‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de ToulChapitre 28 sur 39 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

L'icLiSE catholique, dont je me propose de vous montrer la vérité , est une société vivante d'hommes qui font profession de la foi de J. G. , sous l'obéissance de notre saint

33o Pour le IL Dimanche Père le Pape, successeur de S, Pierre. Elle est appelée catholique , c'est-k-dire, universelle: on l'appelle aussi l'Eglise romaine, parce que son chef, qui est noti-e S. Père le Pape, réside à Rome. H y a différentes Eglises qui prennent le nom d'Eglises chrétiennes. B s'agit de savoir laquelle mérite ce titre préférablement à toutes les autres. Car selon la parole de J. C. , il n'y en a qu'une qui soit véritable : Unum oi>iir. J. C. d'ailleurs ne peut pas Stt contredire , puisqu'il est la vérité même; il nous ordonne d'écouter cette Eglise; et il déclare que quiconque refuse de l'écouter et de lui obéir, doit être'regardé comme un païen et un publicain. De quelle conséquence n'est- il donc pas, M. F. , de démêler la véritable dans un si grand nombre dé fausses ? Or , comment pouvoir la distinguer^ et quelle marque en avons-nnus?Ellessont contenues, ces marques, dans le symbole de la foi , que l'on chante à la messe. Je crois , disons-nous , une Eglise sainte, catholique et apostolique. Et à laquelle ces marque» con^ viennent-elles? A aucune autre Eglise qu'à celle dont vous avez le bonheur d'être les membres. Vous en êtes déjà persuadés; mais vous vous en persuaderez de plus en plus , si vous voulez réfléchir sur ce qui en prouve* la vérité ; et vous sentirez l'obligation où vous êlès d'en témoigner à Dieu votre reconnoîssance«

après Vaques • 33 1

On Tiendra au détail .de chacune de ces marques, et on expliquera en peu de mots, i.o que ce n'est que dans VEglise romaine que se trouvent les principes de l'unité; qu'elle seule a la règle infaillible de la foi ; que toutes les autres sont appuyées sur l'opinion des hommes sujets à l'erreur, qui se combattent les uns les autres, et n'ont aucune règle infaillible pour terminer leurs différends; et ne peuvent même être bien assurés d'avoir les saintes Ecritures sans altération.

On passera ensuite à la seconde marque, ^^i est la sainteté. Sainteté dans sa doctrine, sainteté dans le chef invisible, sainteté dans les membres ; et quoique tous n'aient pas la sainteté intérieure , ils en font profession , ils peuvent l'acquérir. Que de saints et saintes n'y trouve-t-on pas depuis son établissement ? Au contraire, hors de cette Eglise, nulle véritable sainteté. Dans les autres religions , ce n'est qu'orgueil , que désobéissance aux puissances légitimes ; et leur morale autorise le dérèglement des mœurs..

On en viendra à la troisième marque, qui est la catholicité. C'est ce nom de calholique qui nous distingue de tous ceux qui profes- ^ sent quelque autre religion que la nôtre ; ils nous, le donnent eux-mêmes, et S. Augustin nous assure que les hérétiques de son temps le doimoient déjà à ceux qui professoient la

33 j Pour le IL Dimancht

religion de N. S. P. le Pape. En effet îl n'y a proprement que nous à qui ce' nom puisse convenir, la seule Eglise romaine est vraiment catholique, sa foi .a été prêchée dans tout le monde; elle est encore répandue plus qu'aucune autre religion ; et elle subsistera dans tous les siècles; elle a vu les différentes hérésies se succéder les unes aux autres; mais elle n*a pas été sujète aux 'mêmes chan-gemens. Toute la puissance des empereurs qui Tout persécutée, pendant pi es de trois cents ans, toute la fureur des hérétiques qui Vont toujou**s oombattne, n-ont pas éké capables de la détruire.

On éclaircira spécialement la quatrième marque, qui est Tapostolicilé. lia véritable Eglise est fondée sur -les Apôtres: Suptrfun^ dcmenUim Aposiolorum. ( Eph. 2.) Principalement sur S. Pierre : Tu es Pefrus , et super hanc pefratn œdijicabo Ecclesiam me^m , ek.

(Mattli. 16.) d*oîi il est évident que nulle autre Eglise ne peut se glorifier d'avoir les successeurs des Âpâtres^ que la catholique.

Bien de plus clairement démontré par la tradition de tous les ^ècles ; de sorte que cette preuve seule devroit faire ouvrir les yeux à tous ceux qui sont sépares d« t^Eglis^ romaine; puisque selon la promesse de î. C même , celle qui étoit autrefois la véritable Eglise , doit Têtie encore présentement. Les

après Toques* 333

portés de l'enfer , c'est-à-dire , . tous les efforts • des démoDS et toutes les puissances terrestres n'ontjamaiseu et ne pourront jamais Tébranler. Jamais cette Eglise fondée par J. C. même sur S. Pierre, ne périra; elle a été, elle est, elle sera toujours la colonne de la vérité. Qu'il est consolant pour nous, M^ F. , de panvoir nous dire que nous sommes dans la vraie religion^ dé Je C. Nos pères autrefois idolâtres éioient des brebis égarées , mais le boa> Basteur les a iaik rentrer dans son troupeaux Bes> Apôtres et leurs successeurs les ont éclairés des lumières de TEvangile > par> une» faveur dont nous ne remercierons jamais f assez la ' miséricorde infinie de notre Dleuv^La véritable foi s'est soutenue jusqu'à ptésent , dans • notre province ; puisse^ t-elle , M/ F;, s'y conserver jusqu'à la fin des siècles! Dû moins qu'il ne tienne pas à nous qu*elle ne - s^ perpétue; Fortifions-nous-y de plus «1 pli»; croyons fermement que l'Eglise romaine est la seule véritable Eglise établie ])ar J. G. hors de laquelle on ne peut faire son salut C'est la seule porte pour arriver au Ciel ; quiconque veut vivi^ dans d'autres sociétés, s'égare et se perd infailliblement.

Mais est-ce assez que nous soyons membres da cette Eglise, pour arriver au royaume céleste? Non, M. F. , il faut que nous vivions en vrais catholiques; que nous nous corn*

334 Pour le IL Dùr^artche portions comme de dignes membres de J. C' et de véritables enfans de l'Eglise catboli<jiie9 apostolique et romaine.

IL POINT

Cbst sans doute , M. F., une grande faveur du ciel , d'être nés dans la véritable Eglise 9' et d'avoir été ainsi privilégiés; mais nous n'en serons que plus condamnables, si nous ne nous comportons pas en vrais catholiques, comme , de dignes membres de J. C. et de vrais enfans de TEglise Romaine. Or, conunexit devez- vous vous comporter «n qualité de catholiques ? A quelles marques doit-on vous reconnoître? A deux essentielles, i.*^ à la pureté et à la docilité de votre foi. la.o A' la sainteté et' à l'édification de vos mœurs.

Je dis , i.^ à la pureté et à la docilité de votre foi. Notre Eglise est une, c'est-à-dire, qu'elle professe par- tout , la même doctrine : Vna fides. (Eph. ^*) H faut donc que vous croyiez tous les mêmes vérités que cette Eglise vous ptx)pose , qu'il n'y ait point de divisions parini vous dans ce qui regarde la foi. On pourra faire la prière que faisoit S. Paul aux Corinthiens : Obsecro ws , fratres^ per nomen Damîni nostri Jesu Christi ^ ut idipsum dicatis omnes^ etc. ( i. Cor. i.) (On ajoutera quelque chose de la soumission au premier *

après Faques. 335

Pastâur qae J.C. a établi pour nous enseigner, et on insistera plus ou moins, selon les lieux et les personnes. )

La seconde marque qui doit nous distinguer, c*est la sainteté de nos mœurs. Rien de plus commun dans les Epitres de S. Paul , que le nom de Saints donné aux chrétiens. Ce ii*est pas qu'ils fussent tous saints effectivement; mais TApôtre les appeloit de ce nom pour leur faire connoître l'obligation où ils étoient de mener une vie sainte. Eh ! comment , M. F., oseriez- vous déshonorer, par vos mœurs, la sainteté de l'Eglise dont vous, êtes membres? Quelle injure ne lui feriezyous pas ? Que seroit-ce si , sous un chef^ saint , on voyoit des membres infectés du péché ? Quel tort pour la véritable religion, si les catholiques se livroient aux mêmes désordres que les hérétiques , les Juifs et les païens ? Vous devez donc , M. F. , honorer votre religion par une conduite édifiante , qui ferme la bouche aux ennemis de l'Eglise, qui. les force même en quelque sorte d'en reconnoite la vérité , et les engage à rentrer dans son sein. N'oubliez pas que le nom de catholique est pour vous infiniment honorable, ef que vous devez le soutenir, non-seulement par une profession éclatante de votre foi ,.

mais encore par la régularité de votre conduite, en pratiquant tous les préceptes que

336 Pour h IL Dimanche ^^

nous avons reçus des Apôtres, et en obâi-^^ sànt à leurs successeurs , spécialement à N. . S. P. le Pape et à notre propre Evêqoei ^ avec la soumission qu^un eufant doit à son ^ Père.

