et des royaumes; chacun gagneroit^ et nul ne perdroit dans l'accomplissement de ce divin précepte , puisqu'en même temps qu'il m'oblige à aimer tous les autres, il oblige pareillement tous les autres à m'aimer. Quel profit n'en revientil donc pas à chaque particulier I quel avantage pour l'univers entier ! et S. Jérôme n'at-il pas bien eu raison de s'écrier, en considérant Tutililé de cette loi : O que la bonté de notre Dieu est merveilleuse ! que sa miséricorde est ineffable ! O N/miam Dei clementiam , sa loi même est un bienfait , cujus imperium heneficium est !
Mais si nous sommes si étroitement obligés
1 1 6 Pour le XIL Dimanche à aimer notre procham , à le considérer seulement selon l'ordre de la nature , et par les seules lumières de la droite raison , combien plus y sommes-nous obligés, si nous l'envisageons par les lumières de la foi ? Car qu'elle idée la foi nous donne- elle de notre prochain ? Elle nous le fait considérer comme notre frèie en J. C. : Omnes vos fratres esiis , ( Matth. 23. ) dit le Sauveur du monde ; enfans du même père, destinés au même héritage: Unus est paier çester qui in cœlis est ; ( Ibid. ) rachetés du même sang , nourris du même pain eucharistique, membres du même corps : Sumus inçicem membra, ( Eph. 4* ) On étendra un peu ces différentes raisons qui fondent l'obligation de l'amour surnaturelle. Quelle union plus étroite que celle qui se trouve cRtre les chrétiens ! Il n'est pas surprenant que les premiers fidèles qui le comprenoient, s'aimassent si tendrement, que les païens même ne ^ pouvoient s'empêcher d'en être édifiés , et qu'ils étoient par là puissamment attirés à la religion chrétienne. D'où vient donc à présent si peu d'union parmi les hommes , parmi les catholiques mêmes ?
C'est qu'ils n'ont pas soin de réfléchir sur les puissans motifs qui les obligent à s'aimer les uns les autres; ils oublient que J.C., auteur de la loi nouvelle, en a fait la base de la religion, le distinctif, le caractère essentiel
après la Pentecôte. 1 1 7
des membres qui la composent En effet rien fiil ait plus recommandé , c'a été son préeqpte par excellence , il a perfectionne celui f- de la loi ancienne: Hoc est prœcepium meum^ irt assieds inpicem. ( Joan. 1 5. ) In hoc cogomneSy quia discipuU meî estisj si dileC'kabueritis ad invicem* (Joan. i3 On ajoutera quelques passages de S. Paul fd en parle presque dans toutes ses lettres : i^diligit proximum , legem împlevii ( Rom. 1 3. ) & Jacques , S. Pierre, mais sur- tout S. Jean dans ses lettres ^ fourniront plusieurs textes , fii établissent de plus en plus ce précepte.
On n'oubliera pas ce que le disciple bienaimé répétoit si souTcnt : Filioli , diîigile alkndrum; mes enfans, aimez - vous les uns les antres ; et comme on étoit surpris de le lui entendre répéter si souvent, il fit cette réponse si digne du bien-aimé du Seigneur; Prœcepium Domini est*, si solum fiat^ sujjiciL Cependant quelque pressans et quelque nombreux que soient les motifs qui nous engagent à aimer notre procli ain , qu'il est peu de fidèles qui aient une véritable charité , une charité chrétienne , une charité universelle ! Plusieurs n'out qu*une charité apparente ou toute naturelle ; peut-être y en at-il un grand nombre parmi vous qui n'ont jamais fait un acte de véritable amour du procliain^ tel que la loi vous le commande ;
I ï 8 Pour le XIL Dimanche et pour ne m'arrêter qu'à un défaut qu'on commet à Végard de ce précepte , combien dont Tamour est restmnt à an petit nombre dliommes ? Car, M. F., rien de pJus commun que l'erreur où Ton est sur Tétenduc de ce précepte ; tous les jours on voit des gens qui , semblables au docteur de la loi , dont il est parlé dans notre évangile , s'imaginent n'être point obligés d'aimer indifféremment toutes sortes de personnes. Je ne connois point cet homme, dil-on , c'est un étranger y )e n'ai pas besoin de lui , il m'a rendu an mauirais office , quelle obligation lui ai- je ? Dieu me commande-t-il d'aimer des personnes avec qui je n'ai aucune liaison ? Et guis esf meus proximusl Oui , chrétiens , Dieu vous commande d'aimer tous les hommes , sans en excepter aucun ; refuser votre amour à un seul , c'est lui desobéir , c'est transgresser sa loi; comme il ordonne à tous de vou9 aimer et de vous aimer sincèrement, il vous ordonne de les aimer tous et de les aimeî^ chrétiennement
On mettra ici un détail, en adressant la parole aux auditeurs selon leurs conditions ; aux puissans, aux maitf^s , aux riches , etc. On fera entendre que les ennemis même sont compris dans ce précepte , aussi bien que les pécheurs et les infidèles, que l'on doit aimer , non pas comme pécheurs et infidèles , mais comme hommes rachetés par le sang
après la P entecôte. 1 1 9
de J. C. et destinés à la même fin.
fera ensuite rentrer les auditeurs en eux- «; on les obligera de convenir qu'ils ont Aé josqa à présent dans KeiTeur sur l'ohligAMMi etxi*étendae de la charité, et qu'ils tieuMOten c^a de la fausse opinion où étoierit bjmbj que la loi de l'amour du prochain m comprenoit que les parens et les amis.
