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L'AUTORITE RELIGIEUSE

Que la religion soit purement mythologique, ou légaliste, ou dogmatique, elle engendre toujours un certain nombre de croyances communes dont chacun de ceux qui vivent sous son influence doit prendre connaissance.

En parlant des premiers âges de la religion dans l'humanité, nous disions qu'il y avait eu certainement au sein des tribus primitives des individus mieux doués que les autres, possédant un sentiment religieux plus intense, une imagination plus vive, et qui avaient dû déterminer les idées de leurs semblables en leur donnant une forme concrète, précise, imagée, que ceux-ci n'auraient pas trouvée d'euxmêmes, mais qu'ils avaient adoptée sans y réfléchir. La raison de cette facile acceptation, c'est qu'au fond les initiateurs partaient d'intuitions et de notions qui leur étaient communes avec leur entourage. Us donnaient une forme arrêtée à ce qui existait déjà confusément dans les âmes, et, en fait, le progrès religieux

ne s'est Jamais effectué autrement. Les premières directions imprimées à la pensée sont toujours très puissantes. Dites à un jeune enfant en lui montrant la lune : Vois cette tête, cette bouche, ces yeux qui te regardent ! L'enfant voit la tète, la bouche et les yeux, et les montre à ses petits camarades. A Genève, on voit l'empereur Napoléon P' enseveli jusqu'au menton dans la neige éternelle du Mont-Blanc. Il faut un peu de complaisance pour s^en apercevoir, mais une fois qu'on est au point et qu'on a saisi la ressemblance, on la voit toujours et on ne comprend pas qu'on ne l'ait pas vue tout de suite. De même, dans l'humanité primitive, les premières notions mythologiques, indiquées par des poètes inconscients de leur poésie, deviennent le partage de tous ceux qui les entendent. Les pères et les mères les transmettent à leurs enfants. Les imaginations successives se trouvent lancées dans la même direction. Ces notions acquièrent le caractère d'évidences ou d'axiomes qu'on ne discute pas, et voilà une tradition formée.

Cette tradition une fois formée emprunte une grande force au sentiment que l'homme isolé a de sa faiblesse, surtout en matière religieuse. Elle s'impose aux générations qui se succèdent avec un prestige que le temps en s'écoulant ne peut qu'accroître. Elle enregistre des récils que les vieillards ne se lassent pas de répéter, comme les jeunes ne se lassent pas de les entendre. Elle recommande des rites, des observances, des sacrifices, dont on a depuis longtemps oublié la signification première, mais dont on s'ac-

quitte scrupuleusement, parce que c'est la coutume héréditaire. Plus l'âge dont il s'agit est dépourvu de critique, plus la tradition fait autorité. Il est très rare qu'un sauvage connaisse la raison de ses coutumes religieuses. Presque toujours, quand on lui demande des explications, il se contente de répondre que ses pères lui ont appris à faire de cette manière, et il s'étonne que cette réponse ne vous suflBse pas. C'est qu'en effet rechercher l'origine d'une tradition, c'est avoir déjà dépassé l'âge de la foi complètement naïve. Dans un tel âge la tradition fait autorité en vertu de son antiquité ou, pour mieux dire, de son éternité apparente. Car, pour les esprits peu développés, l'antiquité et l'éternité se confondent. L'homme qui n'a ni voyagé ni lu se figure qu'on vit et qu'on pense partout comme il vit et pense lui-même, qu'on a toujours vécu et pensé de môme. Notre siècle est certainement celui de tous où le sens de l'histoire a été le plus généralement répandu. Nous en portons le goût jusque dans nos ameublements. L'antiquité le connut à peine. Les plus grands peintres jusqu'au siècle dernier ne s'en doutaient même pas. C'est ce qui explique la docilité avec laquelle les générations successives acceptent la tradition qui leur est transmise et ne s'avisent pas même de l'examiner pour savoir si elle mérite créance.

