‹ Prolégomènes de l'histoire des religionsChapitre 26 sur 28 · L'ART · texte numérisé non relu

L'ART

L'art est le domaine du beau comme la morale est celui du bien, et la synthèse religieuse devait le comprendre aussi dans ses affluents de divers genres. On a donné de Tart des définitions nombreuses. La seule qui puisse embrasser toutes ses formes, qui s'applique aux arts de la vue, tels que la danse, l'architecture, la sculpture, la peinture, comme aux arts de Touïe, tels que la musique, la poésie, l'éloquence, est celle qui le résume dans la pénétration de l'idéal et de la matière, effectuée par la volonté et le travail de l'homme.

On a voulu parfois ramener Tart à une imitation aussi exacte que possible de la nature, et cette définition se trouve dans Platon et dans Âristote qui n'ont pas fait preuve, en la proposant, d'une grande perspicacité. Le trompe-Vœil serait donc le dernier mot de l'art. En réalité ce n'en est que l'enfance. Si l'architecture n'avait fait qu'imiter la nature, elle n'aurait produit que des grottes, des huttes de castor,

des ruches d'abeilles, des fourmilières et des nids d'oiseau. La musique se serait bornée à nous offrir des gazouillements, des bourdonnements et des coassements. Même dans les arts tels que la peinture et la sculpture, où l'imitation est d'une importance incontestable, il s*en faut qu'elle épuise le mandat de Tart. La figure de cire, qui ressemble au corps vivant de manière à défier les plus grands chefsd*œuvre de la statuaire, ne vaudra jamais, au point de vue de Fart, la moindre terre cuite où se révèle le génie d'un véritable artiste (1).

Il résulte de la définition donnée que la religion et Tart sont, de nature, indépendants l'un de l'autre ; mais cette indépendance n'exclut pas des rapports intimes et fréquents.

L'art, par exemple, pénétrera dans le domaine religieux bien plus aisément que dans le domaine philosophique, parce que la religion est chose concrète et réelle, tandis que la philosophie est le règne

(1) Voilà pourquoi, môme dans le portrait, la photographie, quelque perfectionnée qu'elle soit et quand même elle peindrait les couleurs avec autant de sûreté de touche qu'elle dessine les lignes, ne remplacera jamais le pinceau. La raison en est que la physionomie change constamment, et que Tart du portraitiste, qu'il s'en rende compte ou non, consiste à saisir la physionomie centrale, celle & laquelle toutes les autres se rapportent, ce que la photographie ne pourra jamais faire. H y a des portraits que les uns trouvent très ressemblants, les autres manques. Pourquoi ? C'est que le peintre n'a su reproduire qu'une physionomie accidentelle delà personne. Cette physionomie centrale que le portraitiste saisit comme par intuition quand il a le génie de son art, n'existe pas dans la réalité ; ell« se devine et ne se copie pas. L'art est donc autre chose que la simple imitation.

de Tabstraction. Gomment pourrait-on revêtir de formes artistiques la théorie morale de Kant ou la dialectique de Hegel ? La religion, fille du sentiment, qui cherche son expression rationnelle dans la théologie, mais qui, gardant toujours sa nature mystique, parle au cœur et à l'imagination non moins qu'à rintelligence, se prêtera infiniment mieux aux exigences comme aux efforts de l'art.

De très bonne heure l'art et la religion se rencontreront dans le symbolisme. Nous nous rappelons que le symbole repose sur le sentiment d'une analogie reliant entre elles des choses de nature très différente et donnant une forme visible et tangible à des idées qui n'ont pourtant rien de commun en réalité avec l'objet qu'il prétend représenter. Le symbole est donc, comme l'art, la combinaison d'une idée et d'un objet sensible. Seulement cette combinaison n'est qu'extérieure, une simple juxtaposition, tandis que l'art est la pénétration de l'un par l'autre. Gela suffit toutefois pour que l'art et le symbole marchent à la rencontre l'un de l'autre. Le symbole tend à devenir œuvre d'art et l'art fournira les plus beaux symboles.