On en viendra à l'application ; on moralisentj selon que la prudence le demandera ; sur-toirt|s'il s'y trouve des paroissiens qui donnetit ds, scandale. On leur fera sentir le grand nul qu'ils font, et à quels châtimcns ils doivent i s'attendre de la part de cette même Eglise. ^ On pourra citer ce que fit S. Paul ausorel' ^ de l'incestueux de Corinthe.

On conclura, en exhortant les fidèles à profiter de la grâce que J. C. leur a faite » de les rassembler tous dans sa bergerie, et de le supplier, pendant la messe, de leur accorder des secours abondans , afin de remplir la signification de leur nom.

Nota. On peut tourner le second point d'une autre façon qui répondroit mieux au prenûer point. Comme on connoit la véritable Eglise à quatre marques , qui sont d'être une, sainte, catholique et apostolique ; on doit aussi distinguer les vrais fidèles à ces quatre signes; i.^ à leur unité dans la foi, croyant tous les mêmes dogmes, suivant la même morale; 2.^ à la sainteté de leurs mœurs, conservant leurs corps et leurs âmes dans la pointé , pour ressemljler à leur chef; 3.^ à

leur

après Pâques^ 337

leur catholicité , faisant par-tout profession de leur foi au péril de leur vie ; 4-^ enfin en se tenant inviolablement attachés à la doctrine des Apôtres , et sur-tout du chef des Apôtres , le souverain Pontife de TEglise romaine. H y a certaines paroisses où il faudroit insister sur cette dernière marque , leur inspirer un respect et un attachement inviolable pour le S. Siège : respect et attachement qui ont toujours été et qui seront tou- 1 cars la marque distinctive des vrais catholiques. On citeroit quelques beaux passages des Pères à ce sujet , spécialement (}e S.

Trénée et de S. Jérôme. (Voyez les leçons de l'office de S. Irénée. ) Voici comne parle S. Jérôme écrivant au Pape Damise , dans un temps où régnoitune division dans l'Eglise: Comine tout l'Orient, divisé et comme brisé Tun contre Vautre , déchire en lambeaux la lobe.du Seigneur, j*ai cru devoir consulter la chaire de S. Pierre , et cette foi qui a mérité les louanges de TApôtre. Le grand éloignement que la mer met entre nous , ne m'empêche pas de rechercher la perle précieuse , puisique les Eglises doivent s*as- . ^embler là où est le corps. C*est chez vous que la succession , le patrimoine de nos Pères, s*est consel'vé^sans corruption. Ainsi je m'attache de communion à la chaire de S* Pierre : Ego beatUudini iuœ , id est , cathedrœ Tome IL R

338 Tour le III. Dimanche Pétri communione consocior. Je sais que TEglise a été bâtie sur cette Pierre ; quiconque mangera TAgneau hors de cette maison est nn profane: celui qui ne se trouvera pas dans Tarclie de Noë, périra par le déluge.

On sait ce que S. Augustin a dit dans un de ses sermons , au sujet des Pélagiens ; dès que le S. Siège eut prononcé , il regarda la chose comme entièrement décidée : Causa finit a est.

Four le IIL dimanche après Pâques.

JLi*ivANGiLE du troisième dimanche i^rès Pâques est pris du sizième chapitre de Tévangile selon S. Jean. C'est radmirable sermon que le Sauveur fit à ses disciples avant sa Passion. L'Eglise a trouvé ce chapitre si instructif pour les fidèles , et si propre au temps paschal , qu'elle en a fait le sujet de Tévangile, trois dimanches consécutifs.

Aujourd'hui elle fait lire depuis le seizième #. jusqu'au vingt-deuxième. Dimanche prochain, isUé l'eprend le commencement du chapitre , dès le cinquième i^. jusqu'au qiia* torzième. Et le dimanche suivant , qui est le cinquième après Pâques, on lit à la messe la fin de ce même chapitre , depuis le vinf t« troisième f* jusqu'au trentième»

ùprès^ Pâques. SSq

Ce n'est pas au hasard que ces évangiles OQt été ainsi disposés , et que l'on a préféré de. rappeler aux fidèles le milieu du chapitre en ce dimanche, se réservant de leur en lire le comnïencement et la fin les deux dimanches saivans. U faut en chercher la raison dé conîenance. Elle ne peut venir que du sujet de morale que cet endroit renferme , et qu*il convient de proposer au peuple, quelques semaines après Pâques, avant que de leur parler de la venue du S. Esprit, et de la prière dont il est fait mention dans les évangiles des deux autres dimanches. Voici par où commence cet évangile : Modicum , et jam non çiâebitis me; et iterùtn modicum et videbitisme. I. C. annonce à ses disciples qu'il les quittera bientôt, et que bientôt après il se montrera à eux ; il leur dit qu'il retournera vers son Père, et qu'après son départ ils vivront dans la tristesse. Il les console en leur disant qu'il les reverra , qu'ils se réjouiront alors, et que personne ne leur ôtera leur joie.

n n*est pas difficile de voir quel a été le but de l'Eglise , lorsqu'elle a fixé ces paroles du Sauveur au troisième dimanche après Pâques. Comme elle ne désire rien taut que d'entretenir les fidèles dans la gtâce qu'ils ont reçue à Pâques et les eiigager à persévérer dans une vie nouvelle , elle leur rappelle les vérités les plus propres à leur faire

34o Pour le IIL Dimanche

supporter les travaux d'une vie chrétiame.

Elle leur fait entendre qu'ils doivent se p^ parer à beaucoup souSrir 9 à l'exemple de leur Maître ; mais en même temps elle les assure que leurs peines seront de pea da durée ; et que la récompense qui en doit être le fruit n'aura point de terme.

Ainsi à l'occasion des paroles de J. CL Modicum^ et nou çidebitis me^ que S. Augustin I expliquant dans un sens moral , entend de la courte durée de cette vie , et de la longueur de Tétemité , on peut traiter de 1a brièveté de la vie présente , des misères in- { séparables de cet exil, et de Tétemité bien- | heureuse ou malheureuse qui suivra nécéisairement le temps de notre péléiine^e.

L'épitre de ce jour , qui est tirée de la première de S. Pierre, ainsi que celle de dimanche dernier , confirme ce que nous v^ nous de dire du dessein de l'Eglise. Elle conunence par ces mots: Ckarissimi^ obsecr$ vos , etc. Ce rapport de l'épître avec l'évangile montre que l'Eghse souhaite que tous les chrétiens se souviennent, sur-tout en ce temps»

conmient ils doivent se regarder sur la terre \ qu'ils n'y sont que comme eu passant ^ et qu< l'éternité seule doit être l'objet de tous leut travaux. (Voyez les leçons pom* le troisièm dimanche après Pâques.)

après Tâques. 34 1

Premier sujet. De la brîéi^eté de cette i^ie^ et de la longueur de V éternité*

JLrA^&l*exorde, Ton dira anx auditeurs d*oti Tévangile est tiré. On expliquera les premières paroles dans le sens que S. Augustin les a expliquées.

