CHAPITRE VIII
le reçût à sa cour et le traitât en conséquence. J'exprimerai cette opinion au ministre de Sardaigne quand je le verrai (i). »
Et, sans souci de plaire ou de déplaire au prince de Metternich, Wellington défendit son opinion, comme il avait défendu ses positions à Waterloo. Ce fut une lutte curieuse, entre ces deux hommes que la droiture et l'astuce mettaient aux prises. En eux, tout différait. Le chancelier aux traits si fins, à la taille si élégante, contrastait étrangement avec le soldat trapu et laid qu'était Wellington. Mais si le duc se montrait moins politique que le prince, il avait sur lui le double avantage d'un désintéressement parfait et d'une conviction profonde. Il se faisait, en défendant les droits de Charles-Albert, l'écho des protestations indignées qui, de toute l'Angleterre, s'élevaient pour flétrir les agissements du chancelier en Italie. En haine de leur persécuteur, Ugo Foscolo, Berchet, Santa Rosa, pour ne citer que les plus connus parmi les réfugiés italiens, étaient alors, à Londres, des hommes à la mode. Chacun se passionnait pour leurs malheurs, pour leurs idées, pour cette Italie, enfin, qui a toujours été comme une seconde patrie aux Anglais de noble race.
Wellington se devait donc de tenir tête au prince de Metternich, et il le fit avec une franchise qui désarçonna la diplomatie de son adversaire. A l'attitude
(i) Dépêche de Vérone, 29 octobre 1822. Voyez Gervinus, Histoire du dix-neuvième siècle, depuis les traités de Vienne, traduit de l'allemand, t. XI, p. 79, Paris, 1866.
des envoyés français, russes et prussiens, celui-ci avait compris que la partie était définitivement perdue pour M. le duc de Modène, et on l'avait vu, pratiquant son axiome favori « qu'une cause vaincue est une mauvaise cause... », abandonner celle de François IV, sans pourtant renoncer à sa haine contre Charles- Albert : et en voici la preuve. Si le chancelier ne pouvait plus l'empêcher de monter sur le trône , il voulait l'y asseoir pieds et poings liés.
Comme c'était au nom des grands intérêts de la légitimité que les puissances conjuraient le roi Charles-Félix d'accorder son pardon au prince de Carignan, ce fut au nom des mêmes intérêts que l'on vit M. de Metternich se lever et demander que l'Europe prît des garanties contre le futur roi de Sardaigne (i).
Peu importait au ministre autrichien de mentir aux théories absolutistes de toute sa vie et d'attenter à ce libre arbitre royal, dont il se proclamait ailleurs le champion : pour formuler ces garanties et parfaire son œuvre, il exigea un engagement écrit et signé par lequel le prince, aliénant à jamais son initiative souveraine, « s'obligerait à maintenir, tels qu'il les trouverait, en montant sur le trône, les bases et les organes de son futur gouvernement »... Jamais rancune diplomatique n'avait inventé plus cruelle formule. La France et la Russie en pénétrè-
(i) Voir Despatches, correspondance and memoranda offield marshal Arthur duke of Wellington , vol. the tïrst, London,