Mais il s'écoulera bien du temps avant que la religion et l'art coïncident au point de se fondre en des œuvres achevées et combinant en quelque sorte les deux natures. La religion commence par demander à l'art de purs services. Les premiers symboles sont d'ordinaire très grossiers. Les menhirs^ les pieux fichés en terre pour représenter quelque divinité, les idoles des peuples sauvages n'ont rien de corn-

mun avec Tart. C'est qu'au fond rimpression religieuse et l'impression esthétique diffèrent. Dans les églises qui admettent le culte des images saintes, la dévotion des foules se porte-t-elle vers les chefsd'œuvre? Seraient-ce les madones de Raphaël, ou les descentes de croix de Rubens, ou le Moïse de Michel- Ange qui attireraient de préférence la masse des adorateurs ? Nullement. La foule les néglige et préfère de beaucoup porter ses adorations à des images vulgaires, qui parlent beaucoup plus fortement à ses sens épais et à son imagination, amie du mystère bien plus que du beau.

Dans des milieux de civilisation relative et quand les moyens d'exécution se sont bien perfectionnés, Tart est encore le subordonné du symbole. On peut appliquer cette remarque à l'art religieux de la vieille Egypte, de l'Inde, de la Chine, de l'Asie Mineure, avec leurs divinités monstrueuses, où le type animal se mêle avec le type humain pour aboutir à des composés hideux : dieux et déesses à huit bras pour montrer que leur action s'étend partout, bustes humains surmontés d'une tête de bœuf, de chien ou d'épervier, sphynx colossaux dont la tête humaine sort d'un cou de lion, déesses-terre emmaillottées, mais le corps couvert de mamelles, comme si l'on voulait dire par là que la terre immobile est la nourrice universelle, etc.

L'architecture sait plutôt que les autres arts atteindre une grande perfection, tout en se subordonnant aux exigences d'une idée religieuse. Gela tient à la simplicité forcée de ses moyens d'expression. Le

temple babylonien avec ses étages superposés, dirigés vers le ciel comme s'il voulait y atteindre — et quand les Hébreux connurent le grand temple de Babel, ils ne mirent pas en doute que telle avait été rintention de ses constructeurs, — a déjà quelque chose de très imposant. Il exprime la hauteur, l'orgueil de la souveraineté, et l'exprime bien. Le temple égyptien, avec les avenues de sphynx accroupis qui y mènent, ses puissantes assises, ses compartiments obscurs, son sanctuaire inabordable au commun des mortels, est l'éloquent symbole d'une religion qui fait surtout appel au sentiment du mystère et qui insiste sur la placide régularité delà vie divine, type de ce que doit être la vie humaine . Les temples immenses de rinde, non pas construits, mais creusés à l'intérieur des montagnes de granit ou de porphyre, cathédrales souterraines, dénotent bien le caractère porté au colossal, au paradoxe, de la religion brahmanique, où l'homme cherche moins à s'élever vers la divinité qu'à y entrer pour s'y engloutir. C'est avec le temple grec que l'art pur se déploie en harmonie intime avec une religion de clarté et de sérénité. C'est en Grèce aussi que les monstres mythologiques s'humanisent,prennentdécidémentlaformehumaine, ce qui faisait dire à Hegel que l'énigme proposée par le sphynx à Œdipe n'était autre chose que l'énigme religieuse posée par l'Egypte et résolue par la Grèce. Mais là encore nous voyons que le développement religieux et celui de l'art demeurent au fond distincts, quand même ils semblent se confondre. Si la religion grecque l'emporte en beauté sur toutes les

autres dans Tantiquité, elle est loin d'avoir atteint à d'autres égards le rang le plus élevé. Elle demeure toujours bien puérile dans ses principes, et son influence morale reste assez mince. En revanche, d'autres religions, qui lui sont supérieures au point de vue du sérieux et de Tinfluence morale, se montrent plutôt antipathiques aux arts, du moins aux arts de la vue, tels que la sculpture et la peinture.

