‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de ToulChapitre 16 sur 39 · I. PRONE · texte numérisé non relu

I. PRONE

Réflexion sur la Passion de Jésus-Christ.

JjB dimanche où nous sommes, M* F; , s*ap* pelle le dimanche de la Passion , et les jours soivans jusqu'au Samedi-saint ^ se nomment le temps de la Passion. Pourquoi est»il ainsi nommé ? H est aisé d'en découvrir la raison ; C'est que l'Eglise se propose d'honorer spé* cialement y durant cette quinzaine, Jésus souffirant pour notre amour; elle veut engager tous les chrétiens à Thonorer avec elle. Toutes les cérémonies qu'elle nous prescrit en ce saint temps , soit dans, la messe , soit dans les autres offices p n'ont point d'autre fin

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que d'exciter la dévotion des fidèles enveis? Jésus souffrant pour eux. ( Si on a déjà parlé de la Passion de J. C. au commencement du Carême , ainsi qu'il conviait de faire , on ajoutera : ) Quelques jours avant le Carême je yom exhortai , M* F.^ | à vom occuper de ce grand objet, pour vous préserver des péchés auxquels se livrent alors les chrétiens , et vous faire plisser saintement tout le temps du Carême , et spécialement les trois joura qui le précèdent ; mais- aujoard*hai je me crois obligé de vous en parl^ phis an long , et de renouveler votre dévotion envers la Passion de J. G. Vous avez dû employer les quatre premières semaines de Carême à^ faire pénitence pour vos péchés ; il faut durant: ces deux semaines ranimer votre fervenr, et honorer le mystère de la Passion du Sauveur ^ en prenant part à ses souffrances d'iine manière plus parfaite- que vous no l*aves fait jusqu'à présent. Redouble^, votre attention: à ce qii$ j*ai à VQus dire en-qe \q»x de la vérité la plus toucbantj? dQ notre religioin; point de 8«ijel; plus dignede Fa réflei^ion d'un chrétien 9, qu^* % Passion de h C sur-tout dans la temps 0% lUHis sommeis; point de plus ppopte à n0u$< préparer à la fête de Pâques.; je vous le moi» trccai dans- le piemier poin:t. Quaud et- com-f B^nt^ [dxit s'e«k oQCuper : ce sera le sujet du: Ijscoipd £oint«.

âé Ta passioït. iSy

QiVést-ce qui doit vous engager \ vous occa* par de la Passion de J^. C particulièrement dorant cette quinzaine , de quelle manière fautil la méditer : voilà , M. F. , le sujet de votre atteatioiu

L POINT

LiA religion , la reconnoissance , notre pro* pre intérêt , l'intention de TEglise sont autant de niotifs qui doivent porter tous les cli retiens à s'occuper ^ durant cette quinzaine , de la Passion da Sauveur , plus souvent et plus séneosement que le reste de Tannée. Quoi 4e pins digne de nos réflexions F La religion BOUS inspire ce devoir. Car qui est celui dont ■DOS ¥oas exhortons h^ méditer les souffrances ? Cest le fifs de Dieu même ^ii a bien voulu •c revêtir de notre nature , et qui dans cette iratnre humaine, a bien voula endurer les peines les plus rigoureuses , livrer son ame 2i la tristesse la plus a€cal)Iante , e^ndonner son eorps à la fureur de ses ennemis les pius implacables, et enfin souffrir la mort la plus ignominieuse et la plus crndle. Ce- Dieu souffrant est-il moins digne de no^re cnlte dans son état de souffrances, que dans^ son état de gloire ? N'e&t-il pas toujours notre Dieu dans I ces différens états ? Que dis- je ! n'est- il pas plus digne de nos respects , et ne devons^ nous fas l'honorer davantage , en queU^ue façon ,.

