I: POINT
Il faudra d'abord expliquer ce que c*est '^'un sacrilègeet ses différentes espèces.( Voyez Sw Th. 2. q. 99 art i et 3. ) D'où âe tire la grandeur du sacrilège? Elle se tire selon la doctrine des théologiens, de la sainteté de la chose sainte que l'on profane : Tantb sacrile^ gium est granns , quanta res sacra in quam pecca^ iur majorem obtinet sanctiiaiem. Or, parmi les choses qui sont consacrées à Dieu , qui sont sanctifiées , en est-il une plus sainte que là di-* vine Eucharistie? Profaner les images des
de la Passioru 171
saints , leurs reliques, profaner les vases sacrés » déshonorer les lieux saints par ses irrévérences, s*en prendi^e jusqn^aux personnes consacrées à Dieu , aux ministres des autels : ce sont autant dis sacrilèges qui enchérissent les uns sur les autres; mais profaner la divine Euchaiîstie , s'approcher indignement de J. C. , c*est le sacrilège le plus énorme par sa nature , parce qu'il attaque ce qu'il y a de plus saint dans la religion ; il profane le plus auguste des sacremens , il s'en prend à la personne même de J. G Ideb , dit S. Th. art. 3. sacrilegium quoi contra hoc sacramentum committitur^gra^issimumestinter cmnia. C'est ce que l'Apôtre S. Paul a trèsbien exprimé , quand il dit que celui qui com^ munie indignement, se rend coupable du corps et du sang de J. C. Reus erit corporis et sanguînh Domini. Qu'est-ce donc qu'être coupable du corps et du sang de J. C. ? C'est, selon TexpKcation de S. Ambroise , le profaner , le traiter indignement , le fouler aux pieds :
Concnhatur corpus Domini. C'est être aussi coupable, selon S. Chrisostôrae, que si Ton faisoit mourir cruellement!. C. et que l'on répandît inhumainement son sang précieux : Reus est ialis ( peccator ) cœdis dominicœ , ac si Dominum occidisset^ et Christi sanguinem effudisset.
Représentez- vous à présent , M. F., les profanations les plus criantes; les églises profa- Qées, les imiges brisées, les vases sacrés pil*
m 2 Pour Je Dimanche
lés Jes hosties sacrées jetées aux chiens. Ces al)ominations vous révoltent : et on puniroit de la peine du feu ceux qui les commettre ient. : Lindigne communion les surpasse , et on fait plus dinjure à J, C. lorsqu'on le reçoit dans un cœur et un corps souillés par le péché , que si l'on fouloit aux pieds les vaisseaux sacrés , et que l'on donnât la sainte hostie à manger aux chiens. Et à qui livret-on J. G quand on le reçoit indignement ? A qui ?
C'est au démon même , qui devient , pour ainsi dire , le maître du corps de J. C. , qui lui dispute l'empire dans le cœur de celui qui le reçoit indignement, et qui y règne comme dans un lieu qui lui appartient.
Imaginez-vous , si vous le pouvez , l'injure faite à J. C. qui se voit forcé de rester dans le lieu le plus horrible ^ incorporé , pour ainsi dire , avec le péché ; ce Dieu de sainteté , de pureté et de justice est^ en quelque sorte, uni avec un misérable pécheur , à une ame et à un corps impurs^ à un vindicatif, à un adultère. O mon Jésus ! l'Eglise chante avec, étonnement , que vous n'avez pas eu horreur de demeurer dans le sein de Mai ie , la plus pure des vierges , et conunent pouvez-vous rester dans un lieu aussi infâme que celui d*un indigne comnniniant ? ( On inspirera un sentiment de la plus vive horrem' de ce crime. )
L'avez-YOus bien comprise, chrétiens sacri*
de la Passion» t73
■ %^j toate la malice de votre action , et
^^ '* I pwi?ez-vous y réfléchir , sans frémir d'hor-
'^^f rcoi*! J*ai commis le plus grand sacrilège f|iii
'^1 K puisse commettre dans la religion ; j*ai lait
,1 imon Jésns , au Saint des saints, le plus san-
glmt de tous les outrages : je l'ai livré au dé-
mon. Ah f puis- je y penser , et ne pas mouiir
de douleur !
