I. POINT
( Ce sujet est ti^aité dans les catéchismes de
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Botr ges et de Nantes , et dans les Méditations ecclésiastiques.) Les jours des Rogations» qâ '} ton)bent lundi, mardi et mercredi proch^itt, sont des jours destinés par l'Eglise à faire 4fls prières extraordinaires, des processions solennelles, accompagnées d'abstinence , pour détourner les calamités publiques, et attirer m nous les bénédictions du ciel: en voici longine ou 1 institution. (On la rapportera. ) C^t S. Mamert, Evéque de Vienne en Dauphjiiié, qui les établit le premier dans son diocèse, vers Tan 4^* ^^^ historiens ecclésiastiqiiQS nous apprennent quelle fut la cause de cetjbB pieuse institution. Depuis plusieui^s années )U Gaule Viennoise, que nous appelpps le Q^npljiné et la Savoie, étoit désolée pai^ diiTéi^nt^ calamités. De fré^pens tremblemens de ten^e rcnvcrsoient les édifîces les plus solides; qpantités d'inceiidies réduisoient les maisons ep cendre; avec cela une infinité de bêtes féroces^ de loups, de cerfs, d'ours, après avoir ravagé les campagnes , venoient j usques dans les placjBS et les rues de Vienne, et même dans les maisons , dévorer toutes les personnes qu'elles rencontroient. Cliaque jour^ disent les historiens, ( Sidoine AppoUinaire, Evéque d'Auvergne, contemporain de S. Mamert; Avit-Alcime, un
des successeurs de S. Mamert, et S. Grégoire Evéque de Tours ) , ofTroit quelques nouvelles marques de la colère divine contie les hal>i-
ans de celte ville infortunée. Ces calamités
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aliques alloient toujours en augmentant , iqu*àcequelanaitdePâques deVan 4^9?^"mt que le peuple étoit assemblé dans la grande jlise avecson Evéque, S.Mamert, pour la celéjration des divins offices , le feu prit à la maiion de ville, qui étoit un édifice magnifique, placé sur une éminence qui dominoit toute la ville, en sorte qu*il étoit fort à craindre que bientôt toutes les maisons ne fussent consumées par le feu. Tput le monde sortit de 1 église , et le saint Evêque demeura seul devant Tautcl.
Là, touché des maux qui acca1>loient son troupeau, fondant en larmes, il supplia ardemment le Seigneur d'arrêter son bras vengeur* Pour appaiser sa colère, il fit vœu d^tablir dans son diocèse des Rogations ou prières publiques , accompagnées de processions et de jeûnes. Chose admirable! Siu* Vheure même l'embrasement cessa , et tout le peuple étant rentré à léglise, le saint Evêque leur déclara le vœu qu'il venoit défaire, et Texhorta à joindre la pénitence à la prière. On rendit solennellement, tous ensemble , de trèshumbles actions de grâces , pour la faveur que l'on avoit reçue, et de- là il fut résolu que, chaque année ^ les trois jours qui précèdent la fête de TAscension seroient employés dans des prières publiques et des processions , et même qu'on jeûneroit ces trois jours comme pendant le Carême. Tout cela fut exécuté poncUielle^
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ment les années suivantes; il parut visiblement combien cette dévotion étoit agréable à Dieu; les tremblemens de terre cessèrent, et toutes les autres calamités dont la ville de Vienne avoit été comme accablée. Du diocèse de Vienne, ce saint usage passa bientôt dans les diocèses voisins; plusieurs Eglises adoptèrent et solennisèrent tous les ans ces prières ou supplications, auxquelles on a donné le nom de Rogations oa de petites litanies. ( Litanies est un nom qui vient du grec , qui signifie prières publiques. C'est une formule de prières laconiques et concises, qu'on chante en l'honneur des saints dont elles contient certains éloges; et à la fin de chacun, on fait une invocation en mêmes termes, qui sert comme de refrain. Les litanies des saints ou de la sainte Vierge ont pour réponse une courte prière , qui est : Priez pour nous ; et à celles qui s'adressent aux personnes de la sainte Trinité , on dit : Ayez pitié de nous. ) Ce qui n'avoit été d'abord qu'une pratique de dévotion , devint dans la suite une fête d'obligation dans toute l'Eglise latine. Le Pape Léon III. , qui vivoit au huitième et neuvième siècles , en fit une loi de discipline ecclésiastique, qui est aujourd'hui en usage par-tout. Pendant long-temps il a été défendu de travailler ces jours-là; le jeûne s'observoit fort régulièrement; mab comme ces Rogations tombent dans le temps paschal, qui
Bprès Figues. SgJ
