CHAPITRE VII F
m Mon général, venant d'apprendre l'arrivée de Votre Excellence à Modène, je ne puis résister au désir de vous exprimer la vive reconnaissance dont je suis pénétré pour l'intérêt que vous me portez, écrivait Charles-Albert, le 20 mars 1822.
« Ma conduite, je l'espère du moins, me méritera toujours plus votre amitié et me rendra digne de tout ce que vous aurez fait pour moi. Je suis en tous points vos excellents conseils. J'ai saisi toutes les occasions possibles d'écrire au Roi mon oncle. Je l'ai fait avec les expressions de la plus grande soumission; si jamais, par le fait de votre bienveillant intérêt, vous désiriez connaître mes lettres, je m'empresserais de vous en envoyer copie... »
Et cette lettre du 6 avril est encore plus humblement reconnaissante. Paolucci, qui connaissait Charles-Félix, avait évidemment conseillé au prince un sonore mea culpa et un acte de contrition parfaite.
« Mon général, les mots me manquent pour vous exprimer le plaisir et la vive reconnaissance dont votre lettre m'a pénétré... J'ai aussitôt profité de vos bienveillants conseils, et je prends la liberté de vous faire parvenir la lettre pour Sa Majesté l'empereur de Rus sie. Si vous la trouvez convenable, j'espère que vous voudrez bien la lui envoyer...
« J'y joins la copie de la lettre que j'écrivis au Roi à l'occasion de la fête de Pâques (a). Elle est sur le même style que celles que j'écrivis depuis le moment où je fus assez heureux pour vous voir à Pise... »
Comme disait Joseph de Maistre, il est des demimartyres qui liment au lieu d'assommer (i).
N'est-ce pas le secret de l'humilité désespérée avec laquelle Charles-Albert, après s'être jeté aux genoux de Paolucci, se prosternait aux pieds d'Alexandre?
« Sire, pouvant me glorifier d'avoir déjà été du nombre des personnes assez heureuses pour avoir part à la magnanimité de Votre Majesté Impériale, j'ose, dans les circonstances malheureuses où je me trouve, me mettre à ses pieds et la supplier de me soutenir de sa haute protection.
« J'ai prié le général marquis Paolucci, qui connaît parfaitement ma position, de vouloir bien faire parvenir cette lettre à Votre Majesté, non comme une apologie de ma conduite, mais comme la prière d'un jeune homme qui, ne cachant pas les torts qu'il a eus, vient en toute confiance implorer le cœur généreux du monarque qui fait la gloire de l'Europe.
« Je suis loin de vouloir entrer dans des détails sur ma conduite. Mon cœur se fie à la grandeur d'àme de Votre Majesté.
« Toutes les démarches du dévouement le plus absolu et de la soumission la plus humble ayant été inutiles auprès du Roi mon oncle, je regarde Votre Majesté comme ma seule espérance, et j'ose me flatter qu'elle ne dédaignera pas m'accorder sa généreuse et puissante protection... »
Le désespoir, qui se dissimulait si mal sous la
(i) Lettre au comte d'Avaray, Saint-Pétersbourg, 1S04.