Mais ce n'est encore là,M. F. , qu'une partie de la malice de la communion indigne ; les drconstances dont elle est accompagnée la rendent le plus odieux de tous les sacrilèges- Quelles sont-elles , ces circonstances ? Pénétrez-vous-en , M. F. ! Ah ! pourrai-jc /amais vous en faire sentir toute Hndignité ? En quel temps un indigne communiant s'ca prend-il h J. C? dans le temps qu'il en reçoit le bienfait le plus signalé, dans un temps où 2 semble vouloir l'honorer davantage ; c'est dans ce temps-là qu'il le déshonore , autant qu'il le peut déshonorer; qu'il renouvelle, en quelque sorte , tous les tourmens'^de sa Passion , et qu'il enchérit même en un sens , sur la malice de ceux qui conspirèrent à sa mort.
Reprenons ces circonstances ; l'ingratitude la plus monstrueuse , la trahison , l'hypocrisie la plus noire , le renouvellement de la Passion de J. C. d'une manière qui lui est plus sensible que tout ce qu'il a autrefois enduré. Pour découvrir cette indigne
174 Four le Dimanche
conduite da pécheur sacrilège , suivons ses démarches. Quel dessein forme un chrétien, une chrétienne qui s'approchent de la table en état de péché mortel ? Au lieu de marquer leur reconnoissance de la bonté infinie de J. G. à leur égard , ce malheureux , cette malheureuse ne craignent pas de se nourrir de sa chaip , 'quoiqu'ils n'ignorent pas quils -en font indignes ; qu'ils sont ses ennemis, et qu^ils lui déplaisent ^infiniment , en commiH niant en cet état. C'est après avoir fait une mauvaise confession, c'est la haine dans le cœur, etc.
A l'ingratitude, le sacrilège en communiant joint la ti^ahison , la perfidie , l'hypocrisie. Voyez-le mêlé avec les âmes justes ; ne diriez-vous pas , à le voir , que c'est un disciple de J. C, qu'il est rempli d'amour pour lui ; il s'approche de la table de la communion , les yeux baissés , les mains jointes ; il se prosterne à deux genoux. Ah ! maudit
hypocrite , que fais-tu ? Ignores -tu donc que le Dieu que tu vas recevoir connoit le fond de ton cœur? Ne crains tu pas qu'il ne fasse sortir de son sanctuaire un feu qui te dévore, ou qu'il n'ordonne à la terre de t'engloutîr tout vivant , comme il fît à Tégard de Coré , Dathan et Abiron. Non , M. F. , il ne le craint pas, il se présente avec hardiesse; conune' un autre Judas , il trahit son maître par un baiser , U le livre par-là à son plus cruel en*
de la Passion* l'jS
£^ tl Koi Le démon qui est déjà le maître de son -éti^l cœur, se saisit en cpielqae sorte de la peritume sacrée du Sauveur , et il se passe dans Je corps et dans le cœur de ce malheureux un spectacle non moins étrange que dans le temps de la Passion de J. C. Rappelons-nous les différées supplices qu'endura le Sauveur dans le jardm des Olives , devant les difierens tribu- Baux où il fut conduit, et sur le calvaire ; ils sont ici renouvelés avec une malice qui ne s'est point rencontrée dans les Juifs
même.
On montrera comment se fait ce renouvellement des tourmens du Sauveur; et après le détail , on ajoutera que la malice d'un commoniant sacrilège l'emporte sur celle des Juifs; i.^ parce qu'il est plus éclairé ; a,^ parce qu'il outi âge J. C. dans son état de gloire ; 3.^ parce qu'il multiplie souvent et continuai ses sacrilèges.
O cieux! étonnez-vous et soyez saisis de frayeur! Vous, soleil, qui vous éclipsâtes à la mort de Jésus, comment pouvez-vous éclairer un indigne communiant? etc.
