POLYNÉSIE
à certains égards que les parlers malais qui oui subi nombre d'influences étrangères. Mais quand et comment s'est faite cette immense migration maritime ? Sur ce point, nous sommes mal renseignés. IVous parlerons plus tard des Philippines.
Le monde jaune intérieur
Nous avons dit quelle puissante barrière constituait l'Himalaya et comment il se rattachait au système montagneux de l'Asie Centrale. Dans l'angle compris entre Himalaya et Altaï commence un monde particulier, dont l'unité naturelle s'est fait sentir bien avant d'être sanctionnée par l'unité politique. 11 affecte une forme assez régulière, celle d'un segment de cercle dont le centre serait au plateau de Pamir, la circonférence sur la mer de Chine. Dans le sens de la latitude, il a 3500 kilomètres de développement. Dans le sens de la longitude, il s'ouvre sur le Pacifique par un arc de cercle de 2000 kilomètres. Malgré son étendue (11 ou 12 millions de kilomètres q.), il est, encore une fois, assez un. Quand, au temps de l'Empire romain, le commerce de la soie se faisait par la Dzoungarie, les commerçants méditerranéens qui venaient de la mer Noire avaient parcouru, en arrivant à cette province, exactement la même distance que leurs correspondants de la mer de Chine, mais ils avaient tra-
versé un monde très varié, tandis que les autres s'étaient sentis partout en terre niongolique.
La partie intérieure de ce monde, celle qui se trouve vers le sommet du segment de cercle, se divise en trois régions: Tibet, bassin du Tarym, Mongolie. Nous avons déjà signalé le Tibet comme région isolante, et les passages au sud et au nord du T'ien-chan. La Mongolie seule doit nous arrêter encore un instant.
Des bords du Tarym. au sud du T'ien-Clian, comme de la Dzoungarie, au nord de ces montagnes, on passe insensiblement au Gobi (pierres) et au Chamo (sables) qui constituent le désert mongol. C'est un énorme bouclier bombé, qui couvre 3 millions de kilomètres q. Au nord, on a vu que des oasis sont disséminées au pied de l'Altaï et des montagnes du Baïkal, où les passages ne manquent pas. Dans la direction du sud, aucune chaîne n'entrave, pendant longtemps, le souffle des vents du nord. Ils soulèvent les sables en tempêtes, les accumulent en dunes, tandis que les poussières les plus fines vont se déposer dans les régions périphériques plus humides. Telle est, selon toute vraisemblance, l'origine du « lœss » qui a constitué la terre jaune, et coloré le grand fleuve du Houang-ho et la mer où il débouche.
Au nord-est se détachent peu à peu sur le bombement mongol des chaînes toutes orientées du sudouest au nord-est, les monts Yablonovyi, le Grand Khingan, etc. L'influence du désert se prolonge, et •certains cours d'eau qui descendent de ces montagnes, ■d'élévation moyenne, se perdent encore dans les sables. Mais d'autres, la Cliilka. l'Argoun, ont plus d'élan et forment l'Amour. Des affluents venus du nord (Keia) ou du sud (Soungari, Oussouri) donnent à celui-ci la force de circuler entre les ciiaînes et d'atteindre le Pacifique. Mais, quoique les portages soient faciles de
la Selcnga à la Chilka, puis de l'Amour et de ses affluents de droite au Pacifique, cette belle voie d'eau (5000 kilomètres q.) est presque annihilée par les rapides, et par les glaces qui l'encombrent 5 mois sur 12. Les Mongols, au temps de leur puissance (xiii^ siècle) se sont barricadés contre leurs frères de race des bords de l'Amour, car ceux-ci ont toujours été orientés vers le sud. Ce n'est qu'à l'arrivée des Russes que la région de l'Amour a été considérée comme un débouché sur le Pacifique, et ce, grâce aux chemins de fer.