^tCHi temps d'une sainte joie, et oix lËglise n'ordonne point de jeûnes, on n'est plus obligé présentement qti'à garder durant ces trois }oars l'abstinence de viande; et il est permis de travailler. Voilà, M. F. , Vorigine de la fête dés Rogations et des processions qui se font en ce temps. Quelle fin l'Eglise se pro-* p©se-t-elle? C'est de nous inspirer l'esprit de pénitence , et de nous engager à redoubler no^ prières durant ces trois jours qui précèdent la grande fête de l'Ascension de J. C. ; elle sait, cette sainte Mère, combien ses enfans ont besoin de cet esprit de pénitence , pour appaiser Dieu, pour éloigner les maux qui nous menacent, pour faire cesser ceux dont nons^ sommes afïligéis; elle est convaincue que la prière, et sur-tout les prières publiques, jointes aux œuvres de pénitence , peuvent tout obtenir du Seigneur; elle est encore persuadéequ'il n'est point de temps plus propre à êtreexaucé de Dieu, que celui qui précède le retour du Fils de-Dieu' vers son Père; elle veut,, pour ainsi dire,, charger son divin époux des' supplications qu'elle por^e aux pieds du trône* de là majesté divine; Comment ne seroit-elle pas écoutée favorablement, ayant un tel médiateur, un avocat tout puissant, un pontifesaint, innocent, élevé au plus haut des cieux, dont les mérites sont infinis , et a qui le Père' céleste ne peut rien refuser. Ne pensez donc:
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pas 9 M. F., qu'il voiis doive être jndiŒârftQt d'entrer dans l'esprit de l'Eglise. Si vous ce ^/ ressentez pas ks mênkes fléaux et les mêjoes \ calamités qui désolèrent le pays de Viepoe, il î y a plus de i3oo ans, vous en ressentez de temps en temps, qui en réduisent plusieui^de vons à la misère. D*ailleurs vous en êtes sans cesse menacés : les stérilités 9 les guerre 9 Id mortalité du bétail , tous ces maux et quantité d'autres sont dans la main du Tout-Puissant, du souverain et juste médiateur dç l'univers : Sid adhuc manus c/us extenta. ( Jsaïç 5. et alibi pluries. ) Peut-être son bras est-il d^k levé pour vous frapper; peut-être cette année n)ême verrez-vous vos camp<ignes désolées par }a grêle, In sécheresse, les animaux, lesplui^ continuelles, etc. Comment arrêter les effets de la colère du Seigneur? En voici le moyen.
Conformez- vous à l'inteation de l'Eglise; observez exactement tout ce qu'e^tlè vous commande en ces sainls jours; soyez assurés que, si vous êtes des enfans dociles et obéissans. Dieu ne vous punira point; mais plutôt il vous comblera de mille bénédictions. ( On pourra ici rapporter ce que Dieu promit à son peuplç , s*il éJtoit-Cdèle à garder sa loi, et les menaces effrayantes qu'il leur adressa par la voie de Mo)se j s'il étoit rebelle à ses ordres. ) Ensuite on dira : Voulez- vous donc vous préserver sûrement de ces mnlheurs dont vous êtes me-
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nac&, et vous rendre clignes des regards favorables du Seigneur? Ecoutez et pratiquez soigneusement ce qui me reste à vous dire, de la manière de passer ces trois jours prochains.
II POINT
PoDA passer saintement les jours des Ro* gâtions, et attirer sur nous les effets de la miséricorde divine, exécutons ce queTEglise demande du nous en ces saints jours. Et qu'estce que l'Eglise demande de nous? A quoi veutelle que ses enfans emploient les jours prochains? Elle désire, i^. que Ton prie avec plus de ferveur et d'assiduité; 2.^ que Ton assiste aux processions publiques avec dévotion ; 3.? que Ton fasse abstinence ; 4*^ qu^ l'on prenne des sentimens de pénitence ; enfin que Von s'occupe souvent de Jésus qui , après avoir conversé sur la terre quarante jours après sa résurpection, monta visiblement dans le ciel , pour nous y préparer une demeure éternelle. ( On I éprendra chacun de ces articles. ) J*ai dit , i.° etc. Ce doit être là , M. F. , votre principale occupation dans ces jours prochains; c'est pour nous y engager que l'Eghse nous y fait lire, dans les évangiles et les épitres de la messe, ce qui est le plus propre à nous inspirer du goût pour la prière. ( On les rapportera. )
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L'évangile du lundi est pris de S. LitiC ^ cliap. II, qui contient la pareîiole d'an homme qui va demander à son ami de lui prêter trois pains ; . et celle d'un enfant qui d^ mande à son père du pain , un poisson ou un œuf. L'épitre , qui est prise du chapitre cinquième de la lettre de & Jacques , montre Tefficacité de la prière en la persottnef d'ËIie. Elle renferme une exhortation à ce saint éxer-» cice.
