I. POINT
Ponr bien expliquer cette matière, il faut distinguer deux sortes de préceptes de la Confession ; le précepte ecclésiastique , et le précepte divin. On parlera de Tun et de l'antre , et on tâchera d'en adoucir la difficulté 9 le plus qu'il sera possible. On montrera même que la bonté de Dieu éclate d'une manière singulière dans l'institution de la confession , et que bien loin d'en regarder le précepte comme un pesant fardeau , on doit s'en approcher avec un saint empressement , et profiter de ce remède salutaire que la miséricorde de Dieu présente aux pécheurs.
Ce n'est pas un simple conseil , M. F , c'est une obligation absolue pour tout chrétien qui a eu le malheur de perdre la grâce du baptême , d'accuser ses péchés au tribunal de la Pénitence : vérité de foi dont on a toujours fait profession dans l'Eglise.
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J. C. même a établi cette obligation , et ja- ' mais personne, ni Roi , ni Prince , ni PapCj-J ni Evêque n'en a été dispensé. f
Quand le Sauveur a-t-il porté cette loif:
Ce fut lorsqu'il donna à ses Apôtres le poo-^. voir de l'emettre et de retenir les péchés.
Ra pportez l'histoire de l'institution du sacrement de Pénitence, tirée de S. Jean, chap. 20. Faites voir comment les Prêtres ont été par-là établis juges des consciences, à qui par conséquent on doit découvrir les péchés que l'on a commis, afin qu'ils puissent porter un jugement équitable, et imposer des pénitences proportionnées. Dites ensuite: Depuis J. G. jusqu'à nous, les vrais fidèles se sont soumis à cette loi. ( Témoignages des anciens Pères Grecs et Latins, comme de S»
Cyprien, de Tertulien, de S. Jean Chrysostôme , de S. Ambroise et de S. Augustin. S.
Basile en a un fort clair : Necessarib crédita est dispensatio mysteriorum Deu S. Augustin disoit aux fidèles de son temps, qui refusoient de confesser leurs péchés: Ergb sine causé dictum esf: Quœ solveritis in terra , soluta erunt in cœlo ? Ergb sine cansâ sunt claves datœ Ecctesiœ Deif ) Et comme le Sauveur n'a pas fixé le temps auquel on doit satisfaire à ce précepte, il ftit ordonné dans un Concile général tenu il y a plus de 5oo ans, que tout fidèle, parvenu à l'âge de discrétion, se confesseroit au moins
de Carême. 67
une fois Tan; ce qui a été confirmé par plusieurs autres Conciles: ce qui a encore été autorisé par la pratiqua de l'Eglise universelle, que Ton ne peut mépriser sans une insigne témérité et sans renoncer à la qualité d'enfant de Dieu. ( On répondra aux objections des hérétique$ et des libertins, selon que la prudence le demandera, et que les besoins des paroissiens l'exigeront. )
Vous êtes donc indispens£d)lement obligés, M. F. , et par le précepte de J. C. et par celui de l'Eglise, votre mère^ de déclarer sincèrement toutes les fautes mortelles dont vous vous êtes rendus coupal^les , nul de vous, qui en soit .exempt; moi-même , M. F., qui ai reçu le pouvoir de vous absoudre, je suis soumis à cette loi; et si j'avois le malheur de tomber en quelque faute considérable, je ne pourrois en obtenir le pardon, si je refusois de m'en accuser dans le tribunal de la Pénitence.
Ce précepte, à la vérité, est difficile à la nature, il est gênant, il humilie l'homme, et c'est un de Jceux dont l'observation coûte davantage: aussi les hérétiques l'ont-ils retranché de leur fausse religion; les mauvais chrétiens ne s'en acquittent qu'avec répugnance, plusieurs même qui semblent y satisfaire, ne le remplissent pas en effet.