L*évangile de ce jour, M. F., est pris du serinon le plus touchant que le Sauveur ait fait durant sa vie. H le prononça la veille de sa Passion , après avoir mangé avec ses Apôtres l'Agneau Paschal et institué la divine Eucharistie. L*Eglise a jugé à propos de nous en rappeler une partie , le troisième , le quatrième, et le cinquième dimanche après Pâques; elle a choisi ce qu'il y a de plus propre pour notre ipstruction en ce temps paschal. Voici ce que nous en avons lu ce matin. On en fera le récit, et on dira : Reprenons cet évangile , et arrêtoiis-nous d'abord aux premières paroles : Dans peu de temps vous ne me verrez plus , et peu ûè temps après vous me reverrez. Que signifieet-elles , et qu'a voulu dire par-là le Sauveur? Peut-être, M. F., que semblables aux disciples, vous n'en comprenez pas le sens :

Neseimus quid ioçuitur.

En voici l'explication telle que l'a donnée saint Augustin, un des plus saints et des plus édai-

34a Four lé IIL Dimanche

rés docteurs de l'Eglise. C'est comme si li Sauveur eût dit à ses disciples : Bientôt )e quitterai la terre pour retourna* vers mon Père, Ton va me mettre à mort; ensuite je ressusciterai, je me ferai voir à vous, je vous apparoitrai de temps en temps ; -mais mon séjour ne sera pas long; au bout de quarante jours, je monterai au ciel; mon départ vous causera de la tristesse; mais consolez- vous, je ne tarderai pas à vous revoir; après le court espace de la durée de ce monde , je viendrai juger les hommes; vous me verrez, vous screi dans la joie, et votre joie sera étemelle.

Que de salutaires réflexions, M. F., ne trouve-t-on pas à faire sur ce discoui^ du Sauveur! Que devons-nous en conclure? Le voici. C'est que cette vie est très-courte, et ne dure, pour ainsi dire, qu'un moment ; c*est que nous ne sommes ici4)as qu*en passant et conmie dans un exil; c'est qu'il y a une autre vie qui ne doit jamais finir ^ après laquelle nous devons sans cesse soupirer. Entretenons-nous, M. F., de ces pensées les plus dignes d'un chrétien, et les plus propres à nourrir en nous les sentimens de piété que nous avons dû prendre en ce saint temps de Pâques.

Voici en peu de mots ce que je veux vous en dire pour votre instruction. Notre vie est courte et nous sommes ici-bas hors de notre patrie; il ne faut donc pas nous atlAchei à ce

0prês Pâques» 343

BKmde) mais y vivre comme des étrangers et des voyageurs : ce sera mon premier point II y a, après cette vie^ une éternité bienheureuse €0 malheureuse, qui sera notre partage; il le&atdonc travailler ici-bas que pour nous rendre heureux pendant l'éternité : c'est mon ncood point

L POINT

. Il n*est pas difficile de persuader les hommes de la brièveté de la vie et des misères qui J'accomps^ent Pour peu que nous fassions réflexion à ce qui se passe dans ce monde, et parmi nous, nous ne pouvons disconvenir que cette vie ne soit également courte et misérable. Les premiers patriarches, dont la vie étoit bien plus longue que n'est celle des hommes d*à présent, en sentoient eux-mêmes la brièveté et les afflictions. Nous lisons au livre de la Genèse » que Jacob étant interrogé par un roi dEgypte, quel étoit son âge, il lui répondit : il y a cent trente ans que je suis voyageur, et mes jours ont été bien courts et remplis de peines : Dies peregrinationis meœ centum inginla annorum sunt^ parvi et matt. ( Gen. 47* ) Qu'estce en effet, M. F., que la vie présente? Quœ est emm t^ita t^estra ? dit S. Jacques. ( Jac. 4* ) C'est comme une vapeur qui paroit pour peu de temps et qui se dissipe bientôt : Vapor ad

344 ^2^ ^^ ^^^« Dimanche , toùdicumpanns. Interrogea^ le Psahnisté ; 3 vous dira que les jours de l'homme soot semblables à ane toile d*araignée, que le moindrlft veut détrait ( Psalmus 891 ) Le temps ordinaire de )a vie htmiaine est de soixante et ^ aM, A qaelques-nns le passent, le resté n*ést que travail et douleur. Mais combien qui qe par* viennent pas à un âge avancé ! Le plus grand nombre n'y arrive pas; presque tous sont enlevés, ou dans la jeunesse, ou dans l'âge viril. Un homme paroH aujourd'hui , dit le pi<$ax auteur de Vlmitaliôn, et demain il n'est pluàk J'ai vu , dit David , le pécheur dans ^élévatioë ; je n'ai fait que passeï*, et il a disparii à mes' yeux : Vidi impium suptrexédtatsm i itéMsM^ et ecce non erat. ( PsaK 16. )

Mais pei*sonne ne pourrait niieux: vouss dire ce qu'il en est , que ceux qiii en ont fint Texpérience. Je pourrois prendre à téméin les vieillards qui sont dans cet auditoire^ Les ssinéés qu'ils ont vécu leur paroiisseùk comme un Son'g^ pour peu qu'ils fassent attention an cômrs à» leur vie', ils y remarquent une succession de maux, qui n'Ont fait presque que se multiptier avec leurs jours.

J'ai cependant, M. F., un témoignage plu^ puissant à vous produire, et que l'Ecriture Sainte nous fournit au livre de la Sagesse, c'est celui des réprouvés. Ecoutez-les parier 4u fond de leurs supplices : A quoi nous

ixprès Pâques. 345

a servi , s*écrieQt-ils , notre orgueil 7 Que Doos reste-t-il de toutes nos richesses , dont nous nous sommes fait un sujet de vanité?

Toutes ces choses ont passé comme une ombre : Transierunt omnia ilia ianquam umbra^ ( Sap. 5. ) On lira la suite du chap. et on se servira des comparaisons qui y sont rapportées pour exprimer la brièveté de la vie : Sk et nos nati^ continué desmmus esse : à peine sommes nous nés, que nous avons cessé d'être. Talia durerunt in inferno ki qui peccaverunU Ils avouent même que quelque soin qu'ils aient eu de satisfaire leurs passions , leur vie a été remplie d*afflictions : Lassati sumus in nâ iniquilatis-i ambuîavimus çias difficiles.

Tenons-nous-en, M. F,,'à ce témoignage qui ne peut être suspect ; tirons-en pour Tédificationde nos mœurs, de maintes réflexions; que chacun rentre en soi-même, ceux surtout qui, jusqu'à présent , ont imité, les réprouvés dans leurs désordres : ( on fera raisonner chacun des auditeurs. ) Dites-vous à vousmême : Il y a tant d'années que ]e suis en ce monde; elles se sont écoulées comme up tocrent ; il ne me reste plus que peu de temps à vivre, peut-être seulement quelques jours qui s'écouleront avec une égale rapidité, après quoi je sortirai de ce motide, pour n'y plus rentrer ; maisons , héritages , plaisirs , charges ,

je quitterai tout et pour toujoiu^s, malgré nioi;

346 Tour le III. Dimanche

la machine de mon coq)s se dissoudra, eDe de* viendra la pâture des vers, et retôuroera dsms la . poussière d*oîi elle est sortie. Je ne serai ce- f^ pendant pas anéanti ; mon ame, cette ameqai *^ me distingue des animaux , cette ame créée à ^ rimage de Dieu, subsistera après sa sépa- ^ ration d*avec mon corps, elle subsistera pour ^ ne jamais monrir, elle sera même un jour ^ réunie à ce même corps; Dieu, par sa toatepuissance, me ressuscitera; je vivrai à jamms ou dans le ciel, ou dans Tenfer; ce n*est donc pas ici le lieu de ma patrie; je ne suis qu*uii étranger et un voyageur : voilà, M. F., ce que vous et moi devons dii*e.