Aujourd'hui nous lisons dans ^évangile le reproche que le Sauveur fait à ses disciple^ 9 d'avoir négligé de prier en son nom ; l'invitation qu'il leur fait de prier^ et l'assurance qu'il leur donne d'être exaucés. Qu'est-ce que tout cela nous apprend, M. F., sinon que nous devons redoubler notre ferveur et notre assiduité pour la prière, en ces jours des Rogations ? Ce mot de Rogations nous fait assez entendre que l'esprit de prière ou d'oraison est comme Tame des cérémonies que l'Eglise observe en ce temps. ( On invitera ensuite tous les fidèles à être plus exacts que jamais à leurs prières journalières du matin et du soir 5 à en ajouter quelques particulières, et sur-tout à se trouver aux prières publiques qui se feront à l'église , à se réunir tous ensemble, pour chanter les litanies. On dira quelque chose de la vertu qu'ont les prières
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Communes , de faire à Dieu une sainte violence. )
La seconde cbose que VEglise demande de tious, c*est l'assistance aux processions. Cest tm asage ancien , et qui s'observe dans l'Eglise depuis que les persécutions ont cessé ^ de faire de temps en temps des processions solennelles. S. Jean Chrisostôme , qui vivoit dans le quatrième siècle , en faisoit faire au peuple de Constantinople. On y portoit la croix avec des flambeaux allumés, et Ton chantoit des prières , pour demander à Dieu la conversion des hérétiques > et les secours du ciel dans les nécessités publiques. S. Ambroise et S. Augustin parlent des processions qui se faisoient à Milan , pour implorer la DÙséricorde de Dieu ; et le vénérable Bède , qui vivoit au huitième siècle, parlant de la procession des Rogations , fait mention des reliques qu*on y portoit , comme d'un usage établi dans toute VBglise.
Si on n'a pas encore parlé au peuple des processions qu'on a coutume de faire aux autres temps de l'année, et spécialement à la Purification et au dimanche des Rameaux, on entrera dans le détail de la signification de ces processions y et des fins pour lesquelles on les fait II y en a qui sont communes à toutes processions, et chacune en a aussi de particulières. ( Voyez S. Bernard sur la pro-
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cession de la Purification ; voyez aussi ks méditations ecclésiastiques, pour le lundi des Rogations. ) .'
Souvenez-vous , M. F. , pourquoi on fait ces processions 9 et ce qu*elles signifient Elles nous représentent Tétat de voyageurs où nous sommes sur la teri^^ et nous apprennent que nous devons sans cesse avancer vers notre pafrie, et suivre J. C. dont on nous montre l'étendard, que l'on porte à la tête de la procession. Nous y allons deux à deux, ce qui nous marque Tunion qui doit régner entre tous les fidèles. On les fait encore pour honorer les voyages du Sauveur sur la terre, et spécialement son pénible voyage de Jéiiisalém au Calvaire. On chante durant ces processions des hymnes et des cantiques à Thonneur de Dieu et de J. C. , on a recours à Tintercession des saints , pour obtenir plus aisément et plus sûrement ce qu'on demande au Seigneur. Entrez, M. F., dans l'esprit de cette sainte cérémonie; que vos processions se fassent avec beaucoup d'ordre : Omnia secnndum ordinem fiant, ( T. Cor. 14. ) Que la modestie, la gravité , la piété paroissent dans toute votre Conduite, en sorte que tous ceux qui vous verront en soient édifiés. On donnera quelques avis, selon que la prudence le dictera, pour prévenir le désordre et empêcher tout scandale.
