ARABIE
sage capital, qui, avant l'histoire, a permis aux noirs Ethiopiens de s'étendre de l'Afrique à l'Inde, qui. aux temps pleinement histori(jues, a permis nombre d'infiltrations sémitiques en Abyssinie et plus loin encore, bref, un lieu de va-et-vient. D'autre part, débouché de la mer Rouge dans l'Océan Indien, il a attiré de bonne heure les vaisseaux égyptiens vers les Echelles de l'encens; c'est par là que Juifs et Phéniciens ont entendu parler d'abord de Saba et d'Ophir, et la mousson a amené dans ces parages les marchands de l'Inde. Aussi les navigateurs européens ont-ils mis la main sur ce passage, les Portugais au xvi® siècle, les Anglais au xix®(1840).
L'Arabie Heureuse se prolonge sur la côte S. dans l'Hadramaout, puis le désert vient toucher l'océan Indien, et a fait de tout temps, de la circumnavigation de l'Arabie, une entreprise difficile.
Mais à Pextrémité est de cette côte se dessine une protubérance montagneuse ^ qui est, elle aussi, une Arabie Heureuse. Là fut le pays des Mèces des anciens, le sultanat d'Oman ou de Mascate actuel. On y trouve de la bonne pierre, des perles. En outre, la pointe s'avance jusqu'à toucher presque l'Iran, et le détroit d'Ormuz est un passage non moins indiqué que celui d'Aden. Pourtant la muraille qui borde l'Iran, en face, est décourageante. Puis, le golfe Persique, non moins brûlant que la mer Rouge, mais envasé par les fleuves du nord, et offrant à la piraterie de dangereux repaires, semble avoir été de tout temps moins recherché que cette mer : la mousson en écarte plutôt. Il a fallu (jue des Européens s'établissent dans l'Inde pour donner au passage d'Ormuz, au xvi^ siècle, puis au xix*^, sa vraie valeur.
Au reste, ces relations maritimes de PArabie n'ont qu'un intérêt épisodique. Ce qui fait l'importance de
cette presqu'île, qui est un petit monde, c'est le réservoir de nomades qu'elle recèle. Dans ses plateaux, dans ses oasis, sur ses pistes de caravanes, le Bédouin apparaît, dans les documents égyptiens de l'an 2000 av. J.-C. tel à peu près qu'il est encore. Et, de là, il s'est répandu périodiquement sur les contrées limitrophes, avec une régularité qui apparaît au grand historien marocain du xiv^ siècle, Ibn-Chaldoun, comme une loi fondamentale de l'histoire. Sans parler des flots antérieurs à tout document historique, nous voyons les Amorrhéens, au 3^ millénaire, affluer en Mésopotamie et en Syrie, puis, vers Pan 1500 av. J.-C, les Araméens ; de toutes ces transgressions, la plus importante est celle du vu® siècle après J.-C, parce qu'elle a porté la langue et la foi des Arabes dans un domaine immense. Aujourd'hui, parmi les pèlerins qui affluent à la Kaaba, un tiers vient des régions indiennes, un quinzième vient des Colonnes d'Hercule, et toutes les régions intermédiaires sont représentées. A la différence du Sahara, l'Arabie a toujours été mêlée d'une façon efficace à la vie historique du monde méditerranéen.
Iran
Nous rattachons l'Iran au monde méditerranéen. Historiquem.ent, il en est presque constamment solidaire. Et ce fait a des racines géographiques : l'influence isolante des grands déserts et des hautes montagnes ne commence qu'à l'est de ce domaine.
L'Iran est essentiellement un haut plateau, un des
plus nets qui soient au monde. Il couvre 2 millions et demi de km. q. en y comprenant les rebords montagneux, — cinq fois la France. Les montaj^nes (jui le limitent sont presque partout très hautes : la moyenne est entre 2 et 3000 mètres, les alliiudes supérieures à 4000 mètres ne sont pas rares. Le centre, en contrebas, est élevé encore : la moyenne est entre 1000 et loOO mètres. Et ce centre est occupé par un vaste désert ; pour le traverser dans sa plus grande extension, du nord-ouest au sud-est, il faut au moins un mois à une caravane ordinaire. C'est un désert de sable, avec nombreuses traces de lacs intérieurs disparus, qui lui donnent souvent un aspect de boue durcie : malgré les séparations montagneuses, on peut considérer les déserts du Turkestau, du Béloutchistan, de l'Inde septentrionale comme le continuant. La nature du sol est analogue.
Dans cette région, la vie humaine, à toutes les époques, s'est confinée plus oif moins strictement sur les rebords montagneux. Nous étudierons successivement le rebord ouest, le rebord nord, le rebord sud, le rebord est.
Le rebord ouest est formé par la chaîne, ou plutôt par les chaînes du Zagros. et leurs prolongements persiques. Nous avons dit leur structure, leurs passages. Reste à parler de la pente orientale, qui constitue les terres classiques de Médie et de Perse.
