ATLANTIQUE
cas d'Amérique en Europe, de la région la plus déshéritée vers l'autre. Pour aller en sens inverse, il fallait couper ce courant, et rejoindre le courant polaire qui vient baigner les côtes du Labrador. Quelques marins hardis l'ont fait il y a plus de mille ans. Mais la vraie communication régulière ne pouvait être établie qu'entre contrées plus méridionales, et l'on ne s'étonnera donc pas qu'elle ne date que d'hier.
Atlantique
L'Atlantique est donc le vrai fossé qui sépare les deux continents.
On est assez embarrassé pour la limite nord. Pourtant, un dos de 500 mètres, qui se trouve à peu près à la hauteur de l'Islande, et après lequel la sonde tombe tout de suite, vers le sud, à 1000 mètres, est une limite acceptable. De là, l'Atlantique s'étend depuis le 60*^ degré de latitude Nord jusque par delà le 40^ degré de lat. S., oij il se perd dans l'Océan Antarctique. Vaguement se dessine dans son fond une sorte d'axe central, un dos d'âne qui affleure en de très rares points, Açores, Ascension, Sainte-Hélène, et de part et d'autre duquel se rencontrent des profondeurs de 6000 et 7000 mètres. La forme des continents rend les contours irréguliers, et la largeur variable de 3000 à 9000 kilomètres: les deux grandes échancrures de l'ouest et de l'est ne se correspondent pas. la Méditerranée étant subtropicale, la mer des Antilles tropicale.
Le phénomène essentiel est la disposition des courants.
Ceux qui sont produits par la fonte des glaces du Pôle et qui dérivent vers l'ouest, viennent heurter le flanc oriental du Groenland, qu'ils rendent plus inhospitalier que la côte ouest, et finissent vers Terre- Neuve. Mais les plus importants sont ceux qui se forment dans la zone équatoriale. Celui qui tourne sur les côtes du Brésil et vient dans la mer des Antilles et le golfe du Mexique en sort par un étroit passage vers la Floride, et, gagnant en vitesse ce qu'il perd en largeur, file à 7 kilomètres à l'heure vers l'est (Gulf- Stream). 11 vient se ralentir et s'étaler sur les côtes d'Europe, et, attiré par l'échancrure nord de l'Atlantique, se fait sentir jusqu'au delà du Cap Nord, où il apporte des débris tropicaux. On sait son importance, et la douceur exceptionnelle du climat qu'il procure aux côtes d'Europe : le phénomène ne se reproduit dans le Pacifique Nord que sur une bien plus petite échelle. L'autre branche du Gulf-Slream redescend le long des côtes d'Espagne (courant de Rennell) pour aller fermer la boucle avec le courant équatorial. Au milieu du circuit est la mer calme « des Sargasses ».
Un circuit analogue existe dans l'Atlantique Sud, mais moins développé : de ce côté, l'afflux des eaux froides venues du Pôle Sud vers les côtes de l'Afrique et de l'Amérique du Sud a une importance plus grande.
Il va sans dire que tous ces courants, aujourd'hui si bien connus, n'ont pu acquérir une importance humaine qu'après l'invention de la boussole, c'est-à-dire quand la navigation a atteint un stade déjà avancé de développement.
Méditerranée
La plus importante des échancrures de l'Atlantique est celle qui s'ouvre à l'est, à la hauteur du 35® ou 40® degré laliluiJc Nord, et qui est fameuse sous le nom de Méditerranée. ■
Elle plonge dans l'Ancien Continent jusqu'à une distance de 4000 kilomètres. Elle est étroite (1200 kilomètres dans l'endroit le plus large), et, comme elle est orientée Ouest-Est, il en résulte que les bords présentent une frappante homogénéité de climat. Ce climat constitue un type spécial (méditerranéen).
La communication entre l'Atlantique et la Méditerranée est des plus resserrées; ce n'est pas d'ailleurs tout-à-fait aux colonnes d'Hercule, au détroit de Gibraltar, qu'est la vraie séparation, mais un peu à l'ouest, au-dessus d'un seuil de 200 mètres qui va du Cap Trafalgar au Cap Spartel. L'étroitesse de cette communication fait que la Méditerranée ne connaît que des marées insignifiantes. ^"
La Méditerranée occidentale s'étale assez large-
méat entre l'Espagne, la France, l'Italie et l'Afrique. Presque partout, elle est profonde (plus de 3000 mètres), et, sur son rebord oriental, elle présente des phénomènes volcaniques qui attestent que nous sommes là sur un point de dislocation récente. Des trois grandes îles italiennes, deux sont des jalons qui ont facilité jadis la navigation, la troisième barre à moitié le passage du bassin occidental au bassin oriental.
La Méditerranée orientale est non moins profonde que l'autre, mais bien plus articulée. La partie sud, qui baigne les côtes d'Afrique et va mourir sur les côtes de Phénicie et de Cypre, ne présente qu'un accident notable : les bas-fonds des Syrtes, entre Tunis et la Cyrénaïque, longtemps redoutés des marins. Au nord se creusent des golfes étendus. Entre la Grèce et ritalie s'enfonce la mer Adriatique, où, grâce à l'éLroitesse du bassin, les marées acquièrent au fond du golfe une ampleur unique dans le domaine méditerranéen. De l'autre côté de la Grèce, l'île de Crète est le vestibule d'un monde d'îlots, vestiges du pont écroulé qui unit un jour la Grèce et l'Asie-Mineure. Cette mer de « l'Archipel », enfin, par une série de détroits, Ilellespont ou Dardanelles et Busphore, communique depuis une date géologiquement récente avec la mer JVoire.
Celle-ci forme en réalité deux domaines, séparés par le seuil qui joint les Balkans aux monts de Crimée, puis au Caucase. Au sud, c'est une mer profonde, pleine des débris de la vie organique qui fut détruite par l'irruption de flots de la Méditerranée. Au nord, la mer est basse, et les grands fleuves russes qui s'y jettent apportent une provision d'eau douce énorme. Par le courant qui traverse les détroits, cette eau moins salée, mieux encore que l'Atlantique, défend