Mais quelle conclusion devons-nous en tirerf Sans doute, M. F., ce n*est pas celle que Tantenr du livre de la Sagesse met dans la boudfe des impies : Notre vie est courte et accompagnée de chagrins; nous ne voyons personne revenir des enfers ; nous serons bientôt réduits en poussière; venez donc, et jouissons des biens qui sont en notre pouvoir; prenons tous ' les plaisirs que des jeunes gens peuvent se procurer, etc. Voyez tout ce chapitre, qui mérite bien d*étre exposé. Dixerunt ( impii ) cogilantes apud se non recfè : exiguum et tum tœiio est iempus pîlœ nostrcPj etc. ( Sap. 2. )

Hclas, M. F.^ il n'en est que trop dans ce siècle malheureux y peut-être même dans cette paroisse qui raisonnent ainsi , au moins dans

après Pâques* 347

lears cœurs; s'ils ne viennent pas à tirer une conséquence aussi impie que ceux dont nous venons de parler, ne concluent-ils pas souvent de la brièveté de la vie et des peines qui y sont inévita]>]es, qu'il faut du moins y prendre tous les plaisirs que l'on nomme honnêtes et permis ; qu'il faut éloigner , avec tout le soin possible, tout ce qui pourroit causer de la . peine? Non, M. F., non, ce n'est point raisonner en chrétien, en homme éclairé de la foi, que de tirer de semblables conséquences ; ce n'est ni de l'impiété, ni de l'amour propre que nous devons emprunter le langage; ce n'est point sur leurs maximes que des fidèles peuvent régler leurs moeurs ; c'est dans les lumières de la foi , dans les livres saints que nous devons apprendi^e à raisonner. Or, que nous dicte la foi? Que ce peu de temps que nous avons à vivre, ne nous est donné que pour mériter une vie éternelle; et que ce n'est que par les peines de la vie supportées chrétiennement , que l'on s'en rend digne. Que nous apprennent les livres saints ? ( Lisez l'Ecdésiaste, chap. i. alibi passim et in fine. )

Voici, Mu F., la vraie conclusion que vons ^ et moi devons tirer, après S. Paul, du peu de durée de la vie présente : Hoc ilaque dico\ fraires^ iempus brève est^ dit cet Apôtre; reïiquum es\ ut qui habent ujroresy tanquam non habentcs sittî; qui fleni^ lamquam non fientes ^^ eic^ quiufvn-

348 Pour le III. Dimanche

iur hoc mundo^ iamquam non utantur^ prœleri enim figura hujus munii. ( i. Cor. 7. ) Voytt encore ce qu*il dit dans la a. aux G>rinthieDS,' chap. 4- ^t 5. Nous somm^ des voyageurs; nous n'avons point ici de demeure fixe; tout ce que nous voyons n*est que temporel; le Seigneur nous a bâti dans le ciel une maison qui ne sera jamais détruite. Cest pour cela que nous ne nous attachons à rien de ce (pii est dans ce monde ; nous soupirons après notre patrie, et nous ne pensons qu*à plaire à Dieu:

Qmniam ûim sumus in corpore^ peregrinamwr à Domino, Ingemiscimus graimti. Bonam polunfàtm babemus magii peregrinari à corpore^ etprœsentes £sse ad Dominum. Et ideb contendimus sipe absentes^ siçe prœ sentes placer e iiii.

On pourra ajouter quelques réflexions que Von fera aux auditeurs sur Taveuglement deâ hommes qui s'attachent à la vie, comme s'ils y dévoient toujours rester ; qui forment des projets pour des années qu'il n'auront pas; qui bâtissent des maisons qu'ils ne doivent habiter qu'en passant; et qui ne font rien, ou presque rien , pour assurer leur bonheur dans l'éternité. On démontrera cet aveuglement par quelque comparaison ; par ex. d'un voyagent qui s'amuseroit en chemin à bâtir une chambre magnifique, où il ne devroit loger qu'une nuit, et qui laisseroit tomber en ruine la maison qu'il a coutume d'habiter; d'un courtisant, qui

après 9â4fue^. 349

ne'vondroît pas se priver d*un amusement vain, pour mériter de son prince, par quelque court service, un posté très-honorable, lucratif et permanent; qui s*ezposeroit même, en désobéissant à son prince, d*étre privé de tous ses biens, et renfermé pour le reste de ses jours dans un affreux cachot N*est-ce point là, M.

F., votre histoire? Jusqu'à présent n'avez vous pas été uniquement attachés aux amusemens de la vie? etc. Filii hoininum^ usquequb gravi corde; ut quid diUgîtis vanitaîem'i etc. (Psal. 4»)

On finira par la belle prière que S. Pien-e Ëiisoit aux fidèles: Charîssimi^ obsecro vos^fanquam adpenas etperegrinos^ ahstinere ços à carnaîib'us desideriis. ( i. Pet. 2. ) Je vous la fais, M. F., cette prière avec tout le zèle dont je suis capable; détachez-vous de cette vie, regardezvous-y comme étrangers et voyageurs, ainsi que vos pères; dites avec David: Peregrinus sum sicut omnes patres mei, ( Psal. 38. ) Soupirez après votre patrie; souvenez-vous de ce qiiè dit S. Augustin, que quiconque ne gémit pas comme étranger sur la terre, ne se réjouira pas comme citoyen dans le ciel: Qui non gémit ut peregrinus , non gauâébit ut civis. Voyez leâ méditations ecclésiastiques , 3. dimanche après Pâques. )

Mais ne nous contentons pas de nous détacher de la vie présente, et dé soupirer après notre véritcd^le patrie. Travaillons incessam^-

35o Tour le IIT. Dimanche»

ment à nous rendre dignes du bonhenr qm Dousy est préparé: c*est à quoi doit nous porter la seconde considération que je vous ai proposée au comoiencement de cet entretien. ' Il y a après cette vie , une éternité bien- J heureuse ou malheureuse qui doit faire notre -! pailage; il ne faut donc travailler ici-bas que i pour nous rendre heureux dans l'éternité: c'est 2 le sujet d'un second point.

IL POINT

C'EST un vérité fondamentale de notre religion, et dont nous faisons profession dans le symbole, qu'il y a une vie étemelle; qu'après cette vie courte et passagère, nous irons dans la maison de notre éternité. Je crois, ditesvous chaque jour , la vie éternelle. Rien de plus clairement exprimé dans les saintes Ecritures de l'ancien et du nouveau T^tament^ que les justes, après cette vie, jouiront d'un bonheur sans fin , et que les pécheurs seront tourmentés à jamais par des supplices que l'esprit humain ne peut comprendre. Terrible jdternative , M. F. , et qui a fait trembler les saints. Il faut , se disoit à soi-même un grand saint, ( et nous devons nous le dire également, ) il faut nécessairement que je tombe dans l'une ou dans l'autre de ces éternités: In haac vel illam œternitatem cadam necesse est.

après 'Pâques. 35 î

\. Si on a lieu de douter de la foi de certains \ auditeurs, on ajoutera quelque chose pour i^ confirmer ce point essentiel de notre croyance; par exemple la justice de Dieu, le désir que nous avons tous naturellement de vivre à jamais.

Pourrions-nous, M. F,, si nous étions bien convaincus de cette grande vérité, et si nous nous en occupions sérieusement, pourrionsnous ne pas travailler à nous garantir du malheur éternel dont nous sommes menacés, et à nous assurer l'éternité bienheureuse, pour laquelle nous sommes créés? Car, nous dirions - nous à nous - mêmes , je suis dans ce monde pour travailler à m*as$urer un établissement éternel; le temps de la vie présente ne m'est donné que pour cela; il faut donc que toutes mes pensées, mes désirs, mes entretiens et mes occupations tendent à cette . fin ; tout ce qui ne va pas là , quelque estime qu'en fassent les hommes , n'est que vanité:

Qiddquidpro œlernitate non est^ disoil S.François de Sales, confias est. Tous les jours, toutes les heures, tous les momens même de ma vie, je devrois me demander , avec S. Louis de Gonzague : Quid hoc ad œiermia/em? Ce que je dis, ce que je fais^ me conduit>il h mon éternité bienheureuse? Ce voyage, ce procès, cette étude, cette récréation, etc. O! M. F. , que de pensées ne réformerions -nous pas, que

352 ^our le ÎÎI. Dimanche %

d'entretiens et cl*actîons inutiles ne retra&^' ^ cherions nous pas, si nous avions une foivÎTé -M de la vie future! Elle produiroit deux effets % principaux: le premier de nous faire éloi- | gner , avec Texactitude la plus grande , de tout \ ce qui nous détourneroit de notre félicité.