La Médie, en laissant de côté la Médie Atri^palène ou Azerbeïdjan, qui fait un domaine à part, s'allonge le long du Zagros sur 400 kilomètres environ. Elle descend en terrasses vers l'endroit où passe la route d'Ispahan, et là se mêle insensiblement au grand désert dont officiellement on ne la distingue pas aujourd'hui (Irak-Adjémi). La partie voisine des montagnes fut jadis très boisée, et recèle encore nombre
de coins bien cultivés. — Aux débouchés des routes mésopotamiennes, quelques villes : avant toutes, Ramadan (Ecbatane). En s'éloignant des monts, on a encore des pâturages qui jadis nourrirent les chevaux niséens.
Au sud, les chaînes filent vers le sud-est avec un parallélisme, une régularité, une continuité grandioses, sur des centaines de kilomètres. Entre elles s'allongent des cours d'eau qui mènent de Médie en Perse. Le plus remarquable est celui qui isole la dernière chaîne, j'entends la plus orientale, celle dans les replis de laquelle est blottie la ville sainte de Yezd. Aux flancs des montagnes qui le bordent à l'ouest, se trouvent des coins fertiles dans l'un desquels fleurit, au temps des Sofis, Ispahan, ville des roses. En s'écartant, c'est la steppe, où évoluèrent les armées d'Antigone et d'Eumène, où passe aujourd'hui la route d'Ispahan à Chiraz, avec le télégraphe.
Vers le sud, les montagnes se redressent, des lacs salés s'y cachent : sous un climat que l'altitude maintient frais, s'étend la Perse propre, le Fars. Là furent Persépolis et Pasargades, les villes royales des Achéménides, les lieux saints des derniers adeptes de Zoroastre. A côté d'elles, Chiraz, la ville des poètes, garde encore une certaine importance.
J\ous avons dit la difficulté d'accéder à la Perse par l'ouest. Vers le sud, la muraille qui défend l'Iran n'est pas moins impressionnante : c'est celle qu'a chantée P. Loti. Pourtant il faut bien que les caravanes l'abordent, pour amener au plateau les produits qui sont débarqués dans les ports brûlants et malsains du golfe Persique.
La Médie, la Perse sont continuées vers l'est par le grand désert qui couvre une étendue égale à celle de la France (oOO.OOO klm. q.). Mais, de Médie^ on le
tourne par le nord. De Perse, on le tourne par le sud. Au nord, les massifs de l'Azerbéidjan, comme ils se prolongent vers le sud par le Zagros, se prolongent vers l'est par l'Elbourz. Après les montagnes que traverse la route de Téhéran à Recht, se dresse, isolé, le Demavend (plus do 6000 mètres), puis se continue la série des petits chaînons toujours orientés nord-ouest
— sud-est, entre lesquels les anciens identifiaient malaisément les différentes « Pyles Caspiennes ». Puis, c'est un chaînon plus net, le Kopet-Dagh, qui prolonge le Caucase de l'autre côté de la Caspienne avec une exactitude rigoureuse : toujours nord-ouest
— sud-est. Ces montagnes sont toutes assez hautes pour condenser les vapeurs qui ont passé sur les déserts sans tomber en pluie, et leurs pentes sont encore couvertes d'arbres où les essences européennes, cette fois, dominent. Au sud des montagnes, à leur pied môme, aux portes de Rhagès jadis, de Téhéran aujourd'hui, commence la traversée du désert, pour aller vers le Séistan, vers l'Afghanistan, vers l'Inde... Au nord, on descend à pic jusqu'à 150 mètres seulement d'altitude, vers la Caspienne. Dès que les montagnes s'écartent delà mer, la steppe se fait sentir. A l'ouest, où viennent se déverser l'Araxe et la Koura, elle paraît dès qu'on s'écarte des riches vallées des fleuves. A l'est, au nord du Kopet-Dagh et des petits fleuves qu'il alimente, c'est immédiatement l'affreux désert touranien ; là fut le berceau de la monarchie parthe.