Hais, ajoutera-t-on , il est une autre erreur ■n n'est ni moins commune , ni moins crimi- MHe que la première , c'est sur la manière Mmcr son prochain : vous en conviendrez Kentôt, si vous feûtes attention à ce que je m TOUS dire des qualités de Tamour du prodiaio, ou delà manière dont nous sommes abligés de Taimer; c'est le sujet du second point
IL POINT
Hmi de si clairement expliqué dans l'Evangi\e , que la manière dont nous devons aincT notre prochain. J. C. Ta renfermée dans ce peu de paroles: Sîcui te ipsum^ comme lOuS'Xiïèines: Sicui dilexi (fos^ comme je vous ai aimés. Âimons-nous les uns les autres , de la même manière que J. C. nous a aimés ; c*est là le véritable et l'unique moyen We satisfaire au grand précepte de la charité.
Gomment nous aimons nous, ou plutôt comment devons-uous nous aimer ? Nous ne vou^
lao Pour le XII. Dimanche drions pas qu'on nous fît aucun tort ; qu'on formât contre nous des soupçons, des jugemens téméraires; qu'on déchirât notre réputation; qu'on nous maltraitât: gardonsnous donc de rien faire de semblable au prochain. Nous voudrions qu'on nous assistât dans nos besoins, lorsqu'on le peut ; que l'on prit part à nos maux ; que l'on eût compassion de nous , lorsqu'on pourroit nous soulager ; ayons donc soin d'assister . les autres dans leurs nécessités; compatissons du moins à leurs afflictions, Iprsque nous ne pouvons y apporter du remède; Omnia ergà guœcumque pultis ut faciant vobis homines ^ et çps facile illis ( Matlh. 7. ) On poursuivra ce détail suivant les circonstances et la condition des auditeurs , var ex. dans des temps d'afflictions, dans des années de grêle, de gelée y etc.
Ce n'est pas tout , nous devons nous aimer selon Dieu et par rapport à notre fin dernière. Celui-là seul , dit S. Augustin , sait aimer, qui aime pour Dieu. C'est donc Dieu seul qui doit être le motif de notre amour pour le prochain , ce n'est ni pour sa beauté , ni pour ses belles qualités que nous devons l'aiiner, mais comme l'image de Dieu, et comme devant être un jour le compagnon de notre béatitude ; enfin nous devons l'aimer comme J. C* nous a aimés. Seconde règle
pour
après la Pentecôte» 121
pùwT juger si notre amour du prochain est tel qu'il doit être.
Comment J. C rtous a-t-il aimi£s? D'un amour affectif, d'un amour effectif, de l'amour le plus fort et le plus constant On expliquera les particularités de l'amour dé J. C pour nous, i,^ Amour affectif: il nous a tous portés dans son cœur; nul mouvement de son cœur sacré qui n'ait été pour nous; il a pensé à nous ; il a prié pour nous ; il a désiré ardemment notre bonheur; dès le premier instant de sa vie il s'est offert à mourir pour notre salut. 2.^ Amour effectif: il a exécuté à la lettre tout ce que son Père desiroit de lui pour opérer le grand ouvrage de notice rédemption ; il n'en a pas omis un seul point. 3.^ Amour le plus fort:
on répétera en peu de mots tout ce qu'il a enduré pendant sa vie publique et sa vie souf^ frante. 4-^ Amour le plus constant: en fautil d'autres preuves que la mort qu'il a endurée pour chacun de nous; Majorera hâc dilecHonem nemo hahei ut animam^ etc.
Mais pôurcjùoi nous a-t-il aimés ? A - ce été par quelque motif naturel ou pour son intérêt propre? Non, c'étoit parce qu'il aitnoit son Père et que son Père nous aimoit.
En un mot , il nous a aimés pour nou$ procurer les véritables biens de la grâce et» les biens de la gloire : divin modèle que-' Tone ir. F
122 Pour le XII . Dimanche nous ne saurions trop considérer , et auquel néanmoins fort peu de chréMens ont soin de se conformer ! Ici on fera le parallèle de Vcmour que la plupart des hommes ont les uns pour les autres , avec celui de J. C. pour nous ; on observera que leur amour n'est qu'apparent ; i.® parce qu'il n'est point intérieur ni affectueux; a.^ parce que dans les occasions où on devroil le manifester par des secours et par des secours effectifs , on néglige d'assister son prochain; 3.^ parce qu'on ne veut ni supporter ses défauts ni soufïinr à son occasion; 4.0 parce que si on l'aime, ce n'est point en vue dé Dieu et par rapport au salut ; ou si on a pour lui un mnour vraiment chrétien , il n'est pas persévérant , il ne dure qu'autant de temps que le prochain ne nous offense point.