Ah ! M. ^^• Dieu les souffre : mais c'est souvent pour leur . malheur: c'est pour leur faire porter le juste châtiment de leurs crimes. Voici, M. F., ce qui doit achever de vous donner de la communion sacrilège la plus vive crainte de Dieu, qui est essentiellement
fjG Four le Dimanche*^
juste, qui met une exacte proportion entre le erime et le châtiment, et punit l*indigne conimuniant de la manière la pltis frappante, et qui étant bien réfléchie , devroit engager tout homme qui a un peu de foi à se garantir du crin» de la communion indigne avec tout le soin possible. Mais encore quelles sont ces punitions que I^u tire du crime dont nous parlons? On peut en distinguer de trois sortes; punitions corporelles ; punitions spirituelles; punitions étemelles.
Punitions corporelles. S. Paul le déclaroit déjà de son temps : Ideb , disoit-il aux Corinthiens, inter vos multi infirmi et imbecUles^ et dormiunt multu Oui, les m-cttadies, la mort prématurée , et quelquefois même éclatante, sont des châtimens de la communion indigne. Saint Cyprien, Sermo de lapsîs^ nous en fournit des exemples frappans. Ajouter à cela les grêles qui arrivent un peu après Pâques ^ ou quel> «{uefois même loi^qu'ou est sur le point àb recueillir les fruits de la terre, qui peuv^iC être regardées comme des châtimens des com^ muions sacrilèges, qui se commettent sur-tou* dans le temps de Pâques. 0^ dit TApôtre, si nous avions soin de nous bien éprouver nous-mêmes avant que de communier , le Seigneur ne nous puniroit pas de la sorte: Si nosmetipsos dijudicaremus^ non utii/ue dijudicarenmn Et les maux dont il nous a frappés jus-
de la Passion* 177
qulci sont un avertissement qu*il nous fait de BOUS mieux préparer à Tavenir: Dum judîcamur aulem , à Domino corripimur. Il veut sur-tout nous préserver de la damnation étemelle, et ne pas nous perdre avec les impies : Ut non cum hoc manio damnemur. Car, M. F., la communion indigne est un des péchés qui damne le plus infailliblement; Dieu le punit par Taveuglement d'esprit , qui conduit peu-à-peu à l'impénitence. Dès qu'on a eu la hardiesse de s'approcher de la sainte tabje en mauvais état, le crime ne coûte presque plus rien; on s*y endurcit, et souvent on y meurt. Judas en est un triste exemple» ( On détaillera les suites de sa communion- samlège. ) ExivH coniïnuo; hifromi in eum saianas. Il livre son maître; il n'est plus touché de ce qu'il lui dit; il se met à la tête de ses ennemis ; il entre dans le désespoiry Et laqueo se suspendît. Ne serez- "VOUS pas touchés, M. F., d'un exemple si frappant. Hélas! on en voit encore de temps en temps de pareils, s'il ne sont pas aussi pnblics, ils sont aussi réels. ( On prouvera ceci par ^exemple de quelques-uns dé ses auditeurSï ) Avant que de faire la première communion sacnlège, ils sentoient des remords; la pai'ole dé Dieu feisoit encore sur eux quelque impression ; n^ dès qu'ils ont eu le malheur de communier indignement , leur €sprit s'e»t aveuglé> leur cœur s'est endurci,
178 Pour le Dinumche ^'
et il faudroit un miracle de la grâce pour -^ ks changer. L* Apôtre S. Paul va mêine 'y» '^ qu'à dire , que leur jugement est déjà fio»- is.; seulement prononcé, mais qu'ils l'ont aval^ -z; qu'ils l'ont , pour ainsi dire , incorporé «n .i eux; Judicium sibi manducat et bibiL Avez-vooB ii jamais compris, M. F., la force de cette e^ .1 pression: Sibi manducat et bibit^ il a avalé floki z jugement de condamnation? Ce n'est pas seulement sur du papier que son jugement est écrit; ce n'est pas sur l'airain qu'il est grav^ c'est dans son cœur qu'il est imprimé; il est« pour ainsi dire, uni avec lui-même. Comment pourra-t-il le faire révoquer? Comment l'effacer ? Ah ! M. F. , c'est ce qui est extrêmement difficile , et on peut lui appliquer ùe que S. Paul dit aux Hébreux, de ceux qui abandonnoient la loi chrétienne : Vohmîariè peccantibus non relinquitur pro peccaiîs hostim. Et en effet, M. F., quel avocat pourra avok* auprès de Dieu celui qui a outragé le plus rstdignement J. C. , qui a abusé de l'hosde sainte^ de l'hostie pacifique, etc. Je vous l'avoue, M. F., s'il y a voit quelque péché irrémissible^ je n'hésiterois pas de prononcer que ce seroH celui d'une communion indigne.