Jl est vrai, M. F.^ ce précepte est diQicile
68 Tout le lîL Dimanche
à la nature, car il nous oblige d'accuser tm . fautes les plus honteuses. (Détail de tont)|| 1 que Ton est obligé de déclarer, du noi de Tespèce, des circonstances. ) Pour faire à ce précepte, il ne sufîit pas même dire ses péchés sincèrement et entièi^emeùlf ~ on doit encore, en les déclarant, y rénoiidiif du fond du cœur ; et être dans la dispositiîil' de faire ce qu'un prudent confesseur ptâH crira: sans quoi, la confession seroit nall^ et sacrilège; et Ton pécheroit formellemettt. contre la loi de la confession. Encore vsd0 fois cela est difficile; mais quelque difficile qu'il soit, c'est une nécessité, et quiconque pouvant déclarer ses péchés, ne le feroitipas^ ne pourroit autrement se réconcilier avec . Dieu quand même il exerceroit sur son corps les plus aastères pénitences, et qu'il distrîbueroit aux pauvres tous les biens qu'il pourroit posséder. Ce n'est qu'à ce prix que le Sauveur nous offre sa grâce, n'est- il pas en droit de l'exiger de l'homme pécheur, d'une créature ré])elle ? Qui oseroit le lui contester ?
Assignez tous les différens cas oîi le précepte de la confession oblige ; on les trouve dans le catéchisme du Concile, part 2. numer. 58 et Sg. Après avoir Si que les enfans y sont obligés, dès qu'ils peuvent discerner entre le bien et le mal; il ajoute qu'on doit le
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faire au moins une fois chaque année, et toutes les fois que Ton est en danger de mort, ou que l'on doit administrer ou recevoir quelque sacrement, ou faire quelque fonction qui exige que Ton se procure la pureté de Tame; enfin lorsqu'il est à crainrlre que, par le délai de la confession, on n'oublie quelque faute mortelle. H y a même des Docteui's qui soutiennent que, dès que l'on a eu le malheur de perdre la grâce, on est obligé de se confesser au plutôt; du moins ne doit- on pas différer long- temps, de peur de s'exposer à tomber dans l'endurcissement
Ne tardez donc pas , M.^ F. , à vous approcher de la confession, lorsque vous avez eu le malheur d'offenser Dieu mortellement; ayez soin de faire appeler au plutôt un bon confesseur, dès que vous tomberez malades, et que vous serez en quelque danger de mort.
Mais comme c'est particulièrement dans le temps paschal que les fidèles ont coutume d'obéir au précepte de la confession , ne cherchez pas, M. F., a vous en affranchir; soumettez-vous-y volontiers, et mettez vous en état de l'accomplir au plutôt. C'est pour de très-sages raisons qu'il a été porté; et les avantages que l'on en retire sont si précieux, que nous devrions nous y assujettir, quand même Dieu et l'Eglise ne nous en feroient
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pas un précepte. Je vais vous les développer
dans mon second point.
IL POINT
Il faudroit un discours entier pour rapporter les avantages inestimables de la confession; bornons-nous aux principaux. On peut les considérer par rapport aux pécheurs, ou par rapport aux justes. La confession, dit S. Bernard, purifie le pécheur et augmente la pureté du juste : Peccalorem purgat^ et iuslum reddit purgatiorem. Oui, M. F., la confession purifie le pécheur; et de quels péchés? De toutes sortes de péchés , fussent-ils les plus honteux, les plus multipliés et les plus énormes. Non, M. F., ni la multitude, ni la grandeur , ni la turpitude de vos péchés ne doivent vous empêcher de vous approcher du tribunal. La parole de Dieu est formelle; tous vous seront remis, si vous les accusez au ministre du Seigneur. ( Preuves de cette vérité par l'Ecriture: Quorum remiseritis^ etc. (Joan. 20.) QuœcuïïKjue soiveritis^ etc. ( Matth. 18. ) Si confiteamur peccata nostra , fidelis est et justuSy ut remiltat nobis peccata nostra y ( i. Joan. i. ) par le Concile de Trente, par les SS. Pères, S. Cbrysostôme, S Ambroise et S. Augustin.