En religion surtout, la puissance de la tradition est grande. Car elle idéalise les choses les plus vulgaires en leur imprimant le cachet de l'antiquité. Une brique de fabrication moderne n'arrête pas même nos regards ; si elle revient de Babylone ou de Nini ve.

nous la contemplons avec dévotion. Les croyances religieuses et les symboles religieux deviennent plus vénérables encore en s'embaumant d'antiquité. Us semblent rentrer par là dans Tordre des choses éternelles. Tant que l'esprit critique n'est pas éveillé, rinnovation parait irréligieuse. C'est cette vénération de l'antique qui explique plus d'une bizarrerie des rites et des coutumes religieuses. Pourquoi, par exemple, dans mainte religion, les instruments de fer sont-ils proscrits en tout ce qui concerne les actes religieux proprement dits, et les instruments de pierre seuls tolérés ? Gela doit remonter au temps où s'introduisirent les instruments de métal. On les adopta aisément pour les usages ordinaires. On trouva quelque chose d'audacieux et de sacrilège à s'en servir également dans les cérémonies religieuses. De nos jours, nous avons vu des personnes pieuses froissées à l'idée qu'on voulait éclairer au gaz nos vieilles églises, comme si cette lumière mondaine, industrielle, d'invention récente, était moins religieuse que celle des vieilles lampes fumeuses tremblotant sous les voûtes. Là encore se révèle le caractère synthétique de la religion, cherchant à rattacher l'individu à l'esprit éternel. Tandis que tout passe, change et disparaît, il semble à l'homme qu'en se ralliant à quelque chose qui subsiste, il s'unit à l'immuable.

Il faut reconnaître, d'autre part, que cette docilité devant la tradition s'associe à un très médiocre souci de la vérité. Je ne sais trop si l'horreur légitime que l'intolérance inspire à quiconque est assez instruit

pour connaître les pages lamentables qu'elle ajoute au livre de Thistoire n'a pas souvent empêché les historiens et les philosophes de s'apercevoir d'une chose pourtant bien évidente : c'est aux excès du fanatisme religieux que Ton doit l'importance extrême attachée depuis lors à la question de vérité sur tous les domaines. Les bourreaux n'ont guère été moins instructifs que les victimes. Que des hommes, incapables de crime à tous les autres égards, se soient laissé emporter jusqu'aux fureurs froides contre ceux qu'ils accusaient de nier la vérité, cela prouve le prix qu'ils y attachaient, et on peut à bon droit se demander si l'amour passionné du vrai en toute chose, qui a fait la science moderne, eût été possible ou du moins fût devenu très commun, si l'Europe n'avait pas traversé des siècles d'intolérance. Le fait est que l'antiquité connut cette noble passion à un bien moindre degré que nous.

Mais, avant d'en venir là et dans les religions développées, l'homme, sans révoquer en doute la tradition, s'aperçut qu'elle risquait de s'altérer ou de se perdre, si l'on ne faisait rien pour la protéger contre les causes de déperdition ou d'oubli. Naturellement ce furent les sacerdoces ou les corporations de prêtres qui fournirent les conservateurs et les continuateurs attitrés des traditions antiques. Une classe d'hommes vivant à part, devant par profession mieux connaître que tous les autres la théorie et la pratique des choses religieuses, devait passer pour dépositaire par excellence de la tradition. L'autorité de cette tradition devint donc l'autorité sacerdotale.

L'homme ordinaire, dans sa faiblesse, dans son ignorance, devait s'adresser aux prêtres pour savoir au juste ce qu'il avait à croire et à faire. Le sacerdoce était tout disposé à ajouter cette puissance incalculable k celle qu'il possédait déjà comme sacrificateur et intermédiaire indispensable. On laluieûtconférée, lors même qu'il l'eût refusée. On a souvent accusé le sacerdoce d'ambition, d'amour de la domination, et le fait est qu'il n'a que trop souvent prêté à ce genre d'accusation. Mais il ne faut pas se dissimuler qu'il a été bien plus souvent encore un eSét qu'une cause.