Ah ! M. F. , si quelqu'un de vous a été assea malheureux pour s'en rendre coupable ^ ^'Q gémisse, qu'il s'anéantisse, qu'il n'oublie rien pour appaiser la colère de Dieu; sans doute
de la Passion» i7p
[ae sa bonté ne l'a conservé jusqu'à cette ^âques , que pour lui faire réparer son sacri* bge. Pour vous, âmes justes, qui en avez touours eu de Thorreur , apprenez comment vous levez vous en préserver. Je vais vous l'apprendre , en vous mettant sous les yeux en combien de manières on se rend coupable d'une indigne communion.
IL POINT
Jx vous Tai dit, M. F. , dans le commencement, et il n*est que trop vrai, que le nombre des communions sacrilèges est plus grand qu'on ne le pense; puisque tant de ■geoS conununient, et que les crimes sont cependant si conununs, que Ton voit même, pea de temps après Pâques, ceux là -même qoi se sont approchés de la sainte table, continuer la vie criminelle qu'ils menoient auparavant.
Plusieurs sortes de personnes tombent dans le crime d'une indigne communion^ les unes.
par une malice formée, les autres par une illusion criminelle. Oui , et le dirai-je sans gémir! Il est des chrétiens, si toutefois on peut leur donner ce nom; disons mieux ^ il est des monstres dans la religion qui ont assez de bardiesçe pour se présenter à la sainte table avec une malice délibérée , sachant bien qu'ils
i8o Tour le Dimanche
sont en dtat de péché mortel, qu*ifs n'ont pas voulu déclarer dans la confession. Je n'ai garde de soupçonner afucun de vous d'une telle iniquité; ces sortes de gens sont dignes de toutes les foudres du Ciel. Ce seroit en vain que nous voudrions leur remontrer leur malice 7 ils ne viennent point nons entendre; ou s'ils assistent à nos instructions , c'est comme Judas , lorsque son maître lui manifesta la grandeur de son crime; les ministres du Seigneur , à l'exemple de lem* maître , ont quelquefoiis la tristesse de donner îa communion à ces noaveaux Judas. Laissons ^ M. F. , laissons ces hommes monstrnenx , pour examiner une autre sorte- de chrétiens 9 qui, quoique moins scélérats que les premiers^ Be laissent pas d'être coupables de la profanation de l'Eucharistie. Et qui sont-ils, M.F.? Quantité de chrétiens de hin et de l'antre sexe, qui eonarmunient après des confessions imparfaites, dans quelques habitudes criminelles auxq[uelles il n'^ont pas sincèrement renoncé, dans rengagement au péché, dans l'occasion prochaine de le commettre et qu'ils ne veulent pas quitter, dans ^inimitié contre le prochain.
