LA MER DES ANTILLES, L'AMÉRIQUE
parut comme un « jardin royal ». Ailleurs aussi, l'île ne manque pas de ressources. L'indépendance rendue aux nègres et aux mulâtres, qui avaient été substitués, sous la domination française, aux anciens habitants, a fait péricliter ces éléments de richesse.
Porto-Rico ferme la série des Grandes Antilles vers l'est. C'est la plus fertile en ressources, et la plus peuplée (100 habitants au kilomètre q.).
Les Iles du Vent s'allongent de Porto-Rico à la Trinité, devant les bouches de l'Orénoque, en arc de cercle dont la concavité s'oppose aux alizés; d'où le nom. Les piicnomènes volcaniques qui leur sont communs s'accusent surtout dans nos deux îles françaises de la Martinique et de la Guadeloupe. La mieux partagée de ces petites îles est la Barbade, où vivent 423 habitants au kilomètre q. Quant aux Iles sous le Yent (alignées de l'est à l'ouest, dans le sens des alizés), elles ne sont que les débris d'une chaîne côtière du Venezuela: la principale est Curaçao. '
Les Antilles présentent nombre de traits communs qui en font un milieu homogène : climat tropical très tempéré par l'influence de la mer. Avec leurs replis, leurs havres magnifiques, elles devaient susciter des populations de navigateurs et de pirates : au xv** siècle, les Caraïbes, qui dominaient dans ces îles comme sur la côte nord de l'Amérique du Sud, s'acquittaient de l'une et de l'autre fonction, surtout de la dernière. Quand la domination espagnole, au xvii^ siècle, commença d'être contestée de toutes parts, les Antilles furent de nouveau, avec les flibustiers, boucaniers, etc, une terre d'élection de la piraterie. Partagées et repartagées entre les puissances européennes, elles sont restées plus longtemps que le reste de l'Amérique dans la situation de colonies : certaines y sont encore. L'élément nègre importé domine dans la population: il a
constitué à Haïti et à Saint-Domingue deux républiques.
La mer délimitée par les Antilles à l'est comprend deux bassins: golfe du Mexique et mer des Antilles. Le golfe du Mexique est moins profond que la mer des Caraïbes : dans cette dernière se trouvent deux fosses de plus de 5000 mètres. Entre les deux mers s'avance la presqu'île du Yucalan, presqu'île basse nettement isolée de l'isthme montagneux qui relie les deux Amériques. Malgré son soi marécageux, malgré la fièvre jaune, elle a abrité, il y a mille ans, une civilisation qui semble avoir eu pour origine sa situation de sanctuaire commun et de lien de plusieurs races: Palenqué et Uxmal auraient été des Delphes ou des Olympies, dont les Mayas étaient les gardiens. Aujourd'hui, sauf le bois de campêche, ses produits sont dédaignés par les capitalistes d'Europe et d'Amérique.
L'isthme américain atteint son étroitesse maxima à la hauteur de Colon et de Panama (75 kilomètres). Mais, là encore, il présente des altitudes de plus de 100 mètres. On s'explique donc que sa percée ait été une entreprise infiniment plus difficile que celle de l'isthme de Suez. Entreprise par les Français, elle aboutit à l'échec que l'on sait. Les Américains des Etats- Unis ont repris l'idée vers 1903, et sont venus à bout de ce travail, qui rapproche singulièrement leurs ports de ceux du Pérou et du Chili, et donne accès à leur flotte de guerre d'un océan dans l'autre. Mais le canal de Panama reste dans un état précaire: tout récemment, la navigation y a été interrompue pendant sept mois. Tl est encore trop tôt pour mesurer les conséquences de la percée pour les ports des Antilles, rattachés depuis quatre siècles aux ports de l'Europe.
Au point de vue de la séparation des deux continents, la percée n'est qu'un détail. L'isthme américain, très long (2000 kilomètres), hérissé de montagnes et de