‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 48 sur 98 · XLIV · texte numérisé non relu

XLIV

Une chose encore dignetie remarque dans cette étude en général, c'est que les idées rationnelles ne servent pas, comme les catégories, à l'usage de l'entendement par rapport à l'expérience; elles sont parfaitement inutiles à cet égard ; elles sont même contraires aux maximes de la connaissance rationnelle de la nature, quoique cependant nécessaires à d'autres égards encore à déterminer. Que l'âme soit ou ne soit pas une substance simple, c'est ce qui est tout à fait indifférent pour l'explication de ses phénomènes; car nous ne pouvons, par aucune expérience possible, rendre sensible, par conséquent faire comprendre in conereto, la notion d'un être simple. Cette notion est donc tout à fait vaine par rapport à tout ce qu'on pouvait espérer de connaître en fait de cause des phénomènes, et ne peut servir de principe pour expliquer ce que nous présente rexpérience interne ou externe. Les idées cosmologiques du commencement du monde ou de son éternité [a parte ante) nous servent aussi peu à expliquer un événement dans le monde même. Enfin

nous deroQS, suivant une ju^te maxime de la philosophie de la nature, nous abstenir de toute explication de Tarrangement des choses, qui serait tirée de la vo^ lonté d'un être suprême, parce quecen'est plus là delà philosophie naturelle, mais un aveu du terme de notre connaissance. Ces idées ont donc une tout autre destination pratique que les catégories qui seules, avec les principes dont elles sont le fondement, rendent Fexpérience possible. Cependant notre laborieuse Analytique de Tentendement serait tout à fait superflue, si nous n'avions d'autre but que la simple connaissance de la nature, telle qu elle peut être donnée dans Texpérience; caria raison s'acquittera sûrement et bien de sa tâche en mathématiques et en physique sans toutie cette subtile déduction. Notre Critique de l'entendement avec les Idées de la raison pure tend à un but plus élevé que l'usage expérimental de l'entendement ," but dont plus haut nous avons dit cependant qu'il est à cet ^ard tout à fait impossible et sans objet ou signification. Mais il doit néanmoins y avoir accord entre ce qui appartient à la nature et à la raison, et ceile-là doit contribuer à la perfection de la seconde, et ne peut la confondre.

La solution de cette question est la suivante : la raison n'a pas en perspective, dans ses Idées, des objets particuliers, qui dépassent le champ de l'expérience, elle ne demande au contraire que la plénitude del'usage intellectuel dans l'enchaînenaent de l'expérience. Mais cette plénitude ne peut être que celle des principes, et non celle des intuitions et des objets. Néan-

{$S PROLt^OVË^ES A LA MÉTÀPSrvSIQt^.

fiH)iiis, pour se les représenter délenninément, elle les coaçoit eomme la connaissance d'un objet, connais-^ sance parfaitement déterminéepar rapport à ces règles^ niais dont l'objet n'est qu'une Idée, afin d'approcher aussi près que possible de la connais^nce iptellectuelle de la perfection indiquée par l'Idée:

§ xLv:

Observation préliminaire sur la dialectique de la raison pure.

No^is avons fait voir précédemeient, § 34 et 35, que la pureté, où senties catégories de toiit mélange dedé^ termiixations sensibles, peut conduire la raison à étendre leur nsage au-^delà de toute expérience, c'est-àdire aux choses eu soi, quoique, par le fait qu'elles ne trouvent pas d'intuition qui puisse leur donner sens et signification in concreto, elles représentent, comme fonetioïi purement logique, une chbse en général, il e^t vrai, mais sans pouvoir donner par elles seules une notion déterminée d'une chose quelconque. Ces objets hyperboliques sont donc ceux qu'on appelle noumèrï^5 ou êtres intellectuels purs (ou mieux êtres de raison), tels, par exemple qu'une mbstanàe maîs^tri est conçue sans permanence dans le temps , ou line cause mais qui ndi^i pas dans le temps ^ etc., puisqu'on leur donne des prédicats qui ne servent qu'à rendre possible la légitimité de l'expérience, et qu'on en détache cependant toutes les conditions de l'intuition sous lesquelles seules l'expérience est possible, et qu'ainsi cesnotions perdent toute signification.

POSSIBILITÉ d'une BfÉTAPHTSIQtJE. 199

Mais il n'y a pas de danger que de lui même, sans y être forcé par des lois étrangères, il sorte de ses bornes et s'élance aussi témérairement dans le champ des purs êtres de raison. Mais si la raison, qui ne peut être pleinement satisfaite d aucun usage expérimental des règles de l'entendement, usage toujours conditionné, veut être délivrée de cette chaîne de conditions, Fentendementest alors poussé hors de sa sphère, en partie pour représenter des objets sensibles dans une série si étendue qu'aucune expérience ne peut les embrasser, en partie même (afin de la compléter) pour chercher tout à fait en dehors d'elledesnoi/m^^j, auxquels la raison puisse rattacher cette chaîne, et par là en rendre enfm tout d'un coup la tenue pleinement indépendante des conditions expérimentales. Telles sont donc les Idées transcendantales qui, si elles ne sont pas, suivant la fin vraie mais cachée de la destination naturelle de notre raison , rapportées à des notions indéfinies, mais simplement à l'extension illimitée de l'usage expérimental, surprennent cependant par une apparence inévitable un usage transcendantal de l'entendement. Et' cet usage, quoique trompeur, ne peut par aucune résolution être renfermé dans les limites de l'expérience; une instruction scientifique peut seule, et même à la condition d'un effort, l'y retenir.

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