ARCHIPEL MALAIS
marquée par la mer de Banda (au sud de Célèbes et des Moluques), où la sonde descend brusquement à des milliers de mètres : elle est marquée aussi par le grand cercle des volcans.
Dans ces pays situés juste sous l'Equateur, le climat normal est chaud et égal, avec pluies abondantes toute l'année. D'où la végétation luxuriante, comparable à celle du Congo et des Amazones. Mais dans tout le nord se fait sentir l'influence do la mousson, qui souffle en été vers le continent asiatique, aussi bien dans le golfe du Bengale que dans la Méditerranée chinoise, comprise entre l'Indo-Chine, Bornéo et les Philippines. Tout à fait au sud commence à dominer l'influence desséchante des alizés et du voisinage australien.
Ce monde insulaire était fait pour la navigation. La pêche d'abord y était fructueuse, pêche des poissons, des holothuries [trépang), des éponges, des perles. Puis de grandes routes se dessinaient, indiquées, jusqu'à l'apparition de la vapeur, par les moussons. Au nord de Singapour, elles portaient d'un côté vers l'Inde et l'Occident, de l'autre vers la Chine. Le détroit de la Sonde doublait cette grande route, plus fréquenté que le détroit de Makassar. Vers l'est, on circulait sans perdre la terre de vue jusqu'à la Nouvelle-Guinée et aux îles qui ouvrent le monde polynésien. Au sud seulement, après Timor, un espace de oOO kilomètres isolait l'Australie.
Aussi l'activité humaine a-t-elle été très ancienne dans ce domaine, bien antérieure aux témoignages de l'histoire. Les premières lueurs, projetées par l'Inde et par la Chine, ne sont pas très antérieures à notre ère. Mais., depuis longtemps alors, parmi les populations négrilles ou nègres de la région, s'était constitué cet ensemble de langues particulières (malayo-polynésiennes) qui ont rayonné depuis l'extrémité est de
rOcéanie jusqu'à Madagascar. Depuis longtemps même, par l'afflux d'éléments jaunes venus du Nord, s'était formé dans les grandes îles un type humain spécial, le Malais, divisé en sous-races locales, Javanais, Dayales, etc. La race était réceptive, et a subi toutes les influences qui venaient se croiser à ce carrefour maritime. Influence hindoue d'abord, qui y a propagé le bouddhisme dans les premiers siècles après notre ère. Le bouddhisme a été le principal lien avec la Chine, mais l'immigration chinoise ne devait prendre qu'au xix^ siècle le développement formidable qui a inquiété les Européens. Les Arabes, au moyen âge, ont islamisé en partie les îles malaises, formé à Java des états qui ont bravé les Mongols de Chine auxiii^ siècle, et à Sumatra le royaume d'Atchin, qui a résisté aux Européens jusqu'à la fin du xix''.
Géographiquement, un rôle immense semblait être dévolu à ce carrefour de la Malaisie. En fait, ce rôle n'a été qu'ébauché. Sans doute, la propagation des Malais, depuis Madagascar jusqu'aux îles plus reculées de la Polynésie, a été un fait intéressant au point de vue ethnique et surtout au point de vue linguistique. Mais les éléments de civilisation qui ont voyagé avec eux ont été des plus rares. Tous ont été empruntés au Nord, à l'Inde presque exclusivement (les influences arabes et chinoises sont très secondaires). Et la force de pénétration de ces éléments n'a été ni très étendue ni très tenace.
Les Portugais sont arrivés au xyi"^ siècle à la fois par l'ouest et par l'est, mais ont rencontré là des états assez organisés pour leur tenir tête (massacre d'Aniboine, 1567). Il était réservé aux Hollandais de conquérir l'Archipel (xvii^ siècle). Leur capitale Batavia, l'Amsterdam des Indes, a compté au xviii*^ siècle, diton, jusqu'à 500.000 habitants. Leurs établissements
n'ont été occupés par les Anglais, au cours des luttes avec la France, que de 18H à 1813. Depuis, bien que la colonisation liollandaise ne se soit pas développée et ne puisse se développer au point de vue de la population, en raison du climat, l'esprit d'entreprise hollandais a transformé ces îles. Il y défie encore la concurrence anglaise, qui s'exerce par le détroit de Singapour et par l'Australie.
Australie
Si les îles de la Sonde correspondent à l'Afrique ■équatoriale, l'Australie correspond à l'Afrique australe. iMais le contraste est bien plus net ici qu'en Afrique. A 500 kilomètres d'îles où règne encore le climat équatorial et sa vie exubérante, nous trouvons le désert, et, sur la côte sud-est, une région tempérée qui rappelle l'Europe. La flore, la faune sont profondément différentes de celles de la Malaisie, attestant l'antiquité de la séparation. Pour l'Européen, à côté de la pure colonie d'exploitation où 50.000 Hollandais gouvernent des millions d'indigènes, nous trouvons en Australie le type de la colonie de peuplement.
