‹ Prologue d'un règneChapitre 99 sur 177 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le général russe Paolucci. — Sa correspondance avec le prince de Carignan. — Intervention de l'empereur Alexandre. — Mysticisme princier au commencement du dix-neuvième siècle.

— Frédéric-Guillaume de Prusse et Bunsen. — Les princes, au dire du comte de Maistre, croient pouvoir en faire d'autres sans femmes. — Naissance du second rils de Charles-Albert.

— Incendie au Poggio Impériale. — ■ Congrès de Vérone. — Don Nero Corsini, plénipotentiaire toscan, y est chargé des intérêts du prince. — Arrivée du roi Charles-Félix à Vérone.

— Quelques dépêches du prince de Metternich. — Son évolution en faveur de Charles-Albert. — Conversation du chancelier avec Corsini. — Le carnaval à Florence. — Lettres du prince. — Proposition inattendue au congrès. — Engagements demandés. — Le duc de Wellington proteste seul et inutilement contre les prétentions de l'Autriche.

Les opinions ont un flux et un reflux périodiques. Il ne faut que du temps pour leur voir reprendre leur niveau. C'est ainsi que malgré le Roi, la réaction se faisait en faveur de M. le prince de Carignan. De proche en proche, elle gagnait non seulement le Piémont, mais l'Europe.

« .Tai reçu tous ces jours derniers, écrivait Charles- Albert à Sonnaz, le 3o avril 1822, les assurances les plus flatteuses et les plus précises de constant intérêt... »

Ces derniers mots soulignés se rapportaient à une mystérieuse correspondance que le prince entretenait depuis quelque temps avec le général russe Paolucci.

« ...Ne faut-il pas, quand on se noie, se raccrocher à toutes les branches, et criera Paide sur tous les tons? écrivait de son côté Sylvain, qui, malgré lui, s'associait aux espérances de son maître. Mon prince a trouvé moyen de jeter une ancre de miséricorde dans la Newa. Paolucci, avec qui il correspond, nous laisse entrevoir l'appui possible de son empereur... »

C'était à Pise que Charles-Albert avait rencontré Paolucci, alors à l'apogée de sa faveur. Bien étrange avait été la fortune de ce petit marquis modénais. Seul, Joseph de Maistre l'avait prévue : « C'est une fusée prête à partir, avait-il dit, lorsque Paolucci débarqua à Pétersbourg. » La fusée était partie. Rien n'avait égalé son éblouissant éclat... Paolucci, colonel au débotté, était, deux ou trois ans plus tard, lieutenant général, chevalier de tous les ordres de Russie, gouverneur de Géorgie et quartier-maître général de la grande armée commandée par l'Empereur.

Voilà l'homme dont le prince de Carignan avait réussi à se faire un allié, pour ne pas dire un protecteur... La correspondance de Charles- Albert avec lui (i) nous est la preuve que lorsqu'on se noie, on crie à l'aide sur tous les tons, comme disait Sylvain.

(i) Ces lettres m'ont été communiquées, comme les précJ dentés, par le général comte de Sonnaz.

Page 1