C H A P I T R E PREMIER
le prince y demeura, on L'appela M. Charles tout court, et M. Charles n'eut même pas un lit à lui seul. Il couchait égalitairement tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre de ses camarades. Le plus souvent, si j'en crois M. Vernes-Prescott, c'était avec le petit John Duby.
« Le prince de Carignan, écrit-il dans ses Causeries d'un octogénaire , est venu faire ce matin une visite à son ancien instituteur, M. Vaucher : comme au temps où il faisait son éducation, il n'y avait qu'un lit pour deux élèves, il lui dit en riant : — Donnezmoi des nouvelles de John Duby; il m'accusait d'être un mauvais coucheur parce que je bougeais trop dans notre lit. »
M. John Duby est mort Tan dernier. Pendant que le mauvais coucheur dont il se plaignait devenait roi, lui devenait professeur de géologie et botaniste distingué. Charles-Albert lui a toujours gardé l'affectueux souvenir dont témoigne cette lettre : « Je n'ai point renié, en devenant roi, écrivait-il au comte de Saluces, qui l'accusait de manquer un peu de reconnaissance, je n'ai point renié celui qui me reçut sous son toit quand j'étais dans le malheur, qui partagea avec moi le pain brun, et, si je suis maintenant sur le trône, j'ai toujours les mêmes sentiments pour le fabricant de lampes qui fut mon camarade de lit (i). »
(i) Manno, Infonna^ioni, p. 36.
M. John Duby n'était pas tils d'un fabricant île lampes, mais d'un pasteur protestant, professeur de théologie. Il appartenait.! une famille de réfugiés venus à Genève au temps de Calvin.