O ! qu'il y a peu de personnes qui accomplissent ce précepte dans tous ses points! Beaucoup ressemblent au prêtre et au lévite, dont Tévangile fait mention , qui, ayant rencontré sur le cheniin un homme blessé et à demi mort, passèrent outre et ne lui rendirent aucun office. Fausse charité, si pouvant soulager lé prochain, nous négligeons de le faire. Ecoutez ce que dit S. Jean: Si quelqu'un a des biens en ce monde, et qu'il fertne ses yeux sur les nécessités de son frère , comment l'amour de Dieu demeure-t-
après la Pentecôte. 1 23
i en lui ? Comment peut-il dire qu*il ji de Jb charité? Si un fi-èi^e ou une de nos sœurs [Moqne de nourriture , ajoute S. Jac({iies , et que quelqu'un de nous vienne à lui dre: Allez en paix, puissiez -vous avoir de ^qnoirous garantir du froid et vous rassasier, tf fne vous ne lui donniez point les clioses aâsessaires au corps, que servira cela? Quid fnànt? Ce n*est pas seulement en paroles fie nous devons l'aimer , mais en effet et OB ve'rite : Non diligamus verbo mqut linguâ , xi opère et veritaU ( i. Joan. 3. )
Vouîez-vous donc connoître , M. F. , si fOQS avez un véritable amour pour votre pn)chain , appliquez - vous les deux i*èglcs qoe je viens de proposer. L'amour que vous Im portez est -il semblable à celui que vous ava pour vous-mêmes ? Est-il semblable à celai que J. C. a eu pour vous? Suivez- vous l'exemple du samaritain de notie évangile?
Etes vous touchés de compassion , lorsque îoos voyez quelqu'un dans les soufFrances, tians quelques nécessites spirituelles ou corporelles ('Remarquez, je vous prie, à quoi le porte son amour ; il est touche de compassion ; Mlsericordid mofus est ; il ne s'en tient pas à une compassion stérile , il s'approche de ce pauvre mallieureux , il le soulage , il panse ses plaies , après y avoir verse de l'huile et diyi vin. Ce n'est pas tout, il
1^4 ^our le XI L Dimanche le met sur son cheval ; le mène à une hôtellerie ; il n'épargne ni soins ni dépenses pour le guérir; il fait plus; étant obHgé de le quitter le jour suivant , il prend toutes les mesures nécessaires pour ne le laisser inanquer de rien ; non coûtent d'avoir donné à rhôte deux pièces d'argent, pour avoir soin de cet homme , il le supplie de ne le point abandonner, lui promettant de lui rendre à son retour tout ce quil aura avancé: Quodcumque supererogaveris , ego^ cùm rediero^ rcddam iibî.
Voilà , M. F. , un exemple bien propre à nous confondre et à nous -instruire. On expliquera les circonstances qui relèvent cette charité , celui qui aide , et celui qui est soulagé ; c*est un samaritain qui exerce sa charité envers un juif, entre lesquels il y avoit une antipathie de religion. Trouvez - vous parmi les chrétiens une charité si compatissante et si généreuse? Voit- on les chrétiens de nos jours s*aidcr aussi mutuellement dans leurs besoins ?
Unissez , Seigneur , unissez nos cœurs par les liens de la charité divine; bannissez -en tout sentiment de haine , etc. donnez - nous un amour véritablement chrétien , compatissant, etc.
après la pentecôïe» laS
Le XIIL dimanche après la Pentecôte*
Premier sujet. Sur la Lèpre spirituelle
ou le péché.
JJuM îrei Jésus in Jérusalem , iransibat per mediam Samariam et GaUlœam ; et cùm ùigrederetur i/uoddam caslellum^ occurrerunt ei decem viri leprosii Jésus allant à Jérusalem, elc.
Luc. 17.
Ce fut un spectacle biea touchant, M. F., que celui des dix lépreux que rencontra le Sauveur , lorsqu'il alloit à Jérusalem ; leur misère excita sa compassion; il fut touché de leurs prières ; et il les guérit miraculeusement, en les voyant se montrer aux prêtres. Mais quelque triste que fut ce spectacle, il n'approche pas de celui qui se présente tous les jours aux yeux de notre foi. A peine peut-on faire quelques pas dans les villes et dans les campagnes, sans rencontrer de& malades beaucoup plus dignes de compassion que les lépreux de notre évangile : ce sont les pécheurs dont l'arae est infectée d'une lèpre spirituelle, d'autant plus funeste qu'ils y sont plus insensibles. Hélas ! M. F. , combien n'y en a-t-il pas dans cette paroisse?
combien peut élre dans cet auditoii^ ? Ah I
ï a^ Pour le XI IL Dimanche si du moins ils s'appliquoient en ce jour à bien connoltre la grandeur de leur mal; s'ils Soient fidèles à recourir incéssamo^ieat au remède que le Sauveur leur présente !