Le second, de nous faire employer tous lei momens de la vie présente pour la mérita*.

( On expliquera ces deux effets de la foi d'une vie future» ) Non, dira-t-on , rien de plus capable de nous faire éviter tout ce qui est contraire à notre fin dernière, que la foi de Téternité bienheureuse ou malheureuse.

Comment cela ? C'est que rien au monde ne pourroit nous dédommager de la perte des biens éternels, comme rien ne pourroit réparer le malheur oii nous tomberions en les perdanL Toutes les richesses périssables, tous les honneurs passagers ne seroient pas capables dé nous tenter, et de nous faire manquer à un seul de nos devoirs. ( Citez à cette occasion Texemple des martyrs , dont les supplices les plus cruels n'ont pu ébranler la foi. On pourra rapporter aussi l'histoire de Thomas Morus , Chancelier d'Angleterre qui eut la tête tranchée à Londres sous le Roi Henri VIII; la réponse qu'il fit à sa femme, lorsqu'elle liii proposa qu'il ne tenoit qu'à lui d'être délivré de sa prison , et de jouir plusieurs années de la faveur de son Roi , est citée dans plù-

après Pâques* 353

siélirs livrer, entr^autres dans le petit livre iutihilé:RëfIexiDns sur les (|uatre fii^ derhomme. C'est nnë belle preuve de la force qu*a la foi de l'éfertiité, pour vaincre les tentations les plus délicates: Me cr0]re2-yous donc si insensé, M dif-ii, que de préférer quelques courtes satisfactions il la récompense éternelle que j'at<^ tends dans le ciel, et m*exposer à des supplices qui ne finissent poiùt? )

Le second effet de cette mêmie foi, c*est de nous faire employer tous les momens de la vie utUëment, parce qu'il n'en est aucun auquel Tétemité ne puisse être attachée, et que celui que l'on négligeroit, ou que Ton emploieroit mal , seroit peut-être celui-là même qui décideroit de notre sort. Ah!

quand on attend une éternité, et qu*on Tattend incessamment, peut-on n'être pas dans une continuelle vigilance ? Peut-on se livrer, je ne dis pas à ses passions criminelles , mais même à l'inutilité? Nu/la saiis magea securitas ^ dit S. Grégoire , uhi perklitatur œiernitas.

On pourra finir par cette pensée si frap* liante des réprouvés et des élus. Que feroient les uns et les autres, s'il leur étoit permis de retourner sur la terre? Perdroient-ils leur temps , comme la plupart des hommes? Ils porteroient par-tout la pensée de l'éternité; les réprouvés ne différeroient pas d'un moment leur conversion j et les prédestinés re-

354 Pour le IIL Dimanche doubleroient à chaque instant leur ferveur.

Bientôt, M. F. , chacun de nous entrera dans Tune ou Tautre de ces demeures étemelles»

Notre sort est entre nos mains , .faisons à présent ce que nous voudrions avoir fait , lorsque notre éternité sera commencée: que chacun de nous , pour fruit de cet entretien, se demande à soi-même aujourd'hui, et chaque jour de cette semaine : Comment vondrois-je avoir vécu , lorsque je serai à la fin de ma vie? ( Détail pour, les différentes conditions.) Voulons-nous , M. F., assurer notre bonheur dans la vie future? Suivons les avis que donne S. Pierre dans Tépître de ce jour; elle contient les devoirs des chrétiens envers Dieu, envers leurs supérieurs, envers leurs égaux, et à Tégard d'eux-mêmes : Deum limele : regem honorificate : fraiernit aient diligite : subjecU estote omni humanœ creaturœ propter Deum. Conçersationem çestram inier génies habenies borumu (i. Pet. 2.) On recommandera davantage ceux des avis de Saint Pierre dont l'auditoire am^a plus besoin.

Second sujet y tiré de Vépitre 2. de S.

Pierre y chap. 2. t. 22. De la rechute»

V>^UTRB les sujels d'instruction que l'on trouve dans l'évangile de ce dimanche, il y

après Pâques. 355

en a ausçi âe très-importans dans Tepltre , qui sans doute a été choisie à ce dessein^ pour préserver les fidèles de la rechute dans le péché, et leur faire remplir tous leurs devoirs, soit envers Dieu, soit envers le produdn , soit envers eux-mêmes.

On peut donc parler, à l'occasion de cette ^tre , i.^ de la rechute dans le péché; a.^ des obligations du chrétien. Nous ne donnerons ici qu'un dessein d'instruction sur la rechute , qui est une matière al^solument nécessaiie à traiter dans le temps paschaL Pour ce qui est des devoirs des chrétiens, on peut les faire venir dans le corps de qiie1qu*auti*e instruction, ainsi que nous Pavons déjà insinué à la fin du premier dessein sur l'évangile de ce dimanche.

On prendra pour texte de son prône sur la rechute, le commencement de l'épître:

Charissimi ^ obsecro vos ^ etc.

La prière que faisoit S. Pierre aux premiei'S chrétiens nouvellement convertis à la foi, je viens vous la faire , M. F. , dans les mêmes sentimens, pour vous portera ne plus retomber dans le péché. Vous avez en le bonheur de vous en puiifier dans votre confession de Pâques ; vous avez protesté de ne plus le commettre. Ah ! je vous en conjure , soyea fermes dans la résolution que vous avez prise. Gardez-vous désormais de pécher , de perdre

356 . pour le lîL Dimanche la grâce; sentez bien aujoard*hui combltt la rechute dans le péché est à craindre; ^^ concevez-en la plus vive horreur. Fasse k ^ ciel que je vous en pénètre bien , et (pie vous vous conservielz à jamais dans Theurem état où vous êtes !

Pourquoi devez- vous craindre infiniment de^ ^ retomber dans le péché ? Ce sera le premief point A quoi cette crainte doit-elle vool porter? Ce sera le second point

Voyez le P. Nepveu , tom. i , 3 et 4.

Bourdaloue dans son Carême; Giroux, tom. 5.

L POINT

Rien de plus à craindre que le péché; c'est même à pioprement parler , le seul mal qu'on doive appréhender. Il en est néanmoins qui sont beaucoup plus à craind^'e à cause des différentes circonstances qui les accompagnent, et qui îes rendent plus injurieux à Dieu, et plus nuisibles à ceux i^ï.

s'en rendent coupables. Tel est , M. F. , le péché de rechute. Quelle injure ne fait-il pas à Dieu? Quel mal ne cause-t-il pas au pécheur ? Pour comprendre cette injure , faites attention , je vous prie , à trois circonstances qui accompagnent la rechute dans le péché. La première , c'est l'ingratitude da pécheur. La seconde, sa perfidie. Et la troi-

après vaques* 357

liime , fe mépris formel qu'il fait de la ma* jesté divine. (On développera ces trois ca* ractères da péché de rechute.)

Représentez aux auditeurs Tétat où ils âoieat avant que de recouvrer la grâce de Dieu; esclaves du démon, ehfans de colère, etc. et celui où la pénitence les a fait rentrer. Quelle faveur de la part de Dieu!

Biais que fait le pécheur qui retourne à ses premiers déréglemens 7 Au lieu de témoigner sa reconnoissance à son bienfaiteur , il l'abandonne de nouveau, et se révolte contre lui. ( Comparaison de cette conduite avec celle d'Absalon et de Séméï , Tun Hls et Vautre serviteur de David. )

A ringratitude le pécheur joint la perfidie.

Que pense-tron des ingrats et des perfides dans le monde ? Vous le savez , M. F. , . on les a en horrepr. Et quelle perfidie pareille à celle du pécheur de rechute? Quelles promessesavez-vous faites à Dieu et à votre confesseur au temps de Pâques ? ( telle et telle ) C'est dans le saint tribunal, à la face des autels ; c'est dans le temps même que J. C.