Pauvres pays que tout cela. Sans doute, c'est une des régions où un certain dessèchement, depuis l'époque glaciaire, a été le plus nettement constaté. Les Chinois anciens appelaient la Mongolie le Han-hai (mer desséchée), et le mot traduit tout au moins une impression juste. Mais voilà des millénaires que la vie humaine n'a pu être que précaire dans ces pays. Ils doivent leur importance, sauf le Tibet, aux routes qui les traversent. Des passages ont dû les emprunter de temps immémorial. Mais ces passages ont toujours été à la merci des nomades, dont nous avons ici une des terres d'élection. Los fluctuations de populations ont été incessantes, de l'est à l'ouest ou de l'ouest à l'est. Nous avons déjà parlé des passages qui mènent vers l'Occident. Ici il faut nous occuper des communications avec l'Orient, avec la Chine.
L'Himalaya et le Kouen-louen viennent, à l'Est, l'un se heurter, l'autre se joindre à une série do chaînes rayonnant du nord-ouest au sud et à l'est. C'est au nord-ouest que sont les plus hauts sommets, des sommets qui dépassent de beaucoup notre mont Blanc. C'est là qu'étaient jadis d'énormes glaciers, dont les vestiges se voient partout. Les montagnes s'abaissent déjà dans les Alpes du Sseu-tch'ouan, encore comparables aux nôtres, et plus encore dans le Yunnan et
rindochino. La mousson, celle du sud-ouest comme celle du sud-est, se fait sentir, grâce à cette inclinaison générale des montagnes, jusqu'au Kouen-louen et même par delà, puisque les derniers effets en ont été constatés dans la Vallée des Vents. Aussi, des pluies qui s'abattent dans les replis des monts, naissent de puissants fleuves, le Yang^-tseu-Kiang- qui va en Chine, le fleuve Rouge et le Mékong- qui vont en Indochine, la Salouen et Tlraouaddi birmans. Nulle part on ne voit naître et circuler si longtemps tout près l'un de l'autre des cours d'eau qui ensuite divergent tellement : de l'embouchure du Yangtseu à celle du Brahmapoutre il y a 10.000 kilomètres. Mais les chaînes qui séparent les vallées ft)rment une série d'obstacles qui rendent la région impénétrable, et le rôle historique de cette barrière a été immense. Par elle s'explique ce fait que des civilisations aussi anciennes que les civilisations hindoue et chinoise aient vécu des siècles et des siècles en s'ignorant totalement, et ne soient entrées en contact tardif que par les immenses détours de l'ouest ou de la mer. Malgré la proximité de la Chine, et la parenté probable des Chinois avec certaines populations de la Birmanie, toutes ces populations sont acquises à la civilisation hindoue : l'archéologie birmane n'a découvert que des vestiges hindous dans les anciennes capitales (Mandalay est une ville moderne). Dans l'ensemble, les montagnards du Sseu-tch'ouan et du Yunnan ont bravé les autorités chinoises même au temps de leur puissance maxima. Depuis que les mines du Yunnan font sentir leur attraction sur les capitalistes européens, le problème de la route de Maulmein, en Birmanie, à Ta-lifou dans le Yunnan, n'a pas encore été résolu.
Le Kouen-louen se prolonge assez nettement vers l'est dans le Ts'ing-ling, séparant les bassins du
Houangho et du Yangtseu, et constituant une barrière notable entre la Chine du nord et celle du centre et du sud. Cependant les Chinois l'ont franchi de bonne heure, car la prolongation orientale est sensiblement moins haute que le Kouen-louen propre: aux environs de l'ère chrétienne, des routes ont été construites du Houangho à Hang-tchong et Tch'engtou. C'est encore la grande route de Pékin à Lhassa. A Tatsienlou commence la section difficile, celle qui jusqu'à Batang ne descend nulle part au-dessous de 3500 mètres, celle où abondent les gorges pittoresques, qu'on franchit par des câbles tendus au-dessus d'abîmes vertigineux. Par là le thé chinois pénètre chez les Tibétains, pour lesquels il est un stimulant de première nécessité. C'est le thé, plus que les armes, qui a fini par faire du Tibet une dépendance de la Chine.
