‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 43 sur 98 · XXXVII · texte numérisé non relu

XXXVII

Comment une nature même est-elle possible ?

Cette question, qui est le point le plus élevé que la philosophie transcendantale puisse jamais atteindre, et auquel elle doit aussi être conduite comme à ses limites et à son achèvement, en œntient proprement deux.

Premièrement : Gonmient une nature, dans le sens matériel^ c'est-à-dire quant à Imtuition, comme ensemble des phénomènes^ comment Tespace, le temps et ce qui les remplit, l'objet de kt sensation ; comment tout cela en général est-il possible? Réponse : par le

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moyen de la propriété de notre sensibilité, qui fait qu elle est impressionnée d'une manière h die propre par des objets qui lui sont inconnus en eux-mêmes, et qui sont tout différents de ces phénomènes. Cette réponse a été donnée dans le livre même, dans l'esthétique transcendantale , et ici , dans les Prol^omènes, par la solution de la première question.

Deuxièmement : Gomment une nature, dans le sens formel du mot, comme ensemble des règles auxquelles tous les phénomènes doivent être subordonnés, quand ils doivent être conçus comme liés en une expérience, est-elle possible? Il n'y a pas d'autre réponse que celle-ci : elle n'est possible qu'au moyen de la propriété de notre entendement suivant laquelle toutes ces représentations de la sensibilité sont nécessairement rapportées à une conscience, et qui rend enfin possible la manière propre de notre pensée, c'est-à-dire la pensée par des règles, et par tout cela l'expérience, qui se distingue absolument de la connaissance des objets en soi. Cette réponse est dans le livre, dans la Logique transcendantale, mais ici, dans les Prolégomènes, elle est Tobjet de la solution de la deuxième question principale.

Quant à la question de savoir comment est possible cette propriété particulière de notre sensibilité même, ou celle de l'apperception nécessaire de notre entaidement, apperception qui lui sert de base, ainsi qu'à toute pensée, c'est ce qui ne peut se dire, parce que nous avons toujours besoin d'elle pour toute i^ponse et pour penser les objets.

108 PROLÉGOUËKES A LA MÉTAPHYSIQUE.

Beaucoup de lois de la nature ne peuvent nous être connues que par le moyen de l'expérience; mais nous ne pouvons apprendre à connaître la légitimité dans la liaison des phénomènes, c'est-à-dire la nature en général, par aucune expérience, attendu que Texpérience même a besoin de ces lois, comme fondement de sa possibilité a jonon.

La possibilité de Texpérience en général est donc aussi la loi universelle de la nature, et les principes de la première sont même les lois de la seconde* Car nous ne connaissons la nature que comme ensemble des phénomènes, c'est-à-dire comme ensemble des représentations en nous, et nous ne pouvons par conquent tirer la loi de leur liaison que des principes de leur liaison en nous, c'est-à-dire des conditions de l'union nécessaire en une seule conscience, union qui constitue la possibilité de l'expérience.

La proposition principale même, qui fait l'objet de toute cette section, à savoir que des lois universelles de la nature peuvent être connues a priori^ conduit déjà d'elle-même à la proposition : que la législation suprême de la nature doit se trouver en nous, c'està-dire dans notre entendement, et que nous n'en devons pas chercher les lois universelles en partant de la nature par le moyen de l'expérience, mais que nous devons au contraire chercher la nature de leur légitimité universelle en partant uniquement des conditions de la possibilité de lexpérience qui sont dans notre sensibilité et notre entendement. Comment en effet serait-il possible autrement de connaître a priori

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