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au milieu, de ses souffrances ? La reconnobsance n'exige t-elle pas essentiellement ce devoir? Pour qui souffre-t-il? Pour qui est-il livré à la mort ? Vous ne l'ignorez pas, M* F. , c'est pour vous , c*est pour moi. Chacun de nous peut dire comme S. Paul : Diiexit me et tradidit semeîîpsum pro me» Oui, mon Jésus , c'est pour mon amour, c'est parce que vous m'avez aimé plus que vous-même^ que vous vous êtes livré pour moL ( On rapportera id quelques comparaisons d'un bienfaiteur qui auroit exposé sa vie pour conseii'ver la nôtre» Saint Bernard a ISi-dessus une parabole ton* chante du fils d'un Roi, qui meurt pour un sujet qui s'est révolté contre son père. ) N'estr il pas étonnant que des chrétiens pensent si peu à la Passion du Sauveur : Justus périt ; nemo est qui recogHet corde suo. Trait d'histpire de S. François d'Assise , qui ayant été un joui* rencontré d'un serviteur de Dieu, qui loi demanda la cause des larmes qu'il lui voyoit répandre , lui répondit qu'il pleuroit de ce q^e personne ne pensoit à la Passion de J. C N'aurions-nous pas autant et plus de sujet que ce grand serviteur de Dieu , de gémir sur l'oubli de la Passion du Sauveur ? Et où est donc, M. F. , notre religion ? Quelle ingratitude de ne penser presque jamais à ce qu'un Dieu a souffert pour nous , tandis que nous remplissons notre esprit ; de quoi , M. F. ? De mille

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objets vains 9 peut-être dangereux , ou même criminels. Combien parmi nous qui n*y penseroient jamais s'ils n'en entendoient parler de temps en temps dans l'église ! Combien qui n'y pensent pas même durant le saint sacrifice de la Messe , où le sang de notie Seigneur J. C coule encore sur nous ! M'y en a-t-il pas même qui y renouvellent les outrages que ce divin Sauveur reçut sur le Calvaire » de la part de ses bourreaux et des Juifs impies qui assbtèrent k sa mort ? L'Eglise souhaite qu'on y pense tous les vendredis de l'année, et c'est en l'IiO'mieur de cette douloureuse Passion , i|ne l'on y garde l'abstinence de la viande.

Elle a même institué plusiems fêtes durant le cours de l'année^ en l'honneur de la Passion 4e J. C; telles sont celles de l'invention de la sainte Croix, de son exaltation, de la sainte couronne d'épines, des saintes plaies de J. C. , du saint suaire et des autres instrumens de la Passion. Combien néanmoins y a-t-il de fidèles ^ se rappellent, soit les vendredis , soit les autres fêtes dont nous venons de parler , ce que leur salut a coûté au fils de Djeu? Au contraire; combien n'y en a-t-il pas qui passent presque toute l'année sans la méditer une seule fois sérieusement , et sans entrer dans les vues de l'Eglise? C'est pour réparer^ en quelque sorte , cet oubli si injmùeux au Sauveur, qu'elle a institué ce temps , que nous

iÇo pour le Dimanche

appelons le temps de la Passion. Tous!

offices durant ces saints jours , annoncent w^ tristesse ; et nous prêchent la part qu*eU^ prend aux souflTrances de J«C. et la partcpi^eUéveut que nous y prenions nous-mêmes. S*és trouve- t'il beaucoup cjui secondent ses desin) Hélas ! k peine dargne-t-on y penser le veiR 5 dredi saint ! N*est-ce pas à vous , M. K ^ que le Sauveur pourroit adresser cette plainte- ; qu'il fit par tin de ses Prophètes: J'ai cherché \ quelqu'un qm prit part à ma douleur, et )e n*ai trouvé pei-sonne : Tormlar cakmn sobUf et non est pir mecnm. Quœs&'i , et non fuit tfi adjuvarft^ (Isai. 63.)

Ah ! M. F. , sentez ici Tin^atitude ^ cC même l'irréligion dont vous vous rendez cou* pailles, en oubliant ainsi les douleurs de X; C. Voyez aussi combien vous vous unissez k vous-mêmes *i Car s'il n'est rien de plus digD0 du chrétien que de méditer souvent la Passimn de J. C. , rien aussi n'est plus aivantageux. ,. et plus propre pour nous préparer à \m grande Fête de Pâques. Un grand Docteur, Bommé Âlljert le grand , soutient quil est plus utile de méditer un peu chaque joiu^ la Passion du Sauveur , que de jeâner tonales vendredis au pain et à l'eaa , de prendrela discîpl ne et de réciter le p^^auticr. La; laison quil en donne ^ c'est que les œuvres:

cjLtéiieures ne sont pas si puissantes pou»

de la Passion. tG\

' I bncfier le cœur, que la moditation attentive *"-|fe la Passion de J. C. Ou'y a-til en efl'rt t^ plus propre, M. F., a faire impression nrtiir nous, et à nous mettre dans les clispositions où nous devons être pour célébtvi* h Paï[ues ? Quels fruits n'en reliront pas, et les pëcbcurs et les justes? On racontera comment le souvenir de la Prission est un motif des plus efficaces de conversion. Rica ■e fait mieux connoitre linjure que le pécho £iit à Dieii^ que la sévëritë de la justice divine envers les pécheurs impénilcns: Si in piridi Ifgno hœc facîunt , in arido quid Jiet ? (Luc. 23«) dit J. C. lui-même aux Saintes Snnmes qui pleuroient sur lui. Point de pécheur qui ne se coiTÎgeât de ses vices, s*il pensoit hien aux douleurs de J. C. Les voluptueux, les vindicatifs, etc. Il n'y auroit aucun sacrilège ; nul fidèle qui osât profaner les sacremens , soit de Pénitence , soit d'Eucharistie. Quelle horreur sur- tout n'auroit-on pas de renouveler , par une indigne communion , le crucifiement du Fils de Dieu ?