Ce n'est pas que ces chrétiens veuillent, de sang froid et par malice , recevoir indignement le corps du Sauveur ; mais ils ne s*éfiroavent pas ass^i Us^. n'examinent pas asses
de la Passwm î5i
si leur cœur est détaché tlu péché; ils se persuadent • faussement que pourvu qu'ils se confessent et qu^ils reçoivent l'absolution ^ c'en est assez pour s'approcher de la sainte table. Voilà ce qu'on appelle sacrilège d'illiiâion, de tromper re , de fausse conscience; ils s'aveuglent sur leur étatf leurs passions les aveuglent ; le démon les aveugle. Ou^ vrez aujourd'hui les yeux , M. F. , et voyez si vous ne vous en êtes pas rendus coupables. Je ne crains pas de le dire, il y en a plusieurs parmi vous, qui ont fait jusqu'ici des communiofls sacrilèges , parce quils ont communié sans être changés, sans avoir la robe nuptiale , qui est la charité , l'amour de Dieu et du prochain , tel qu'il nous est commandé*
Vcnon»,au détail, et voyons comment plu- Meurs se comportent, lorsqu'ils pensent à faire leur Pâques. Commencent-ils par quitter leurs péchés ? Est-ce à cela ipi'il pensent d'abord? On les exhorte dès l'entrée du Carême et même auparavant,^ et malgré tout cela ils sont toujours les mêmes» Le temps paschal approche-t-il? Ne peuvent- ils plus différer d'approcher du tribunal de la pénitence ? Com* ment s'y pvéparent-ils ? Par un examen fort superficiel  qui s'adressent-ils? Au confesseur le plus indulgent ; et s'ils en con* liassent un qui ne voudra pas leur pern^ttre^
iSa Pour le Dimanche
la communion qu'ils n'aient changé de vie, ou qui veuille sonder leurs plaies, ils n'auront garde d'aller à lui. Que s'ils tombent entre les mains d'un prudent médecin, d'un zélé confesseur qui exige d'eux une épreuve suffisante, ne le quittent-ils pas pour aller à d'autres ? Ou s'ils reviennent-à lui , n'usërontils pas de déguis^nent ? Ne '■ feront-ils pas de fausses promesses? N'exagéreront-ils pas leur prétendue conversion , pour extorquer une absolution qui ne fait que les rendre plus condamnables ? Ah ! M. F. , qu'il est de gens qui se trompent eux-mêmes!
Combien , dit S. Cyprien , qui exhalant encore , pour ainsi dire , l'odeur de leurs crimes , vont ravir le corps de notre Seigneur , sans avoir bien purifié leur conscience, sans avoir pris un temps suffisant pour se prépai*er à une action si sainte ! Quàm mulii^ ex^ kalantibus etiam nunç scelus suum faucibus , Do^ mini corpus irufadunt , antè purgatam conscieniiam^ aniè espiata delicta ! Rentrez en vous-mêmes 9 j eunes gens; vous sur-tout, qui vous fréquentez sous prétexte d'établissement, et qui te faites peut-être depuis long-t^mps contre le gré d'un père et d'une mère. Rentrez en vous* mêmes, vous chrétiens engagés dans le monde, dans certains emplois, dans certaines prcyfessions dangereuses pour la conscience, OLi vous commettez peut-être mille injustices sur .lesquelles vous n'avez jamais voulu vous
de la PassioTu i8S
^rcir; vous dont la vie est toute mondaine, tout-à-fait contraire aux maximes de l'Ëvan- |ile; vous tous qui peut-être depuis de longues années êtes sujets à des emportemcns iorribles, à des paroles scandaleuses, qui relisez de parler à une personne de qui vous croyez avoir été insultés ; vous qui retenez depuis long-temps un bien que vous doutez TOUS appartenir justement, etc. Je veux croire cependant que plusieurs de ceux qui se confessent mettent un ceitain intervalle entre leurs crimes et leur communion. Mais quel intervalle! Hélas! à peine s*a])sticnt- on durant quelques jours de ses péchés ordinaiics! Et aussitôt après une confession faite à la faâte 5 ils vont hardiment se nourrir du pain des Anges. Leur cœur est-il bien changé?
Non 9 M. F. , le changement n'est qu'apparent, et les rechûtes promptes, qui leur arrivent presque aussitôt après leur Pâques^ en sont une preuve trop convaincante.