Je tâcherai avec le secours du ciel , de les instruire de l*un et de l'autre. Je ferai voir, dans un premier point , l'état malheureux d'une ame en péché mortel ; et dans le second, j'expliquerai les remèdes dont il faut user pour en sortir.
Pour exécuter ce plan , on expliquera dans le premier point , ce (£ue c'est que la lèpre spiritueVe par comparaison avec la lèpi e corporelle , ainsi que nous l'avons dit au troisième dimanche après l'Epiphanie; on fera voir la difformité , la laideur horrible d'une ame en péché mortel , et les effets funestes de cette maudite lèpre; on gémira de ce que ceux qui en sont infectés , ne .veulent pas y faire attention.
On pourm détailler les différentes espèces de lèpi'es dont on est attaqué dans les dif- •férens âges et différentes conditions. Ah !
s'écriera-t-on^ vous seriez inconsolables, si vous étiez menacés de quelque maladie qui vous défigurât ; vous ne négligeriez rien pour la prévenir: si une personne est atta-
après la Pentecôte* 127
lée d'un mal contagieux, cli;icun est alariiitf, le malade cherche par-tout du rcmè de ; ikes du moins pour votre ame , ce que vous niez pour votre corps; instruisez vous des relabiesqui peuvent vous procurer une prompte ço&îsoq: c*est le sujet du secoaJ point
IL POINT
D45S le second point. on expliquera ces re* mèdes, en parcourant les démarches que irent les lépreux.
Vous avez , dira-ton , dans les lëpreux , «H modèle achevé des remèdes dont vous ^ez vous servir, pour guérir votre ame.
( On les réduira. ) i.^ L'éloignement du nonde : Sieterunt à longé. %.^ La prière :
Ottiâ prière humble 9 fervente et réitérée :
h^weruttt vocem , dîtentes , etc. 3.^ Une prompte confession faite dans des sentimens ione sainte confusion et d'une contrition sncëre: lie^ osîendile vos sarerdotibus*
On développera chacun de ces remèdes; OQ conjurera les auditeurs d'en éprouver la vertu; bientôt ils auront la consolation de jouir de la santé de l'ame. On noubliera pas de dire quelque chose pour les âmes justes, afin qu'elles se préservent du malheur oh le péché léduit une ame qui s'en repd esclave.
1 ^8 Pour le XIIL Dimanche
On pourroit aussi exécuter ce même pîan^ en faisant voir Pénormite du péché mortel considéré par rapport à Dieu, et par rapport à l'homme, i.*^ par rapport à Dieu , à qui il déplaît infiniment par toutes les circonstances qui l'accompagnent; par ex. de désobéissance, d'ingratitude, de mépris, de rébellion, de la préférence la plus indigne ; offense que nulle ' pure créature ne peut réparer, et pour laquelle il â fallu qu'un Dieu se fît homme , et endurât la mort la plus cruelle.
Que doit-on penser, dira-t-on, d'un tel mal? N'est -il pas le plus à craindre, et même le seul qui soit à craindre? Et si on a le malheur de s'y livrer , quelle Jouleur ne doit-on pas en concevoir? Toute la vie, quelque longtic qu'elle soit, peut-elle suffire pour pleurer un seul péché de cette nature?
a.^ Par rapport à l'homme , à qui il est plus préjudiciable par les biens qu 'il lui enlève , et par les châtimens qu'il lui . attire. On montrera quels sont «ces biens et ses châtimens ; on fera sentir que rien n''est comparable aux ravages que le péché mortel fait dans une ame; on pressera les auditeurs de 6e délivrer incessamment d'un mal que Dieu a tant en horreur , et qui les rend euxmêmes un objet d'abomination à ses yeux ; on leur en indiquera. les moyens, et on les
conjurera d'en conserver, toute leur vie j une horreur extrême, v
après la Pentecôte. 129
Oq peut , au sujet de cet évangile , faire une instruction sur la confession : iU^ osiemtiie vos sacerdoiibus , etc.
Second sujet. Sur la reconnoissance que nous devons à Dieu , pour les biens que nous recewns de lui*
JLi' EVANGILE de ce dimanche est propre à inspirer la reconnoissance. Cette matière est traitée rarement ^ quoiqu'elle mérite de l'être souvent: un pasteur doit eq parler chaque année, au temps qui lut paroitra le plus convenable , ou après la moisson , ou après les vendanges: tantôt il inspirera la vertu de reconnoissance , et tantôt il comI)attra le vice de l'ingratitude.
Unus ex illis , ut pîdit quia mundatus est , regressus est, cum magnd voce magnijicans Deum^ et graiias agens : L'un d'eux , aussitôt qu'il se vit guéri, retourna sur ses pas, louant.
Dieu à haute voix, et rendant des actions de grâces. Luc^ 17.