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Mais ue croyez pas que ce soit assez de cette i;riodesiie extérieure ; Dieu voit le fond de nos coeurs, ij péfiètre nos plus secrètes intentions; xious pouvons bien en imposer aux hommes , xxiais nous ne pouvons tromper Dieu. £t Coainaent lui plairons-nous? Ce sera en ajoutant à la modestie extérieure, aux chants des cantiques et des litanies , la dévotion du cœur : Canîantes ft psallenîes in cordibus i^esfris Domino : Q Eph. 5. ) Ce sera sur-tout en priant comme le recommande ]e même Apôtre, au nom de notre Seigneur J. C. : In nomine Domini nostri Jesu Christi. ( Ibid. ) Vous le savez, M. F., PQUS vous l'avons déjà dit, et nous ne cesserons de vous le dire : Ce n'est qu'en priant au nom de J. C. que nous pouvons être exaucés; mais 9ussi tout ce que nous demanderons en son i^om, UDus l'obtiendrons infailliblement, comme il nous en assure dans son évangile : Amen^ Qmendico vobis^ quidquid peiieriiis ^ etc. Demandez donc, mes frères, avec assurance durant ces Siaints jours, demandez tous les biens dont vous avez besoin, et qui peuvent vous être utiles pour le salut: demandez, avant toute chose, votre conversion et votre sanctification; deqiandez pour vous et pour tous ceux qui vous appartiennent, pour tous vos frères chrétiens : O/ate ad invicem^ ul saîuemlni^ dit S. Jacques. ( Jac. 5. ) Quant aux biens temporels, la conservation des fruits de la terre , la cessa-
4oo Pour te V. Dimanche tion des fléaux, la délivrance des maladies, réloignement des maux et des mbères de cette ,^ vie, nous pouvons les demander; c'est une des fins de Tinstitution des Bogations : mais ce ne doit être que conditîonnellement, et qu'autant que cela pourra contribuer à notre salut.
Voilà ce qui s'appelle, selon S. Augustin ^ prier au nom de J. C. ( Il est bon de donner ici un peu de morale. ) Un peu de réflexion sur vous , M. F. , examinez de quelle manière vous avez assisté > les années précédentes, aux processions qu'on a faites, comment vous avez prié; ne vous étonnez pas, si toutes vos prières et toutes vos processions ont été sans fruit; et si bien loin d'attirer les bénédictions du ciel , vous avez ressenti les effets de sa colère , ne l'imputez qu'à vous-mêmes ; changez de conduite à l'égard du Seigneur^ et vous le trouverez toujours prêta vous combler de ses biens.
Mais afin que vos prières et vos processions aient l'effet que nous attendons, gardez exactement l'abstinence qu'on vous commande. Je vous invite même à pratiquer quelques mortifications, selon que vos forces et votre travail' vous le permettront : Bona est oratio cum iejunio et eleemosynâ ^ disoit le saint homme Tobic. Nous voyons dans les livres sacrés ^ que tous ceux qui ont voulu se rendre le Seigneur pi o-
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pice et appaîser sa colère, ne se contentoient pas de prier, de s'humilier, ils y a)outoient des œuvres de pénitence, jusqu'à se couvrir de cendres et de cilices. ( On en poun a citer quelques traits , par ex. des Ninivites, )
Enfin , M. F, , ce qui doit vous occi:q>er durant ces saints jours , c'est la pensée de Jésus qui quitte la terre pour retom^ner au ciel ; ce senties dern'ères paroles par lesquelles il s'explique clairement à ses disciples avant son départ : Exivî à Pâtre , et peni in mundum : iterunt relinquo mundum , et pado ad Patrem. Ranimons notre foi sur la divinité de J. C. ; mettons de plus en plus notre confiance en lui ; n'oublions jamais les divines leçons qu'il fit à tous ses disciples, avant que de monter visiblement au ciel. Ils se rassemblèrent au nombre d'environ 5oo dans le lieu et sur la montagne d'où il devoit s'élever au ciel en leur présence. Là il leur dit un dernier adieu , et leur recommanda expressément d'observer toujours ce qu'il leur avoit enseigné.
Puissions -nous , M. F. , imiter tous ces bienheureux disciples , ces fervens fidèles qui s'empressèrent pour faire le voyage à la sainte montagne , où J. C. leur avoit donné ordre de se rassembler ; puissions-nous passer si saintement les jours prochains des Rogations , que nous nous rendions dignes de recevoir de J.C. la même bénédiction qu'il leur donna en les quit«*
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tant : Elevatis manibus suis , benedixit eis , recessit ab eis , el ferebatur ad cœlum. Après qu'ils eurent reçu sa bénédiction et qu*ik Teurent adoré , ils retournèrent à Jérusalem , comblés de joie , et ils ne cessoient de bénir et de louer Dieu dans le temple : Et ipsi adorantes , re^ grès si sunt in Jérusalem cum gaudio magno , taudantes et benedicentes Dhum, ( Luc. ^4 )*