CHAPITRE VIII
toutes les défiances. Il fallait, effectivement, pour que le congrès entrât dans ses vues, que le pardon de Charles-Félix ne pût ressembler à la réhabilitation d'un innocent; il fallait, au contraire, que, dûment convaincu de rébellion, Charles-Albert demeurât un épouvantail pour l'Europe. En cela, le chancelier ne faisait que poursuivre une politique inaugurée en 1812, et continuée dès lors sans défaillance.
« Il est certain, mandait-il àZichy (1), que lorsque l'héritier présomptif d'un trône a eu la faiblesse de se laisser entraîner à jouer un rôle aussi compromettant pour sa personne et pour son pays, il est permis aux amis de la monarchie de redouter le moment où la Providence rappellera à régner. On conçoit la crainte presque générale qu'ils doivent éprouver en pensant que M. le prince de Carignan, en montant sur le trône, deviendra vraisemblablement le jouet des factions et des partis, et que son règne sera probablement l'époque de nouveaux troubles intérieurs (2). »
Ces insinuations n'avaient pas pourtant porté les fruits qu'en attendait le chancelier. Tout en admettant ce qu'elles avaient de plausible, chacun comprenait qu'une réconciliation était indispensable aussi bien à la paix de l'Europe qu'à la dignité du roi Charles- Félix. Le duc de Wellington allait se faire, au congrès, l'interprète de ce sentiment général.
(1) Dépêche du 6 décembre 1821.
(2) Curiosita ericerche, etc., fascicolo XVIII, p. 5o8.
Wellington avait remplacé lord Londonderry, qui, chacun le sait, s'était coupé la gorge au moment de partir pour Vérone. Ce que Ton sait moins, c'est que Charles-Albert dut probablement sa couronne à ce tragique événement. Bien loin, en effet, de s'inféoder à la politique autrichienne, comme l'avait fait son prédécesseur, pendant vingt ans, Wellington, dès son arrivée, rompit en visière au chancelier, et cela précisément à propos du prince de Carignan.
« Vous recevrez, écrivait-il à Canning, vous recevrez ci-inclus un document confidentiel que m'a fait tenir le prince de Metternich. Il expose d'une façon assez habile et satisfaisante (i) le cas du prince de Carignan. Bien que j'estime qu'il soit hors de doute que le prince de Carignan ait joué le principal rôle soit dans les causes, soit dans les actes de la dernière révolution en Piémont, je crois cependant qu'il n'en est pas une preuve légale suffisante pour que le prince soit condamné si l'on voulait absolument lui faire son procès. Il serait, par conséquent, désirable que Sa Majesté Sarde le considérât comme l'héritier du trône,
(i) A very able and satisfactory statement qf the prince de
Carignan.