Quoi de plus admirable et de plus édifiant , M. F. , que le trait d'histoire rapporté dans l'évangile de ce jour? Jésus allant à Jérusalem , quelque temps avant sa passion y rencontra dix lépreux, qui, dès qu'ils l'a-
1 3o Four le XIIL Dimanche perçurent , se mirent à crier : Jésus notre maître , ayez pitié de nous. Le Sauveur voulant exaucer leur prière, leur dit d*aller se montrer aux prêtres, et en y allant, ils furent guéris. L'un d'eux , aussitôt qu'il s'aperçut de sa guérison, au lieu de continuer son chemin, retourne sur ses pas, publiant à haute voix les louanges de Dieu; il vint se jeter aux pieds de J. C. , et se prosternant le visage contre terre , il lui rendit de très - humbles actions de grâces:
Cfddit in faciem ante pedes ejus , gratias agens. L'Evangéliste remarque que c'étoit un samaritain , c'est-à-dire , un homme qui n*étoit pas originairement israélite , comme les autres lépreux ; c'étoit un samaritain régardé par les vrais Israélites, comme un étranger et un scliismâtique : Et hic erat samaritanus*
Que cet exemple, M. F. , est bien capable de confondre et d animer en même temps les clirotiens qui manquent au devoir de la reconnoissance , de les confondre à la vue d'un étranger qui s'empresse à remercier son libérateur, de les animer à s'acquitter, dans la suite , d'une obligation si essentielle et si salutaire.
Je veux aujourd'hui vous engager à la remplir, celte obligation, et je vous enseignerai quelles en sont les pratiques. Je veux
Êprès la Pentecôtew- i3i
donc vous parler de la rcconnoissanco (]ui crt dae à Dieu pour les biens dont il v(jiis a comblés, et dont il vous couible encore tons les jours; je vous en proposerai les iwtils, et je vous en expliquerai lus aclO!», Qi'eit-ce qui doit vous engager à la rtv-jn- JMÉBDce envers Dieu */ c'est le premier j.oint £b quoi consiste cette reconnoissanco '( c'est k second point
L POINT
h faudra d'abord expliquer ce que l'on entend par rcconnoissance. Qu'est-ce que h reconnoissance ? C'est une vertu qui nous porte à remercier Dieu de ses bienfaits , et à nous en servir pour sa gloire et notre taoctification. Sommes-nous donc obliges de remercier Dieu? Rien de pins incontesta!>le; k raison et la foi concourent également à Ms en convaincre. Que nous apprend la nison ? Elle nous dit que nous ^tenons tou' 4 Dieu , notre ame , notre corps , et touc^ les biens extérieurs ; elle nous apprend (pie :'est pour nous qu'il a fait le ciel , la terre , es animaux , en un mot ^ tout l'univers ; par conséquent que nous lui sommes redevables de tout ce que nous avons, de tout ce (|ue nous sommes , de tout ce que nous voyons , de tout ce qui est en nous et hors
1 32 Pour le XII L Dimanche de nous. Que nous disent notre foi et notre religion ? Que Dieu , par un pur efiet de sa bonté, nous a destinés à une fin surna« turelle, à le voir tel qu'il est en lui-même ^ à le posséder éternellement dans le ciel; cette divine lumière nous découvre encore que ce Dieu nous a tellement aimés ^ qu'il a envoyé dans le monde son propre Fils 9 pour nous racheter et nous rétablir dans le droit au ciel, dont nous étions déchus par le péché d*Adam« On fera le détail des bienfaits que nous avons reçus par ïésus- Christ.
Or, M. F., peut-on faire attention à ce que la foi et la raison nous font connoitre d^s bienfaits dont Dieu nous a comblés, soit dans Tordre de la nature 5 soit dans l'ordre de la grâce, sans se sentir obligé à lui en marquer sa reconnoissance ? Non, dit S. Thomas ; c'est un sentiment naturel , que celui qui a reçu un bienfait , rende grâces à celui de qui il le tient : Naluraiis ordQ re^uirit , ut iUe qui suscepU beneficium per gratiarum compensai ionem com^ertatur ad benefaciorem. Et c'est , M. F. , un premier motif qui doit engager toute créature raisonnable , et à plus forte raisen tout chrétien , à ê re reconnoissant envers Dieu , comme créateur , comme rédempteur, comme sanctificateur.
Mais comme la plupart des hommes ne ré-
itprès la Pentecôfe. 1 33
iéchîsscnt pas sur ce que leur enseif^nont la ;aison et la foi , qu'a faille Sei{;nciii ? Au précepte naturel gravé dans l'aine de l'Iiumme, il ajoute un précepte positif delà reconnoissîincc. Précepte dans raiicienneloi et dans la nouvelle: précepte dans Tancienne loi , dans l'institution du sabbat ou la sanctification du samedi, en actions de grâces de la création du monde ; dans les fêtes de Pâques , de la Pentecôte , des Tabernacles , en reconnoissance de la délivraRce de l'Egypte , et du passage de la mer rouge, de la promulgation de la loi sur le mont S'maï , et de la protection qu'il avoit accordée h, son peuple pendant (juarante ans qu'il resta au désert. On ajoutera quelque chose des prémices de la terre, des premiers nés des en fans mâles et de tous les animaux , que les Israélites dévoient offrir à Dieu; on n'oul)liera pas \ts sacrifices appelés eucharistiques, ou actions de grâces.
