OCÉAN INDIEN
seule grande île de TOcéan Indien, Madagascar, plus grande que la France. Les Comores au N.-O., les Seychelles au N-E.. la Réunion et Maurice à l'est, lui font escorte : il y a loOO kilomètres des Seychelles aux Maldives, qui annoncent l'Inde. A l'est, la presqu'île indo-chinoise, Sumatra, Java, et les îles qui suivent jusqu'à Timor, font une ceinture presque continue; entre Timor et l'Australie seulement, sur 500 kilomètres, l'Océan Indien mêle ses eaux au Pacifique. Puis les côtes nord et ouest de l'Australie, sur 3000 kilomètres, opposent une barrière aussi massive que celle de l'Afrique. Il y a donc place là pour un circuit sud-équatorial nettement développé : les eaux froides viennent de l'ouest se briser contre l'Australie, s'y replient en longeant l'Equateur, et le courant retourne chaud sur la côte de Mozambique. Au centre, une région de calmes.
Mais le phénomène qui domine la vie de l'Océan Indien, c'est la mousson. On sait que c'est le phénomène des brises journalières de toutes les côtes, reproduit sur une immense échelle par le contact de la masse continentale de l'Asie et de la masse maritime de l'Océan Indien. En hiver, des couches denses d'air froid se posent sur l'Asie Centrale et la Sibérie (pression moyenne 762 mm.), envoyant les vents au S. 0. sur la mer d'Oman, au S. sur le golfe du Bengale, au S. E. sur les mers de Chine. En été au contraire, l'air surchauffé s'élève sur l'Asie (pression moyenne 748 mm.), et les vents reviennent de la mer, chargés des pluies que nous avons vu s'abattre sur l'Inde orientale, et que nous verrons s'abattre sur la Chine. Au moment du renversement, au printemps et à l'automne, se produisent les cyclones redoutés dans tous ces parages : ils font paraître assez légitime l'horreur traditionnelle qu'a inspirée la mer aux Hindous comme aux Chinois.
Celte alternance rigoureuse des saisons (mousson vient de l'arabe mausim, saison) a eu, au point de vue humain, une importance de premier ordre. Nous avons indiqué ses conséquences pour les terres cultivées. Elle en a eu de plus graves encore pour la navigation. Elle a dû être vaguement remarquée et exploitée par des populations de marins, bien avant qu'Hippalos (contemporain de J.-G.) la montrât aux Méditerranéens. Nous avons des raisons de croire qu'elle explique les relations de l'Yémen avec l'Inde, avec Ophir, vers 1000 av. J.-C. Plus tard, mais encore avant notre ère, elle a prolongé les relations des Malais avec l'Inde jusqu'à la côte d'Afrique. Car les Malais qui se sont établis à Madagascar et y sont encore, s'ils étaient déjà hindouisés comme le prouve leur calendrier, ne semblent pas avoir encore connu le bouddhisme. Si les témoignages formels manquent jusqu'à l'époque arabe, cela tient à la nature de nos sources. Les Indiens n'avaient pas le sens de l'observation précise, et les courses maritimes si actives qui touchaient leurs côtes, nous avons dit pourquoi, ne se répercutaient pas sur l'intérieur. Quant aux Méditerranéens d'une part, aux Chinois de l'autre, il s'agissait là de faits lointains qui ne les intéressaient pas directement. Mais les Arabes, devenus un peuple impérial à partir du vii^ siècle ap. J.-C, ont trouvé ces relations en vigueur et y ont participé. Leurs historiens, leurs géographes, enregistrent la colonisation d'Aden par des hommes venus des îles de la Sonde, et la présence de ces mômfis hommes à Komr (Madagascar) ne les étonne pas; ils ont vu des puissances politiques agir d'une extrémité à l'autre de l'Océan, où peut-être des Suffrens inconnus ont, au moyen-âge, livré des batailles navales. Les Portugais ont continué la tradition, et la mousson a réglé les naviga-
tions européennes tant qu'a Juré la marine à voile. Au xix^siècle, les progrès delà linguistique ont permis aux Européens de préciser le degré de parenté des Malais de rinsulinde avec une partie des Malgaches, parenté ■que les Arabes avaient déjà indiquée.