L'autorité du sacerdoce fut plus grande encore là où il garda longtemps le monopole des connaissances les plus indispensables à la vie sociale, lorsqu'il dut fixer le calendrier, établir la jurisprudence, rédiger les annales. Si sa puissance en Grèce fut moindre que partout ailleurs, ce n'est pas seulement parce qu'il manqua d'organisation et de centralisation, c'est parce qu'il n'eut jamais la possession exclusive des lumières. Le dépôt des traditions religieuses fut dévolu au moins autant aux poètes qu'aux prêtres. C'est pourquoi, dans toute l'antiquité, c'est la Grèce qui se distingua entre toutes les nations comme le pays du libre esprit.

A Rome, la tradition religieuse était chose de l'Etat comme le sacerdoce lui-même. C'est le Sénat qui en était le dépositaire en titre. Il légiférait en religion comme en tout le reste, et quand le paganisme grécoromain fut persécuteur, ce fut essentiellement pour des motifs de l'ordre politique.

Il en fat aotremeat dans l'Inde et dans llian, où le sacerdoce défendît les Tentés dont il était le gardien pour des raisons avant toal religieases. Pour cela, de même qne dans les antres régions oà il assuma le même rôle et les mêmes prélentions, il dnt élever la supériorité qu'il réclamait jusqu'à l'absolu, c'est-àdire que son autorité prétendit à ïinftUHbUité, comme si ces décisions doctrinales eussent été dictées par 1> Divinité elle-même. Ainsi se formèrent les oribodoxies, c'est-à-dire les systèmes de croyances réputées exactes, pures de tout alliage et présentées comme indîqtensables à l'adoption de tous ceux qui Toolaient vivre en communion avec la puissance divine. Et tel est le besoin d'autorité en matière de religion qne celte prétention fut admise, non pas seulement au sein de la chrétienté, mais dans bien d'autres religions et notamment dans le brahmanisme et le bouddhisme. Dans l'Eglise chrétienne, l'épiscopat une fois constitué, considéré comme le gardien seul compétent des traditions apostoliques, s'érigea dans les conciles oecuméniques ou généraux en oi^ane infaillible de la vérité. Là ne s'arrêta pas cette tendance à reconnaître l'autorité sans avoir beaucoup d'autres preuves de sa légitimité que le besoin qu'on en a. Le moment vint où l'on observa que les conciles sont rares, de réunion difficile, qulls ne sont pas toujours d'accord, que leurs décisions peuvent donner lieu à des interprétations ditlVroittes, qu'il vaudrait bien mieux posséder un organe permanent et vivant de la vérité éternelle, et où l'on voulut centraliser dans un seul homme, dans un st-ul

évèque, Tautorité auparavant disséminée dans le corps de l'Eglise. Et malgré des obstacles, des résistances, des objections sans nombre, les partisans de cette infaillibilité personnelle l'emportèrent à la fin, parce qu'ils étaient dans la logique du besoin d'autorité. Nous ne sommes pas encore au bout. L'infaillibilité dû pontife, pour être complète et tout à fait rassurante, suppose son impeccabilité. Car, au fond, il sert à peu de chose de posséder un organe personnel infaillible de Téternelle vérité, si l'on n'est pas certain qu'il ne voudra jamais la retenir ou l'altérer pour des motifs d'intérêt égoïste ou de calcul politique. C'est le résultat final, inévitable, de l'autorité religieuse attribuée au sacerdoce.

Mais ce privilège sacerdotal n'est pas la seule forme qu'ait revêtue l'autorité de la tradition. Il est un mode intermédiaire, d'une logique moins rigoureuse, laissant par cela même plus de champ à la liberté de l'esprit et aux variations de la pensée, toutefois né, lui aussi, du besoin de fixer des traditions précieuses, de les préserver de l'oubli et de l'altération, et de les transmettre à la postérité comme la pierre de touche des croyances. Nous voulons parler des livres sacrés.

Toutes les religions n'en ont pas, mais beauco;ap, et des plus importantes, en possèdent. Le brahmanisme a ses Védas et ses lois de Manou, le mazdéisme a son Zend Avesta, le bouddhisme son Tripitaka (les trois corbeilles), la Chine a ses Kings, l'islamisme son Coran, le judaïsme sa Bible, qui devint celle aussi du christianisme avec l'adjonction du Nouveau Testament.