Au nord du Kouen-louen s'alignent encore quelques chaînes assez élevées : à Touest elles lui sont vaguement parallèles, dans PAltyn-Tagh et le Nan-Chan, avant d'adopter celte direction du sud-ouest au nordest que nous avons vu dominer au nord de la Mongolie. Entre le Kouen-louen et ces chaînes s'allongent des couloirs naturels, où se rencontrent le Koukounor, la vallée des Vents, le Tsaïdam. et où tombent les dernières pluies venues du sud. Il y a là une très antique route, qui allait du moyen Houangho au bassin du Tarym. Pourtant, les pèlerins bouddhistes ont en général préféré, pour faire ces 2000 kilomètres, longer le pied nord de l'Altyn-Tagh. Cet autre parcours du T'ien-chan-nanlou (route au sud du T'ienchan), comme le parcours du T'ien-chan peh-lou, conduisant en Dzoungarie, longe déjà le désert mongol.
A partir de l'Altyn, plus aucune grande chaîne ne sépare le désert de la terre jaune, et la transition se fait insensiblement sur 2000 kikimèlres, jusqu'au petit
Khing-an. C'est là que peu à peu, aux temps féodaux, les souverains des principautés chinoises voisines du désert ont élevé tronçon par tronçon ces longues murailles flanquées de tours qui furent, à la fin du III* siècle av. J.-C... réunies en un immense mur appelé par les Chinois la Muraille longue de dix milles, et par les Européens la Grande Muraille. Elle n'a jamais empêché les Barbares de pénétrer en Chine, de même qu'inversement elle n'a pas empêché la civilisation chinoise de descendre le Soungari jusqu'aux rives de l'Amour, à Aïgoun.
Comme la terre jaune avait roulé du désert vers les rives du Houangho, ainsi l'homme jaune a suivi la même pente : entre Mongols et Chinois, il n'a existé que l'antagonisme du nomade fidèle au désert et du sédentaire fixé par le sol et la civilisation.
Les chaînes de la Sibérie orientale, comme celles de la Chine septentrionale, adoptent toutes cette direction sud-ouest-nord-est que nous avons vu se reproduire dans la Chine du sud. Les monts Yablonovyi, peu élevés, se poursuivent par les monts Stanovoï, encore plus bas, jusqu'au Kamtchaka. Le grand Khingan (2500 mètres) se continue au nord de l'Amour jusqu'à la mer d'Okhotsk avec le Chang-Paï-chari (2oOÛ mètres). Enfin le Sikhota-Aline range la côte de la mer du Japon. Les cours d'eau épousent la même direction, la Chilka et l'Argoun qui forment l'Amour, le Soungari et l'Oussouri qui le grossissent à droite, et en sens inverse la Kéia qui lui vient du nord. L'Amour, qui réunit toutes ces eaux, circule au contraire à travers les chaînes, à grands renforts de rapides, et finit dans le Pacifique après un cours de 4.700 kilomètres. Au sud du fleuve le bassin du Soungari a à peu près le climat continental de Pékin, mais se ressent encore des influences des mers de
Chine, et même de celles du grand courant chaud, le Kuro-Shivo : le tigre vit encore dans ces parages. Au nord do l'Amour, les influences polaires régnent seules. Et le fleuve, glacé pendant 5 mois, n'ouvre à la mer qu'un accès limité. Les côtes où il aboutit ne connaissent guère de navigation que grâce à la pèche. Dans cette région, les antiques annales chinoises nous montrent des barbares jaunes confondus sous le nom de Toungouses. Dans le bassin de l'Amour, la steppe herbeuse entretenait les Toungouses du cheval : plus au nord commençait le domaine des Toungouses du renne. C'est sur le tard seulement que se sont formées parmi ces hordes les agglomérations temporaines qui ont à plusieurs reprises pesé sur l'histoire de Chine. Au xvii® siècle, des Mandchoux ont conquis la Chine, et la Mandchourie, devenue le pays de la nation conquérante, a été organisée en « Confins militaires ». Mais, si ces tribus, encore armées d'arcs et de flèches, suffisaient à tenir en respect les Toungouses, elles risquaient de se trouver inférieures aux cosaques de l'Occident, déjà pourvus du fusil : en 1689 toutefois, le traité de Nertchinsk imposa un arrêt aux avant-gardes hardies de la colonisation slave, qui ne reparut sur l'Amour que vers 1850. Dans l'intervalle l'agriculteur chinois avait profité de l'unité de domination pour avancer sur les rives du Soungari, mettant à profit les moindres parcelles : une grande ville chinoise, Aïgoun, s'était élevée sur l'Amour même. La Mandchourie est aujourd'hui une province toute chinoise, déjà riche, et qui peut le devenir plus encore.
