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LE PACIFIQUE ET LE POLE SUD

Le Pacifique va toujours s'élargissant vers le sud, et sa partie ouest se distingue absolument de la partie est. A l'ouest, la côte orientale d'Asie se prolonge jusque par delà l'Equateur, gardée par une bordure d'archipels, puis la communication du Pacifique à l'Océan Indien n'est pas complètement fermée par les îles énormes dont la plus méridionale, l'Australie, mérite le nom de continent. Ces îles se prolongent vers l'est par le monde polynésien. Les îles Havaï, au nord de l'Equateur, et l'île de Pâques, au sud, très is(jlées, nous amènent déjà dans la partie est du Pacifi(jue. Là, au contraire, il y a une absence absolue d'îles, volcaniques ou coralligènes, sur des espaces où tiendraient plusieurs Europes. Le calme est complet dans le « golfe des Dames » qui a valu à l'Océan son nom. La profondeur y est plus égale, et moindre (3000 mètres au lieu de 8 à 9000). Et l'Amérique barre l'Océan d'un mur continu. Il n'y a de commun aux deux parties du Grand Océan que la ceinture de feu qui se prolonge de la Nouvelle-Zélande au détroit de Behring, et du détroit au cap Horn : on a compté sur ce parcours 330 (?) volcans actifs, et les tremblements de terre, les raz de marée, y sont fréquents. '

Le circuit sud du Pacifique est dévié vers le nord : le courant de compensation équatorial passe à plusieurs degrés au nord de l'Equateur. Le circuit est du reste moins net que celui du nord, les îles nombreuses de l'ouest y jettent la perturbation. Et les courants polaires, ici, pénètrent par une ouverture de 11000 ou 12000 kilomètres entre la Tasmanieet le cap Horn : on a vu que le courant froid de Humboldt s'avance jusqu'aux côtes du Pérou et plus au nord encore.

L'immense fosse semble très ancienne. La flore et surtout la faune l'attestent. Si la vie organique a produit des formes homologues sur les deux bords du Pa-

cifîque, il y a tout de même assez de différence entre l'alligator et le caïman, entre l'autruche et le nandou, entre le chameau et le lama, entre le lion et le puma, le tigre et le jaguar, pour que les naturalistes reportent très loin l'ancêtre commun. Et entre les uns et les autres s'interpose la faune si spéciale des îles. On connaît des marsupiaux australiens, le dinornis de la Nouvelle-Zélande. 11 n'est pas jusqu'aux îles Galapagos qui n'aient leurs espèces spéciales, qu'on ne retrouve pas dans la république de l'Equateur.

Pour l'espèce humaine, on ne s'étonnera pas que le Pacifique ait été un formidable isolant. L'expansion des Polynésiens jusqu'à l'île de Pâques est certaine, et leurs aptitudes nautiques ont étonné les navigateurs européens : il n'y a pourtant aucun indice qu'ils aient poussé, contre les alizés, jusqu'aux côtes américaines. Le grand Océan a fait reculer ses riverains, d'un côté comme de l'autre, jusqu'à l'arrivée des hommes d'Europe. Encore ceux-ci ne se sont-ils vraiment intéressés à ces régions qu'à partir de la fin du xviii^ siècle.

L'océan Pacifique s'ouvre sur 11000 kilomètres vers l'Océan Antarctique, l'Océan Indien sur 8000 kilomètres, l'Atlantique sur 7000; au delà, il y a encore une nappe d'eau de 15 ou 20 millions de klm. q. au moins. On sait que, en prenant pour pôle un point situé aux Antipodes des bouches de la Loire, on tracerait un hémisphère ne contenant, comme terres, que l'Australie et le sud de l'Amérique, et contenant, en revanche, les quatre cinquièmes des mers du monde. Cette mer antarcli(jue pousse ses glaces jusqu'aux extrémités des continents austraux, et l'on a vu l'action de ses courants sur les côtes. Cache-t-elle un continent autour du PôleSud? Ptolémée avait supposé un vaste continent austral reliant l'Afrique à l'Inde transgangélique, et

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