Il nous manque des lumières suffisantes sur la manière dont se sont formés la plupart de ces Livres sacrés ou Saintes Ecritures. Mais l'analogie permet de supposer qu'une même loi de formation a présidé à leur apparition. Nous savons assez bien comment se sont codifiées les Saintes Écritures des Juifs et des chrétiens, et cela suffit pour qu'on se rende compte des procédés suivis pour la rédaction ou la coordination des autres.

Pourquoi, par exemple, les Juifs qui, au temps de l'ancien Israël, s'étaient passés de Livres sacrés, en ont-ils dans la période qui s'écoule entre le retour de la captivité et l'ère chrétienne ?

Nous avons déjà vu, en parlant de l'institution des synagogues également contemporaine, qu'il s'agissait pour eux de ne pas perdre les souvenirs du passé, menacés qu'ils étaient par les révolutions, les déportations et tout ce qui avait anéanti l'existence nationale. Déjà certains écrits antérieurs à la grande catastrophe avaient été composés. Il y avait des recueils de lois, un surtout dont la brusque apparition au temps du roi Josias avait fait grande sensation. D'autres codes avaient été rédigés pendant ou peu après la captivité. On en fit un ensemble qu'on encadra dans une combinaison de plusieurs récits historiques roulant sur les antiquités d'Israël. De ce travail sortit le Pentateuque ou, comme disent les Juifs, la Loi. Il y avait de plus un certain nombre de prophètes dont les discours avaient été écrits. On adjoignit ces discours à ce premier recueil. Enfin il circulait un nombre assez considérable

d'hymnes, de sentences, d'annales et de chroniques. Gela fit une troisième division, qui ne fut pas aussi hermétiquement close que les deux premières, mais qui comptait déjà au temps de Jésus-Christ les livres qui la composent actuellement dans la Bible hébraïque. Le simple fait de réunir tous ces livres, divers par la date et le contenu, n'eût pas sufti pour leur conférer la dignité des Livres sacrés. Ils auraient fort bien pu n'être qu'une bibliothèque d*un haut intérêt pour rhistoire politique et religieuse de la nation Israélite. Mais ils servirent très promptement au culte des synagogues. On lisait chaque fois quelque fragment de ces livres vénérés, on le commentait, on l'expliquait. Ces livres furent donc élevés sur un véritable piédestal et mis à part de tous les autres. Us devinrent l'Écriture, la Bible ou le Livre par excellence. On s'habitua à les considérer comme la source et le fondement des croyances, ce qui leur conféra un caractère tout spécial, incomparable. Enfin on les divinisa autant qu'on peut diviniser des livres, c'est-à-dire qu'on les considéra comme dictés par l'esprit même de Dieu. Ce fut là le point de départ d'un tas de subtilités rabbiniques. On alla, par exem* pie, jusqu'à reproduire religieusement les fautes de copistes qui s'étaient glissées dans les textes et jusqu'à découvrir un monde de mystères dans le nom. bre des lettres que comptait chacun des écrits réunis dans le recueil sacré.

L'origine du Nouveau Testament ne diffère pas essentiellement de celle de l'Ancien. Il se compose aussi de difl'érents livres, composés par divers

auteurs, à différentes dates, et certainement aucun de ces auteurs ne prévoyait que la postérité joindrait son ouvrage à yingt-six autres pour former une nouvelle Ecriture sainte. Ce travail de réunion remonte au second siècle, lorsque les églises chrétiennes furent envahies par les doctrines gnostiques, mélange de spéculation orientale, de polythéisme et de christianisme, très à la mode à cette époque — la religion a aussi ses modes ou ses engouements temporaires — et qui risqua de noyer la tradition chrétienne dans un déluge d'opinions bizarres et de rêveries capiteuses. On désira donc, par instinct de conservation, posséder des monuments écrits, incon* testés, de renseignement chrétien des premiers jours, et on réunit un certain nombre d'évangiles, d'épitres, d'histoires apostoliques, etc., remontant ou passant pour remonter au siècle des apôtres. Cette collection, qui ne fut définitivement arrêtée qu'assez tard, mais qui contint de bonne heure les principaux livres dont elle se compose aujourd'hui, devint donc la norme, le document officiel de la vraie tradition chrétienne. On lisait ces livres comme ceux de l'Ancien Testament dans les assemblées religieuses. Ils ne tardèrent donc pas à être revêtus du même caractère sacré,