C'est que l'art, précisément parce qu'il a nécessairement une face sensible ou matérielle, peut être un danger pour la religion tout aussi bien qu'un auxiliaire. Ici toutefois il faut faire une distinction. Il est des religions qui repoussent les œuvres d'art un peu comme le renard de la fable dédaignait les raisins. Quand, par exemple, Tacite nous dit des Germains qu'ils refusaient de représenter leurs dieux sous des formes humaines, on peut se demander comment ils auraient fait pour les sculpter et les peindre. La même question peut se poser à l'égard des Sémites nomades des époques patriarcales. Mais il n'en est pas de même pour les Perses, au temps de la grande floraison du mazdéisme, ni pour les Israélites après la captivité de Babylone, ni pour les Musulmans, et parmi les églises chrétiennes on peut remarquer une différence saillante et bien connue au sujet de l'intervention de certains arts dans le culte.

Dans l'antiquité, ce rejet des arts se rapportant spécialement à la vue s'associe au sentiment que toute forme matérielle donnée à la divinité la rapetisse et fait par conséquent l'effet d'une profanation. Et, au point de vue religieux, la plus artistique des

proboatïMis reste toajoars nne imtfuiation. Ptunni les polythéistes de la Grèce et de Rmie, il ne mangoait pas d'esprits réflécbis qui regrettaient que la piété rulgaire fat liée, comme elle l'étaït, i des r^trésentatîoiis matâieDes, et qui raj^ielaient arec complaisance que. dans les premiers temps, la religion se passait d'idoles. (Test qu'en effet la consêaaUon des images divines dans les lîeox ds coite entraîne presqne Malemoit dans Tesprit de la foule ignorante ce qu'on appelle l'idoUtrà, c'est-^ dire l'adoratioD, n<Hi plus de l'être divin, représenté par l'image, mais de l'image elle-même élevée au rang de personne consciente. Des lors aussi on adore autant de divinités* distinctes qu'il ; a d'images renommées de la même divinité. Voilà ce qui explique la guerre acharnée que les prophètes et les partisans du monothéisme rigide, en Arabie comme en Israël, déclarèrent aux « images taillées >. Cette répulsion ne s'élendait pas aux autres arts qui ne souf&ent pas du même incoDTénienl, tels que Tarcbltecture, la musique ou la poésie. Il y a sur co point des nuances asssez subtiles dans le sentiment religieux. Ainsi l'Eglise grecque, fidèle à la tradition byzantine, admet volontiers les images peintes sans perspective, tandis qu'elle ï«pousse les statues ; c'est* à-dire qu'elle supporte la couleur et proscrit le relief. Il est remarquable que, dans l'histoire propi^mcnl dite du cbristianisme, on assiste à la roprodurtion des diverses phases que traverse le sentiment nMigieux en rapport avec l'art dans l'histoire r«ligl<ni!it> en général. Le christianisme primitif) ou R^ti^>ii

contre le polythéisme, répudie les images et les éloigne de ses sanctuaires. Toutefois, et de très bonne heure, Tart fait sa rentrée dans TEglise par la porte du symbolisme. On le voit surtout aux sépultures des catacombes. Peu à peu ce symbolisme remonte à la clarté du jour et pénètre dans les lieux de culte, non sans provoquer quelques résistances (1), et au bout d'un certain temps il se confond avec l'art. Depuis lors la vénération des images occupe une large place dans le culte chrétien. Cette coutume est d'un grand secours dans l'œuvre de la conversion des masses barbares. Il y a pourtant une réaction très énergique en Orient au temps des empereurs iconoclastes, et en Occident sous Gharlemagne, lorsque le concile de Francfort voulut interdire le culte des images. Mais elle ne fut pas de longue durée, et le moyen-âge catholique put faire appel à tous les arts pour déployer les magnificences de la cité de Dieu descendue sur la terre. L'abus, il est vrai, se montra étroitement lié à Tusage, et le schisme du seizième siècle divisa profondément sur ce point la chrétienté.