Ainsi le monde de l'Océan Indien a formé, presque dès le début des temps historiques, une réelle unité qu'il fallait indiquer, avant d'en étudier les parties <;xtrêmes: nous commencerons par l'Afrique, et nous passerons ensuite aux îles de la Sonde et à l'Australie.
Afrique
IS^ous n'avons plus à nous occuper ici que de la partie de l'Afrique qui relève du monde indien, c'est-àdire de la partie centrale et méridionale. Mais il est indispensable do dire d'abord quelques mots de l'aspect général de ce continent nettement délimité (30 millions de kilomètres q.). i S
Ce qui distingue l'Afrique entre tous les continents, c'est qu'elle est coupée en deux par l'Equateur. A la vérité, la partie septentrionale est très largo (7 ou 8000 kilomètres), tandis que la partie méridionale se termine en pointe, — ceci par suite de l'échancrure du golfe de Guinée, correspondant aux échancrures des deux autres continents du sud, Amérique du Sud et Australie. Les extrémités sont à peu près à la même latitude (35° ou 40° latitude Nord et Sud). Il en résulte que l'Afrique présente d'une manière typique la succession des climats et des zones de part et d'autre de
l'Equateur. Cette régularité n'est troublée que dans l'Afrique orientale, nous verrons pourquoi.
La zone équatoriale est caractérisée par des températures élevées et, plus encore, particulièrement égales. L'air, constamment surchauffé, s'élève verticalement, abandonnant l'humidité dont il est surchargé, d'où une saison de pluies extrêmement longue, qui se déplace légèrement vers le nord dans les mois qui avoisinent juillet, vers le sud dans ceux qui avoisincnt janvier, suivant le déplacement du soleil entre les tropiques. Le sol est couvert d'une végétation luxuriante, de forêts aux essences multiples, où les arbres surgissent au milieu d'un monde végétal inférieur non moins varié. Dans la région du haut Congo, Stanley a marché cent jours dans cette forêt. On la soupçonnait déjà d'après l'analogie de l'Amérique du Sud et des îles de la Sonde : elle est aujourd'hui connue.
Au nord comme au sud de cette zone commence la savane. Les températures s'abaissent, les saisons s'ébauchent ; il y a deux saisons de pluies correspondant aux deux passages du soleil — deux saisons qui se confondent en une très courte, en arrivant aux tropiques. La végétation est donc moins puissante. La forêt n'apparaît plus que sporadiquement, le long des cours d'eau. Ce qui domine, ce sont les herbes : elles atteignent par endroits 2 à 3 mètres de hauteur. Dans la zone du nord, la région herbacée se termine par une véritable forêt de mimosas, qui trace à peu près la limite du Soudan et du Sahara. Les deux savanes, contournant la forêt équatciriale, se rejoignent dans l'Afrique orientale.
En continuant à s'écarter de l'Equateur, on arrive à la zone des hautes pressions, avec ciel clair, pluies rares et humidité très faible. Très brusquement la savane fait place à la steppe, puis au désert de pierres ou de
sable. L'analogie se poursuivant même dans le détail entre les deux hémisphères, il existe, à la lisière des déserts, des lacs à surface variable, gonflant démesurément à la saison dos pluies, le Tchad au Nord, le grand Makarikari au Sud. Quant au désert, la différence de largeur du continent qui, à cette latitude, est énorme, lui fait des dimensions très diverses. Au nord, c'est le Sahara, la plus vaste masse désertique du globe. Au sud, le Kalahari ne couvre que 700.000 kilomètres q., et encore présente-il partout les maigres herbes qu'on appelle le bush.
Enfin, aux doux extrémités, l'on trouve une petite zone tempérée, aux étés encore chauds, mais aux hivers assez pluvieux, grâce à la prédominance des vents d'ouest. Au nord, elle comprend l'Afrique Mineure et la Cyrénaïque. Au sud, c'est la colonie du Cap. Là encore, l'analogie se poursuit dans le détail, grâce à des accidents orographiques dont nous verrons la nature. Aux deux chaînes de l'Atlas correspondent les deux chaînes des Nieuwevelde Berge et des Draken-Berge, aux hauts plateaux algériens les Karroos. Et la région littorale, le Tell, est de part et d'autre limitée à une bande étroite.