L'Australie ne peut être appelée une île. Elle s'étend du 10" au 40*' degré de latitude sud, et sur 40 degrés en longitude. Elle couvre 7 millions et demi de kilomètres q., les trois quarts de l'Europe, un quart de l'Afrique. Mais, à mesure que ses côtes ont été reconnues, s'est évanouie l'image d'un immense continent austral que les premiers navigateurs européens, peut-être
d'après les idées de Ptolémée, étendaient démesurément jusqu'aux terres polaires du sud. L'Australie reproduit en petit les formes de l'Afrique et de l'Amérique du Sud, avec l'incurvation caractéristique de la côte ouest vers l'orient : seulement la pointe sud est ici mutilée, remplacée par une île séparée, la Tasmanie, dont l'extrémité est plus méridionale que le Cap de Bonne-Espérance, moins que le cap Horn.
Le trait saillant de la structure de l'Australie est la présence d'une longue chaîne qui longe la côte orientale sur 1700 kilomètres, et qu'on a décorée du nom d'Alpes australiennes. Elle ne contient pas de sommets atteignant 2500 mètres, et il y a longtemps qu'elle n'a plus de glaciers. Telle quelle, elle suffit pour différencier profondément deux régions. Coupée en deux par le tropique du Capricorne, l'Australie est en plein dans la zone des vents alizés. Arrêtés par les montagnes, ces vents apportent assez d'eau pour valoir à la côte est une humidité suffisante, comparable à celle de l'Europe. A l'ouest, au contraire, il ne souffie qu'un air desséchant, et les quatre cinquièmes de l'Australie sont un désert.
Il n'y a pas de doute sur ce point depuis les voyages d'exploration qui se sont succédé au milieu du xix*^ siècle, et qui constituent un martyrologe sans analogue. D'immenses espaces ne connaissent que la végétation rudimentaire du scrub, des petites herbes épineuses qui rendent la marche intolérable. La pose du télégraphe qui, du sud au nord, traverse l'Australie, d'Adélaïde à Port-Darwin, a été un tour de force, et des stations comme Alice-Springs sont les bagnes des postiers du globe. En profitant des circonstances locales, on a pu arracher un minimum d'humidité et de culture au sol, et ce, par des prodiges d'irrigation : un puits artésien fournit plus de 13.000 hectolitres d'eau par jour.
Ces conditions sévères ne s'atténuent que sur certains points des côtes.
Sur la côte ouest, la ville do Perth a dépassé le chiffre de 10.000 habitants. Là circule un courant analogue aux courants du Beng-uéla et du Chili, mais, vu la moindre étendue des côtes, il est beaucoup moins développé, et son influence rafraîchissante est bien moindre.
Sur la côte nord, on trouve, aux abords du golfe de Carpentarie, une apparition delà végétation tropicale. Près de Port-Darwin, dans la presqu'île d'York et plus à l'est, il y a des forêts. Il y a surtout des savanes où s'ébattaient les animaux particuliers à l'Australie, ornithorhynques, échidnés ; là régnaient les kangourous, jusqu'à la guerre impitoyable que fit à ces ennemis, non moins voraces que les lapius. l'éleveur européen.
Sur la côte sud, après un désert qui répond au nom pittoresque de Nullarbor Plaine, la situation s'améliore en approchant des montagnes. Il s'en échappe un fleuve, le Murray, qui, bien plus long que le Rhin (1600 kilomètres), a un pauvre débit. De ses affluents, beaucoup s'arrêtent, épuisés, avant de l'atteindre. Ce sont des creeks, pareils aux ouadis d'Afrique. Malgré tout, cela suffit pour entretenir des pâturages, et, dans certains endroits, faire apparaître ces forêts d'eucalyptus qui, s'enlevant parfois jusqu'à 50 mètres, sont la parure d^ l'Australie. A l'embouchure du Murray, le port d'Adélaïde concentre les deux tiers de la population de l'Australie méridionale.
Avec les montagnes, la scène change. Elles-mêmes renferment un produit qui, découvert en 1851, a fait la moitié de la fortune du pays: l'or. Il se rencontre aussi bien au nord, où le mont Morgan renferme les plus riches filons, qu'au centre et au sud. Mais déjà, des filons s'épuisent. Heureusement, la zone côtière,
mouillée comme nous l'avons dit, offre des ressources plus durables à l'élevage et à l'agriculture. Les laines d'Australie sont célèbres. Le maïs, le blé, nombre de cultures importées prospèrent. Le climat correspond à celui des latitudes égales en Europe, quoiqu'on plus froid, — comme dans tout l'hémisphère austral, bien plus largement ouvert aux influences polaires. Sydney et Melbourne ont des températures méditerranéennes. Plus au nord, les plateaux du Queensland sont un sanatorium pour les phtisiques. Au sud, la Tasmanie, avec son doux climat qui rappelle Wight, sa verdure qui rappelle l'Irlande, est la villégiature indiquée des colons du continent voisin.
