‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 44 sur 98 · POSSIBILITÉ DB LA PHYSIQUE PURS · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉ DB LA PHYSIQUE PURS

ces lois, puisqu'elles ne sont pas des r^les de la connaissance analytique, mais de véritables exten-» sions synthétiques de cette espèce de connaissance. Un tel et même nécessaire accord des principes de Texpérience possible avec les lois de la possibilité de la nature, ne peut avoir lieu que par deux sortes de raisons : ou ces lois sont tirées de la nature par le moyen de Texpérience, ou, à l'inverse, la nature est dérivée des lois de la possibilité de Texpérience en général, et est identique avec la pure légitimité universelle de cette dernière. La première de ces alternatives implique contradiction, car les lois physiques universelles peuvent et doivent être connues a priori (c'est-àdire indépendamment de toute expérience), et posées comme fondement de tout usage empirique de Fentendement (!)•

Mais nous devons distinguer les lois empiriques de la nature, qui supposent toujours des perceptions particulières, des lois pures ou universelles de la nature qui, sans se fonder sur des perceptions particulières, contiennent simplement les conditions de leurs liaisons nécessaires dans une expérience ; par rapport à ces dernières, la nature et Texpérience possible sont tout à fait la même chose. Et comme en fait d'expé-

(1) Crusiîtê seul a comm un moyen tenne : à savoir qu'on esprit qui ne pevX ni tromper ni se tromper, nous a inculqué originairement ces lois naturelles. Mais cependant comme des principes trompeurs interviennent gonveni^ ainsi que le système de cet homme célèbre en fournit d'assez nombreux exemples, on voit au défaut de critères certains et propres à faire distinguer l'origine authentique de la fausse, que Tusage d'un tel principe est très douteux, puisqu'on ne peut jamais savoir ce que Tes. prit de vérité ou le père du mensonge peut nous avoir inculqué.

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nmce la légitimité repose sur la liaison nécessaire des phénomènes en une expérience (sans laquelle nous ne pouvons connaître absolument aucun objet du monde sensible), par conséquent sur les lois primitives de l'entendement , il paraîtra tout d'abord étrange, quoique rien ne soit plus certain, que je dise de ces dernières, que Y entendement ne tire pas ses lois {a priori) de la nature, mais qu'il les lui impose.

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Nous expliquerons cette proposition qui semble hasardée, par un exemple destiné à montrer que des lois que nous découvrons dans des objets de l'intuition sensible, lors surtout qu elles sont reconnues comme nécessaires, sont déjà tenues par nous comme posées par rentendement, quoique d'ailleurs semblables en tout point à des lois physiques que nous assignons à l'expérience.

Si l'on considère les propriétés du cercle, au moyen desquelles cette figure réunit tant de déterminations arbitraires de l'espace en elle, et par le fait en une règle universelle , on ne peut se dispenser d'attribuer à cette chose géométrique une nature. Ainsi, par exemple, deux lignes qui se coupent entre elles et qui coupent en même temps le cercle, quelle que soit leur direction , sont cependant toujours si régulières que le rectangle qui résulte des parties de chacune d'elles est égal au rectangle de l'autre. Or, je le demande : « Cette loi est-elle dans le cercle ou dans l'entendement?» C'est*k-dire cette figure con-

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tient-elle, indépendamment de Tentendement le principe de cette loi en soi, ou l'entendement, lorsqu'il a construit cette figure même d'après ses notions (réalité des diamètres) donne*t-ii en même temps la loi des cordes qui se coupent entr'elles suivant une proportion géométrique? On verra bientôt, si Ton recherche les preuves de cette loi, qu elle ne peut être dérivée que de la condition que Tentendement donne pour base à la construction de cette figure, à savoir Tégalité des diamètres. Si nous étendons cette notion, afin de suivre plus loin l'unité des propriétés diverses des figures géométriques sous des lois communes, et que nous considérions le cercle comme une section conique qui est par conséquent soumise aux mêmes conditions de construction que les autres sections coniques, nous trouvons que toutes les cordes qui se coupent intérieurement à cette construction, Tellipse, la parabole et l'hyperbole , le font toujours de telle sorte que les rectangles résultant de leurs parties ne sont pas toujours égaux entre eux, il est vrai, mais sont cependant toujours entre eux en rapports égaux. Si nous allons plus loin encore , c'est-àdire jusqu'aux théories fondamentales de l'astronomie physique, on découvre une loi physique qui s'étend h toutô^la nature matérielle, la loi de l'attraction mutuelle, qui a pour règle de croître en raison inverse du carré des distances à partir de chaque point attractif, comme de décroître en raison des surfaces sphériques auxquelles s'étend cette force, ce qui semble être comme une nécessité de la nature des choses mêmes, et qu'on

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est par cette raison dans Fusage de présenter comme susceptible d'être connue a priori. Si simples donc que soient les sources de cette loi, puisqu'elles tiennent seulement au rapport des surfaces sphériques de diamètres différents, la conséquence en est cependant si importante par rapport à la diversité de leur harmonie et de leur régularité, que non seulement tous les orbites possibles des corps célestes peuvent être ranienés à des sections coniques, mais qu'il en résulte encore un tel rapport entre eux qu'aucune autre loi de l'attraction que celle du rapport inverse du carré des distances n'est applicable par la pensée au système du monde.

Il y a donc ici une nature qui repose sur des lois que l'entendement connaît a priori, et même par des principes universels de la détermination de l'espace. Or, je le demande, ces lois physiques sont-elles dans l'espace,etrentendemeut les apprend-il lorsqu'il tâche simplement de découvrir le sens fécond qu'elles recèlent, ou sont -elles dans l'entendement et dans la manière dont il détermine l'espace suivant les conditions de l'unité synthétique à laquelle aboutissent ses notions ? L'espace est quelque chose de si uniforme et de si indéterminé par rapport à toutes les propriétés particulières que l'on n'y cherchera certainement aucun trésor de lois physiques. Au contraire, ce qui détermine l'espace en forme circulaire, en figure conique et sphérique, est l'entendement, en tant qu'il contient le principe de l'unité de leur construction. La simple forme universelle de l'intuition, qui s'appelle espace,

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est doii€ bien le substratum de toutes le& intuition^ déterminables par rapport aux objets particuliers, et l'espace cootieul assurément la condition de la possibilité et de la diversité de c^ derniers ; mais l'unité des objets n'est cependant déterminée que par Tentendement, et même suivant des conditions qui sont dans sa nature propre; et ainsi l'entendement est l'origine de Tordre universel de la nature, puisqu'il embrasse sous ses lois tous les phénomènes, et par là réalise a priori une expérience (quant à la forme), qui doit servir à soumettre à des lois nécessaires tout ce qui ne doit être connu que par expérience. En effet, il ne s'agit pas ici de la nature des choses en sot, *qui est aussi indépendante des conditions de notre sensibilité que de celles de l'entendement, mais bien de la nature comme objet de l'expérience possible; et alor« l'entendement, eu la rendant possible, fait en même temps que le monde sensible n'est point un objet de l'expérience ou une nature.

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