étoit au dedans de vous ; son sang en a été , pour ainsi dire, le sceau ; vous les avez réitérées même plusieurs fois , ces promesses.

Ah I quelle injure ne lui ferez- vous pas , si vous venez à les violer ? Quel mépris ne seroit-ce pas faire de sa divine majesté? Une

358 Pour le III. Dimanche

première fois que Ton pèche, qae ton peri la grâce , on est moins condamnable ; on n* pas encore fait toutes les réflexions capabl de détourner du péché : mais quand on retombe après une première pénitence , c'est mettre le Seigneur , en quelque façon , audessous du démon; c*est faire, pour ainsi dire, satisfaction au démon de sa pranière pénitence: Dîabolum Domino prœponiL Diabolo perpceniteniiœ pœnitentiam satisfaciL ( Tertull. ) C'est selon S. Paul , crucifier de nouveau J. C. au dedans de soi-même, et renouveler les opprobres et les supplices de sa Passion: Rursàm crucifigenies sibimelipsis Filium Dei^ et osientui habentes. (Heb. 6.) Ce crime a paru si grand à certains docteurs, qu'ils ont soutenu que les pécheurs relaps ne doivent point s'attendre à obtenir le pardon de leui* rechute. C'a été une erreur de leur part que TEglise a. condamnée : nul péché en cette vie qui soit irrémissible. Il faut cependant avouer qu'il est beaucoup plus difficile d'obtenir le pardon de ceux dans lesquels on retombe après sa conversion. C'est , M . F. , ce qui doit redoubler votre crainte, et vous doritier une vigilance continuelle , pour conserver la grâce que vous avez eu le bonheur de recouvrer. (Il faudra en venir à l'application.) L'a-t-on, M. F., cette crainte souveraine de la rechute? Hélas! quoi de plus conunun que ce péché ! On fait

après Pâques. SSg

à Pâqaesles plus belles protestations ; combien durent-elles? Combien, hélas! peut-être parmi TOUS 9 qui ont déjà manqué à leurs promesses , en qui le démon est déjà rentré, qui ont déjà renoué les mêmes liaisons criminelles , qui se sont livrés aux mêmes habitudes, etc. Ahl quels châtimens n*ont-ils pas à craindre de la part de Dieu qu'ils ont outragé si sensiblement? Combien leurs rechûtes ne leur seront*elles pas funestes, s'ils ne prennent incessanmient des moyens efficaces pour s'en relever! Quels sont-ils ces châtimens ? Je ne -parlerai pas des biens dont ils sont privés, de tamitié de Dieu, des dons du S« Esprit, etc.; mais je parle de l'état misérable où ils sont réduits , mettant à leur conversion les plus grands obstacles. Oui , M. F. , il est beaucoup plus difficile de se convertir après la rechute qu'auparavant : S. Pierre n'a pas craint de dire que c'eût été , pour ces pécheurs, un avantage de n'être point entrés dans le chemin de la justice: Melius eral iUis non cognoscere viam justitiœ. Il déclare après J. C. que leur second état est pire que le premier : Facta sunt eis posieriora détériora prîoribiis ( a. Pet 2. )

On fera usage de la réflexion de S. Augustin , qui a remarqué judicieusement que J. C. n'a pas guéri deux fois la même personne r^u^iTz cœcum bis illuminavitt quem le*

36o pour le IIL Dimanche prosum bis muniavWi guem moriuùm Us suscitavU Ideb non scribilur quis nisi semel sauatus , ut h meaî (juisquepingi peccûio. El d'où vient cett -^ grande diiEcuIté de la conversion ? Elle s ^^ prend et du côté de Dieu et du côté du p^^ cheur , et du côté du démon. Du côté d^ Dieu qui diminue ses grâces; du côté à\m pécheur qui devient plus foible ; et du côté^ du démon qui se fortifie dans Tame du pécheur de rechute. On donnera quelque étendue à ces trob causes de la difficulté de la conversion.

Est-il rien , dira- 1- on après les avoir cx- , pliquées, de plus à craindre pour une ame convertie , que de 3*engager de nouveau dans ses anciens péchés? Mais est-C4& ce quetou craint davantage ? Un maudit respect humain , une criminelle complaisance 9 un amour déréglé pour son corps ^ un point dlhqnneur , uu léger intérêt ne remportent ils pas souvent sur la crainte qu'on doit avoir de Dieu , sur les promesses qu'on lui a faites , et sur le véritable amour de son ame et de son salut?

N'y en a-t-il point déjà parmi vous cjui éprouvent les funestes effets de la rechute ? N'est* il pas même h craindre qu'ils lie se convertissent jamais sincèrement, et qu'il n'eu soit

d'eux comme d'une terre maudite , selon la pensée de S. Paul^ qui, ne produisant que des épines , est abandonnée de son maHce ?

2Wra

après Pâques. 36 1

Terra sœpi penîentem super se bibens mbrem^ froferens atàem spînas ac tribulos^ reproba esf^ tl maledicio proxîma , eujus consummatio in romhatioitem. ( Hebr. 6. ) Puissions-nous, M F. , tousT dire comme le même Apôtre : Con/iJi- Mes de t^obîs , dUccHswni , meUora et nciniora ialufi , tametsi ifà loquimur. Puissiez- vous ctre xios remplis d'une crainfe salutaire de la rediûte dans le péché; mais d*uiie crainte eficace, qui vous engage à fuir tout ce qui pourroit vous y conduire , et vous faire relever au plutôt, si vous aviez déjà eu le malheur de vous en rendre coupables I

IL POINT

A quoi doit vous porter la crainte de la rechute ? i.^ A éviter tout ce qui peut en être en vous le principe : 2.S A user des remèdes capables de vous en préserver. (On se servira de la comparaison d'un convalescent ) Comportez-vous comme un convalescent, qui craint fort de retomber dans sa première maladie ; il évite tout ce qui peut èo être Toccasibn ; le mauvais air, les alimens qui lui soiit contraires, un exercice trop violent ; il garde un régime de vie , il s*oceupe modérément ; et s'il a de temps en temps quelque ressentiment de son mal , il a recours à son premier médecin. Voilà, M.

7'ome IL Q

262 Four le IIL Dimanche

F., votre modèle; faites pour votre aroc ce que vous feriez pour votre corps. Vous sa^, vez que la rechute dans les maladies spirituelles est iaBaiment nuisible à Tame, comme la rechute dans les maladies du corps est plus dangereuse que le premier mal Mettez donc toute votre attention à fuir tout ce qui peut occasionner la rechute. Examinez atteo' tivement ce qui pourroit en être la cause.

Est-ce le mauvais air de certaines compagnies 9 de certains lieux de débauches et de divertissemens ? Sont-ce les repas, les festins oh vous avez peine à vous modérer?

Evitez-les; et si vous êtes jamais obligés dé vous y rencontrer , tenez -vous/bien sur vos gardes. C*est à chacun de vous à examiner les principes, ordinaires de ces rechûtes ; Tobiveté et la paresse , les compagnies dangereuses , les excès , en sont les principes les plus ordinaires. On étendra davantage ces moyens négatifs , pour éviter la rechute.