Ces fêtes et ces sacrifices ne subsistent plus depuis la venue de J. C. ; d'autres fêtes et d'autres sacrifices plus excellens ont suc- " cédé et ont été établis , pour rendre grâces à Dieu des faveurs incomparables que les chrétiens ont reçues du Seigneur par J. C. , l'institution du dimanche en place du sabbat ; de là toutes les fêtés que nous célébrons dans le cours de l'année. On fera l'énume'ration des pilacipales ; <Ie l'eucliaristie , du très saint
1 34 Pour le XIIL Dimanche sacrement , et du très-auguste sacrifice de la messe , dont une fin principale est de remercier Dieu de ses bienfaits , en-lui ofFrank une victime d*un prix infini.
C'est donc , M. F., pour tous les chré* tiens , un précepte absolu , de témoigner à Dieu leur reconnoissance ; personne n*en est exempt ; ni riche , ni pauvre , ni jeune , m vieux ; tons y sont obligés; J. C. lui-même Té accompli , ce précepte , et a voulu en cela j comme en tout le reste, nous servir d'exemplci* il Ta accompli, dis-je, dès Tinstant de son incarnation, et il n'a cessé de s'offrir à son Père durant toute sa vie , et de le remei^ cier de tout ce qu'il en avoit reçu. ( On citera quelques endroits de TEvangile , où le Sauveur rendoit grâces. Joan. 6 et ii. Imc* 23. Les Apôtres nous y ont fort exhortés , rien que S. Paul ait tant recommandé: Graii estote. VlgUanies gratiarum in aciione. ( Col* a^ et 4- ) ^" omnibus agile. ( i • Thess. 5. ) Grih tias agentes semper pro omnibus. ( Eph. • 5. ) Il ne cessoit lui-même de rendre grâces à Dieu pour lui et pour ies peuples à qui il écrivoit. A son exemple , l'Eglise a grand soin de nous avertir de ce devoir ; point d'office , point de messe où elle ne nous y invite.
:. Ici on rapportera les paroles de la pré-
ice: Gralias agamus. Domino Dca noslro. Ven
€iprès la Pentecôte. 1 35
Ëgmim et justum est, C*est véritablement une chose digne 9 bonne , juste, équitable et saktaôre , que nous vous rendions grâces toujours et en tout lieu , par J. C , Soigneur Saint , Père tout-puissant, Dieu étei^nel.
i.<^ Dignum esL C'est quelque chose de dgne, de grand et d*excellent, que de ren(b*e giïces à Dieu; S. Augustin nous assure que le culte de Dieu consiste en cela principakmeot: Cnltus Dci in hoc maxime consistif, Cest pourquoi ^ dans la sainte messe , qui est nn vrai sacrifice , nous sommes avertis de rendre grâces : Undè in ipso verissimo d siaguiari sacrijicîo Deo nosfro graiios agere tênonemur. Et que peut-on penser , ajoutet-il, que peut-on dire de meilleur que ces mots? Pourquoi est-ce une chose si digne et «excellente? Cest que par la nous recon- Doissons que tous les biens viennent de Dieu conune de leur premier auteur ; qu'il nous les accorde par une pure libéralité , et que toute la gloire doit lui être rapportée ; nous iooorons tout à la fois sa toute-puissance et sa bonté ipfinie.
2.^ Jusium est. Quoi de plus juste , que d'être reconnoissant des faveurs que l'on a reçues? Les animaux même ont reçu de l'auteur de la nature ufie inclination à la reconnoissance envers les hommes; aussi nul homme qui n'ait horreur de l'ingratitude 5 et qui œ
i36 Tour le XIIL Dimanche la legarde comme un vice infamant. Or , si rien n'est si équitable que de se piquer de reconnoissance envers les hommes, combien plus esl-il juste de remercier un Dieu bienfaiteur, un Dieu tout-puissant, un Dieu éternel ? Verè juslum est nos iibi gr alias agere , Domine sancte ,- Pater , etc.
On rapportera la multitude des bienfaits de Dieu, dont nous sommes tout investis audehors, tout remplis au- dedans; bienfaits de toutes espèces ; bienfaits dans le temps: Vcri justum est y semper et ubique grat'as agere.
^près Texposîtion de ces deux motifs, on s'adressera aux auditeurs , et on leur dira : On ne peut s'empêcher de convenir que rien n'est plus juste que la reconnoissance; cependant quoi de plus rare que de trouver des hommes vraiment reconnoissans envers Dieu? Combien, à qui on pourroit faire, avec justice , le même reproche que Moyse fâisoit aux israélites : Hœccine reddis Domino , papule stulie et insipiens? On lira le ch. 3 a. du Deutéronome , qui contient ce reproche , et on fera valoir les reproches qui conviennent aux chrétiens ingrats.