Delà le recouvrement de la grâce, le droit au royaume du ciel , et spécialement la paix
de Carême» n\
è la conscience. ( Il faudra insister sur eette paix , et bien faire valoir cet avantage. )
Quoi donc , M . F. , serez-vous insensibles à des biens si précieux ? et la diflicuUé (]ue k démon vous représente dans la confession , ne doit-elle pas être adoucie par l'utilité qui en revient , et particulièrement par le repos de la conscience , qui en est Mieureux fruit? Voulez-vous, pécheurs, porter toujours dans fûti-e ame ce ver rongeur ? Différerez- vous de vous décharger du poids énorme de vos péchés qui vous accable? Peut-être y a-t-il bien des années , que vous ne faites que d'en at^fnten ter le nombre. Allez incessamment trou- Ter un honune charitable qui vous en délivre. Ah ! Qui peut exprimer le contentement que TOUS goûterez ? Demandez-le à ceux qui en oot fait l'expérience , et ils vous diront qu'il ny a point de joie pareille à celle que ion ressent après une bonne confession.
Pour vous , âmes justes , qui jouissez déjà de l'amitié de Dieu , quoique la confession ne TOUS soit pas nécessaire pour mériter la grâce , vous devez néanmoins vous en approcher , tant pour satisfaire à Tesprit de TEglise , cjue pour vous purifier de plus en plus. Vous avez horreur , je le sais , de toute faute considérable ; mais combien de fautes légèreâ , de
72 Tour le IIL Dimanche*
fautes vdaielles ne commettez- vous pas, ou
par négligence , ou même de propos délibéré ?
( Détail de ces fautes à Végard de Dieu »
du prochain , ou de soi-même. ) Oïl vous en purifierez-vous ? Cest particulièrement dans le sacrement de Pénitence. Quoique Ton ne soit pas obligé de s*en accuser , on les confesse cependant très-utilement. C'est aussi une très* salutaire pratique , de renouveler Taccusation de quelques fautes considérables de sa vie , parce que toutes les fois que Ton en renoufvelle Taccusation ^ on obtient une nouvelle gi^âce , et on satisfait de plus en plus pour la peine qui leur est due : Quanta aliçuis pluries de eîsdem peccaiîs confileiur , ianib magis pana diïïdnuitur, S. Thomas in 4* dist. 19. qusest 3.
Je pourrois ajouter d'autres effets salutaires ; mais je crains de prolonger cette instruction au-delà des justes bornes. Ce que vous venez d'entendre doit suffire pour vous faire estimer la confession, pour vous engager à remercier Dieu de l'avoir instituée , et de vous avoir fait un précepte dune chose qui vous est si avantageuse. Tels sont , M. F. , les sentimeus que doit produire en vous ce discours ; sentimens d'estime et d'amour pour la confession ; sentimens de reconnoissance envers J. C. qui Ta instituée , et qui en a fait , comme dit un S. Père 9 un bain salutaire 9 pour guérir les plaies de vos âmes. Mais les avez- vous eus jusqu'à
présent,
de Catême. ^3
présent , ces sentimens , touchant la confession ? Au lien de Testimer et de l'aimer • ne vous en êtes-vous pas fait un monstre ? ne vous en êtes-vous pas tourmentés et alarmés , lorsqu'il a fallu venir faire à un Prêtre Taveu de vos fautes ? Ne l'avez-vous point différé le plus qu'il vous a été possible ? Etes-vous pénétrés de rëconnoissânce envers Dieu qui , pouvant vous perdre après le premier péché mortel que vous avez commis, vous fournit, dans la confession , un moyen sûr pour rentrer en son afnitié ? Avez-vous eu soin de l'en remercier ? Ah ! si jusqu'à présent vous avez manqué à ce dev'oir, acquittez-vous-en dès ce jour, et imitez les premiers peuples £dèles qui remercioient Dieu d'avoir donné aux hommes le pouvoir de remettie les péchés : Glorijuaverunl Deum qui dédit poteslatem talent hondmbus, (Matth. 9. )
Approchez donc au plutôt des Ministres du Seigneur; mais approchez- vous-en dans les dispositions de vrais pénitens, sur-tout, avec sincérité , et un cœur contrit et huipilié. Demandez , M. F. , ces dispositions à J. C. luimême ^ l'auteur de ce sacrement , et qui va bientôt s'immoler sur nos autels , pour notre salut. Je conjure toutes les âmes justes dé cet auditoire , de s'unir à moi , durant le sacrifice , pour obtenir dn Père des miséricordes , que tous les pécheurs de cette paroisse fassent Tome IL D
74 Powr h IL Dimanche
une digne confession en ce saint temps de Carême : leur prière , faite avec foi et confiance , sera très-puissante pour obtenir aux pécheurs la rémission de leurs péchéd , comme nous le voyons dans Tévangilc en la personne d'un paralytique que des personnes charitables présentèrent au Sauveur. ( Voyez^en l'histoire en S. Matthieu ^ c. 9* ) Imitons | M- F. | cette charité compatissante ^ et présentons à J. C. tous nos frèi*es qui vivent dans le péché | afin qu'il les guérisse, pour que nous participions tous à sa tîJile sacrée , avec la pureté né*ce&saire , pour pouvoir être réunis ^ à la fia de notre vie 9 dans son banquet céleste.