Ah ! M. F. , ne vous exposez pas au malheur de communier indignement, et prenez tout le temps nécessaire pour faire une véritable Pâques ; et ne dites pas que le temps paschal va bientôt finir; c'est à vous à prendre vos précautions ; et si votre confesseur ne vous juge pas en état de communier durant cette quinzaine, souvenez -vous que iEglise loi donne le pouvoir de diiTérer voire
i84 Poz/r le Dimanche
communion, il n*est temps de la faire pooi^ vous, que lorsque vous serez disposés. Dans Tancienne loi Dieu avoit ordonné qu'un homme qui se seroit trouvé incommodé 9 c'est-à-dire, hors d'e'lat de faire la Pâques avec les autres le premier mois , la ferolt le mois suivant: Homo (jui immundus fuerit j fadat phase Domini mense secundo» Le Seigneur a renouvelé ce précepte dans la loi de* grâce par la bouche de TEglise, lorsqu'elle a laissé aux confesseurs le pouvoir de différer la Pâques des chrétiens, quand ils le jugeroient à propos. Ainsi, M. P., laissez agir votre confesseur; et que ni le respect humain ni aucun autre motif ne soient capables de vous faire approcher de la communion sans la préparation nécessaire. Formez-en aujourd'hui la résolution ; et pour vous la faire réduii e en pratique , méditez tous les jours ce qui a fait le sujet de cet entretien. De tous les sacrilèges, il n'en est point de plus énoime en lui-même que Tindigne comnmuion ; point de plus odieus dans ses circonstances^ point de plus funeste dans ses suites. Ajoutez-y ce terrible anathême du fils de D'>eu, ah! ne sera-ce point sur vous quil tombera? Vœ bomiai M , per quem Jkius hominîS' iradetur.
( Matth. 2&. ) Je tremble , M. F.. , en prononçant cette UKdédietion , malheui* à celui par qui le Fila de Dieu sera livré à cetle
de la passion» i&S
liqnes! Malheur à cette fille, à cette femme, [Il ce jeane homme, aa père de famille qui
eommonieront indignement Sur qui tombera Itette malédiction ? Sur qui, M. F. ? Sur ceux 'fnne sont pas touchés de cet entretien, et fii étant dans Vétat du péché , négligeront ie prendre des moyens eJQicaces pour en sortir. Âhl je vous en conjure , M. F. , par l'I/ostie sainte que je vous distribuerai et qui Q s^immolêr sur l'autel; que cette hoslie ne serve pas à votre condamnation , à la plus tflTrease de tontes les condamnations ; mais plutôt à augmenter en vous la vie de la grâce ^ et à vous conduire h la vie éternelle, ^e CCS pai'oles se vérifient à Tégard de chacoade wousz^Corpus Domînî nostri Jesu Chrisli atshdiai anîmam iuam in vîîam œfernam. Amen,
Nota. On peut varier aisément le plan du prône que Ton vient de donner; par ex. on montrera dans un premier point la grandeur de rinjure que la communion sacrilège fait à J. C. ; et dans le second , la rigueur du diâtiment dont elle est punie.
Ou bien , on le proposera de cette façon.
Rien de plus à craindre qu'une communion sacrilège , premier point Elle est cependant très-commune , second point Mais de quelque manière qu'on envisage ce sujet, il ne faut pas perdre de vue le but de cette insti*ucûon,, qui est de préserver les âmes justes
i86 Tout le Dimanche
du crime de l'indigne communion , et de porter les péchew:*s à ne rien oublier pour purifier leur cœur avant que d*aller à la sainte table , et à suivre avec docilité les avis d'un sage confesseur.