Il serait donc intéressant de creuser un peu plus la question des rapports de l'art et de la religion, non pas, bien entendu, pour discuter théologique-

(1) Un de ces traits qui dénotent combien Torthodoxie peut varier avec les époques, c'est celui que raconte de lui-même saint Eplphane, le grand pourfendeur des hérésies de son temps. 11 déchira avec indignation un vélum tendu à. Feutrée d'un sanctuaire de Palestine, et sur lequel était peint une image du Christ ou de quelque saint. (Epi^li. iid Johann. Hierosol. opp. 11,317.)

ment la question débattue entre les deux fonnes principales du duistianisme, mais pour comprendre comment le sentiment religieux a pu, sur le domaine de l'art, adopta deux voies aussi opposées (i\

Tandis que l'art, défectueux, il est vrai, et sans élévation, se prêtait dans l'Inde à matérialiser la poétique religion des Yédas, si supérieure dans sa simplicité aux extravagances et aux bizarreries du brahmanisme, il élevait la religion des Grecs au plus haut degré de perfection dont elle fut susceptible. La nature et les formes d'une religion peuvent donc subir de graves modifications du chef de l'application de l'art à ses manifestations visibles. Mais de plus on peut se demander si, à mesure que le sentiment religieux s'élève, il n'arrive pas à se détacher de certains arts qui lui avaient longtemps fourni des satisfactions réelles, ou bien, et cela au fond revient au même, si tous les arts se prêtent au même degré

(1) En considérant les choses de haut, on peut distinguer ainsi le catholicisme et le protestantisme : le catholicisme eit Texpansiou de ridée chrétienne, le protestantisme en est la concentrât ion«Diu\$ le premier, Tidée chrétienne s*étend autant que possible sur tout., AU risque de se Yolatiliser^de se perdre même, À force de s'étondrt^ sur ci» qu'elle devrait repousser. — Dans le second, Tidée chi*étienne revient, pour ainsi dire, sur elle-même, cherche À ressaisir à sa soui'co «on énergie primitive, au risque d'aboutir & un puritanisme étroit, ferm¥ à tout ce qui n'est pas lui-même. Si Ton veut bien se rendre compte» de cette distinction qui rend hommage À la grandeur et à ta lé^riti* mité relative de ces deux grands rameaux de la chrétienté, f«n méni<« temps qu'elle indique d'avance leurs dangers et leurs défauts, on s'expliquera la plupart des différences qui les séparent, et on comprendra aussi comment la piété la plus sincère a pu se scandaliser d'un c^té de ce qui la nourrissait et la fortifiait de Tautre.

à servir d'expression ou de symbole au sentiment religieux devenu plus délicat et plus pur.

Nous avons cité la danse parmi les arts. Elle en est un en effet C'est la pénétration de la marche et du geste vulgaires par un certain idéal de mesure, de rythme, d'harmonie, voulant exprimer une pensée. La danse a été chez tous les peuples un art religieux. Encore aujourd'hui les populations dites sauvages n'en connaissent guère d'autre. Parmi nous la danse n'est plus un art qu'à l'opéra, dans le royaume de la féerie, et dans nos mœurs elle n'est plus qu'un divertissement goûté par la jeunesse. Rien ne serait plus contraire à nos idées à tous que d'essayer de lui refaire une part dans les cérémonies religieuses. Pourquoi ?

C'est que, de tous les arts, la danse est le moins indépendant de sa forme matérielle, qui est le corps humain lui-même et sa locomotion. Au lieu d'élever sa matière et de la transfigurer, il tend par un côté à la rabaisser. L'homme qui danse est pris difllcilement au sérieux, parce qu'il se rapproche du pantin. Il semble abdiquer toute liberté pour se soumettre servilement à une mesure et aune cadence qui lui. sont imposées (1). Louis XIV, qui était con-

(1) Voilà pourquoi de nos jours, même à l'opéra, le da^tseur est infiniment moins goûté que la danseuse, la femme ne perdant pas la grâce du mouvement comme rhomme, quand il est soumis & une règle asservissante. Oserons-nous profiter de Toccasion pour émettre en passant une protestation contre le mauvais goût qui a flanqué le palais élevé à Tart sous ses formes les plus variées, le grand Opéra de Paris, d'un groupe, fort remarquable au point de vue de la statuaire, j'en con-

naisseur en fait de dignité apparente, renonça à la coutume qui imposait au roi de France l'obligation de figurer dans les ballets. En un mot, la matière dans cet art cache trop l'idéal pour que le sentiment religieux purifié puisse y chercher son expression.