Si nous passons à l'étude de la structure, l'Afrique est caractérisée d'abord par sa massivité. Remarquons pourtant qu'elle partage ce caractère avec la plupart des continents, et qu'il ne nous frappe que par opposition avec notre Europe, si exceptionnellement articulée. Mais au lieu de renfermer un système de hautes montagnes centrales comme l'Asie, l'Afrique est nettement un plateau ; ceci est sûr dans l'ensemble depuis cinquante ans. Ce plateau a des altitudes différentes; il est moins haut dans le nord (autour de 500 mètres) et va en s'élevant dans le sud (autour de 1000 mètres). Partout le climat présente les traits ca-
ractéristiques du climat de plateau, très continental : sauf dans la zone équatoriale, presque partout TAfri • que connaît les hivers froids.
Les rebords du plateau ne se présentent pas partout avec la même netteté. Au nord, en dehors de l'Atlas dont nous avons vu le caractère particulier, le plateau s'abaisse très graduellement vers la Méditerranée :1e Nil franchit sa dernière cataracte à plus de 1000 kilomètres de la mer. A l'ouest, la continuité du rebord est plus marquée. Le massif du Fouta-Djalon dépasse les 1000 mètres. Les monts de Kong ont été reconnus beaucoup moins imposants qu'on ne les supposait, mais un pic y atteint 1000 mètres. Au sud du Congo, la chaîne côtière contient des pics de 2-500 mètres. Au sud, nous avons parlé des deux chaînes des Nieuwevelde Berge et des Draken Berge : dans la seconde un pic dépasse 3000 mètres. A l'est seulement, on ne peut plus parler de rebord. Il y a là, du fond de la mer Rouge à l'embouchure du Zambèze, une grande fracture orientée nord-sud, une zone de bouleversements récents, qui isole la région assez étendue située à Test : le Cap Guardafui s'avance à 1000 kilomètres de cette fracture, — d'où le caractère spécial de l'Afrique orientale.
L'Afrique contient de grands fleuves, qui s'alimentent par les neiges des montagnes élevées des rebords du plateau, ou par les pluies équatoriales. Leur volume d'eau est considérable, exception faite pour les ouaclis de l'Afrique Mineure, auxquels ressemblent les fleuves du sud. Orange et Limpopo. Ces fleuves se sont frayé passage dans la masse du plateau, tous sont coupés de cataractes. C'est au rebord du plateau que sont les plus imposantes de ces cataractes, généralement près de la côte. Il en est résulté que la valeur de ces grands fleuves a été très limitée comme voie de péné-
tralion. L'exemple frappant est le IVil. Bien que sa vallée inférieure ait abrité la plus vieille civilisation du monde, qu'elle ait appartenu ensuite à des peuples civilisés et curieux, Perses, Grecs, Romains, et qu'elle soit entrée à partir du vii^ siècle dans l'unité musulmane, le mystère des sources du fleuve n'a été éclairci qu'au xix^ siècle; fait plus remarquable encore, les Européens ne l'ont dissipé qu'en partant de la côte orientale.
Les côtes d'Afrique sont d'abord remarquablement peu articulées: pour 114o kilomètres q. de surface, l'Afrique a 1 kilomètre de côte, alors qu'en Europe la proportion est de 280 à 1. Puis, par le fait de la structure orograpliique, les côtes formaient une zone littorale, fortement isolée de l'intérieur. Ajoutons que, par suite de l'alluvionnement des grands fleuves, que les courants marins dispersent sur de longues étendues, elles sont souvent dangereuses et malsaines. Tout ceci explique qu'elles aient peu sollicité les hommes de l'intérieur. Les premiers navigateurs qui aient laissé des rapports sur ces côtes, les Phéniciens, semblent n'y avoir pas trouvé d'hommes. Encore aujourd'hui, c'est tout juste si l'on signale, sur cette étendue malgré tout immense, quelques populations de marins : en Guinée (les Krous), et vers Zanzibar. Les étrangers n'ont pas été sollicités davantage : pendant des siècles ils se sont contentés d'attendre à la côte les caravanes d'esclaves qu'y déversait libéralement l'anarchie intérieure. Ici encore, il faut faire des réserves pour la côte orientale.
