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CHAPITRE IX

Charles-Félix et le prince de Carignan au moment de la guerre d'Espagne. — Le prince demande à faire la campagne. — 11 s'embarque à Livourne. — Son voyage jusqu'à Aranda. — Accueil du duc d'Angoulême. — Le général de Faverges apporte au prince les dernières instructions du Roi. — Entrée à Madrid. — Le Père Cirilo délia Meda. — Charles-Albert marche sur Séville, puis sur Cadix avec le corps d'armée du général Bordessoulle. — Journal de Sylvain. — Arrivée devant Cadix. — Lettre du prince. — Le prince de Metternich et l'ambassadeur sarde comte Pralormo. — Installation à Porto Santa Maria. — Dona Sanchez. — Les beaux yeux d'Aurore. — Le Trocadéro. — Scène d'intérieur. — Lettre du prince.

La Révolution est incompressible comme Teau. Refoulée en Italie après Troppau et Laybach, elle jaillissait en Espagne. A son tour, le congrès de Vérone devait amener la guerre. M. de Montmorency y avait peut-être imprudemment soulevé la question espagnole. Mais sa parole engageait la France. La France ne pouvait reculer devant les protestations de l'Angleterre et les criailleries de l'Europe libérale.

« Voilà la guerre possible, écrivait Sylvain. C'est le ciel ouvert devant nous. Puissent nos bienheureux patrons, comme dit mon prince, nous obtenir le cas échéant de monter à cheval...

« Tous les Anglais d'ici et leurs amis les libéraux italiens écument à ridée d'une intervention possible en faveur de Ferdinand VIL Ils jurent qu'au premier coup de canon, l'Angleterre prendra fait et cause pour les Cortès. Ils se pourléchent d'aise comme des hyènes, à la perspective d'un triomphe pour la canaille espagnole. A les entendre, on reverra les hauts faits de Saragosse... Amen! pourvu que nous sortions de notre Géhenne... »

Les événements qui réveillaient ainsi les instincts guerriers de Sylvain et de son maître dataient du ier janvier 1820.

Riego et Quiroga, ce jour-là, relevaient à Cadix la pierre de la Constitution (1). De proche en proche l'insurrection avait gagné l'Andalousie, la Navarre, l'Aragon, et deux mois ne s'étaient pas écoulés que Ferdinand VII se voyait réduit à jurer obéissance à cette Constitution maudite que ressuscitaient les Cortès.

Les retours offensifs et les honteuses retraites de ce malheureux prince, qui le matin rêvait d'un coup d'Etat, et qui le soir applaudissait les émeutiefs assassinant ses soldats, seraient trop tristes à rappeler. Le récit des négociations qui précédèrent rentrée des troupes françaises en Espagne serait de même inutile ici. Il me suffira de dire que, dans les premiers jours de février 1823, Ferdinand était prisonnier des Cortès, et que, de l'autre côté des Pyrénées, cent mille hom-

(1) Cette locution venait de ce qu'en 1812, chaque village avait été obligé de dresser sur sa place principale une pierre carrée portant les articles de la Constitution.

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