A l'origine, il n'y eut aucune espèce de conflit entre l'autorité sacerdotiile qui se constituait ainsi de toutes pièces et cette autorité du Livre que chacun pouvait lire. Au contraire, ce fut le sacerdoce chrétien qui fat le principal collecteur du recueil nouveau et qui lui donna sa sanction. Il en fit le texte

de ses instructions, il crut y trouver la conlirmation de son autorité; seulement il se réserva de plus en plus le droit d'en fixer l'interprétation. Il fonda l'orthodoxie chrétienne sur ces textes désormais canoniques, et il oublia absolument qu'ils présentaient plusieurs types de doctrine très différents. Mais c'est une illusion commune à ceux qui lisent les Livres sacrés sans esprit de critique indépendante que de ne pas voir les différences doctrinales qui les distinguent les uns des auti^s.

Voici maintenant ce qui arriva. L'autorité vivante et parlante du sacerdoce prit en fait le dessus sur l'autorité du livre qu'on lisait toujours moins. La tradition chrétienne, comme toute tradition prolongée, s'augmenta, se chargea d'éléments hétérogènes, dévia sous maint rapport des lignes primitives, et le moment vint où le livre, qui ne changeait pas, se trouva en désaccord profond avec le sacerdoce, qui avait beaucoup changé. Tel fut l'antagonisme qui éclata lors de la Réforme. A la tradition sacerdotale, le protestantisme opposa la tradition consignée dans le Livre sacré.

Il y avait certainement là un pas de fait vers l'émandpation delà pensée religieuse. Un livre, ser-> vaut de base à une société religieuse, doit être lu, et lire, c'est déjà provoquer la réflexion, l'exanien, la décision individuelle. Tout protestant fut bientôt pape, une Bible à la main. Puis, comme cette Bible n'était ni toujours claire, ni toujours d'accord avec elle-même sur tous les points, les diversités dogmatiques ne tardèrent pas à surgir. Notons ici que^ dans

son enthousiasme pour sa charte traditionnelle écrite, le protestantisme tomba, comme le judaïsme, dans une véritable bibliolàlrie. 11 fit de la Bible une dictée miraculeuse et, comme le lui reprochèrent souvent ses adversaires, .un pape de papier. .

Et pourtant, c'est à cette étude passionnée de la Bible qu'est dû Tessor de la critique historique. Les populations qui se nourrirent de cette lecture acquirent sur Tantiquité, sur d'autres races que la nôtre, sur les mœurs, les habitudes, les idées des siècles depuis longtemps écoulés, des notions dont restèrent privées les populations soumises à l'autorité sacerdotale. Ce n'est pas du tout TefTet du hasard si les grands travaux de critique historique et d'histoire comparée ont été jusqu'à présent poussés beaucoup plus activement dans les pays protestants que partout ailleurs. Ils trouvaient un public qui s'y intéressait, préparé d'avance à les goûter et à les comprendre.

Enfin, le résultat final s'est dégagé de toutes ces recherches. 11 n'y a pas plus de surnaturel dans l'autorité des livres sacrés que dans celle des sacerdoces. Selon les époques, les populations, Tétat des esprits, ces deux autorités se sont montrées tour à tour bien^ faisantes ou oppressives. La religion en soi est indépendante de l'une et de Tautre. Toutes deux ont été avant tout constituées comme organes protecteurs de la tradition. Les livres sacrés, dans chaque reli« gion, demeurent le document par excellence permettant de remonter sûrement à leur principe et à leur esprit originel. Tant vaut une religion, tant vaut son Livre sacré. À ce titre, la Bible reste toujours digne

de notre respect et de notre plus vif intérêt. Rien ne peut faire qu'elle ne contienne un grand nombre de ces paroles que l'humanité n'oubliera pas. Mais elle n'a aucun droit, j'ajoute qu'elle n'a aucune prétention d'encbatner la liberté de l'esprit.

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