(Voyez le Pasteur apostoUque, tome premier.) Mais ce n'est pas assez de fuir les occasions de rechute ; il est nécessaire d'user de certains remèdes, pour se préserver du péché et se fortifier dans la grâce. D y en a un grand nombre ; les uns sont généraux , les autres spécifiques ou parlicuHers. Les gêné* raux^ sont de se défier de soi-même , prier beaucoup, fréquenter les sacremens, se biea

après pâqucs. 365

occuper dans son état. Les particuliers sont l'exercer les vertus opposées aux vices aux- :{uels on a été sujet ( On en donnera des exemples. ) Mais de tous les remèdes, un des plus salutaires , c'est la fréquentation du sacrement de Pénitence , auprès d'un zélé et prudent confesseur. Celui qui est exact à recourir à son médecin spirituel , se préserve sûrement de la rechute ; ou s'il vient à tomber, il se relève promptement Le démon cônnoit bien l'efficace de ce remède; aussi (|ue ne fait-il pas pour en dégoûter les fidèles ? Gardez-vous , M. F. , de vous laisser séduire par ce vieux serpent , qui ne clierclie qu'à perdre vos âmes; ne tardez-pas à vous confesser y si vous ne l'avez pas fait depuis Pa- ^es« Car , ou vous avez conservé la grâce , ou vous avez déjà eu le malheur de la perdre; si vous l'avez conservée , vous recevrez dans le tribunal une nouvelle force pour vous soutenir dans vos saintes dispositions; si vous l'avez perdue , à quoi ne vous exposez-vous pas en différant de recourir au médecin de votre ame ? Votre mal est déjà grand , mais on peut encore y apporter un prompt remède.

Si vous négligez d'y remédier , il augmentera , et peut-être ne guérirez- vous jamais. Que feriez-vous si, après avoir été guéri d'une fièvre dangereuse , elle venoit à vous reprendre ? Tarderiez - vous long-temps d'appeler

364 Tour le IIL Dimanche

votre premier midecio ? Eh quoi ! anrez- TOUS moias à cœur la santé de votre ame, que celle de votre corps ? Je vous en conjure donc, M. F., comme je Tai déjk fait en commençant, abstenez-vous du péché de rechute. Rien n*est plus à craiuifre , soit du côté de Dieu , à qui vous ferez la plus seur «ibie injure ; soit du côté de Toti*e ame, qui en soufiHroit le dommage le plus grand.

Mais si le poids de vos mauvaises habitudes et les tentations du démon vous ont entraînés de nouveau dans le péché, n'y crou^ pissez - pas ; allez vous jeter au plutôt aux pieds d'un médecin charitable ; soyez plus attentifi sur vous-mêmes, pratiquez soigneusement les avis qu'il vous donnera.

On finira , en recommandant aux auditeurs de prier J. C. pendant là messe , de les for^ tifier dans la crainte de la rechute, et de mettre en pratique les moyens que Ton vient de leur suggérer , pour s'en prései'ver.

Pour le IV* dimanche après Pâques.

Xj'ivANGiLE de ce jour est tiré , de même que celui du dimanche précédent, du seizième chapitre de S. Jean. L'Eglise n'a pas jugé à propos de prendre la suite du chapitie ; ell^

après Pâques. 365

en a choisi les premiers versets, qui paroisse«t les plus ptx)pres pour l'instruction des* fidèles , aux approches de la fête de l'Ascension et de la descente du S. Esprit, Elle fait lire ces paroles remarquables que le Seigneur dit à ses disciples en sa dernière cène, lorsqu'il leur annonça qu'il alloit retourner à son Père , et qu'il leur enverroit son S. Esprit II se plaint d'abord à eux et leur fait une espèce de reproche , de ce que leur ayant déclaré qu'il s'en retournoit vers celui qui l'avoit envoyé, ils ne s*informoient pas du lieu où il alloit. Ensuite, il leur dit qu'il est expédient qu'il s'en aille; que s'il restoit toujours avec eux ils ne recevroient point l'Esprit consolateur qu'il veut leur envoyer du: ciel. Enfin,, il les insti^it des effets que la venue du S. Esprit doit produire ^ et dans eux , et dans tout le monde. Il ne s^explique pas davantage, pai^ce que ses disciples n'étoient pas alors en état de comprendre les sublimes mystères de la religion; mais il ajoute que l'Esprit Saint^ qu'il leur enverra, les en instruira pleinement Entre les sujets qu'il convient de traitei' en ce dimanche, on peut en choisir deux qui paroissent fort utiles. Le premier, se tire de la plainte que le Sauveur fait à ses disciples, de ce qu*ils ne l'interrogent pas sur le lieu où il va. Le second, sur le retour de Jésus vers son Père , et sur les causes de ce retour.

366 Pour h IV. Dimanche

Premier sujet. Du désir du Ciel.

UAND on traitera ce sujet , on prendra pour texte ces paroles : Vado ad eum quimisit vu; et nrmo ex pobis interrogat nu : Qao çadis?

Dorant ce temps pasclial, dira-t-on dans l'exorde, pendant lequel nous célébrons le séjour que le Sauveur fit sur la terre , pendant les quarante jonrs qui s'écoulèrent depuis sa résurrection jusqu'à son ascension au ciel, l'Eglise a soin de nous rappeler les entretiens que le Sauveur eut avec ses disciples avant que de les quitter : et dans lesquels il leur parloit principalement du royaume de Dieu^ ainsi que nous l'assure S. Luc dans les Actes des Apôtres. Aujourd'hui elle nous remet devant les yeux le i^proche ou la plainte qu'il leur fit dans son dernier discours au jour de la cène , de ce que leur ayant annoncé qu'il alloit bientôt les quitter, ils ne lui demandèrent pas oi!i il alloit

Ne pourrois-je pas , M. F. , former aujourd'hui la même plainte, et le même reproche à la plupart des chrétiens? Vous savez et vous croyez que Jésus est monté au ciel , qu'il y est allé vous y préparer une place pour l'éternté bienheureuse; on vous l'a déjà dit en

après vaques. 867

plusieurs instroctions. Aimez-vous \ vous en occuper? Chervez-voas à vous en instruire de plu^en plus ? Desirez-voas ce bonheur qui vous est réservé dans le ciel? Hélas! peut-être y en a-t-il parmi vous qui n*y ont jamais pensé, qui en entendent parler avec indifférence et avec une espèce d*ennui !

Je veux, M. F. , vous engager aujourd'hui à y penser souvent, et à en faire Vobjet de vos désirs. Rien n'est plus à désirer pour nous que le ciel : premier point Rien cependant n'est moins désiré : second point.

On posera pour principe du premier point, que le désir de la béatitude est naturel ^ l'homme. Il n'est créé que pour être heureux; mais le bonheur parfait ne se trouve pas ici-bas, ce n'est qu'après cetle vie qu'on peut le posséder. Il suit de ce principe^ que rien n'est plus désirable que le ciel; i.^ Parce que nous sommes tous créés pour le ciel; 2.^ Parce que ce n*est que dans le ciel que nous ti'ouverons la véritable félicité; 3.^ Parce quici-bas, non-seulement on ne peut pas être parfaitement heureux, mais qu'on est toujours en danger d'y perdre le vrai bonheur. On expliquera tous ces motifs qui doivent inciter tous les chrétiens èi un désir continuel du ciel» 4 -i

368 Pour le IV* Dimanche ^

I .^ On vous l'a dit dès votre jeunesse^ fie ^ l*hoaime a ëtë créé poar (>os5éder la vie éter- f nelle ; ce u'a pas été pour acquérir des biens ' \ passagers^ des, etc. mais pour posséder Dieu, f et le posséder à jamais» Quoi de plus désira- \ ble que de voir J» C, de posséder Dieu, m bien infini, etc., de contempler à découvert le mystère de l'adorable Trinité!

On donnera ici quelques idées des personnes divines^ de la génération éternelle du Fils, de la procession du S. Esprit. L'évangi!e de ce jour en fournit une preuve; J. C. parle -de son Père qui Ta envoyé, et du S. Esprit qu'il enverra Jui-même. On pourra ajouter quelque chose de la beauté de J. C. selon la nature hiunaine.