Les timides sortiroient dé l'e'tat de tiédeur, et ils feroient des efforts pour acquérir les vertus ; les justes s'avanceroient de plus en plus dans la piété , et y puiseroient de quoi s'embvâser d'amour dans la communion. En un mot , nul chrétien qui ne- ^ittât ses péchés, qui ne se remplît de-

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ferveur, et qui ne fût parfaitement dispose à la communion de Pâques , si, suivant lè commandement de J. C. lui-même , on rappeloit dans sa mémoire Tamour qu'il nous a témoigné dans sa Passion , et dont il nous a laissé le mémorial dans le sacrement de nos autels. Aussi a-ce été la dévotion des saints^ de méditer souvent la Passion de J. C. Hœc meditari , disoit S. Bernard , dSûri sapientiam ^ in his iustiiiœ mihi perfecthnem conS" tiiuL Hœc me a SubUmior pJUlosophia scire JestOBj et hune crucifixum. Çà été^ en particulier la dévotion de S. Paul. H se faisoit gloire de ne savoir que Jésus crucifié; sa grande application , durant ses œuvrer Evangéliques , a été de prêcher et de faire aimer un Dieu crucifié: Prœdicamus Christum crucifixum. ( i. Cor. I. ) n exhortoit les chrétiens à s*en souvenir continuellement : Ruogitate eûm ^ écrivoit-il aux Hébreux , qui talem sustinuU à peccatoribus adt^ersàm semefipsum contradiction nem» CHeb. 12.) Remarquez son expression, recogitate , pensez et repensez à celui qui a souffert, de la part des pécheurs, une si gi^ande contradiction. De-là vient que TEglise a tant de soin de nous Vinculquer ; non contente de nous la rappeler chaque semaine de Tannée , elle a consaci^é cette quinzaine à l'honneur de cette divine Passion.

Ârmez-vous , M. F. , suivant lavis de S.

de la Passion. i63

Pierre , de la pensée de J. C. qui a souffert poar vous dans sa chair : Christo passa in came , et pas eâdem cogifatione armamini : ( I. Pétri 4* ) Pensez-y, pécheurs; pensezy, justes ;'pensens*y tous, M. F, afin de nous disposer à la grande fête de Pâques , par une vraie pénitence et des œuvres dignes eu cbrlstianbme. Mais quand et comment de-^ ▼okis-nous nous en occuper ? Je vais vous le dixie en peu de mots.

Il serdit à souhaiter, M. F», que nous nous occupassions continuellement des souffrances de J. C. : ce souvenir lui seroit agréable , et nous en retirerions tous les jours de nouveaux avantages. J. C. lui-même n'en a jamais perdu la pensée , sa Passion lui a été présente tous le temps de sa vie. H est des saints et des saintes qui se la rappeloient sans cesse , à toutes les heures du jour, et même pendant la nuit; ils se ressouvenoient de ce que leur Sauveur avoit enduré pour eux, chaque fois que l'horloge sonnoit : pratique que les âmes pieuses appeloient . horloge de la Passion. (Détail des souffrances du Sauveur, la nuit de sa Passion , le matin , , à neuf heures , midi , à trois heures. ) Mais si cette pratique paroit trop difficile , du moins som-

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mes-no«s inexcusables de ne pas y penscf en certains jours et encortaioes circonstances^ Nous avons dcjh dit que le vendredi étoit destine à cette fin, aussi bien que plusieurs fêtes instituées à Ilionneur de Jésus souffrant Je vous ai rappelé , au commencement de ce discours , ce qu6 prétend l'Eglise dans ces deux semaines. Seriezrvôus, Ml F«> dé vé-»

