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LE PACIFIQUE ET LE POLE SUD

tel est le besoin de parallélisme de l'esprit humain, que non seulement les Arabes, mais les Européens jusqu'à Cook, ont cherché avec obstination cette Antarctide. Mais les entreprises des baleiniers d'abord, puis des explorateurs du xix^ siècle, l'ont fait de plus en plus reculer vers le sud. On a reconnu des terres glacées, avec des montagnes, et même des volcans comme l'Erebus et le Terror. En 1903, on s'est avancé jusqu'au delà du 82^ degré, à 600 kilomètres du Pôle Sud. Aujourd'hui, l'existence du continent polaire est démontrée. Au reste, pour intéressante qu'elle soit du point de vue scientifique, la question est certainement sans importance pour les connexions humaines, que nous avons toujours envisagées au cours de cette revue sommaire de la planète.

Que si nous cherchons maintenant à rassembler les traits les plus importants de la géographie physique du globe, les plus essentiels au point de vue humain, on verra qu'ils peuvent être considérés comme constants depuis dix ou douze mille ans.

Le dernier grand phénomène qui ait affecté l'habitat humain est, selon toute apparence, le dernier retrait des glaces vers le Pôle Nord. Il a été accompagné ou suivi d'un reflux de l'espèce humaine vers les régions hyperboréennes dans les deux continents : si l'on veut retrouver des analogues des habitants de la France à l'âge du renne, il faut les chercher parmi les Lapons, les Samoyèdes ou les Esquimaux. Mais tout cela remonte bien loin. Plusieurs millénaires avant Jésus- Christ, des hommes qui sont nos ancêtres ont connu des forêts de bouleaux dans la Russie actuelle.

L'adoucissement du climat en Europe est un fait constaté historiquement. Dans les derniers siècles avant Père chrétienne, la moisson était un peu plus tardive en Grèce et en Italie qu'elle ne l'est aujour-

d'hui. Mais, vers l'an 450 avant Jésus-Christ, Hérodote et Hippocrato ont déjà connu dans la Russie méridionale le climat actuel.

L'Atlantique était formé avant même l'époque pléis.tocène. Le régime de ses courants, avec ses conséquences capitales pour l'Europe occidentale, était assis bien avant l'histoire. Les premiers navigateurs dont les rapports sur ces régions nous soient parvenus (vers uOO avant Jésus-Christ) ont connu l'Océan tel que nous le voyons, — avec infiniment plus de baleines, mais le recul des cétacés est un effet de la guerre acharnée que leur a faite l'homme.

La séparation des lies Britanniques et du continent, qui n'est, géologiquemenl, qu'un infime détail, se place à une distance dans le passé qu'il ne nous est même pas possible d'évaluer : les modifications du Pasde-Calais, depuis César, en deux mille ans, sont imperceptibles. Et les anciens, qui ont connu vaguement les Canaries ou Madère sous le nom d'Iles P'ortunées, en donnent des descriptions un peu idylliques, maisqui, dans l'ensemble, conviendraient encore aujourd'hui.

La Méditerranée est le domaine géographique sur lequel nous avons les données écrites les plus anciennes. Elles attestent que, quoique la région soit précisément une de celles qui ont vu les transformations géologiques les plus récentes, et qu'elle soit encore en mouvement, elle n'a pour ainsi dire pas varié depuis cinq mille ans. Le niveau général n'a pas bougé. Le régime même des vents locaux n'a presque pas changé depuis le temps des plus anciens Egyptiens.

Le Sahara est considéré comme ayant gagné en sécheresse et en désolation. Mais l'époque où il eut un caractère plus humain est bien antérieure, en tous cas. à toutes celles que nous atteignons historiquement.

Les premiers Egyptiens ont déjà connu le désert à l'ouest de leur vallée, et les Phéniciens et les Grecs ont connu son prolongement, à peu près exactement dans le même état que les modernes.

Les grandes montagnes de l'Asie Centrale datent de l'époque tertiaire. On assure que les déserts qui s'étendent à leur pied ont continué à s'assécher dans la période historique. Seulement, dans la mesure où, à partir du premier millénaire avant Jésus-Christ, nous avons des renseignements, nous constatons plutôt des récurrences qu'une évolution continue. U y a eu va-et-vient dans l'étendue des mers intérieures, dans le cours de fleuves comme le Tarym, le Syr ou l'Amou, et surtout dans l'aménagement de l'irrigation. Il est peu probable qu'aucun homme des races actuelles ait jamais connu bien arrosée ou boisée la région des deux Turkestans (voir app. I).

L'Inde apparaît, dès les premières productions de sa littérature ancienne, avec les traits caractéristiques de son climat, la mousson, les grands orages. Dès que les hauts plateaux asiatiques et l'Océan Indien ont été affrontés, le régime des vents périodiques, qui domine la vie de toute cette zone, s'est installé. La formation du détroit de Bab-el-Mandeb, qui déjà n'est qu'un détail, remonte à l'époque tertiaire.

La Chine a connu, dès le second millénaire avant Jésus-Christ, les plaines fertiles du lôss. Le cours du Houang-ho s'est déplacé plus d'une fois, mais ici encore nous sommes en présence de phénomènes de va-etvient : si la physionomie de la Chine du nord s'est modifiée à plusieurs reprises, ce n'est pas toujours dans le même sens. Les mers de Chine ont toujours connu les typhons.

Voilà pour l'ancien continent. Sur le nouveau, nous sommes beaucoup moins bien renseignés, mais l'a-

nalogie nons permet de risquer les mêmes conclusions. Et le retrait des glaces dans l'hémisphère austral doit être, en gros, synchronique du phénomène correspondant de l'hémisphère boréal.

Prenons enfin un des phénomènes dont le caractère continu est le plus net, parce qu'il tient à l'activité progressive de l'homme: le déboisement. Naturellement il a modifié fortement l'aspect extérieur des pays. On sait que, sans grandes conséquences dans les plaines, il agit au contraire, dans les montagnes, sur le régime des cours d'eau. Sur le climat?... les contrées où il a commencé le plus tôt sont aussi les mieux connues, puisque la vie civilisée s'est assez généralement étendue aux dépens des forêts. Et nous avons vu quelle minime ampleur avaient eue les changements constatés du climat.

Tout cela suffit, j'espère, à justifier notre assertion : la Terre, il y a dix ou douze mille ans, ne doit pas être imaginée sensiblement diûerente de ce qu'elle est encore aujourd'hui.

L'homme a certainement vu la planète dans un état tout autre, et non seulement l'homme, mais l'homme civilisé, car nous verrons que les habitants des grottes du Périgord, qui ont vécu sous un climat presque polaire, méritent ce nom. Mais les grandes civilisations à partir desquelles nous suivons, d'une manière continue, l'évolution humaine, sont incomparablement plus jeunes. L'Egypte, qui semble bien être celle qui nous fait remonter le plus haut, date du cinquième millénaire avant notre ère. Les autres foyers méditerranéens ne lui disputent pas la priorité, l'Inde et la Chine encore moins : l'Amérique n'entre même pas en parallèle. L'histoire humaine ne compte donc que quelques millénaires. Sa durée n'est même pas du même ordre de grandeur que les époques que recou-

vrent les faits géolagiques. C'est ce qui nous a autorisé à considérer la géographie physique comme un facteur constant de celte histoire, et à la prendre comme base et comme point de départ de notre exposition.

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