La danse n'est pas le seul art qui ait souffert de la même incohérence se révélant au bout d'un certain temps entre lui et le sentiment religieux. Un autre art, bien plus noble, apanage de toute civilisation et plus que jamais goûté parmi nous, l'art dramatique, donne lieu à une observation toute semblable. Il est d'origine religieuse, en Grèce comme dans TEurope moderne. Chez nous, à ses débuts, il a été approuvé et encouragé par TËglise. Puis il s'en est détaché, séparé, à mesure qu'il s'est perfectionné, et l'Église a fini par le condamner. Si aujourd'hui la sévérité de celle-ci se relâche, il n'en est pas moins vrai que personne ne songerait à rendre à cet art dans le culte chrétien la part qu'on lui assignait autrefois. Sans doute, la liberté infiniment plus grande que déploie l'acteur dramatique comparé au danseur, l'effort d'intelligence et d'observation qu'il doit faire pour s'incarner dans son personnage, les ressources infinies dont il peut disposer pour éveiller toute la gamme des sentiments humains, tout cela fait que rar t dramatique s'élève incomparablement plus haut que celui de la danse. Pourtant, s'il s'agit de représenter les êtres qui

viens, mais qui a le défaut, colossal en cet endroit, de présenter sous la forme d'une bacchanale celui précisément de tous les arts qui a le plus besoin d*étre anobli, idéalisé, pour être digne de figurer & côté des autres f

sont l'objet de la vénération religieuse, un certain malaise s'empare à la fois de l'auteur et du spectateur. Nous souffrons bien le diable sur la scène, parce que nous n'y croyons guère ; nous n'y supporterions pas le Christ, parce que, même à défaut de foi, nous le vénérons, et si l'on voulait nous édifier, comme au moyen-âge, en promenant une belle fille sur un âne ou en l'habillant de manière qu'elle représentât la vierge Marie, croyants et incroyants, nous n'y verrions qu'une profanation. Là encore, l'idéal et la matière artistique ne peuvent plus se pénétrer (1), il y a conflit, c'est-à-dire qu'il y a disproportion entre le personnage qu'il s'agit de figurer, les sentiments que sa pensée éveille, les idées dont il forme le centre, et sa représentation visible. Le rôle est toujours trop haut, l'acteur toujours trop bas.

Ce doit être une raison de sentiment toute semblable, bien que moins généralement admise, qui a fait que le sentiment religieux s'est détourné de chercher dans les tableaux et les statues le genre de satisfaction qu'il demande au culte. Ce qui ne veut pas dire que le même homme, qui répugne à adorer devant les images, ne saura pas goûter, en les contemplant en artiste, des jouissances de l'ordre le plus élevé. Mais alors c'est l'idéal du peintre ou du statuaire qu'il admire, le sien propre n'y est pas intéressé. S'il y a disproportion entre l'œuvre et son idée

(1) La reprësentation animée de la Passion qui se célèbre encore périodiquement dans le village d'Oberrammergau en Bavière et qu'on dit biejxréuêsiej prouve, par son exception, même, combien ce genre de drame est devenu étranger À nos idées actuelles.

à lui, son sentiment religieux n'en est pas firoissé. D'antre part, il Cant comprendre qne tous ne partagent pas cette répognance, et si surtout Tadorateur est habitué à accepter passivemeot l'idéal religieux qui lui est imposé, il sera beaucoup moins sensible k cette disproportion que celui qui a travaillé à se faire cet idéal lui-même à loi-mème.

En revanche, les arts tels que l'arcbitecture, à cause de la simplicité de l'idée qu'elle exprime, la musique, le plus immatériel de tous les arts, la poésie et l'éloquence — celte dernière parlicuUèrement appréciée au sein des religions monothéistes d'enseignement et de propagande — sont d'une application religieuse incontestée. Ils ont de plus l'avantage, comme l'a très judicieusement observé M. de Rémusat, de produire un effet collectif ou de grande masse, et le sentiment religieux se complaît tout spécialement dans les participations nombreuses.

En résumé, la religion et l'art sont deux sphères indépendantes, mais dont l'histoire nous montre le contact et la pénétration réciproque, et plus un art fait prédominer son edté idéal sur la matière qu'il emploie pour se manifester, plus il vise l'efTet coljjsctif, plus aussi son alliance avec la religion est admîst^ et goûtée par le sentimeot religieux.

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