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CONGO

de l'onomastique géographique dans toute la région.

Les Bantous dominent sur 4.800 kilomètres, du Cameroun au Natal, et de même du haut ISil au Kalaliari. C'est donc ici que la race noire se trouve en masse compacte et pure de mélange : c'est ici seulement qu'on peut étudier ses aptitudes. L'examen n'est pas des plus favorables.

L'élevage n'est guère pratiqué ; il est vrai que la mouche tsétsé empêche tout développement de l'espèce bovine. Les cultures locales ne sont pratiquées que dans la stricte limite des besoins. Le cannibalisme a été relevé en nombre d'endroits, chez les Monbouttous du haut Oubanghi comme sur le Kassaï. Les formes de la religion sont rudimentaires, la zoolâtrie universelle, et l'on a vu de nos jours diviniser le chanvre dont les fumées ont fait tant de ravages dans la région. Il ne semble pas qu'il y ait jamais eu d'organisation politique un peu étendue, et « le roi du Congo » n'a jamais existé que dans l'imagination des Portugais. Il n'y a même pas de dynastie ; le roi donne son nom à sa capitale, et elle tombe avec lui. Les guerres de tribus à tribus ont été perpétuelles, avec les armes les plus variées, auxquelles le contact des Européens a, de proche en proche, ajouté le mousquet. Ces guerres avaient pour objet l'approvisionnement en chair humaine sur certains points, et, partout, l'acquisition des « captifs de case », connus aussi des nègres du Niger. Si. avec cet état social resté probablement tel quel depuis des millénaires, la race est restée vigoureuse et nombreuse (car. dans tous les endroits du Congo où l'on a pu faire des statistiques, on a trouvé des densités de population non inférieures à 10 habitants au km. q.), cela tient à ce qu'elle n'a connu que très tardivement la traite, l'asservissement en xndissa pour r exportation.

En effet, la région du Congo est très à l'écart des grands courants humains. Les Egyptiens se sont arrêtés à la savane soudanaise, et n'ont même pas soupçonné les grandes forets de l'Afrique centrale. Encore au temps de Ptolémée (ii^ siècle après Jésus- Christ) les Méditerranéens n'en avaient pas l'idée. Quant aux Arabes, nous avons vu leur peu de progrès sur le Nil supérieur. Ils ont déployé la plus grande activité dans l'Afrique orientale, mais tout le mouvement de l'Océan Indien, si ancien, si vivace, n'a pas dépassé les grands lacs, et le fleuve du Congo n'a jamais été touché. La région était plutôt tournée vers l'Atlantique, avec les restrictions que nous avons dites en parlant de ses cours d'eau. Les Phéniciens de Néchao semblent n'avoir pas trouvé d'hommes sur cette côte, et après eux, elle n'a vu d'étrangers qu'avec les Portugais du xv® et du xvi^ siècles. Ceux-ci ont possédé trois cents ans l'Angola, et c'est seulement quand, à la Cn des grandes guerres napoléoniennes, l'énergie européenne s'est détournée vers la découverte de l'Afrique, que les pombeiros (métis de Portugais et d'Africains) ont songé à s'avancer dans l'intérieur. C'était juste le moment où le mouvement anti-esclavagiste naissait en Europe et en Amérique, et où la traite européenne avait en somme vécu. En outre, pour les raisons que nous avons dites, les navigateurs européens, aidés par le point de relâche de Sainte-Hélène, préféraient piquer droit du Cap Vert au cap de Bonne Espérance ; c'est pour cela que les esclaves d'Amérique sont venus de Guinée et non du Congo. Au XIX*' siècle, par contre, la traite musulmane s'approcha peu à peu, par le nord et par l'est, de notre région, et les explorateurs européens, Livingstone et Stanley, en ont pu suivre les progrès très nets dans ce sens. Mais elle a été coupée par la conquête

européenne, par la fuiidation do l'Etat bolgc du Congo (1885). Cet ensemble de circonstances a protégé une race qui probablement eût été incapable de se défendre par elle-même.

Afrique australe

La forêt équatoriale, la région du Congo, ne dépasse guère le 10'' degré de latitude Sud. De là au Cap, il y a encore 2500 kilomètres; il est donc tout à fait normal qu'on traverse en latitude des régions très diverses. Mais ici le continent est beaucoup plus étroit qu'au nord (de Saint-Paul de Loanda, par l'extrémité sud du Tanganika, à la côte entre Zanzibar et la Rovouma, il n'y a déjà plus que 2500 kilomètres, la distance de Paris à Conslantinople) ; par suite, les perturbations dues aux accidents locaux sont beaucoup plus sensibles. Nous verrons l'influence des courants marins.