En voilà assez pour que nous puissions passer à l'étude du détail. Nous avons déjà parlé de l'Afrique méditerranéenne, et du désert qui explique sa position spéciale au point de vue humain, le Sahara. Nous prendrons maintenant: j. f >,;>•>
1° la savane du nord ou Soudan ;
2° la zone équatoriale ou Congo;
3° la savane, le désert et la région tempérée de l'Afrique australe;
4° l'Afrique orientale, qui, nous l'avons indiqué, a une situation particulière.
Soudan
Vers le 20® degré de latitude nord, à 4*^ plus au Sud que le tropique du Cancer, le Sahara, de l'Atlantique à la mer Rouge, fait place à la savane, au Soudan. Cette zone se termine à peu près au 5® de- ^ré de latitude nord, pour faire place à son tour à îa forêt équatoriale. Malgré les incendies que les hommes y allument depuis des millénaires, la région herbacée a conservé, dans les grandes lignes, sa physionomie.
Elle commence, à l'ouest, auprès des montagnes côtières qui forment le rebord de l'Afrique. Le massif de l'Adrar appartient encore au Sahara, mais le Fouta-Djalon et les hauteurs ambitieusement appelées « monts de Kong », épousant la courbure du littoral, séparent la savane soudanaise de la côte de Guinée. Elles sont assez hautes, et reçoivent assez de pluies pour alimenter des fleuves importants. Le plus septentrional d'entre eux, le Sénégal, né sur le versant est, franchit la chaîne par des rapides et vient finir près du Cap Vert. A son embouchure se sont fixés les plus vieux établissements français d'Afrique, Dakar, Saint-Louis, Corée. On sent encore là l'in-
fluence du désert, mais le bassin du Sénégal connaît pourtant une saison des pluies, et la verdure. Les autres rivières descendent en général directement de la montagne à la côte, sauf la Volta et enfin le Niger, qui, eux aussi, percent les monts. Sur cette côte (Guinée), les pluies des montagnes et la présence d'un courant chaud ont prolongé vers le nord la forêt équatoriale, et les mangliers de la Guinée se rattachent sans interruption aux silves du Cameroun et du Congo. La côte est encombrée d'alluvions que le courant étale, elle est hérissée d'obstacles qu'affrontent seuls les Krous, elle est malsaine ; la Volta et le Niger finissent même par des deltas.
La mer qui baigne cette côte se trouve dans la région des calmes équatoriaux, jadis redoutés de la navigation à voile. Aussi les premiers navigateurs portugais, à partir des îles du Cap Vert, dernier anneau des « lies fortunées », piquaient-ils droit au sud pour abréger la traversée de la zone : une très légère déviation vers l'ouest devait suffire, dès lors, et a suffi à les mener au Brésil. Cette proximité relative de l'Amérique a eu de fatales conséquences pour les nègres de Guinée; tous les peuples européens fondèrent là des comptoirs où l'on embarquait la marchandise humaine pour les plantations transatlantiques.
Nous avons dit, en parlant des fleuves d'Afrique en général, pourquoi le Sénégal, la Volta, etc., se prêtaient mal au rôle de voie de pénétration. Ce n'est qu'au milieu du xix^ siècle que les Français ont utilisé le Sénégal pour s'avancer, de Kayes, vers le haut Niger. C'est plus tard encore que la Volta a été remontée; l'importance de Ouagadougou date d'hier. Enfin le Niger était connu depuis longtemps sur presque tout son parcours lorsque, en 1879, ses sources ont
été trouvées dans le Fouta-Djalon, prises à revers comme celles de presque tous les grands fleuves africains.
Le iViger est un fleuve de 4000 kilomètres. Il décrit une grande courbe vers le nord avant de venir, aux chutes de Boussa, retraverser les montagnes : c'est plus bas qu'il reçoit à gauclie la Bénoué, qui se prête donc à servir de voie pénétration. Son delta est au fond du golfe de Guinée. Vers le milieu de son cours, il s'avance an N. jusqu'au désert.