Avez-vous eu soin , M. F. , de satisfaire à cette obligation ? (On parcourra les différens âges et les différentes conditions ; on montrera que les riches y manquent très-souvent ; que c'est dans les années d'abondance , dans
après la Pentecôte» 187
la prospérité , qu'on oublie le plus le Seigneur: on fera sentir aîix pauvres et à tous ceux qui sont affligés , que leur pauvreté et leurs afflictions sont un bienfait de Dieu; qu9 c'est pour leur salut , qu'il les a réduits en un état de pauvreté et de souffrance; que, s'ils eussent été riches et dans les joies du monde, ils se lussent perdus pour l'éternité ; en un mot 5 que Von doit rendre grâces à Dieu de tout, parce que tout peut tourner à notre l)ien , si nous entrons dans les desseins dd Dieu: In omnibus gr atlas agile. Ainsi le penfioitle saint homme Tobie, ch. 2. Non est coidrîslatus contra Deum ^ quoi plaga cœcilaiis eve-* nerit ei; sed immobilis in Deî timoré permansifj ngens gratias Deo omnibus diebus vitœ suœ. Job en faisolt autant que Tobie ; on en dira quelque chose.)
i'^ Salutare.Ce&tvine chose très-salutaire, ^e de rendre grâces à Dieu. Car de même que l'ingratitude est un vent bien violent qui dessèche la source des grâces , la reconnoissance est une nuée bienfaisante , qui porte au trône de Dieu les biens que nous en avons reçus , et qui en rapporte de plus précieux : ^t tandis que l'homme ingrat éprouve les effets de la justice divine, l'homme reconnoissant reçoit de nouvelles marques de sa bonté. Excepta rium bonitatis Dei^ homogratus ei quieum Ucit. Exceptorium judicii eius homo ingralusx
j38 Tour le XI IL Dimanche Ce sont les paroles de S. Irénée , un des plus anciens pères de TEglise ; et S. Augustin n'a pas craint dédire, que, quoiqu'on ne puisse yien dire de plus court que cette parole , Grâces à Dieu , Ton ne peut rien faire de plus utile que de rendre grâces : Hàc nec dici hrevins , nec agi fructuosius.
Entre les effets de la reconnoissance , 3 en est un que Ton ne peut trop estimer; c'est que par l'action de grâces , Ton se présefve de 1 orgueil , on s'entretient dans l'humilité, en attribuant à Dieu seul tout le bien que l'on peut faire. Quel moyen plus sûr pour parvenir au salut?
Ferè dignum , Jusfym et saluiere , fibi grattas agere. Eu êtes-vous bien persuadés , M. F. , de ^obligation où vous êtes de remercier le Seigneur? Réfléchissez de plus en plus sur les inotifs que je viens de vous proposer; vous reconnoîtrez combien sont coupables ceux qui manquent à un devoir si indispensable , et dont l'accomplissement procure tant d'avantages.
Mais en quoi consiste notre reconnoissance envers Dieu, et quelles en sont lés pratiques? 6'est le sujet du second point.
IL POINT
Un gi and docteur, surnommé l'ange de
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r'^Wtkole^ réduit les devoirs de la reconnoisi ^ ^iffttice à trois principaux : le premier, est des- ^^■Aner le bienfait que Ton a reçu autant qu*il ^ 'mk mérite, et de s*en souvenir; le second, est ^f de le publier et de rendre grâces à son bicn- ^/ faiteiir; le troisième, est d'user de retour, a rendant selon son pouvoir et h propor- ÉOB de ce que Ton a reçu. Or , M. F. , ces devoirs , qui nous obligent m<^me envers les aofres hommes , de qui nous avons reçu quelques bienfaits « nous sommes obliges de les reaiplir p^us fidèlement envers Dieu, qu'envers qui que ce soit.
' Nous devons donc d'abordestiraer les bienfaits de Dieu autant qu'ils méritent de Têtre; et n'en pas perdre le souvenir. Et quelle estime , M. F. 9 n'en ferons-nous pas , si nous coQsidérons celui de qui ils nous viennent, la générosité avec laquelle il nousjes accorde, et leur multitu'le? Ah! nous avons bien su- \et de nous écrier avec le pn^phète: Qu'estce que l'homme, Seigneur, pour que vous daigniez penser à lui ? Qui'd esi homo , eîc.
Mais aussi gnrdons nous bien d'imiter les juifs aveugles , qui oul)lièrenl presque aussitôt les faveurs que Dieu leur avoit faites , et le bienfaiteur lui-même : Oblitî swjf Deum^ qui sahaint eos, ( Ps. io5. ) Ayons soin de nous rappeler les bienfaits du Seigneur tous les )Oui's de notre vie, et même plusieurs fois
1 4o Pour le XI IL Dimanche chaque jour , et sur-tout le matin et le soir , lorsque nous assisterons au saint sacrifice de la messe , les dimanches et les fêtes : JHemento et ne oblimcaris. Souvenez-vous , et ne Toubliez jamais , disoit Dieu à son peuple avant le passage du Jourdain.