La première région qu'on rencontre en venant du nord, ou qu'on retrouve, est la prairie. Elle s'arrête, à l'ouest, devant la cbaîne côtière de l'iVngola. A l'est elle recouvre tuut le grand plateau dans lequel le Zambèze s'est frayé un chemin, et où il franchit les chutes Victoria; elle va jusqu'à la chaîne côtière. Au sud, elle se prolonge jusqu'aux abords du tropique du Capricorne, faisant peu à peu place au désert ou à la steppe. C'est la région des éponges, qui s'enflent aux deux saisons de pluies, et prennent parfois la dimension de grands lacs : les termites y mul-

tiplient leurs énormes fourmilières, si pernicieuses aux bois. C'est la région des eaux indécises. Beaucoup, au nord, vont au Congo, mais le lac Dilolo, par exemple, se déverse dans le Congo et dans le Zanibèze. A l'ouest, sur le plateau de Bihé, naissent deux rivières qui percent la chaîne côtière, le Kouanza et le Kounéné, mais chacune envoie son tribut aux lacs du plateau. Un grand fleuve, le Koubango, naît aussi sur le Bihé pour aller se perdre dans le Ngami et le Makarikari, mais le cours d'eau qui fait communiquer ces deux lacs coule alternaLivement dans un sens et dans l'autre; et le Koubango communique avec le Zambèze. Celui-ci a réuni tant d'eaux et des eaux qui viennent de si loin, quand il arrive, déjà large, aux chutes Victoria, que son régime ne correspond pas du tout au climat de cette latitude : la crue a lieu à la saison sèche, les basses eaux coïncident avec les pluies.

Le désert de Kalahari s'étend, sous le trtipi(jue. sur 300.000 km. q. C'est un Sahara en miniature, et les espaces vraiment désertiques y sont rares; presque partout les autruches, les antilopes et les lions y peuvent vivre. A l'ouest, il s'arrête nettement devant la chaîne côtière qui protège le Namaqualand et lo Damaraland. A l'est et au sud, il se confond insensiblement avec la steppe herbeuse, le bush, où vivent les Boschimen, Betchouanas ou Hottentots. C'est un pays d'élevage ; le buffle lui-mème'°y a été domestiqué. Aux approches des montagnes, Chochong, avec des milliers de huttes, est un grand marché indigène.

La steppe s'arrête devant les montagnes côlières, orientées vers l'E., puis vers le N. Nous avons distingué là deux chaînes : iS'ieuwevclde et Zwarteberge; cette dernière, la plus proche de la mer, a, dit-on, contenu des glaciers, et présente encore un pic de plus

de 3000 mètres. Entre les deux chaînes, les hauts plateaux, les Karroos, jouissent d'un climat remarquablement salubre, et l'altitude leur fait des conditions de culture bien meilleures qu'à la steppe. 11 a pu s'élever là, sur les hauts plateaux, des villes européennes pourvues du dernier confort moderne, comme Johannesburg-. De plus, des fleuves naissent sur le rebord des Drakenberge, et y puisent le minimun de forces nécessaires pour aller : l'Orange, g-rossi du Vaal, vers l'Atlantique, le Limpopo vers TOcéan Indien. Chaque fleuve trace une bande verdoyante. Les ressources ne manquaient donc pas à ces régions, même avant qu'on ne découvrît les diamants du Griqualand et l'or du Transvaal : bien des siècles avant celui-ci on avait trouvé d'autres mines d'or dans le Manica, qui prolonge les chaînes que nous venons de décrire vers le nord.

Ces montag^nes isolent la bande côtière, où apparaît franchement le climat tempéré, avec pluies d'hiver et vents d'ouest. Ces vents se traduisent souvent par des bourrasques qui valurent au Cap son premier nom, cap des Tempêtes, et firent si longtemps redouter par les Portugais le dieu marin Adamastor. C'est pourtant une région hospitalière à l'Européen : au Cap, il retrouve le climat d'Alger; ce climat est prolongé, sur la côte de l'Atlantique, par l'influence du courant venu du sud-ouest, le courant de Benguéla. Il noie de brumes la côte du Damaraland ; il rafraîchit même celle de l'Angola, et Mossamédès, Saint-Paul de Loanda, quoique bien plus près de l'Equateur que le Cap, ont presque le même climat. Inversement, la côte de l'Océan Indien est balayée par un courant venu du nord, le courant de Mozambique, qui la réchaufi'e. Très près du Cap, dans le Natal, on voit apparaître la végétation tropicale, bananiers, cocotiers. Elle s'ac-

centue au nord, sur la côte portugaise, au delà du Limpopo, au delà du Zambèze : au nord de ce dernier fleuve apparaît même une bande littorale forestière qui rappelle le Congo.

