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CHAPITRE VIII

C'était donc de Wellington à Pozzo, de Pozzo à Bernstorf, de Bernstorf à Chateaubriand, que Corsini, parmi les fêtes qui se succédaient, allait plaidant les circonstances atténuantes pour son prince. Il parlait de sa grande jeunesse, de son inexpérience. Corsini ne blâmait pas la sévérité de Charles-Félix, mais il laissait entendre que la conduite si correcte de Charles-Albert depuis bientôt deux ans méritait qu'on oubliât ses torts, si vraiment il en avait eu.

Le vicomte de Montmorency et M. de Chateaubriand se prêtèrent les premiers aux vues de Corsini, suivant, en cela, les instructions de M. de Villèle, qui avait toute raison de craindre une excessive ingérence de l'Autriche en Piémont (c).

Les plénipotentiaires français voyaient cependant quelque danger à froisser les susceptibilités de Charles- Félix. Ils convinrent avec Corsini que l'affaire continuerait à se traiter comme une affaire de famille jusqu'à ce que le terrain fût suffisamment préparé. Le grand-duc de Toscane se chargerait alors, non comme souverain, mais comme beau-père, d'obtenir le pardon du prince de Carignan (i). Pour Corsini, c'était beaucoup que de s'être ainsi ménagé les diplomates français; mais il restait à gagner, non le Czar lui-même, qui était tout acquis, mais les conseillers du Czar. Les travaux d'approche, heureusement, avaient été si bien menés par Paolucci, que bientôt Corsini pouvait

(i) Dépêche de Corsini à Fossombroni, 17 novembre 1822. Le marquis Fossombroni était alors ministre d'État en Toscane.

écrire à Fossombroni : « J'ai la certitude que les trois plénipotentiaires russes Nesselrode, Pozzo et Tattistcheff sont d'ores et déjà acquis au prince de Carignan. »

Le 2 5 novembre, Corsini ajoutait : « Il résulte de mes renseignements qu'il a été question de l'affaire du prince entre Sa Majesté l'empereur de Russie et le roi Charles-Félix. Il semble que, chez ce dernier, les bonnes dispositions s'accentuent. Le retour

Vérone de Son Altesse le grand-duc de Toscane devient infiniment désirable pour rassurer plus encore le Roi sur les bonnes dispositions du prince et pour hâter une réconciliation qui, maintenant, est regardée comme très importante par les principaux souverains réunis ici »

L'événement qui retardait le retour du grand-duc était cependant peut-être plus utile encore que ne l'eût été sa présence à Vérone.

« Que mon vieil ami, le comte de Sonnaz, écrivait Charles-Albert le 16 novembre i832, apprenne de moi-même la naissance de mon second fils. Hier au soir, vers dix heures, après de très fortes souffrances, la princesse est accouchée d'un très gros garçon que le grand-duc tiendra aujourd'hui sur les fonts baptismaux, et qui se nommera, par conséquent, Ferdinand. Cette bonne Thérèse est maintenant dans l'état le plus satisfaisant. C'était hier la fête de mon patron, le bienheureux Albert; je suis persuadé que c'est lui qui m'a obtenu cette grâce du Seigneur, grâce que j'apprécie comme je le dois... »

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