‹ ProlégomènesChapitre 7 sur 55 · LE SAHARA · texte numérisé non relu

LE SAHARA

noirs amenés de l'autre côté du désert. Mais c'est seulement à l'époque romaine que nous sommes sûrs de l'existence d'un pareil afflux. A l'époque arabe, les contacts à travers le Sahara se sont multipliés. Les Almoravides au xi® siècle, les Almohades au xiii% ont entraîné des guerriers noirs en Espagne. Au xiv® siècle Ibn-Batoutah de Tanger a vu ïombouctou, et, au xvi^ siècle, des armées marocaines ont encore atteint cette ville. Ce sont là des faits isolés; mais le commerce d'esclaves noirs s'est poursuivi régulièrement pendant toute l'époque musulmane jusqu'au xix® siècle, où, l'Algérie et l'Egypte se fermant, il s'est concentré sur Tripoli. Aujourd'hui les puissances européennes régnent sur toutes les rives méditerranéennes et sur une partie du Soudan, mais un voile de fanatisme leur dérobe encore maintes parties du Sahara, et l'on ne pourra songer, pour le chemin de fer projeté, au bord même de l'Atlantique.

En somme, on voit très bien comment l'homme a surmonté si lentement l'iiorreur naturelle que lui inspiraient ces solitudes, et pour quelles raisons, jusqu'à l'époque moderne, le Sahara a été le plus formidable isolant du monde méditerranéen.

Au reste, le désert reprend immédiatement à l'est du Nil, mais pour s'arrêter aussitôt devant la mer Rouge, et c'est de l'autre côté de ce golfe que nous retrouverons un autre désert presque comparable au Sahara, l'Arabie.

Syrie

La Syrie ferme à l'est l'horizon méditerranéen. Elle s'étend du 29« au 37*^ degré de lat. nord, sur 700-800 kilomètres de longueur. Elle laisse au sud la zone du dattier, l'arbre d'Afrique et d'Arabie. Elle est par excellence la terre de l'olivier, dont le domaine finit sur les côtes méridionales de l'Europe. Elle est la porte de l'immense Asie sur la Méditerranée.

La Syrie est une bande de terre longue et étroite tendue entre le désert et la mer; sa largeur, qui ne varie guère, est en moyenne de 100 kilomètres. Elle est en somme montagneuse, sauf à l'extrême nord. Dans la partie nord, ses montagnes prennent la forme très nette de deux chaînes parallèles, Liban et Antiliban, où les sommets se haussent souvent à plus de 3000 mètres (Hermon). Au sud, les montagnes sont plus confuses et moins élevées : Jérusalem pourtant est encore à 700 m. d'altitude. Le trait caractéristique du pays est qu'entre ces montagnes s'allonge une longue dépression, arrosée par deux fleuves qui vont en sens contraire, l'Oronte filant vers le nord, le Jourdain vers le sud. La vallée de l'Oronte est encore assez élevée. Mais celle du Jourdain se creuse au point de former une des dépressions les plus marquées du globe, le ghor : le lac de Tibériade est à 179 m. audessous du niveau de mer, — la mer Morte, où finit le Jourdain, à près de 400 mètres! Cette dépression, qui se prolonge encore vers la mer Rouge, porte la trace de révolutions telluriques dont les derniers accidents ont eu lieu peut-être en des temps historiques.

Le désert assiège la Syrie de toutes parts, rega-

Page 1