Chine
La région que nous venons d'éLudier se continnue sans démarcation, par ses montagnes, par ses vallées, jusqu'au Pacifique. Mais l'approche de TOcéan en change peu à peu la physionomie. D'autant plus qu'elle se projette dans cet Océan par une vaste protubérance : s'il y a 2000 kilomètres à vol d'oiseau de Pékin au Tonkin, il y en a plus de 3000 en suivant la côte, pourtant peu découpée. Toute cette région, qui est la Chine propre, n'occupe guère plus de 4 millions de kilomètres carrés: mais sur ces 4 millions de kilomètres q. vivent plus de 300 millions d'habitants.
Il est impossible d'étudier cette région sans y marquer d'abord une division fondamentale. Les prolongements orientaux du Kouen-louen vont en s'abaissant assez vite : le Ts'ing-ling a encore des pics de 3500 mètres, mais les monts Houai ne dépassent pas 1500 mètres. Telle quelle la ligne sépare nettement la Chine du Nord et la Chine du Sud. Au nord c'est le bassin de llouangho, au sud celui du Yang-tseu-kiang. Au nord lo loess, au sud la latérite. Au nord un climat continental qui règne à Pékin et se prolonge jusqu'à Chang-hai, au sud un climat subtropical avec la mousson. Nous verrons les conséquences pour l'homme.
La Chine du Nord, c'est le bassin du Houangho (4700 kilomètres). Le « Fleuve Jaune » naît près du lac Koukou-nor, et la branche maîtresse semble bien venir des pentes sud du Koueii-louen. Le fleuve descend rapidement ensuite entre cette chaîne et le Nanchan,
puis s'échappe entre le Nanchan et les chaînons qui le prolongent à l'est, et entre en plaine à Lan-tcheou. De là, il décrit au nord une immense boucle de 2000 kilomètres, traversant le désert (Ordos) où il trace de nombreux bras marécageux. 11 redescend au sud pour percer les petits chaînons orientés du sudouest au nord-est qui constituent les terrasses du Chensi : c'est la célèbre porte du Houang-ho, la Porte du Dragon, Long-Men, si illustre aux yeux des Chinois. A la sortie de cette gorge, le Fleuve Jaune reçoit à gauche la rivière Fen, qui draine toutes les eaux du Chan-si central et irrigue le riche bassin du T'aï-yuan ; puis à droite la rivière Wei qui vient exactement de l'Ouest, en arrosant la belle plaine où s'élève une des plus anciennes capitales de l'empire, Si-Ngan-fou. De là il va se heurter au massif du Houa-chan qui le rejette vers l'Est. Depuis Long-Men, le llouang-lio est entré dans la terre jaune, si favorable aux céréales, que le climat rude mais régulier rend plus favorable encore : et il se trouve là un bassin presque fermé, très fertile et très riche, qui est un des antiques centres de la civilisation chinoise. Mais le Fleuve Jaune se voit bientôt resserré de nouveau entre des falaises étroites jusqu'à ce qu'il arrive enfin dans la grande plaine basse de la Chine orientale. C'est là que le brusque ralentissement de son courant, dû à la faible pente de la plaine, en fait le plus dangereux fleuve du monde. Les masses de terre jaune qu'il a arrachées à ses bords s'accumulent au fond de son lit qu'elles exhaussent peu à peu, et les digues énormes que de toute antiquité les riverains ont élevées pour le contenir sont souvent emportées par les crues d'été, laissant le fleuve vagabonder à son aise dans la plaine sans limites. Il a changé de cours une dizaine de fois depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, se déversant tan-