L'Australie n'est pas moins massive que les deux autres continents austraux. De plus, on a vu pourquoi ses côtes occidentales sont peu engageantes. Le point le moins à l'écart était au nord-est, vers la Nouvelle- Guinée, dont un bras de mer de 200 kilomètres (détroit de Torrès) sépare l'Australie. Mais de ce côté, et sur tout le front nord- est, les formations coralligènes, plus actives là que partout ailleurs dans l'Océan Indien et le Pacifique, ont dressé une barrière de 2000 kilomètres, la Grande Barrière. Des obstacles se trouvent également au sud-est, en particulier à l'embouchure du Murray. La navigation à vapeur, seule, a bravé ces obstacles : les lignes venant de Suez passent par le détroit de Torrès, celles qui viennent du cap de Bonne-Espérance passent par Adélaïde, et toutes convergent vers Sydney, d'où elles repartent vers le nord-est. Mais ce n'est pas sans risques.
L'Australie, séparée des autres terres depuis une antiquité qu'attestent sa flore et sa faune si spéciales, était très à l'écart du mouvement humain. Les indigènes appartenaient à la même race noire que les
Papous de la Nouvcllo-Guinée, mais étaient restés à un degré de développement bien inférieur, le plus bas de l'échelle humaine. Ils ont été exterminés par toutes sortes de moyens, dont quelques-uns (l'arsenic) ne font pas honneur à la conquête européenne. Les Portugais, qui reconnurent ces côtes au xyi** siècle, les dédaignèrent pour les îles à épices. Les Hollandais, après quelques essais, les laissèrent libres à l'Angleterre. Aussi la colonisation anglo-saxonne s'est-elle développée là avec une pureté qu'elle n'a pas atteinte, à beaucoup près, dans l'Afrique australe et dans l'Amérique du Nord. Les origines de cette colonisation furent troubles. En 1788. sur un point de la côte sudest, qu'avaient touché Cook et La Pérouse, à Botany- Bay, arrivèrent les premiers convicts. A mesure que la colonisation libre se développa, les colons réclamèrent contre ce voisinage malsain. Mais, jusqu'en 18G8, l'Australie a connu ces convicts, et, parmi eux, des évadés qui ont prolongé l'ère de la piraterie sur le Pacifique. Dans l'intervalle, la découverte de l'or avaii. donné l'impulsion décisive et multiplié les villes, monstrueuses. La Nouvelle Galles du Sud, la colonie mère, a aujourd'hui dans Sydney une capitale de 400.000 habitants. Au nord le Queensland est plus grand et moins peuplé (capitale Brisbane). Au sud, Victoria, que les gens de Sydney appellent avec un dédain mêlé d'envie la « colonie champignon », a dans Melbourne une ville d'un demi million d'âmes. La Tasmanie se développe. Autonomes depuis 1848, très indépendants et entreprenants, ces colons ont fait bloc avec ceux de la Nouvelle-Zélande pour former l'Australasie. Ils surveillent d'un œil jaloux toutes les entreprises européennes dans l'Océanie. Leur attention se porte surtout vers le nord-est, en raison des relations avec les terres anglo-saxonnes
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d'Amérique : nombre d'îlots du centre de la Polynésie ont été annexés à l'empire britannique pour jalonner cette route.
Polynésie
'i>J)e même que nous avons été amenés à joindre au monde, si bien défini, de l'Océan Indien, la région africaine qui l'avoisine à l'ouest, de môme il est difficile de parler des îles malaises et de l'Australie sans dire quelques mots du mon<le insulaire qui les prolonge vers l'est. Nous commencerons par la Nouvelle-Guinée.
Celle-ci s'étend, immédiatement au sud de l'Equateur, du nord-ouest au sud-est, avoisinant d'un côté les Moluques, de l'autre l'Australie. C'est la plus grande île du globe (800.000 kilomètres carrés, une fois et demie la France!). Elle renferme des chaînes de montagnes avec pics de plus de 4000 mètres, des fleuves qu'on a remontés sur 600 kilomètres. Elle paraît renfermer des mines abondantes. Mais, si voisine des Moluques, elle a été fermée aux influences de l'Asie par la sauvagerie des Papous. Et les Européens ont trouvé dans l'Australie des régions mieux accommodées à leurs aptitudes physiques.
Au sud-est de la Nouvelle-Guinée, quelques petits archipels servent de transition vers la Nouvelle-Calédonie, qui lui ressemble avec des dimensions plus modestes. De là, on rencontre encore des escales, à l'est, jusqu'aux îles Fidji, voisines des îles Samoa et