‹ ProlégomènesChapitre 29 sur 55 · LA CHINE ET LA. MER · texte numérisé non relu

LA CHINE ET LA. MER

sur le versant exposé aux vents dominants, qui sont ici les alizés du nord-est, plus sèches sur le versant opposé, avec une végétation tropicale tempérée par l'influence maritime.

Au sud des Mariannes s'étend de l'ouest à l'est, sur 2000 kilomètres, l'archipel des Carolines, analogue à l'autre, mais que la proximité de l'Equateur fait plus chaud. Il y a 1500 kilomètres de là à la Nouvelle-Guinée (voir p. 198).

Seulement toutes ces connexions curieuses, constatées par les géologues, ont été sans portée au point de vue humain. Les typhons des mers de Chine ontils terrorisé les jaunes ? Le fait est que, s'ils n'ont pu ignorer les Malais, leur curiosité et leur esprit d'entreprise n'ont jamais dépassé cet horizon. 11 n'est pas inutile d'insister un instant sur ce point, parce qu'un phénomène historique tout récent est de nature à créer des illusions rétrospectives.

La Polynésie est sortie de son isolement par les Européens. ' :

Ceux-ci sont arrivés vers 1500 par l'ouest. En 1521 Magellan est apparu par l'est, et est venu tomber dans les Philippines. Les droits de l'Espagne étaient fondés : elle a dédaigné les îles (les Mariannes n'ont été occupées qu'en 1688), et elle a même dissimulé ses découvertes en ces parages. Le motif était la crainte de la piraterie, piraterie indigène, et surtout piraterie européenne, qui s'est prolongée sur le Pacifique jusqu'en plein xix^ siècle. Cook et La Pérouse, à la fin du xviii*^ siècle, ont commencé à attirer l'attention de l'Europe sur les îles de l'Océanie, et peu à peu, au cours du xix^ siècle, les diverses puissances d'Europe se sont partagé ce domaine insulaire, faisant disparaître devant elles la race, à certains égards bien douée, des Polynésiens.

Or, la thalassocratie européenne a eu dans ces parages un contre-coup singulier.

La Chine avait toujours dédaigné ]e domaine maritime qui s'ouvrait devant elle à l'est. Mais, ouverte aux Européens au xix^ siècle, elle commença aussitôt à y déborder. Les Chinois apparurent non seulement en Indochine et dans les îles de la Sonde, d'où ils gagnèrent le Cap, mais à Manille dans les Philippines, en Nouvelle-Guinée, en Australie et en Nouvelle- Zélande, enfin à Hawaï, d'où ils gagnèrent TAmérique. Cette émigration chinoise transmarine n'a exporté, en fin de compte, que quelques millions d'individus. Le Chinois s'expatrie sans femmes. Il tient à revenir dormir dans la terre natale, et les sociétés qui se forment dans les colonies de Chinois ont pour but avoué de rapatrier le corps de ceux qui meurent au loin. Malgré tout, les Européens, constatant la facilité avec laquelle le Chinois, travailleur et sobre, remplaçait le nègre et supplantait l'Européen, ont parlé beaucoup, à la fin du xix*^ siècle, du « péril jaune ».

C'est ainsi que le domaine océanien, resté jusqu'à nos jours l'asile incontesté, sinon paisible, de populations noires ou brunes, menace, par un singulier concours de circonstances, d'être dans l'avenir le champ de bataille des jaunes et des blancs.

La mer des Antilles, l'Amérique

Nous retournons à l'Atlantique pour aborder le Nouveau Monde. On verra pourquoi.

A l'ouest, l'Atlantique baigne, sur 18000 kilomètres de long, les côtes du Nouveau Monde. Dans cet énorme espace, il ne dessine qu'une échancrure importante, la mer des Antilles ou Méditerranée américaine.

Ce dernier nom a été inspiré par une analogie purement structurale. La Méditerranée américaine est sensiblement plus méridionale que l'autre : elle est comprise presque en entier entre le tropique du Cancer et l'Equateur. Elle est séparée de l'Atlantique par une rangée d'îles très rapprochées, et reliées par un plateau sous-marin : près de la Martinique seulement on trouve des profondeurs de 1000 mètres. Bien que de même étendue à peu près que la Méditerrannée de l'Ancien Monde (3 millions de kilomètres q.), celle d'Amérique est bien plus massive, séparée en deux seulement par la presqu'île du Yucatan. Elle s'enfonce, non dans la profondeur des terres, mais vers un

isthme allongé. Malgré tout, elle joue un rôle d'intermédiaire entre les deux parties du continent américain. De structure ancienne, comme l'atteste la faune spéciale des îles, elle a joué ce rôle d'intermédiaire uniquement au point de vue humain.

Les Antilles, qui ont valu à la Méditerranée américaine un autre nom, se divisent en trois groupes: Lucayes ou Bahama (terrains récents); Grandes Antilles (terrains anciens) ; Iles du Vent, de formation volcanique. Avec les Iles sous le Vent, elles constituent presque tout le monde insulaire américain.

Les Lucayes, comme les îles Bermudes qui sont isolées à 1200 kilomètres des côtes de la Caroline du nord, appartiennent à l'Angleterre, et ne sont guère propres qu'à servir de pénitencier : encore l'eau douce manque-t-elle à certains de ces îlots.

Il en est autrement des Grandes Antilles, et surtout de la « perle » de l'archipel, Cuba. Cette île s'avance entre le Yucatan, dont 200 kilomètres la séparent, et la Floride, dont elle est encore moins éloignée. Elle est allongée du nord-ouest au sud-est, ne dépassant guère 150 kilomètres en largeur. Elle couvre 120.000 kilomètres q. (quatre ou cinq fois la Sicile). Le climat tropical avec ses productions s'épanouit surtout au nord-ouest, oiî La Havane est devenue la métropole du tabac. Au sud-est sont les montagnes et la belle rade de Santiago.

Au sud de Cuba, la Jamaïque, plus petite, lui ressemble: ici, au lieu du tabac, c'est la canne à sucre, avec le rhum, qui a pris le dessus. Les Anglais, qui possèdent l'île depuis Cromwell, y ont choisi pour capitale Kingstown.

A l'est de Cuba, s'étend Haïti ou Saint-Domingue, la seconde des Antilles en grandeur. La côte nord ouest, qui s'offrit la première aux regards de Colomb, lui ap-

Page 1