tôt au nord, tantôt au sud do l'éperon rocheux du Chan-tong, par des bouches distantes l'une de l'autre d'environ 900 klin. Depuis I80I, époque de la dernière catastrophe, il s'est reporté au nord, mais rien ne dit qu'une catastrophe nouvelle ne le ramènera pas au sud. Le Peiho, le fleuve de Pékin, au nord, et le Honaï au sud, ont, suivant les époques, confondu leurs bouches avec les siennes, ou repris leur indépendance: en réalité, toute cette côte est un enchevêtrement d'anciens bras, de lacs, d'étants dont on a tiré parti pour le Canal Impérial. Enfin le golfe du Petchili, où débouche provisoirement le fleuve, est un golfe vaseux souvent couvert de brouillards, et dont l'entrée est resserrée entre le Liao-toung et la presqu'île de Chan-tong.
Cette dernière est une des parties les plus favorisées de la Chine du Nord, et cela de tout temps: c'est la patrie de Confucius. Depuis que les Européens y ont augmenté l'importance de la houille, elle contient 129 habitants au kilomètre carré.
La Chine du Nord n'est pas complètement barrée au sud. Même dans le Ts'ing-ling, des routes ont été percées depuis vingt siècles. Avant qu'elles n'existassent, la coupure entre Ts'ing-ling et les monts du Honaï débouchait sur la vallée du Han, qui conduisait au Yang-tseu-Kiang. Enfin les montagnes du Houaï laissent entre elles et la mer un large espace, où le canal impérial, restauré au xviii^ siècle, rattache le Peïho, le Houangho et le Ilonaïau réseau fluvial du Yang-tseukiang.
La Chine du Sud comprend deux bassins fluviaux très inégaux : ceux du Yang-tseu-kiang et du Sikiang. Le Yang-tseu-kiang est un des plus grands fleuves du globe (5300 kilomètres). 11 naît dans le Tibet du nord-est par 5000 mètres d'altitude, et tout près du
Houang-ho dont il ne se rapprochera plus qu'à la fin de sa course. Il descend au sud comme un torrent, à côté de la Salouen, et pourtant séparé d'elle par de hautes chaînes. Un autre fleuve, le Yukoung, vient le rejoindre à gauche, puis le Min, que les Chinois considèrent depuis l'antiquité comme la branche maîtresse. C'est que le Min, au lieu des montages que parcourent les deux autres cours d'eau, traverse la partie basse et féconde du Sseu-tch'ouan, le pays du riz, du thé, des mûriers et des vers à soie. Ayant maintenant tourné à l'est, le Yang-tseu-Kiang vient heurter les chaînons orientés du sud-ouest au nord-est, qui reproduisent, de ce côté de la chaîne dorsale, la direction des chaînons du nord. Il se resserre aux gorges de Yi-tch'ang jusqu'à 300 mètres, mais il est si profond qu'il n'en résulte pas de désastres, même au moment des crues d'été. Il reprend bientôt une largeur kilométrique. Les affluents qui lui viennent de droite, tamisés par les beaux lacs Tong-ting et Poyang. augmentent son volume sans troubler son régime, et il reçoit en même temps à gauche la rivière Han, belle voie navigable. Vers le point où se réunissent ces eaux, la ville de Han-k'eou est aujourd'hui peut-être la plus grande de Chine, avec plus d'un million d'âmes. Une navigation intense animait tout ce réseau dès le xiii^ siècle, un mouvement « supérieur à celui de toute la chrétienté » : c'est à peine si maintenant quelques bateaux à vapeur se mêlent à ces milliers de jonques. Le Yang-tseu-Kiang est encore à 1000 kilomètres de la mer, et sa basse vallée est la plus aimable partie de la Chine, au climat tempéré, aux pluies de moussons favorables au thé et au riz. Malheureusement le fleuve bleu finit près de Nankin et de Chang-hai devant une barre qui rend scabreux l'accès des navires.
