‹ ProlégomènesChapitre 35 sur 55 · AMAZONE ET ORÉNOQUE · texte numérisé non relu

AMAZONE ET ORÉNOQUE

dans l'Atlantique. Il roçnit au dernier moment le Tocantins, venu du plateau brésilien, et la puissante masse d"eau douce, refoulant l'Océan par un mascaret sans égal, en adoucit les eaux jusqu'à 400 kilomètres.

Le cours de l'Amazone appartient presque en entier à la région des forêts équatoriales. Une grande partie de ces forêts, par suite des crues des rivières, constitue ViguapOy la forêt inondée, le pays des bois pourris, des lianes et des caïmans. A l'abri des crues seulement se déplcjie la belle forêt vierge, comme au Congo et aux îles de la Sonde. Les bois flottants encombrent les cours d'eau, les forcent à se diviser en bras, font refluer l'Amazone dans le Rio Negro à Manaos (qui dut à ce phénomène son premier nom de La Barre), enfin ralentissent les crues, qui n'atteignent l'embouchure qu'avec un fort retard sur le haut cours. Sur le cours supérieur des affluents de droite apparaît la savane, qui s'appelle déjà llaîios en Bolivie. Les vrais llanos sont de l'autre côté do la vallée, interrompus par les montagnes des Guyanes et les forêts de l'Orénoque : là est la patrie du Uanero, frère du gaucho du sud, et qui fut, comme lui, un défenseur désespéré de l'ancien régime, il y a cent ans.

Entre les vallées inférieures de l'Amazone et de l'Orénoque, le massif de Guyane présente des pics de 2500 mètres, et les monts Tumuc-Humac, plus à l'est, forment une barrière assez nette aussi. De là coulent à l'Atlantique les petits fleuves des Guyanes, Essequibo, Oyapok, prolongeant la zone des forêts. Les clairières permettaient les cultures tropicales au temps de la traite. Mais les côtes marécageuses des Guyanes ont fait la triste réputation de Cayenne et des autres pénitenciers européens.

L'Orénoque ne saurait se comparer à l'Amazone,

puisqu'il n'a que 1800 kilomètres, et que son bassin ne dépasse guère le million de kilomètres q. C'est pourtant un beau fleuve, qui, né dans le massif de Guyane, décrit une énorme boucle avant de prendre sa direction à l'est vers l'Atlantique. Dans la première partie de son cours, il reçoit à gauche, outre le Cassiquiare qui le relie à l'Amazone, des affluents andins aux chutes majestueuses, enfin l'Apura, qui emprunte la dépression séparant les Andes de la sierra vénézuélienne. Dans la seconde partie. l'Orénoque reçoit surtout, à droite, le Caroni. Tous ces cours d'eau sont des fleuves tropicaux, aux crues d'été, et l'Orénoque vient finir par un delta, en face de l'île de la Trinité: ce qui n'empêche pas son influence de se faire sentir, surtout à l'époque des crues, au loin dans l'Océan. Les bords des cours d'eau sont encorecouverts de forêts; mais au sud et au nord se déploient les llanos.

Au nord de la dépression de l'Orénoque, la chaîne côlière du Venezuela (nettement séparée de la sierra de Santa Marta) est une vieille chaîne très usée, où pourtant les tremblements de terre ne sont pas rares: celui de Caracas en 1812 fut fâcheusement célèbre. Les bords de la montagne sont la zone civilisée du Venezuela, avec la capitale, Caracas (85000 habitants), et surtout, dans la coupure qui fait communiquer la dépression de l'Apura avec la mer, Valencia. La côte même est basse, encombrée de lagunes comme le golfe de Maracaybo, dont les habitations sur pilotis valurent au pays le nom de « Petite Venise »; elles sont bordées par les Iles sous le Vent. Au temps de la domination espagnole, les maîtres du pays allaient chercher plus à l'ouest, à Carthagène, des débouchés pour leurs richesses.

Page 1