On en viendra au second motif qui suit né»

cessairement de l'exposition du premier. C'est en voyant Dieu tel qu'il est en lui-même; c'est en voyant J. G. que nous serons véritablement heureux. L'esprit et le cœur trouveront dans ls| connoissance et l'amour béatifique^ de quoi être parfaitement contons. Ici- bas ^ dira-t-oo, videmusnunc per spéculum in œnigmatei mais alor^ se sera face à face, lune autem fade ad fackm^ Nunc cognosco ex parte ^ ajoute T Apôtre, tunê autem cognoseam sicul et çognitus sum. ( i . Cor, 3r3. ) C'est bien alors que l'on s'écriera aveo plus de raison que S. Pierre : Bonum est nos hte esse* C Luc 9. ) Rien au monde ne pourra trou-

après Pâques. 30r)

3r ce bonheur; plus d*ennemis, plus de ma-

Jies, plus de faim, plus de pauvivté; en un

lût, nous serons dans le lieu du lepos, mais

l'un repos constant

Après avoir décrit le bonheur du ciel , on produira quelques saintes afl'ections tirées des psaumes, spécia>ement du psaume : Quàm aikcta tabernacula. Mais ce qui doit icdouhler notre désir, c'est que nous sommes sur la terre dans un danger continuel de perdre ce bonheur souverain , semblables à des voyageurs qui marchent par une route environnée de mille périls» qui sont sans cesse e^^pusés à tomber entre les mains des voleurs, ou à être dévorés par les bêtes féroces. O! M. F. , quel pressant motif de désirer la fin de cette vie! Quels sujets de gémissement! Attaques de toute part par tant d'ennemis du salut ^ au dedans et au- dehors; accablés de mist^rcs, ( on les détaillera ) voilà ce qui a tant fait soupirer les saints de l'ancien et du nouveau Testament; ce qui faisoit dire à David : Heu mi'hi-I quia kicolatus ïïieus proîojjgalus esL ( Psal. 119. ) Qmnàb veniam^ etc. ( Psalm. 4'* ) E^ ^ saint Paul r Infilix ego îwmo ^ etc. ( Rom. 7. ) Desiderîum habens dissoH , et esse cum Christo.

( PhiL j. ) Qui pourroit exprimer les empresr semens de tous les }ustes vers la céleste Jérusalem? Avec qudle ardeur n'ont- ils pas dejnwdé la-dissolution de leurs corps ! C'étoit Ip

370 T(mr le IV. Dimanche \ ,

gvi\v\ o^jct fie leurs prièi'es; ils chcrchoicrt incessamment leur véritable patrie , ainsi qac nous l'apprend l'Apôtre dans sa lettre aux ^ Hébreux, cbap. ii, Drfuncli sanf omnes isiiy . en parlant des justes qui sont morts avant la '^ venue de J. C, non acceptis repromissionîbus^ -^ sed à lopgè ras aspkienfes^ et salut antes^ etcon^ fitenfcs^ quia perrgrini et hospltes suât saper fer* ram. Qui enîm hcec dfcunt^ stgnificant st pniriam ingwrere, Cest ce même désir qui les a fbitifiés» qui leur a fait souffrir tous ces difierens g&aes de supplices dont parle 1* Apôtre.

O! M. F., si nous étions animés de ce vrai désir , quel effet merveilleux n'opéreroit-il pas en nous! Quel détachement de ce monde!

Qiiel courage dans nos maux ! Notre unique désir seroit le ciel , nous nous écrierions avec le roi prophète : Domine^ ant? te omne desUe* rîum meum^ et gemltus meus à te non est abscon'dit us. ( Psal. 37. ) Veni^ Domine Je su. ( Apoc 2 a. ) Et avec un pieux Auteur : Jesu hone^ quandh siabo ad i>îdendttm te? Quandb ero tecum in reguo tuo? Consolare exilium meum^ mitîga do^ lorem meum. ( De Imifatione Christi, lib. 3* cap. 48 )• ( Morale et application à l'auditeur. ) L'avonsnous, M. F., ce de«ir, le reconnoîssons-nous en nous-mêmes? Nous disons chaque jour : Adi^enîat regnum tuvm; est-ce bien sincèrement? Ne desirons-nous pas plutôt une longue viej et ne" rcsteriozis-iiotis pas éter-

après Pâques. Sti

neUement sur la terre 9 si cela dëpendoit ai

Pourquoi, dit S. Cyprien dans son beau traité de la mortalité, pourquoi demander que le royaume des deux arrive, si la captivité de cette vie plaît? Pourquoi demander si souvent la venue de ce royaume , si nous aimons mieux servir ici le démon que de régner avec X G i^uîd ergb oramus et vetmus , adi*emat ngMmm iiuua^ si caplmtas terrena dehc/at't Quid pt^rcibu^ fréquenter ac pofis rogamus , ut adueniat dîei regtti^ si majora desideria et i*ota potiora suni servire Ulic diabolo , qudm reguare cum Chris'o?

Malheur à nous si telle est notre disposition? Non, M. F., jamais nous n'arriverons an ciel , si nous ne le desirons sincèrement et ardemment; au contraire, nous sommes heureux, si nous avons véritablement faim et soif de la justice étemelle. Mais que cette j&dm et cette soif sont rares dans le christia* nbrne! Quoique rien ne soit plus désirable que le ciel , rien cependant n'est moins désiré. Je vais vous le montrer dans le second point.

IL POINT

Peut-ôtre êtes-vous surpris , M. F. , de la proposition que j'ai avancée , que rien n*est moins désiré que le ciel. Quel est le chrétien ,

37^ JPoi^r le IV^ Dimanche \

du ez- vous 9 qui ne le desii e , et qui ne i(yi^ ^ déjà y être? Oui, M. F,, on désire le ciel j * mais OQ ne le désire pas comme il faut; od ue ''■ }e désire {>as avant toute- chose ; on ne le desiit % pas plus que tout le reste ; on ne le désire pas ellicacement ; en un mot , on ne le désire pas. d une manière à le pouvoir obtenir. ( On développera ces subdivisions. )

C'est un ordre de J, C. de chercher premier rement le royaume des cieux, de le cherche?

avant toute chose , de le chercher préférablement à tout le reste, de rapporter ^out à Tacr quisition de ce royaum:e , de faire tous ses etr forts pour y arriver , de ne se décourager jar mais , de ne cesser de le désirer et de le chercher jusqu*à ce qu'on Tait obtenu^

Or, M. F. , est-ce ainsi qu'on le désire ? Le ciel est>il le premier objet des souhaits des hommes ? Que chacun rentre en soi-même ; est-ce là la première chose q ui nous occupe dès le matin ? Où se porte votre cœur dès votrç céveil , jeunes gens , pères de famille , artisans , domestiques ? N'est-ce pas aux choseS: da monde ? Hélas ! à peine pense-t-on aux biens célestes , pendant que l*o n est à l'église : et durant le temps que l'on consacre à la prière! Je ne parle pas ^des désirs criminels qui occupent le cœur de plusieurs chrétiens r si l'on parcouroit toutes les différentes conditions, Qu en trouveroit très-peu qui eussent le ciel eii .,

après Pâques .^ 87 3

Tue dans leurs desseins. La teire et les choses de la terre ; vqilà leur objet ; l'objet de leurs pensées , de leurs affections , de leurs entrer tiens : Qui terrena sapiunL ( Ad Phil. 3. ) C'est laie caractère de la sagesse mondaine : Terrenoy ammalis ^ dit S. Jacques , cliap. 3. ir. i5.

Cen*est pas seulement le premier objet des gens du monde , c'est prpsque l'unique. ( On en appellera à l'expérience ). Faites réflexion sur vos joui*s , sur vos semaines 9 sur vos années; depuis le matin jusqu'au soir, pendant toute la semaine^ pendant tout le cours d'und^ année , que vous proposez r vous? Pourquoi fi*availlesi-vous ? Le jeune homme , pour son établissement sur la terre; le père de femille, pour ses affaires temporelles ; l'artisan et le do»mestique 9 pour gagner xin salaire , etc. Trè9peu qui rapportent tout à l'acquisition du Foyaume des cieux^ Eh ! pourroit-on l'y rapporter ! Combien n'y a-t-i! pas spuvent en tovi. cela de vues mauvaises et criminelles? Au moins se bornent-elles à un motif tout humain , à se procurer le nécessaire pour le corps, k se garantif delà nûsère. Enfin c'est le but de toute ta vie^; on souffre tout , on s'expose à tout^ pour prol(»)ger son exil, tandis qu^on ne veut rîen , ou presque rien souffrir , pour se procurer une demeure étemelle dans la véritable patrie.^

K'aî-j[e donc pas eu raison , M. F. , de dire

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