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CHAPITRE II

La petite cour de Cagliari. — Abdication de Charles-Emmanuel IV. — Son successeur, Victor-Emmanuel Ier. — La reine Marie-Thérèse. — Intrigues de M. de Metternich pour dépouiller le prince de Carignan de ses droits au profit de M. le duc de Modène. — Le marquis de Faverges. — Charles-Albert à Bourges. — Politique de l'exil. — Une lettre de Joseph de Maistre. — La Restauration de 1814. — Retour du Roi à Turin. — Lettre de M. le duc de Genevois relative à Charles-Albert. — Le congrès de Vienne fixe le sort du jeune prince. — Son arrivée à Turin. — Portrait de Charles-Albert. — Le comte Grimaldi est nommé gouverneur. — Madame de Montléart et le comte de Sonnaz.

Pendant que la branche cadette de Savoie végétait ainsi, tristement, à Genève, la branche aînée, transplantée en Sardaigne, voyait plus tristement encore tomber ses feuilles. Tune après Tautre.

La malaria emportait les deux plus jeunes frères du roi détrôné (a). Lui-même venait d'abdiquer définitivement la couronne pour aller finir ses jours chez les Jésuites à Rome.

Victor-Emmanuel Ier, que Tordre de primogéniture appelait à lui succéder, voyait mourir son fils unique. Il restait, il est vrai, au nouveau roi, quatre filles et un frère, M. le duc de Genevois. Mais que valaient des filles (b) dans un pays de loi salique, et que

comptait, au point de vue dynastique, un frère sans enfants?

Ces survivants qui n'espéraient plus rien de leur race, ni de leur politique, se détachaient sur le fond douloureux de l'exil, comme un groupe curieux par le contraste des phvsionomies et des attitudes.

Pour cadre, c'était presque la pauvreté. Dans leur palais délabré de Cagliari (c), on avait, lors du débarquement, décoré les murs de tentures empruntées aux demeures voisines. Meubles, linge, cristaux, argenterie même, rien ne leur appartenait. On pourrait encore aujourd'hui montrer, dans le palais restauré de Cagliari, des tapisseries, des chaises, des fauteuils que leurs propriétaires d'alors n'ont jamais, depuis, songé à réclamer (i).

Bien durs avaient paru ces premiers jours de pauvreté. Mais l'insouciance, la philosophie, la résignation avaient peu à peu amorti, chez Victor-Emmanuel, tant de douloureuses impressions. Comme tous les gens faibles et de peu d'esprit, il était mobile; aussi prompt à vouloir, à s'enthousiasmer, qu'à se décourager. A défaut de la proie, l'ombre lui suffisait. On le vit donc bientôt, dans son île, jouer aussi sérieusement au roi qu'au général.

Comme à Turin, la plus cérémonieuse étiquette présidait aux grandes et petites entrées de sa chambre à coucher, où il y avait à peine un lit, et de ses salons, où l'on ne trouvait pas à s'asseoir. Mais les cham-

(i) Voir Note sarde e vicordi du baron Joseph Manno.

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