Après le Kopet-Dagh, une cassure très nette, après laquelle les montagnes se redressent vers Test et môme vers le nord-est. Dans cette cassure passent un ou deux fleuves qui vont bien vite se perdre dans les oasis du désert touranien (Merv). Hérat, une des filles d'xMcxandre, tient ici le passage entre le Turkeslan et le Khoraçan, le Touran et l'Iran. Au sud, le pays
est montueux encore, et animé par le passage des caravanes qui préfèrent contourner l'Hindoukoush pour gag-ner l'Inde,
Au sud du désert, nous avons suivi jusqu'en Perse l'alignement grandiose des chaînes du Zagros. Elles se relèvent, se haussent jusqu'à 4000 mètres, puis vient, là aussi, la cassure, sous le méridien du détroit d'Ormuz. Après, les montagnes se redressent vers l'est, mais plus confuses, plus basses, et elles meurent avant de se joindre aux monts Soliman. Elles sont assez hautes encore pour condenser les pluies, verser des fleuves dont quelques-uns descendent à l'Océan Indien, tandis que d'autres vont se perdre dans les lagunes du plateau. Ici le problème de l'eau est capital. Les habitants des pentes montagneuses ont toujours cherché à en garder le plus possible pour eux. Or, suivant que l'irrigation est plus ou moins coordonnée et soigneuse, la zone cultivable s'étend ou se rétrécit au pied des montagnes. Suivant les époques, le cultivateur gagne, ou bien c'est le nomade, qui paît ses troupeaux dans la steppe et monte en été pour chercher la fraîcheur. A l'ouest, en Carmanie (Kerman), il y a eu de tous temps de riantes campagnes, et encore aujourd'hui des villes fleuries se blottissent dans les hautes vallées. Plus à l'est, l'aspect s'assombrit, et c'est enfin le désert de Gédrosie (Béloutchistan), qui faillit être si fatal à Alexandre.
Au sud des montagnes, la côte a la chaleur torride que comporte la latitude et que l'altitude corrige en haut. La navigation qui circule entre l'Inde et la Mésopotamie jette en passant des marchandises aux ports iraniens. A l'endroit surtout de la grande échancrure où s'enfonce la pointe de l'Arabie que nous avons décrite (Oman), un important débarcadère a trouvé
place, qui a atteint son maximum avec les Portugais: Ormuz.
Au nord des monts, c'est le pays des lagunes. D'abord, en partant de l'ouest, elles sont pauvres, et, tout près du riant pays de Kerman, c'est le désert horrible de Lout. Puis vient un véritable lac, le llamoun, où les rivières affluent de différents côtés, mais surtout de l'est, de l'ilindoukoush ; de là vient le Helmend. Dans ces vallées se multiplient les oasis qui font le pays plus hospitalier aux caravanes contournant l'Hindoukoush: à l'est, elles sortent de la région par une autre Alexandrie, Kandahar, et sont vite dans l'Inde.
Il reste à dire un mot des montagnes qui s'enlèvent, à l'orient, sur le socle iranien avec la direction sudouest — nord-est. Elles commencent à 100 ou 200 kilomètres du lac Ilamoun, d'abord en pentes douces, que couvrent de belles forêts et des pâturages aux herbes aromatiques. Peu à peu elles se dressent à 4000, à 5000. à 6000 mètres, et vont rejoindre le Pamir. C'est le Caucase indien, l'Hindoukousli, qui couvre le pays afghan.
Si baut qu'il soit, il offre des passages, et, dès l'antiquité reculée, les marchands les ont pratiqués tout aussi bien que les chemins du Khoraçan. Les brigands les ont connus aussi, et les conquérants, Alexandre, Timour. C'est qu'aux deux issues s'offrent des pays tentants. Au nord, ce sont les vallées de l'Amou et du Syr, vastes oasis dans le désert touranien, avec la porte du monde chinois (cf. plus bas). Au sud, des rivières impétueuses entaillent la région encore montagneuse, et roulent vers l'indus. Dans les hautes vallées de ces rivières se sont formées de tous temps les caravanes, et de loin en loin les armées qui ont conquis l'Inde: les Ariens d'abord, et plus tard Mah-
moud à Ghazni, Baber à Kaboul. Kaboul surtout a laissé toujours une impression paradisiaque, et frappe chacun par le changement brusque qui s'y produit : ici la neige finit, la mousson commence, on sent qu'on passe d'un monde dans un autre. C'est l'extrême limite de l'Asie méditerranéenne.
Ou plutôt, le rebord occidental du plateau l'Iran, seul, est vraiment mêlé au monde méditerranéen. Le désert appartient éminement à la vaste ceinture que nous avons définie. Mais la circulation humaine a été, dès les âges les plus reculés, intense sur tout le pourtour de ce désert. Il y a 3000 ans, elle a déversé des Ariens dans tout ce domaine ; 2000 ans après, elle y a déversé les Turco-Tartares, qui y dominent aujourd'hui.
Turkestan
Le climat iranien, nous l'avons vu, s'humanise aux abords des montagnes du Kopet Dagh et de l'Hindoukoush. Mais, de l'autre côté de ces chaînes, la zone désertique reprend immédiatement, le phénomène s'accentuant sous l'influence de causes climatiques sur lesquelles nous reviendrons. Seulement, les montagnes envoient là de puissants fleuves, l'Oxus et riaxarte des Anciens, aujourd'hui Amou-Daria et Syr- Daria, qui arrosent de larges oasis, avant de se perdre dans les lacs intérieurs. Mais il faut tout de suite signaler ici certaines possibilités de changements.
En efî"et, on a avancé que non seulement pendant l'époque géologique actuelle, mais même au cours des