De la grandeur et de la i^ertu du sacri" Jice de la Croix , et de ïabus que plw* sieurs en font*
Xj^epitre de la messe de ce jour est tirée du neuvième chapitre de la lettre de S. Paul aux Hébreux , c'est-à-dire, aux Juifs convertis à la foi de J. C. Ce fut une lettre circulaire que TApôtre écrivit de Rome » vers Tan 60 de J. C. à tous les Juifs convertis, dont un grand nombre étoit dispersé dalis les différentes parties de Tunivers. H s'adressa particulièrement à ceux qui demeuroient dans la Judée. Plusieurs croient qu'elle fut écrite en hébreu ou en syriaque ; elle contient i3 chapitres. Le but des dix premiers est de dé« tacher de plus en plus les Hébreux du pea* chant qu'ils conservoient toujours pour l'ancien Testament, et qui les portoit à allier ensemble la loi ancienne et TËvangUe , J. C»
de la Passion. 187
%l Moyse. Pour cela il leur fait voir Tentière préâninence de la personne et de la loi de Moyse. H en vient ensuite au sacerdoce de J. G. et à la dignité de son sacrifice , dont ceux de l'ancienne loi n'étoient que la figure. C'est ce qui remplit la lettre jusqu'au 19. ver* set du 10 chapitre. Le reste contient des préceptes moraux; il s'attache i, particulièrement dans ces derniers chapitres, à consoler les Hébreux parmi les persécutions qu^ils souffroient , et à les afiermir dans la foi et les vertus chrétiennes.
L'Eglise a choisi, dans cette épitre, ce qui convient le mieux au sacrifice de la croix, dont elle rappelle la mémoire dans cette quin* zaine; savoir, depuis le verset 11. du 9 chapitre jusqu'au i5, elle commence par ces mots : Christus assisfens Ponlifex futurorum bo* norum , per amplius et perjectius iabernaculum , nûipte per sanguinem hircorum , sed per proprium sanguinem intromt semel in sancia. Et îdeo noi>i Êestamenti medialor est , ut morte intercedente ^ etc.
n n'est peut-être pas une épître dans l'année qui fournisse un plus grand sujet que celle-ci. Dans l'épitre du dimanche précédent, l'Eglise nous montre la difierence de l'ancien Testament et du nouveau, dans l'allégorie que S- Paul en a faite écrivant aux Galates; au* )Ourd'hui elle nous met devant les yeux ce qu'il y a de plus grand dans la loi de grâce ^
î88 Pour le Dimanche
et ce qui a été la source des biens spîritiklk que les hommes ont reçus depuis la création du monde ; c*est le grand sacrifice de lar croix, c'est la mm't du grand Prêtre de la loi de grâce , par laquelle ont été expiés les péchés de tous les hommes qui ont vécu , qui vivent et qui vivront II se présente un beau et grand sujet à traiter à Toccasion de cette épîtrc, et d'où Ton peut tirer une excellente morale très-convenable au temps présent ; c'est le prix et la vertu du sacrifice de la croix , c* l'abus que l'on en fait , sur-tout au temps paschal. U seroit bon de faire la lecture dç lépître.
L'Eglise, M. F. , qui veut nous engager • à ne point perdre de vue la Passion de J. C.
sur - tout Jduran cette quinzaine , et nous disposer à profiter de cette divine Passion par une digne communion , nous r<ippelle dans l'épitre de ce jour le grand sacrifice de la croix. Dimanche dernier nous vous mon* ti*âmes la différence de l'ancien et du nouveau Testament , et la supériorité de la loi de grâce sur la loi ancienne ; mais ce qui distingue psurticulièrement et ce qui relève le plus le nouveau testament , c'est la qualité du Pontife , c'est l'excellence et la vertu du sacrifice qu'ail a offert , et dont nous renouvelons tous les jours la mémoire à l'auteL Je me propose , M. F. , de vous entretenir
de la Passioîu 189
ID}oard*hui de la grandeur et de la vertu du sacrifice de la croix , pour vous engager à entrer dans les sentimens que TEglise veut nous inspirer dans le temps oh nous sommes; eje vous montrerai en même temps Tindigne conduite de plusieurs chrétiens, qui rendent inutile à leur égard le prix de ce grand sacrifice , et qui le renouvellent même par la Dianiài*e dont ils approchent des sacremens. n n'eit point de sujet plus excellent que celui-ci , M. F. , il n*en est point dont il vous importe plus de profiter. Quelle est la grandeur et la vertu du sacrifice de la croix? Ce sera le premier point. Quel abus fait-on du sacrifice de la croix? Ce sera le sujet du second jpoint