Le Zambèze, nous l'avons dit, vient déjà de loin quand il quitte son premier bief, à l'endroit où l'altitude du plateau descend de plus de 1000 mètres à moins de 800. Sa chute a été de tout temps redoutée des indigènes sous le nom de « Fumée tonnante ». Large déjà de 1 kilomètre, le fleuve s'écroule ici d'une hauteur de 120 mètres. Ce qui fait le spectacle unique au monde, c'est qu'à 35 mètres de la cataracte se présente un autre obstacle, un défllé qui réduit brusquement le fleuve à une largeur de 300 mètres : le Zambèze semble littéralement disparaître sous terre ; le bruit s'entend parfois à 120 kilomètres, et les colonnes do vapeur s'élèvent à 80 mètres au-dessus des hauteurs boisées. En sortant, le fleuve reprend peu à peu sa largeur et il a encore plus de 1000 kilomètres à franchir jusqu'à la mer. Il rencontre un dernier obstacle entre le Manica et les monts du iS'yassa, très modestes. C'est plus bas qu'il reçoit à gauche le Cliiré, venu du lac Nyassa, qui ouvre ainsi une voie de pénétration dans la région des grandes fractures. Car le beau fleuve finit à Quilimané sans delta malsain.

Dans le milieu naturel si varié, en égard à son étendue, que nous venons de parcourir, ont vécu des hommes semblables à ceux que nous avons trouvés au Congo. Nous ne savons à quelle distance dans le passé remonte la distribution ethnique constatée par les Arabes, puis par les Européens. Les races naines sont représentées par les Hoitentots, mais la masse des populations appartient à un rameau des Bantous, les Cafres. Beaucoup de tribus sont relativement pacifiques, mais il y a eu là des peuples guerriers, an-

cêtres des Herreros de l'ouest, des Matabélés de l'est, et surtout des Zoulous, qui ont opposé aux Anglais une organisation militaire redoutable. Si les établissements des Indiens et Malais sur la côte orientale d'Afrique remontent à une haute antiquité, il n'est pas nécessaire de leur attribuer la découverte des mines d'or du Manica, où l'on a cherché l'Ophir de la IJible, car les Arabes, au moyen-âge, se sont avancés sur toute la côte orientale, jusqu'à Zanzibar, jusqu'à Mélinde, jusqu'à Sofala. On n'est pas forcé de faire remonter plus loin que les Arabes les vestiges de vie civilisée qu'on retrouve au Manica, ni ce royaume du Monomotapa qu'ont connu encore les Portugais. Les Arabes ont fréquenté les Cafres. qui leur doivent leur nom {Kafir, infidèle), mais leurs traitants n'ont pas mieux connu le Zambèze que le Congo. De l'autre côté, les premiers navigateurs qui aient paru sont les Portugais, pour qui le cap des Tempêtes devint le cap « de Bonne Espérance ». quand il leur eut ouvert la route de l'Inde. Sils sont restés dans l'Angola comme dans le Mozambique, ils n'ont pas songé à relier ces deux colonies, et ce n'est qu'au xix^ siècle qu'ils ont manifesté quelque curiosité pour ces routes transafricaines par où les guerres de l'intérieur leur déversaient des esclaves. Ils n'ont môme pas colonisé le Cap; ils ont laissé ce soin aux Hollandais du xv!!*^ siècle, mêlés de réfugiés protestants français. Quand ils ont voulu regagner le temps perdu en 1891, il était trop tard. La France et l'Angleterre avaient cherché des points d'appui autour des côtes de l'Afrique australe. Quand les guerres du xviii*' siècle eurent donné l'avantagea l'Angleterre, elle guetta le Cap, station capitale vers son domaine indien, et l'occupa en 1815. Elle émettait dès lors la prétention de faire cesser l'esclavage des Cafres, et les colons hollandais, résistant, allèrent fonder vers 1840 les

Républiques de l'Orange et du Transvaal, En même temps, Livingstone, dont le nom domine celui de tous les explorateurs européens en Afrique, parcourait l'Afrique australe, reconnaissait le Zambèze, allait mourir sur les bords des grands lacs (1873). Aujourd'hui l'Afrique australe est dominée en entier par l'Angleterre, et, si sa valeur de position a baissé par suite du percement de l'isthme de Suez, elle en a acquis entre temps une bien autre par les ressources naturelles que nous avons indiquées.

Afrique orientale.

En étudiant l'Afrique dans le sens de la latitude, qui est ici exclusivement indiqué, nous nous sommes plus d'une fois arrêtés, du côté de l'est, à une région montagneuse et bouleversée, gigantesque ligne de dislocation. Elle s'étend presque droit du nord au sud, de Souakim à l'embouchure du Zambèze, sur près de 4000 kilomètres, coupée en deux par l'Equateur. D'une largeur variable, mais toujours supérieure à 300 kilomètres, elle fait de l'Afrique orientale une région bien distincte.