Le second devoir , est de publier les louanges de notie souverain bienfaiteur , de le remercier et de raconter, en tout lieu et avec discrétion, les grâces que l'on a reçues; Venite^ audiie ^ et narrabo ^ omnes.qui iimetis Deuïïiy quanta fecit animas meœ* ( Psal. 65. ) Grattas Deo super inenarràbili dono ejus. ( 2. Cor. 9. ) SoU Deo honor etgloria^ ( i. Tim. i. ) On invitera à dire souvent ces belles paroles , Deo grattas 1^ à rendi'e grâces après chaque repas, à réciter la prière de VAngeîus^ pour remercier Dieu du bienfait de l'incarnation.
Mais par qui devons-nous rendre grâces?
Par J. C. dit S* Paul, Per Jesum Ckrisiunr.
Point de pratique plus parfaite, pour rendre au Seigneur de dignes actions de gi^âces, que de nous unir à celles de J. C. L'Eglise nous en donne l'exemple dans ses divins offices , et S. Paul nous le recommande dans sa lettre aux Hébreux, chap. i3. Per ipsum ergb offeramus hosHam taudis semper Deo.
Mais seroit-ce assez, pour vous acquitter de votre obligation, que de penser souvent
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mi bienfaits de Dieu, de Ten louer et de l'en remercier ? Non , M« F. , notre principal devoir est de rendre à notre bienfaiteur , à proportion de ce que nous avons reçu et selon notre pouvoir. Et contiment pourronsr nous satisfait e à ce devoir essentiel ? Ce sera en nous servant des dons de Dieu selon ses vues, pour sa gloire et pour notre salut. ( Ici on rappellera à chacun ce qu'il a reçu de Dieu, une ame et un corps; une ame composée de trois puissances, la mémoire, Tentendement et la volonté ; un corps, qui renferme plusieurs membres et différons sens. On expliquera l'usage qu'on doit faire de l'un et de l'autre, conformément aux intentions du créateur. )
Outre ces biens communs à tous les hommes; chacun a reçu des talens : personne, dit S. Grégoire, ne peut dire qu'il n'en ait point; l'un a des richesses, l'autre ^ quelque industrie; celui-ci a du crédit, celui-là est chargé de la conduite du prochain. C'est à vous , M* F. , à vous examiner sur ce que Dieu vous a confié; et ce doit être un des pcincipaux fruits de cet entretien.
Que chacun se demande à soi-même : Ai-je été jusqu'ici reconnoissant envers mon Dieu?
Ai-je pensé souvent à lui? L*ai-je béni, lorsqu'il me combloit de ses biens ? L'ai-je remercié dans la maladie comme dans la
1^1 pour le XII L Dimanche santë, dans les afflictions et les persécutions comme dans la prospérité ? L'ai^je béni en tout temps comme le prophète roi ? J'ai une ame et un corps ; à quoi les ai - je employés ? Ah ! M. F., pouvez- vous y penser sans rougir ?
On trouvera un yaste champ de morale dans le détail des péchés que Ton commet, par Iç mauvais usage que Ton fait de sa mémoire et de son entendement , de sa volonté, aussi bien que des cinq sens et de tous les membres du corps. Qn fera voir rénorme ingratitude de ceux qui tournent contre Dieu même les biens qu'ils en reçoivent N'est-ce pas, dira-t-on, dans le temps que vous recueillez les biens de la terre, dans vos prés, dans vo$ champs et dans vos vignes, etc. ? n'est-ce pas alors que vous vous révoltez contre Dieu , que vous scandalisez vos frères, que vous commettez le plus d'injustices ? A quoi employezvous vos biens temporels, les difierens talens dont vous êtes partagés ? N'est-ce pas à satisfaire vos différentes passions ? Ah ! M. F. , reconnoissez ici toute l'indignité de votre conduite. Que penseriez-vous d'un homme comblé de vos bienfaits , qui en auroit agi à votre égard, comme vous en agissez envers Dieu?
On insistera sut ce parallèle, et on con*
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clarà l'entretien, en exhortant les auditeurs à réfléchir, durant la messe, à ce qu'oti vient de leur dire, et h imiter l'exemple du samaritain prosteiné aux pieds de J. C. , la face tournée contre terre. C'est, dira-t-on, le même J. C. qui va s'immoler sur nos autels ; allez à lui dans les mêmes sentimens que le lépreux de notice évangile; il vous guérira , si vous êtes pécheurs , il vous préservera du péché , si vous êtes en grâce ; et pourvu que vous persévériez dans l'exercice de la reconnoissance chrétienne , il vous placera un jour dans son royaume , où vous chanterez à jamais des canti(]ucs d'actions de grâces avec tous les anges et tous les saints.
Le XIV. dimanche après la Pentecôte*
Premier sujet. De Vohligation de serçir
Dieu seul.
Nemo potest duobus domînis servire. ( Matth.