Le Sikiang est un fleuve bien plus modeste (1760 kilomètres); né sur le plateau du Yunnan, près du Fleuve Rouge du Tonkin et du Mékong-, il va droit, par un cours encombré de rapides, se jeter dans la mer près de Canton, de Hongkong, et de Macao. La côte où il arrive, ainsi que les îles de Formose et de Hainan, est sous le tropique du Cancer, et présente le climat tropical avec moussons: on voit paraître le palmier, mais non encore les fruits savoureux des tropiques.
Tout l'arrière-pays est en somme très montagneux. Cependant l'agriculteur chinois a tiré parti de toutes les vallées fluviales, exploitant les terres jusqu'à l'altitude de 2500 mètres. Il ne s'est arrêté que devant les montagnes par trop rébarbatives de l'ouest du Sseutch'ouan, et du Yunnan. Dans cette dernière province, il y a d'autres sources de richesse: c'est la Chine ouvrière par excellence, avec l'étain, l'antimoine, le cuivre. Seulement, cette province est barrée de tous les côtés; les fleuves qui la sillonnent, Sikiang, Fleuve Rouge, Mékong, Salouen, ne deviennent navigables qu'en sortant. Elle serait déjà une pomme de discorde entre les maîtres européens de l'Indochine, si l'accès n'en était pas si scabreux.
La grande civilisation qui, née dans la Chine du Nord, a conquis la Chine du Sud, et donné à cette immense région une unité qui prime de beaucoup, aux yeux des Européens, les nuances locales, n'a pas vu se borner là sa force d'expansion. Nous avons dit combien l'histoire de la Chine est mêlée à celle de l'Asie intérieure. 11 nous faut voir comment elle l'a été aux pays du Nord et du Sud, au Japon et à l'Indochine. Quant aux relations de la Chine avec la mer, elles forment un chapitre spécial, qui, nous aurons à le montrer, ne fait que s'ouvrir.
Au nord de la Chine
La Mongolie et la Chine du Nord sont, on l'a vu, Teliées naturellement à la région de l'Amour et aux çays plus septentrionaux qui bordent la mer d'Okhotsk. A cette région sont accolés des appendices péninsulaires et insulaires qui s'en distinguent néanmoins. Le lien qui a réuni ces divers pays dans une •histoire commune date d'hier.
La région de l'Amour projette vers le sud deux pé- Tiinsules qui barrent presque, en face du Chan-tong, «l'entrée du Petchili. La première, Liao-toung, est rudimentaire. Mais l'autre, la Corée, est grande comme "l'Italie. C'est un pays montagneux qui ne laisse pas 'une très grande place aux cultures, mais contient de l'or et d'autres métaux. Sur sa face occidentale sont -de belles rades, comme celle de Chemoulpo : la côte orientale est plus âpre, mais ses ports sont les premiers, en venant du nord, qui soient libres de glace. Le pays, d'ailleurs rattaché par la communauté de race aux régions avoisinanles, se prêtait donc à la vie civilisée, et s'ouvrit de bonne heure aux influences •chinoises. Mais il sut garder son originalité. Les T'ang furent les premiers empereurs de Chine à en soumettre une partie, puis les Mongols au xiii® siècle, ■enfin les Mandchoux, au xviii", l'assujettirent à un vague tribut. Mais dans le costume, dans la langue, dans la religion, la Corée garda ses caractères propres, et se ferma, comme la Chine et le Japon, aux étrangers. Pendant ce temps, la population s'y accumula, et à l'ouverture du pays, au xix® siècle, elle inontait à près de 20 millions d'âmes: Séoul, la capi-