Au sud, le pays se prête à l'élevage et à l'agriculture. Il olfre des produits spéciaux, l'arachide, l'arbre à beurre. Dans la boucle du JSiger ont vécu de tous temps des peuples nègres. Mandingues de divers noms, mais leur inaptitude politique semble les avoir livrés, depuis le xvi® siècle, à la race guerrière des Peuls ou Fellatahs, qui les ont dominés : au Nord- Ouest se sont maintenus les Toucouleurs. Les caractères somatiques, assez distincts de ceux des nègres, et l'islam, portent à attribuer aux Peuls une origine septentrionale ou orientale. Le caractère do la langue, qui n'a rien de berbère, indiquerait plutôt l'origine orientale. Mais, si l'islam a pénétré à Gao dès 1009, les révolutions du Soudan n'ont guère trouvé d'annalistes après la décadence musulmane.
Le Niger, comme le Sénégal, est presque partout divisé en bras qui enferment des îlots, en marigots. Il offre, aux basses eaux, maint passage facile. Il protégeait mal les sédentaires contre les nomades du désert qui les touche au nord. Ceci est devenu gros do conséquences quand le fanatisme musulman d'une part, et le goût des esclaves noirs d'autre part, se sont assis aux bords de la Méditerranée. Les Berbères du Sahara ont régné sur les rives du Niger, et ont occupé (1213?), à l'extrémité nord de sa courbe, Tom-
buuctou. Encore au xvi^ siècle, les relations politiques n'étaient pas coupées; et les caravanes d'esclaves ont tracé leurs pistes sinistres à travers le Sahara, variant leurs itinéraires selon l'humeur et le pouvoir des nomades dominants, Touaregs à l'ouest, Tibbous à Test.
A 800 kilomètres à l'est du ^iiger, dans une dépression relative (244 mètres d'altitude), s'étend le lac Tchad, nappe d'eau grande comme la Sicile, mais à étendue et à physionomie variables suivant les saisons. Les bords mêmes ne permettent guère (jue la pèche. Sauf au nord, il est entouré de liants plateaux plus favorisés: le Sokoto à l'ouest, le Bornou et le Baghirmi au sud, sur les bords de son grand affluent le Chari. enfin le Kanem et le Ouadaï à l'est. Là, la vie sédentaire, agricole, était possible; l'industrie uiême a fleuri dans le Baghirmi. Cette région est à la liiiiile du Soudan occidental et du Soudan oriental. Elle a vu, avant Hérodote, s'égarer des hommes venus des oasis égyptiennes, qui ont atteint le rsiger. Par la suite, les traitants musulmans ont retrouvé ce chemin, et l'ont largement employé.
A l'est, dans le Darfour, dans le Kordofan, nous atteignons des régions dont les eaux vont au ?sil. Elles se rassemblent, par une pente très lente, dans le Bahr-el-Gazal, qui les conduit au grand fleuve vers Fachoda. De fortes roselières, secouées par les vents et par les crues, ont formé de tout temps, sur le Bahr-el-Gazal et sur le ?sil même, une véritable barrière, le Sedd, qui n'a pas été un des moindres obstacles propres à décourager les gens venus du nord.
Aux temps lointains où l'Egypte était unie à l'Ethiopie (2" millénaire av. J.-C), ses sujets se sont égarés parfois dans la savane, et ont rapporté aux bords de
la Méditerranée la renommée des peuples nains, les pygmées, en lutte perpétuelle avec les grands échassiers du pays chilluuk. Puis le royaume d'Ethiopie s'est interposé entre le monde méditerranéen et le monde proprement noir, et les influences qui se sont avancées au sud, par exemple le ciiristianisme, ont appuyé vers l'Atbara, vers le Nil Bleu, vers TAbyssinie, plutôt que dans la steppe herbeuse. L'islam même a longtemps trouvé là une barrière. C'est Méhémet-Ali qui le premier a songé à réunir tous ces pays en une domination politique : il a jeté au confluent du Nil Bleu le poste de Khartoum (1823). Lentement, la domination égyptienne s'est avancée vers le Nil équatorial, qu'elle atteignit seulement vers 1870. Elle amenait avec elle la traite, et, quand l'Angleterre s'installa en Egypte (1881), le fanatisme musulman, s'alliant aux intérêts matériels lésés, arracha aux gens du nord tout le Soudan égyptien. La victoire de Kitchener à Omdurman (1898) a rétabli le lien brisé.