Second sujet sur la Confesii0n%
Texobde sera tiré , comme le précèdent 9 de Tévangile même. Ce que faisoit le démon muet dont il est parlé dans l'évangile de ce jour, pour empêcher l'homme qu'il possédoit de demander et d'obtenir sa délivrance , est une image bien sensible , M. F. , de ce qu'il &it encore pour empêcher un grand nombre de chrétiens , d'obtettir dans le saci^ment de Pénitence , le pardon de leurs péchés.
O 1 qui peut dire toutes les ruses dont il se scit pour leur rendre inutile et même nuisible le remède salutaire que Dieu leur a pré-*
âe Caréné. ^5
pâiré dàitô la confession \ iRien n*est plus important , M. iFi , que de les découvrir , ces ïtkses du déniôti ^ et il est de votre plus grand intérât de savoir vous eu préserver. Quelles âont elles , ces tromperies du nialin esprit ? Rendez-^ Vous-y attentifs ^ ist ne négligez rien pour vous plrécaùtionner contre elles.
Le démon rend muets les chrétiens , par rapport à la confession , ôh deu^ manières différentes. Il rend les uns toDt-à^fait muets ^ en lès éloignant entièrement de la confession ; telles sont certaines personnes de l'un et de l'autre Sexe , qui ne paroissent pas même à Pâques , an saint tribunal ; ou si elles s'y présentent , c'est sans dispositions , je veui dire , sans avoir prié , sans douleur de leurs pécliés , et avec une volonté déterminée de ne pas les accuser au confesseur , tels qu'elles les ont commis.
U y en a d'autres qu'il rend à demi-muets, et ce sont ceux qui , à la vérité , font quelques prières avant que de se confesser , mais très-imparfaitement; qui disent une partie de leurs fautes^ mais qui n'osent les déclarer toutes; qui taisent certains péchés considérables , ou du nioins quils croient ou qu'ils doutent être très-considérables.
Voilà , M. F. , les artifices auxquels un grand nombre de chrétiens se laissent surprendre y et qui sont cause que plusieurs cr.ou-
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pissent dans le péché , et commettent quantité de sacrilèges. Peut-être, M. F. , quelquesuns , et même plusieurs d'entre vous, ont-ils eu le malheur de se laisser tromper par le malin esprit ; il s'efforcera encore de vous séduire dans la confession que vous^ devez bientôt faire. Apprenez aujourd'hui comment vous devez lui résister : c'est ce dont je me propose de vous instruire , en vous faisant voir les raisons qui doivent vous engager à déclarer sincèrement vos péchés dans le tribunal de la Pénitence.
Heureux vous et moi , M; F. , si je poqvois venir à bout de vous faire surmonter la honte qui empêche tant d'ames de faire de bonnes confessions ?
C'est donc de la fausse honte , ou du défaut de sincérité dans la confession, que je veux vous parler; et je dis i.^ que cette honte est criminelle , et très-injurieuse à Dieu ; je dis a.o qu'elle est extrêmement pernicieuse à notre ame j je dis 3.^ qu'elle est déraisonna'* ble et sans aucun fondement légitime.