ritables enfans du Calvaire y si vous passiez ces quinze purs sans^ penser sérieusement à cehiî qui vous a enfantés sur la croix avec des douleurs incompréliensibles? Vous ne passerez donc , M. F. , aucun jour de cette quinzaine^ sans vous en occuper. Choisissez pour cela le temps le plus propre \ ou fe matins ou pendant le jour, ou le soir. Ce seroit li plus convenable d*y penser \t matin ; les t4^ flexions que vous feriez serviroient merveiUcii» sèment à sanctifier votre journée ^ 3t vous faire entrer dans les sentimens de pénitence et d'à» mour, que ces considérations doivent naturellement nous inspirer. Le travail pénible auquel vous êtes assujétis devrdit vous j faire penser souvent. Et quoi de plus propre à adoucir vos peines , vos fatigues et vos sdeur& , que la vue de Jésus suant le sang et l'eau dans le jardin des olives ^ accablé du poids de sa croix sur le chemin du Calvaire , souffrant la soif la plus brûlante sur Tinfâme gibet auquel il est attaché ? Ah! M. F. ^

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Ak nons avions tant soit peu de foi , loat nous rappelleroit 9 «t ce que J. C a souFfert pour nous , et les exemples qu'il nous a donnés dans sa Passion. Presque dans tous SOS chemins l'image de la CKpix se présente à vous. Quoi de plus aisé que de faire alors quelques actes dans votre cœur et même de bouche, soit pour adorer Jésus souffrant , soit pour lui offrir vos maux et les unir aiix siens, soit pour lui demander de cor-, riger vos mauvaises haliitudes, et d'imiter ies e^mples qu'il vous a donnés dans sa Passion ! Voilà déjà , M. F. , une manière àe s'occuper très-utilement de la Passion du Sauveur. Y a-t-il rien en cela qui soit audessus de vos forces *( Elle convient à toutes sortes, de personnes. Il y a encore plusieurs autres méthodes, c'est de parcourir par ordre tous les mystères de la Passion , et d'examiner ce qu'il y à encore de plus considérable dans chacun. ( Voyez les Médit, de Dupont , tom. 2. pag. 4* ) Pour cela il est nécessaire que vous soyez instruits de l'iiisloire de la Passion du Sauveur. On la divise en sept stations douloureuses, qui sont des sujets de réflexions fort propres pour les sept jours de la semaine. ( On les rapportera. ) N'oubliez pas aussi , M. F , les douleurs de la Sle. Vierge , l'Eglise en fait une fête particulière vendredi prochain ; occu-

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pez-vous-en , vous sur-tout femmes et filles chrétiennes ; entrez dans les sentimens avec lesquels elle assista à la Passion de son fils ; imitez les saintes femmes qui raccompagnèrent

On dira quelque chose de la manière dé faire ces réflexions , pour ceux qui ont plus de loisir. On en a déjà parlé ailleurs. On insistera sur-tout sur les sentimens que doi-» vent produire en eux ces réflexions, et les résolutions qu'ils ne doivent pas manquer de former ; sentimens d'admiration , d*adoration| d^action de grâces , de contrition , d'amour, et principalement d'imitation» On spécifiera les vertus qu'ils doivent se proposer d'imiter; on conclura l'enli etien , en conjurant les au<diteurs de commencer dès cette semaine, par exemple , demain matin , à considérer J. C au jardin des olives , à s'en souvenir pendant le jour; à faire , à son exemple, plusieurs actes de conformité à la volonté de Dieu, à demander de temps en temps à !• C. la grâce de ce disposer à le recevoir dignement dans la communion. L^histoire du serpent d'airain , élevé par Moyse dans le désert', viendroit bien ici : voyez à ce sujet le livre des Nombres , chap. 21. et le Deuter. 8. Skat Moyses exaUavit serpentem , etc. ( Joan. 3. ) Sur quoi S. Augustin parle ainsi: Quis est serpens exaliatus t Et il répond : c*est J. C

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mort , élevé en croix : il ajoute : Quomodà qui intuebantur in iilum serpeniem non perlbant moTsibus strpenîum^ sic çai iniuentur fide mortem Christi^ sanantvr à morsibus peccaiorum. On fer^i^ bien de terminer le tout par une prière adressée à J. C. même.

Pardon, ô divin Sauveur! de Voubli oiïj*ai vécu jusqu'à présent de votre douloureuse Passion : pardon de mon ingratitude , de mon insensibilité: imprimez- la bien avant, cette doulourèise Passion , dans mon esprit et dans mon cœur. Je ne passerai désormais aucun jour sans y penser au moins quelque temps.

Accordez-moi votre grâce , pour exécuter ma r&olution ; faites que j'imite les vertus que vous avez pratiquées dans vos souffrances; faites que je souffre comme vous , afin de régner un jour avec vous.

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