Si les intrusions venues du nord ont été tardives, il n'en est pas de même de celles qui sont venues de l'est. Au point où le Nil décrit une grande courbe de ce côté, vers Berber, à la limite du désert nubien et de la savane soudanaise, le fleuve n'est qu'à 400 kilomètres de la mer Rouge; et un passage tout tracé conduit vers Souakim, passage que les pèlerins de la Mecque ont connu bien avant que les Européens y construisissent un chemin de fer. C'est là une voie d'accès très importante, qui a été employée depuis un temps immémorial, en tout cas bien avant l'ère chrétienne. Elle explique l'infiltration continue d'éléments sémitiques dans la vallée moyenne du Nil. Les Arabes n'ont été que les derniers venus, les plus agissants il est vrai, en raison du prosélytisme religieux
qui les animait. L'état du Ouadaï, leur poste avancé vers l'ouest, est apparu au xix^ siècle comme le boulevard du fanatisme musulman.
Au sud, un dos de terrain sépare le Chari et le Bahr-el-Gazal de l'OuelIé-Oubanghi, qui roule au Congo. Ici finit la savane et apparaît la forêt. Ici cesse la région prodigieusement hybride qui n'a été le Soudan (terre des noirs) que par rapport aux septentrionaux; ici commence le vrai domaine nègre. Il semble même qu'il y ait là une zone permanente de moindre densité de la population. Les premiers Européens qui ont paru là y ont trouvé des éléphants, des antilopes, de grands oiseaux qui semblaient n'avoir pas encore appris à se défier de l'homme. Au reste, la région a été explorée pour la première fois quand la mission Marchand est allée de Brazzaville à Fachoda (1898); depuis lors, elle est mieux connue.
Géographiquement, aucun obstacle décisif n'empêchait que les influences qui se sont fait sentir sur l'Afrique orientale ne pénétrassent dans le Soudan (la forêt équatoriale est restée à l'écart). Même l'islam semble bien y avoir fait son entrée par le nord plusieurs siècles avant de s'avancer par l'est. Après la conversion, le pèlerinage de la Mecque a établi vers l'orient un courant qui a été assez actif au xiv^ siècle. Mais, même alors, et plus tard encore, les attaches ont été plutôt avec l'Afrique mineure. Dans l'ouest du Soudan seulement, on peut parler vaguement, bien vaguement, de vie historique.
Congo
A partir du o° lalitude Nord environ, on arrive à la région équatoriale. Réduite à l'ouest par l'échancrure du golfe de Guinée, cette région forestière s'arrête à l'est au pied des hautes altitudes qui jalonnent la fracture dont nous avons parlé. Elle comprend, jusqu'au 10° latitude Sud environ, 4 millions et demi de km. q.
Il se trouve qu'en dehors de son unité climatique et végétale, cette région présente une remarquable unité hydrographique. C'est la région du Zaïre ou Congo, le plus grand fleuve d'Afrique après le Nil (4700 kilomètres), et l'un des plus grands fleuves du globe. 11 naît à la hauteur du 12^ degré de latitude Sud dans les montagnes qui joignent la grande fracture aux hauts plateaux du sud de l'Afrique, traverse les lacs Bangouéolo et Moéro, et file vers le nord jusqu'au moment où il passe d'un étage à l'autre du plateau africain, par les chutes Stanley. Il décrit une courbe au nord de l'Equateur, qu'il traverse deux fois à 1.000 kilomètres de distance, et il franchit le rebord occidental du plateau par les chutes de Yellala. Peu après, il se jette dans l'Atlantique sans delta.
Il l'eçoit à droite le puissant affluent de l'Oubanghi et la Sangha, qui ont leur cours au nord de l'Equateur et leur maximum vers juillet. A gauche, le Congo, outre quelques rivières, reçoit le Kassaï, qui draine toutes les eaux du sud du plateau : ces rivières ont leur cours dans l'hémisphère austral, donc leur maximum en janvier. C'est cette alternance qui as-