Cette fracture commence d'ailleurs plus au nord : le Ghor de Palestine lui appartient. Il se prolonge par la mer Rouge, qui serait un grand Tanganika, sans l'accident qui a ouvert le détroit de Bab-el-Mandeb. Nous avons vu que, bordée de part et d'autre par le désert, cette mer en a le climat: sur ses côtes ouest, à Souakim, à Massaouah, on a relevé en été,

AFRIQUE OraENTALE 183

VU l'absence d'humidité, des températures plus élevées que sous l'Equateur. Immédiatement au sud de la mer Rouge se dresse le massif d'Abyssinie, qui se prolonge jusqu'à 1000 kilomètres vers le sud. Le rebord oriental en est très net; vers l'ouest, il s'abaisse par terrasses. 11 contient des sommets égaux en hauteur au Mont Blanc, et un lac, le lac ïana, grand plusieurs fois comme le Léman. L'altitude y modifie singulièrement le climat soudanais. C'est un pays clément à l'homme. A l'est, il est durement isolé, comme les Anglais l'ont constaté dans leur guerre contre le négus Théodoros (18G8). Cela n'a pas empêché le flot sémitique que nous avons vu se répandre dans le Soudan d'escalader ces pentes, où une langue de cette famille est encore langue liturgique. Vers l'occident, les eaux descendent, par l'Atbara et le ^'il Bleu, au IVil, qu'elles joignent en aval du Sedd. Par là, par l'Ethiopie, est venu le christianisme qui s'est maintenu en Abyssinie sous une forme particulière (rit copte). Puis, comme tous les pays de montagne, l'Abyssinic est devenue un refuge et une acropole; battu de toutes parts par le flot musulman, le « royaume du prêtre Jean » a été retrouvé presque intactpar les navigateurs du xvi^ siècle. Il s'est défendu tout aussi bien contre les Italiens. Autour de lui ont continué à vivre et à se mélanger des populations linguistiquement apparentées aux anciens Egyptiens, Bicharis au nord, Gallas à l'est, dont le métissage arabe ou nègre a altéré diversement le type ethnique.

La zone de dislocation se poursuit au sud, marquée, comme plus au nord, comme dans l'Abyssinie, par des phénomènes volcaniques. On a relevé des traces d'éruptions très récentes. On a trouvé en maint endroit des sources thermales. Et toute une série de dénivellations profondes abritent de grands lacs.

Le premier au nord est le lac Rodolphe, grand 140 fois comme le Léman, sans écoulement vers la mer. Puis, au sud-ouest, le Victoria-Nyanza, qui couvre 83000 klm. q., soit quinze de nos départements, tout le bassin parisien. 11 a, à l'ouest, deux voisins modestes, l'Albert-Nyanza et l'Albert-Edouard, situés plus bas (à 742 et 9o0 mètres au lieu de 1190); ces lacs sont fameux comme sources du Nil. Les anciens et les Arabes se représentaient dans l'Afrique une mer intérieure, au milieu des « Monts de la Lune », d'où venaient tous les fleuves du continent. C'est au xix^ siècle que s'est précisée cette vue trop simpliste. En 1857, des voyageurs partis de la côte orientale, Burton. Speke, Grant, arrivaient sur les bords du Victoria. Les sources du Nil, prises à revers, étaient trouvées juste au moment où un autre voyageur, Baker, remontait le fleuve, dont la haute vallée n'était pas encore bouleversée par la question de la traite. Le 14 février 1863, les deux groupes se rencontrèrent vers Gondokoro; depuis, les connaissances furent précisées par Stanley. Le Victoria- Nyanza envoie vers le nord-ouest un cours d'eau qui se jette dans l'Albert-Nyanza, rachetant la différence de niveau par les chutes Murchison. Un autre cours d'eau relie l'Albert-Edouard à l'Albert-Nyanza. De l'Albert-Nyanza sort enfin un cours d'eau qu'on peut regarder comme la résultante des deux précédents, et qui ne s'arrêtera plus qu'à 6500 kilomètres de cette région équatoriale, à Alexandrie.

Au sud de ces lacs se développe le Tanganyka, à 850 mèlres d'altitude. Allongé du nord au sud, mais étroit, il couvre 30.000 klm. q. On a vu sa communication avec le Congo. Au sud-est enfin du Tanganyka, se trouve le lac Rikoua, puis le Nyassa, égal au Tanganyka en surface (30.000 klm. q.), et qui se

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