CHAPITRE Y III
fonds, je m'écrie : Vita tua, via nostra, et per sanctam patientiam ambulaimis ad te{\)... »
A ce songe d'une nuit d'été (2), car c'est ainsi que l'halluciné prussien appelle les rêves qui le hantent, Bunsen oppose vainement cette autre vision d'un Hohenzollern empereur d'Allemagne. Et c'est ici que, souverains par la grâce de Dieu, l'Allemand et l'Italien se rencontrent, dans un même effroi surnaturel qui paralyse leurs bras levés vers le fruit défendu.
« .. .Les biens dont on dépouille l'Eglise, écrit Charles-Albert (3), portent malheur à qui les acquiert... Comme lorsqu'un très grand crime est commis, Dieu en punit non seulement l'auteur ici-bas, mais même offre sur lui à la société des leçons terribles. »
« ...Eh quoi! répond Frédéric-Guillaume à Bunsen, qui le tente de cette couronne impériale, inventée par le congrès révolutionnaire de Francfort (4). Quoi ! vous osez offrir à un roi par la grâce de Dieu une couronne qui n'est pas une couronne, mais un cercle de crotte et de terre glaise; car sachez, Bunsen, que telle est
1 Lettre du Kronprinz du 24 mars 1840.
(2, Der A utor dièses Schreiben be^eichnet es sclbst als einen Sommer nachstraum. [Zur Geschiclite, etc., p. 392.
(3) Ce passage des Réflexions historiques se trouve dans les Ricerche e curiosità di storia subalpina, p. 258 et 25g, acticle du baron Manno.
'4 Lettre de Potsdam, 1 3 décembre 1848. (Zur Geschiclite, etc., p. 493-494.)
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toute couronne qui ne porte pas l'estampille de Dieu (i)!-.. »
Et puis vingt ans se passent : un autre Carignan fait de Rome sa capitale; un autre Hohenzollern ceint la couronne « de crotte et de terre glaise ».
Serait-ce donc ici la justification des théories d'Auguste Comte? Fallait-il qu'une ère de mysticisme précédât la période de positivisme brutal qui a fait l'Allemagne et l'Italie? Mais, en cela, comme en tant d'autres choses, mieux vaut laisser là le pourquoi et ne chercher que le comment du phénomène.
C'est en jouant aux révolutionnaires, dans ces congrès où, comme disait Chateaubriand, « les princes s'amusent en se partageant quelques peuples », que les successeurs de Charles-Albert et de Frédéric-Guillaume ont répudié les traditions, avec le droit divin de leurs races. N'est-ce pas au congrès de Paris que l'Italie s'est faite aux dépens de la papauté? N'est-ce pas au congrès de Francfort que s'est faite l'Allemagne aux dépens de tant de royautés légitimes et de tant de royaumes historiques?
(i) Le Roi va jusqu'à prétendre que cette couronne a une odeur de charogne (Ludergentch), qu'elle tient de la révolution de 1848. [Zur Geschîchte, etc., p. 4114.)